Le Village du Peuple Etrange Voyageur

pour nos pensées, nos petites histoires et nos joutes littéraires autour des voyages


    Philosophie de comptoir !

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    geob

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    Message par geob le Dim 29 Sep - 10:41

    Hier soir, j'ai fini de lire " Journal des années noires " de Jean Guéhenno, Livre de Poche, acheté 20 centimes sur le boulevard Saint Michel. Comme 99% de Français, Guéhenno a supporté péniblement l'occupation allemande en 40/44, il s'est révolté par écrit dans son Journal - rien que l'écrire aurait pu lui valoir de graves ennuis -, tout en restant droit dans son milieu universitaire, devant ses élèves et la pression qui s’exerçait sur lui - il refusait de collaborer. Et comme 99% des Français, il a eu cette obsession d'acquérir ses tickets de rationnement, il a perdu des journées entières dans des files d'attente : il fallait se nourrir, ne pas crever de froid durant les hivers.

    Le 28 novembre 1943, Guéhenno parle d'un petit livre que lui ont envoyé les Dominicains : " La France pays de mission?". Les auteurs évoquent la déchristianisation du pays (déjà!), et imaginent les prêtres en missionnaires pour reconquérir les territoires perdus par la religion. Et puis je suis arrivé sur ce paragraphe saisissant,  écrit par Géhenno :

    " Leurs conclusions sont d'ailleurs pleines de doute. Ils écrivent : << Si nous ne faisons pas de missions pour nos prolétaires sans religion et sans culture, d'autres en feront ; et ils ne tarderont pas à avoir une culture et une religion... Plaise à Dieu qu'elle ne soit pas trop loin alors de celle du Christ...>>"

    Les auteurs de cette réflexion ne sont sans doute plus de ce monde, mais leur réflexion lumineuse, basée sur principe très simple : la nature a horreur du vide, s'est avérée oh combien exacte. Les soutanes et les cornettes ont déserté l'espace publique depuis belle lurette, les pauvres et les affamés se font aidés par des O.N.G. et les restaurants du Cœur. Alors, où est-elle cette France chrétienne dont on nous rabat les oreilles tous les jours?  Pour les pauvres, elle est visiblement absente, mais, quand il s'agit de s'occuper de la culotte des autres (1), alors là, la France chrétienne n'hésite pas à sortir son chapelet et à s'encanailler dans les manifestations.

    Il ne faut donc pas s'étonner de voir de jeunes métropolitains convertis avec une barbe fournie, des jeunes filles converties entièrement voilées, les plus fanatiques au point de gêner les musulmanes de souche. La religion musulmane leur a offert une spiritualité qu'ils n'ont pas trouvé dans le consumérisme, elle leur donne un cadre et un idéal de vie. En plus, la religion musulmane n'est pas bégueule, élitiste : il suffit d'une poignée de main pour entrer dans leur communauté.

    Aujourd'hui, nous sommes sidérés de constater que des gens prennent le temps de prier, suivent le "ramadan", nous rappelant ainsi que, il y a longtemps, les chrétiens suivaient le carême, mais nous nous croyons supérieurs puisque nous avons abandonné nos maintenant soi-disant  racines chrétiennes, nous sommes devenus laïcs et nous désirons ardemment que la laïcité veuille dire la mort de toutes les religions, car, pour nous, un retour à la religion serait synonyme d'un retour sur un passé révolu, archaïque.

    L'autre jour, devant la gare Montparnasse, deux jeunes femmes distribuaient des prospectus. J'en ai pris un, imaginant une publicité. En fait, c'était... L'église de scientologie !!! Mince ! Ils sont toujours là, eux aussi ! Ils s'accrochent à la désespérance occidentale comme des moules à un rocher !!!

    Au lieu de nous casser les oreilles avec nos racines chrétiennes, les prêtres feraient mieux de remettre leurs soutanes, les religieuses arborer leurs cornettes... et tiens, qu'elles aillent ouvrir des dispensaires dans le 93 au lieu de faire des confitures !

    Il me semble que c'est J.J. Rousseau qui, dans "Le contrat social", prône une religion pour le peuple, Robespierre en avait conscience aussi. Je suis d'accord, une société sans spiritualité devient une société décadente.

    Oui, vive Dieu, ou autre chose qui permette à l'être humain une transcendance introuvable dans les objets qui le font rêver.

    Pour ma part, je reste un mécréant : j'ai fait mes classes de "mécréance" au Petit Séminaire !


    1) Tiens, le Pape François a dû donner des boutons à "La manif pour tous", en affirmant que l’Église devrait regarder ailleurs que dans l'intimité des êtres humains.


    Maadadayo !
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    geob

    Re: Philosophie de comptoir !

    Message par geob le Sam 9 Nov - 14:34

    Dans le film "Apocalypto" de Mel Gibson, une tribu de chasseurs cueilleurs rencontrent une tribu de la forêt : tous leurs membres ont le visage hagard, ils semblent avoir croisé l'horreur, on ne sait pas encore quoi, ils demandent à passer sur le territoire des chasseurs.

    Pendant le retour au village, le chef de ces derniers leur demande de ne pas évoquer cette rencontre devant les autres. Le fils du chef est troublé, alors son père lui demande ce qu'il a vu chez ces hommes dans la forêt. Le fils ne comprend, le père lui ouvre les yeux et lui parle de ce qu'il a vu chez ces hommes de la forêt : la peur, profonde et infecte. Et il continue :

    - " La peur est une maladie. Elle se glisse dans l'âme de tous ceux qui l'accueillent. Je ne t'ai pas appris à vivre dans la peur, mon fils, bannis la de ton cœur".

    Ces paroles m'ont frappé car je vois la peur autour de moi : la peur de vivre, la peur de mourir, la peur de prendre une décision, la peur d'attraper une maladie, la peur d'agir aujourd'hui et de remettre toujours au lendemain, la peur de l'autre, la peur de ce qu'on ne connait pas, la peur de se retrouver seul, etc, etc, et la liste n'est pas exhaustive.

    Au fond, cela explique pourquoi on est jamais dans ce que l'on vit : on se projette toujours dans le passé qui n'existe plus, dans l'avenir que nous ne maitrisons pas et qui dépend aussi des autres, alors on rêve les yeux ouverts d'une autre vie tandis que la vraie vie nous passe sous le nez....



    - Patron ! Une anisette des Frères Gras !

    - Ouais, minute ! Je philosophe pas, moi, je bosse !
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    imanachnuelohim

    Localisation : En ville de 'la Maison du Moulin'

    Re: Philosophie de comptoir !

    Message par imanachnuelohim le Mer 13 Nov - 21:44

     LA FRANCE A UN ECROYABLE TALENT !

    Pour 8ème fois, une chaîne de télé nous balance cette lancinante litanie!  rage 
    La première année ,on trouvait génial de voir ou de découvrir des gens au talent certain , soumis aux votes et commentaires gratinés du Jury.
    Puis après ,on s'amuse d'observer que certains ont un talent qu'il croient avoir,mais qui en fait est désastreux.
    L'année suivante ,en me rendant compte que le spectacle et les talents n'étaient plus sur la scène ,mais dans le jury,je me réjouissais des élucubrations d'un certain Gilbert R...  .(Notons au passage la présence du public qui jouent également son rôle et qui aime à huer les avis désapprobateurs de ce dernier.)
    Au fond,c'est devenu , " le jury a un incroyable talent". A crier leur rengaine "Au suivant" ça devient d'un comique navrant.
    Pour emboîter le pas ,v'là t'y pas qu'un certain Alex  et une certaine Sandrine  s'amusent à faire stupidement  des pitreries entre ou pendant les représentations. Quel sinistre talent !
    Sans doute pour atténuer la monotonie, les talents se ressemblant (groupe de danse,chanteurs,etc...),ne découvre t-on pas maintenant qu'il y a des drôles d'accents chez les postulants ?
    Suisse,belge,ukrainien,hongrois,brésiliens ,québecois (au grand bonheur d'un membre du jury) et j'en passe, étayent cette France qui aurait un incroyable talent.
    Ne dirait-on pas plus justement : "le monde a un incroyable talent" ?
    "La France a un incroyable talent" nous prendrait peut être pour des gens idi... en nous conditionnant dans ces talents obsolet(e)s  et à voter comme des béni oui-oui. marteau 

    Dommage ,car dans ce monde si engourdi , il y a quelques vrais talents qui vaillent la peine de s'intéresser ! siffleur


    _________________
    "On ne peut être juste si l'on est humain ;
    Le meilleur moyen de résister à la tentation, c'est d'y succomber."
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    geob

    Re: Philosophie de comptoir !

    Message par geob le Sam 27 Sep - 10:31


    Vivre avec les morts.

    Il y a un siècle, jusqu'au début des années 60, la mort n'était pas considéré comme un sujet tabou, un reproche aux biens portants, une anomalie qu'il fallait occulter pour ne pas bouleverser le quotidien des vivants. D'ailleurs, lorsque une personne était décédée, les services funéraires installaient des tentures noires à l'entrée de l'immeuble du défunt. Nul n'ignorait alors la disparition de son voisin.

    Au mois de juillet dernier, un matin comme tous les matins, j'ai sacrifié à cette routine de bon aloi qui consiste à ouvrir sa boite aux lettres, la vider de tous les prospectus publicitaires, en vérifiant bien de ne pas jeter avec le courrier normal. Là où se trouvent les boites aux lettres, c'est l'agora de tous les immeubles, l'endroit où s'échangent des propos, des nouvelles, des formules convenues entre voisins. Ce matin là, j'ai demandé à ma voisine, qui ouvrait sa boite aux lettres à côté de la mienne, comment se porter son mari que je n'avais vu depuis belle lurette - et avec qui j'aime bien refaire le monde, d'ailleurs c'est la remarque qu'elle lui avait faite un jour, alors que nous étions en pleine discussion : quand tu auras fini de refaire le monde, n'oublie pas de ramener une baguette !
    - Et comment va votre mari?
    - Il est mort !
    Bon dieu ! Inutile d'épiloguer sur ma stupeur, ma réation spontanée, instantanée a été de lancer un "merde" tonitruant :
    - Ah merde ! Excusez moi, je ne le savais pas !

    J'étais mal à l'aise, pas bien du tout. J'aimais bien son mari, son ironie lucide sur tous les aléas du quotidien, sa traque du moindre détail dans le maquis des règlements et des lois en tout genre, son humour quelque peu désabusé. Il ne m'avait jamais caché qu'il avait une grave maladie, qu'il n'allait pas faire de vieux os, mais il restait debout, prêt à tout. Sa femme m'a dit qu'il est mort en juin, que c'était dur pour elle, oui, bien sûr, c'est toujours plus dur pour ceux qui restent, mais je ne lui ai pas fait la remarque, je sais très bien que l'on pleure sur soi-même, sur sa soudaine solitude après tant de décennies de vie en commun, avec ses habitudes, je veux dire le confort de ses habitudes qui tire un épais rideau sur le temps qui passe, sur toutes ces années vécues en remettant au lendemain ce que l'on pouvait faire le jour même.

    Il n'y a eu aucun faire part affiché à l'entrée de l'immeuble, peu de gens ont été averti de la mort de mon voisin. En dehors de notre entourage, la mort d'un homme que nous ne connaissions pas peut devenir, tout à coup, une mort qui nous touche et nous bouleverse profondément, non pas parce que c'est la victime d'un crime ignoble, après tout l'otage français qui est mort en Mauritanie, l'année dernière, d'une balle dans la tête, ne pas eut droit aux drapeaux en berne, mais parce qu'il y a eu cette atroce mise en scène filmée, et surtout parce que son humanité lui a été déniée, réfutée par ses bourreaux : ils l'ont transformé en agneau sacrificiel ! Tout ce qui nous renvoie à notre fragilité vertigineuse ne peut que nous horrifier, mais quand il s'agissait de ces centaines de milliers de morts en Algérie, souvent eux aussi égorgés par les terroristes, nous prenions ces évènements juste comme des informations parmi tant d'autres, et elles sortaient vite de notre esprit puisque nous nous sentions pas concernés.

    Je trouve fascinant cette hiérarchisation émotionnelle des morts : c'est le ramdam médiatique qui décide pour le bon peuple ! Chaque année en France, sur nos routes, plus de trois mille personnes meurent dans des accidents de voiture, parfois dans des conditions épouvantables : crânes éclatés, corps broyés par les tôles en acier, peaux écorchées jusqu'à l'os ou brûlées au quatrième degré. Il n'est pas rare de voir des secouristes dégobiller tripes et boyaux en découvrant l'infernal spectacle de ces compressions à la César. Que dire des gens chargés de récupérer les corps, de les extraire de leur gangue métallique, morceau par morceau? Et si jamais on filmait tous les détails de ce genre d'opération pour la diffuser sur internet, sans rien nous épargner? Est-ce que cela empêcherait les gens de conduire? Bien sûr que non, nous nous habituons, nous nous habituerons à l'horreur, c'est le propre de l'homme capable de vivre n'importe où, dans n'importe quelle condition ; la vie organisée a existé même dans les camps de concentration en Allemagne !

    Un pauvre homme est assassiné dans les montagnes de Kabylie, cela ébranle notre société. Apparemment. En fait, c'est une émotion, elle disparaitra une fois qu'elle aura été exprimé, ensuite nous reprendrons notre place dans l'interminable file d'attente pour aller acheter le nouveau Iphone 6




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    geob

    Au comptoir de la philosophie

    Message par geob le Lun 3 Aoû - 16:27

    Le patron :
    - Tiens ! Rvlà le fonctionnaire !Dis donc, vous en faites une tête !
    Qu'est-ce qui se passe?
    Le fonctionnaire :
    - Ah patron ! Je me sens de plus en plus étranger dans notre société!
    - Allez, racontez... en dégustant cette p'tite Côte réserve du patron... (glou glou glou ) vous m'en direz des nouvelles !
    - Waou ! Tiens, c'est un truc capable de me raccrocher à cette société ! Merci !
    - Alors?
    - Vous avez vu les jeunes comme ils sont coiffés?
    - Ouais ! On dirait qu'ils ont été tondu comme des moutons !
    - Exact ! Ça me rappelle ma première journée à l'armée, en Allemagne. Putain ! Ils nous ont tous passé à la tondeuse, en gardant juste les cheveux au dessus du crâne ! La vache ! Quelle humiliation ! Nous avons eu le sentiment d'être dépersonnalisé, d'être réduit à l'état de mouton, d'être dans l'obligation de ne plus penser et de suivre le troupeau.
    - Atroce !
    - Et dire que maintenant c'est à la mode ! Faire parti du troupeau c'est tendance ! Regardez les footballeurs ! C'est à celui qui sera le plus inesthétique, le plus vulgaire ! En plus, ils affichent tous des tatouages moches, tiens, même les nanas s'y mettent ! Je comprends plus rien à cette société où l'élégance, la classe, le raffinement c'est devenu ringard!
    - J'acquiesce !
    Maryvonne, la femme du patron :
    - Je préfère quand tu encaisses ! Roger tu oublies trop souvent de faire raquer le fonctionnaire
    - Mais oui, mais oui... pfff ! Ah oui ! A propos des nanas ! Bon Dieu ! Vous les avez vu dans leurs mini-shorts?
    Maryvonne :
    - Ah là, Roger, je suis d'accord avec toi ! Elles vont bientôt se balader en string ! Et les seins à l'air, comme à New York ! Je l'ai vu à la télé !
    - Merci ma chérie, mais t'as des clients au tabac...  Bon, on est entre nous. Franchement, le fonctionnaire, moi je pense que c'est des appels au viol tout ça !
    - Mais non, mais non, j'ai entendu Rocada Diallo pas plus tard que ce matin, à la radio, dire que les femmes sont libres de leurs corps, elles ont le droit de l'habiller ou de le déshabiller, d'en faire ce qu'elles veulent, et peut importe si c'est en public et toutes ces  histoires de respect des autres : on appelle ça le féminisme !
    - Quand j'étais jeune, j'ai lu un livre de Jean Rostand : "L'homme", paru au début des années 60.  Il commence à peu près comme ça : " Sur la terre, il y a 825 725 espèce animales, dont l'Homme". Ben, les féministes, elles devraient le lire ! La façon dont elles s'accoutrent, c'est comme des stimuli qui réveillent l'instinct du chasseur, l'instinct de reproduction chez l'homme.
    - Oh nom de dieu ! Vous m'en bouchez un coin, patron ! C'est moi qui vous offre un ballon !
    - Et pis vous avez pas intérêt à les reluquer, elles vous traiteront de macho, de pervers.
    - C'est pas faux ! Moi aussi j'ai un livre, il y a belle lurette, "L'Amérique qui fait peur" d'Edward Bheer. Il raconte que les mecs n'osent pas monter dans un ascenseur s'il y a une nana, un professeur d'université recoit une étudiante en laissant la porte ouverte de son bureau, etc, etc. L'angoisse ! Il y a toujours cette accusation d'agression sexuelle qui leur pend au nez, même si elle n'est pas avérée, un simple regard suffit !
    - Bon sang ! Mais qu'est-ce qu'elles veulent nom d'un chien?
    Mamadou, le balayeur d'origine sénégalaise, un habitué du Comptoir de la Philosophie :
    - Si je puis me permettre, patron, je peux vous proposer une hypothèse.
    Le patron, avec un sourire mielleux :
    - Je vous en prie, mon cher.
    - Vous, les Toubabs, vous êtes mal barrés ! Vos femmes s'habillent ainsi car elles veulent vous déviriliser. Elles veulent vous obliger à détourner la tête, à ne plus avoir aucune réaction, et tant que vous aurez, des réactions, elles vous traiteront de tous les noms, elles porteront plainte jusqu'à tant de vous réduire à l'état de zombie, et elles choisiront le moment où elles vous accorderont le droit de redevenir un homme. Alors, moi, je ne m'étonne pas de voir vos jeunes devenir plus féminins que les femmes. Regardez les avec leurs barbes filandreuses, leurs écharpes d'un kilomètre autour du cou, regardez les dans les cafés se faisant tout petit devant leurs copines qui, elles, boivent de l'alcool et fument cigarettes sur cigarettes.  Comme ils ont l'air fragiles ! Je vais vous dire, les Toubabs : vous allez tous terminer à la Gay Pride !
    Le patron, l'air bougon, en jetant un coup d'œil à Maryvonne qui trône au comptoir du tabac.
    - Faut dire que dans ce monde de brutes, on a du mal à trouver de la tendresse chez ces dames.
    - Rogeeer ! Qu'est-ce que tu dis?
    - Rien ma douce !
    Mamadou et le fonctionnaire se marrent discrètement.
    Le patron se penche sur le comptoir et fait signe à Mamadou de s'approcher. Et presque en chuchotant :

    - Mamadou, comment on fait pour devenir musulman?



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    geob

    Re: Philosophie de comptoir !

    Message par geob le Ven 16 Sep - 11:38

    - Tiens ! Y'avait longtemps ! Z'êtes pas en grève les fonctionnaires?
    -  Oh patron ! Restez pas dans le cliché ! C'est trop triste en ce moment, nous vivons dans une société qui me sort par les yeux !
    - Ouh là ! Bon, goûtez moi ce Julienas, ça va vous remonter le moral.
    - ... Aaaah ! Effectivement !
    - Allez, dites moi, confessez vous au patron de ce comptoir !
    - De Gaulle avait raison : nous sommes, nous les français, nous sommes des veaux ! Affreux ! Nous avons été déstabilisé par ces quelques femmes en burkini ! C'est incroyable comme nous nous faisons manipulés ! Patron, j'ai peur, j'ai peur de notre faiblesse psychologique ! Tiens, on a même notre philosophe médiatique, Michel Onfray, qui voulait négocier avec Daech ! C'est fou, non?
    - M'énerves de plus en plus, çui là ! Tu parles d'un philosophe ! Il s'emporte, monte sur ses grands chevaux dès qu'on le contredit, dès qu'on est pas d'accord ! Pfff ! Et en plus, il radote, il raconte toujours les mêmes choses !
    - Ca c'est vrai, ca ! Tous ces gens qui squatte les médias nous balancent, nous assènent de soi-disantes vérités, et nous, nous les gobons sans réfléchir tellement nous sommes ensevelis sous un tombereau d'informations qui n'ont aucun intérêt et qui se succèdent les unes aux autres sans qu'on nous laisse le temps d'y réfléchir un peu, sans que nous puissions nous interroger sur leur crédibilité.

    La femme du patron, derrière son comptoir du tabac :
    - Vous avez qu'à fermer votre télé !
    - Ca c'est ben vrai ! dit le patron.
    Il baisse la voix :
    - Enfin, c'est utile quand on a rien à se dire le soir, et puis ça tient compagnie.
    - Quoi? Qu'est-ce que tu dis?
    - Non, rien, ma chérie ! ... Euh, au fait, tu sais que quand je fais le point sur mon commerce, je fais deux colonnes. Bon, toi t'es fonctionnaire, tu sais ce que c'est tu connais pas la vraie vie....
    Le fonctionnaire lève les yeux au ciel
    -... deux colonnes, donc, actif et passif, crédit et débit si tu veux. Or, j'sais pas si vous l'avez remarqué, mais quand on nous parle tout le temps du déficit de la France, on nous parle jamais de son...  crédit, de son actif, comme si notre pays n'avait rien, nada ! Bizarre, non?
    - Mais je suis d'accord, patron ! Tiens, en ce moment, même la droite dit qu'il va falloir laisser courir un peu le déficit. Pourquoi la droite tout à coup s'y met? Parce qu'elle sait très bien qu'elle ne pourra faire une politique d'austérité plus carabinée que celle de la gauche sans que cela explose. Question : pourquoi la droite veut mettre la pédale douce sur la réduction des déficits?
    - Parce que les gens de droite savent aussi que la France est un pays riche !
    - Bravo patron !

    La femme du patron, sensible aux commentaires du fonctionnaire :
    - Ah tu vois, quand tu veux !
    - Mais oui, votre mari a tout compris. En effet, ce que possède la France dépasse largement notre déficit. Ainsi, rien que le patrimoine administratif de l'état équivaut à 550 milliards d'euros ! Ajoutons l'argent que nous déposons dans les banques, les livrets d'épargne, les assurances-vie, la participation de l'état dans les grandes entreprises, etc, etc, on peut donc encore assurer la solidité de la signature de la France !
    - Purée ! Ca va être barbant les élections présidentielles ! Je sais très bien que nous nous préparons à ces sempiternelles déconvenues qui suivent, au bout de quelques semaines, l'élection du nouveau président !
    - Ben... n'allez pas voter patron !
    - Tout de même, des gens se battent, meurent pour avoir le droit de voter, non?
    - Certes, certes, mais le problème de notre démocratie, c'est que la politique est devenu un métier, un gagne pain. C'est un fait, et je ne vais pas critiquer l'homme politique qui, dès le soir de son élection, pense à sa réélection, tout ça c'est profondément normal, humain, et le but de chaque être humain est de préserver sa propre vie. C'est absurde de dire qu'ils sont pourris, qu'ils ne pensent qu'à s'en mettre plein les poches, puisque les gens continuent, malgré cela, à se rendre aux urnes parce ce qu'ils considèrent l'homme politique comme quelqu'un qui va lui devoir quelque chose, un service, une aide, et cet homme politique se doit, s'il veut perdurer, se constituer une clientèle, et cette clientèle ne voit pas plus loin que le bout de son nez, elle se fout complètement de l'avenir, des projets pour le futur de notre société, sur notre façon de consommer la planète, non, elle ne veut que son propre intérêt, très personnel, tant pis si c'est au détriment des autres. La démocratie me fait de plus en plus rigoler. Tenez, l'autre jour ma soeur me dit qu'elle déteste Benoit Hamon. Pourquoi? Parce qu'il a une voix qui ne lui plait pas, qu'il est fade, transparent. As-tu lu son programme. Non, qu'elle me répond, je n'ai pas le temps ! Alors multipliez par des millions de voix pour comprendre à quoi se résume une élection, si ce n'est comme dans un casting, il aura aussi le rejet mais jamais l'adhésion à un choix, à un projet de société, bref, au lieu de critiquer les hommes politiques, les citoyens devraient réaliser que nous avons les hommes politiques que nous méritons !
    - Vous avez raison, je me berce d'illusions... tenez, c'est moi qui offre.

    Le patron remplit à nouveau le verre du fonctionnaire.


    Maadadayo !
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    mamina

    Localisation : Près de Pau, sur le chemin de St Jacques...

    Re: Philosophie de comptoir !

    Message par mamina le Sam 17 Sep - 10:47

    sourire ou triste ????
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    geob

    Re: Philosophie de comptoir !

    Message par geob le Lun 19 Sep - 10:51

    le patrimoine administratif de l'état équivaut à 550 milliards d'euros


    J'ai trouvé cette info dans ce livre, et c'est un chiffre officiel donné par l'INSEE



    http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Nos_mythologies_%C3%A9conomiques-477-1-1-0-1.html


    Faut jeter un coup d'oeil aussi sur les livres de Marc Roche qui a collaboré au documentaire sur Golden Sachs, écrit des livres qui démontrent que les banquiers n'ont rien appris du crach de 2008 et que leur goinfrerie de dividendes, de profits monstrueux,  reste inextinguible. D'où ces politiques d'austérité car nous élisons toujours les "fondés du pouvoir du capitalisme" ! Il est loin le temps où De Gaulle disait : "La politique de la France ne se fait pas à la Corbeille (la Bourse) !" Malheureusement, c'est le depuis au moins deux à trois décennies. Alors à quoi bon aller voter puisque la politique est un métier, ce qui explique en partie pourquoi il y a des banlieues qui sont devenues - apparemment,  communautaires : les maires composent, arrosent à tout va en vue de se faire réélire, et peu importe les conséquences.

    Aux dernières législatives, j'avais demandé à un voisine pour qui elle allait voter. Je connaissais sa réponse : pour le député-maire. D'accord, mais pourquoi? Mais, m'a-t-elle dit, vous avez vu le nouveau carrefour ! Je lui ai répondu qu'on élit pas un député pour des carrefours mais pour proposer ou voter des lois pour l'intérêt général de la France. Elle est restée bouche-bée, néanmoins elle votera toujours pour sa boite aux chocolats de Noel ! 2007 : j'ai entendu un auditeur sur France Inter regretter son vote pour Sarkozy parce que sa promesse de ristourner 6000 € à ceux qui avaient acheter une maison ( je ne me souviens plus exactement la teneur précise de cette promesse ), or elle ne pouvait se réaliser pour la simple raison que la rétroactivité est anticonstitutionnelle ! Sarkosy le savait très bien mais, n'écoutant que leurs nombrils, beaucoup de gens y naïvement cru ! En 2012, les gens ont voté non pas pour Hollande mais contre Sarkozy. Je voulais donc dire que l'on ne vote jamais en vue de l'intérêt général, de perspectives d'avenir pour la France, mais juste pour son intérêt particulier ou par réaction épidermique contre quelqu'un. Du coup, je me dis à quoi sert cette démocratie?

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