Le Village du Peuple Etrange Voyageur

pour nos pensées, nos petites histoires et nos joutes littéraires autour des voyages


  • Répondre au sujet

Parenthèse dalmatienne

Partagez
avatar
Lilie

Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Lilie le Lun 7 Avr - 21:03

Vers 1'40, elle dit "ça n'a simplement aucune importance pour moi que je dorme sur le sol ou sur un matelas, je ne remarque simplement pas la différence... et vous savez, c'est un vrai avantage quand vous voyagez !" ... dixit une femme de 80 ans (irlandaise, athée, anticléricale depuis toujours, autant dire que ça ne court pas les rues !).


Lilie
avatar
fabizan

Localisation : Pornic (Loire-Atlantique)

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par fabizan le Lun 7 Avr - 22:54

Lilie a écrit:Vers 1'40, elle dit "ça n'a simplement aucune importance pour moi que je dorme sur le sol ou sur un matelas, je ne remarque simplement pas la différence... et vous savez, c'est un vrai avantage quand vous voyagez !" ... dixit une femme de 80 ans (irlandaise, athée, anticléricale depuis toujours, autant dire que ça ne court pas les rues !).
Lilie
Quel bol elle a si elle ne voit pas la différence, l'arthrose l'a oubliée ?  clin d'oeil


_________________
Fabienne
avatar
Lilie

Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Lilie le Mar 8 Avr - 20:53

Semble-t-il!  clin d'oeil  Sur "The island that dares", qui relate ses 3 voyages à Cuba entre 2006-2007, elle voyageait toujours de manière aussi rudimentaire (sauf lors du 1er voyage avec ses 3 petites filles  rire )

Lilie
avatar
Lilie

Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Lilie le Mar 8 Avr - 20:59

En rentrant dans sa pièce de vie rèunissant salon et cuisine dans une vingtaine de metres carrés, je me demandais comment il avait pu m’apercevoir de l’intérieur. Transmission de pensées, il m’avoua :

- Ah ! Vous m’enlevez une épine du pied ! Je regardais par la fenêtre en cuisinant pour voir si vous alliez redescendre, je me serai inquiété sinon...

J’ai un peu honte. J’aime pas inquiéter les gens. Je sais que je le fais malgré tout, pourtant ce que les gens ne savent pas, c’est que je me connais, je connais mes limites, et je suis toujours très prudente, je ne prends jamais de risques inutiles (dans mon sac à dos, pour une simple balade comme celle-ci, j’ai toujours sifflet, torche frontale, trousse à pharmacie et couteau!). Mais ça, je ne peux pas demander à un inconnu de le savoir, alors quand cet inconnu est aussi bien intentionné qu’Yvo, et bien il s’inquiète, inévitablement.

- Vous allez manger avec moi, c’est à cuire, j’ai des choux et des patates du jardin.
- Non, non ! C’est très gentil, j’ai déjà suffisamment pris de votre temps, et vous m’avez dit que vous avez des choses à faire cet après-midi.
- Mais non ! J’ai cuisiné pour deux, et pis je suis tout seul, vous me tiendrez compagnie...

C’est un argument que j’ai vite appris à comprendre dans mes vadrouilles (et à entendre surtout), et je ne refuse jamais une invitation quand on émet la solitude comme fondement sincère et profond à cette invitation.

En deux heures et demi, j’ai écouté Yvo me parler de son jardin beaucoup, de son chat un peu. Ah ! Comment ai-je pu oublier cet incident ! Au moment où Yvo m’ouvrait sa porte, son chat s’est fait percuter par une voiture... Apparemment sans dommage physique mais complètement sonné, il était parti se cacher refusant que son maitre l’approche, au grand chagrin d’Yvo a l’inquiétude non dissimulée.

- J’ai déjà perdu deux chats depuis que je suis ici... A cause de la route. Je ne m’y fais pas, un chat c’est comme un enfant, je pleure comme un gamin quand je les perds...

Il me parla de sa vie, un peu, aussi. Pas de trop, les grandes lignes éparpillées ici ou là au fil de la discussion. Comment à dix-sept ans, certificat de plomberie en poche, il avait quitté son pays.

- ... Parce qu’ici il n’y avait rien, c’était dur, des crises économiques tout le temps.

Il avait d’abord passé un mois dans un camp de réfugiés en Italie, pis comme il était encore mineur, “ils” avaient voulu le renvoyer chez lui. Mais lui, il ne voulait pas, alors il était parti avec quatre Monténégrins qui cherchaient un cinquième gars pour payer un “taxi” pour les emmener jusqu’à la frontière nord de l’Italie. Le taxi les avait laissés au pied de la montagne, ils avaient passé la nuit dans les montagnes, pis après il était passé du côté français : Nice, Cannes, puis Marseille où il était allé s’inscrire à la police. La, il avait passé une semaine derrière les barreaux.

- ... Le temps que les papiers se fassent. J’étais bien, j’étais nourri pendant une semaine, j’avais un lit pour dormir.

A dix-huit ans il était monté à Paris, où il avait d’abord vécu de petits boulots. C’était pas facile, il prenait aussi des cours du soir pour apprendre le français, le parler, l’écrire.

- Mais je me suis bien amusé ! J’allais au bal, j’avais du succès. A l’époque, j’étais beau comme un dieu !

Je le crois sans mal lorsqu’il me montre une photo de lui à trente ans avec son fils dans les bras.

- Oui, j’ai commencé comme ça, pis j’ai grimpé, et j’ai fini chef de chantier.


(...)

Lilie
avatar
bardak

Localisation : Dans mon canapé

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par bardak le Mer 9 Avr - 20:54

Quel plaisir de découvrir cette bafouille que, pour ma part, je n'avais jamais lue. Tu as vraiment un talent incroyable pour raconter tes voyages, tes récits me font toujours voyager et me donnent envie de caler mon sac sur mon dos et de m'en aller écumer les sentiers.

D'autant qu'il est très agréable de lire un récit de voyage en Croatie, pays si touristique aujourd'hui, émaillé d'aussi jolies rencontres.

Et un grand merci pour la vidéo sur Dervla Murphy que je ne connaissais pas. Ca donne envie d'en savoir plus. Cette femme a une présence incroyable face à la caméra. Et son bureau à la bibliothèque si fournie fait rêver.

J'ai hâte de connaître la suite de tes aventures...


_________________
"Il est parfois bon d'avoir un grain de folie"
Sénèque
avatar
Lilie

Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Lilie le Ven 11 Avr - 21:54

Merci Bardak. sourire 

Tu sais, tes écrits d'ailleurs m'ont souvent émue comme aucun autre. Si t'as la plume qui te démange, ou des qui sont oubliés "tout là-haut" sur la bibliothèque, viens les poster par ici, je suis sûre que je ne serai pas la seule lectrice assidue plus que ravie!  sourire 


Lilie
avatar
Lilie

Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Lilie le Ven 11 Avr - 21:56

Comment ne pas respecter ce septuagénaire ? Parti à dix-sept ans de son pays, il a construit sa vie dans un pays étranger, nouvelle culture, famille, travail, en partant de zéro. Plus je l’écoutais parler, plus je le trouvais français, le côté raleur-jamais-content en moins. Quarante ans d’une vie dans un pays, pas surprenant que ça imbibe habitudes et états d’esprit. Il regarde les chaines françaises sur son satellite, et ses livres de jardinage et de cuisine sont en français.

- Même mon chat je lui parle en français ! Il ne comprend que le français, le reste il ne comprend pas.

Et plus je l’écoutais parler, et plus je me disais que ma future vie française sera forcement imprégnée au quotidien de ma presque décennie irlandaise.

Yvo me parla aussi d’Ugljan, cette ile qui l’a vu naitre. Il m’en parla plus que mon poignet a le courage de griffonner sur ce cahier ce soir. La seule chose que j’écrirais ici, c’est le souvenir des produits locaux que j’ai trouvés dans mon verre et mon assiette : un citron pressé, un citron orange, juteux et délicieux, qui ne réclame même pas de sucre, juste un peu d’eau pour se faire déguster ; un petit vin rouge sans prétention mais tellement bienvenu à l’heure du déjeuner, de tendres choux verts et de grosses pommes de terre pleines de goût, une compote pomme-citron, une huile d’olive vierge, rien à voir avec ce qu’on trouve dans les supermarchés de France ou d’Irlande, et tout ceci de production locale, tout de production “Gregov”.

Ah ! Yvo ! Yvo qui m’a même reconduite jusqu’à l’embarcadère pour le ferry de 16 heures, où je n’ai pu lui offrir qu’un maigre café comme remerciement immédiat. Je lui enverrai la photo que j’ai prise de lui par la poste, ayant son adresse sur ce même cahier. Pis je le remercierai indirectement un de ces jours ou j’offrirai la même générosite sincère à un étranger que mes étoiles placeront sur ma route. Parce que ce sont bien mes étoiles qui ont placé Yvo sur ma route aujourd’hui, et certainement pas le hasard.

Merci Yvo, merci mes étoiles, pour avoir rempli ma journée de tout ce que j’aime en voyage.


(...)

Lilie
avatar
Lilie

Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Lilie le Sam 12 Avr - 15:36

2.04.2011
Zadar

Les six heures de sommeil se sont faites sentir toute la journée, hier. J’ai mis trois plombes à m’endormir la veille alors que j’étais bien fatiguée de ma journée sur l’ile d’Ugljan, et j’étais réveillée bien avant que le réveil ne sonne à 7h30.
Bus citadin jusqu’au terminal de bus de Zadar, achat de mon ticket pour le bus de 9 heures pour Sibenik. Une heure et demi de trajet durant laquelle j’ai lutté pour garder les yeux ouverts : comme à mon habitude, je ne voulais pas louper une miette de ce qui défilait à travers la vitre, et je savais qu’au retour, la fatigue gagnerait sur ma curiosité et que je n’aurais alors aucune chance d’observer “le pays”.

Pas de jolis paysages sur ce trajet plein Sud suivant grossièrement la côte. A la place, une succession de blèdes, centres semi-urbains tous équipés de marinas et d’hôtels. Il semble que tous les blèdes que j’ai vus sur mon court séjour en Dalmatie aient une activité nautique très importante. Je me demandais si la navigation de plaisance était “le” loisir régional, ou si ces marinas vivaient principalement des bateaux de touristes... Mais je suis bien en hors-saison, ces marinas sont remplies, et j’ai vu bon nombre de Croates sur les pontons, ou des bateaux sur les quais pour l’entretien d’avant saison estivale. L’importance des logements touristiques dans ces blèdes côtiers n’a pas manqué d’attirer mon attention. Sans plage ni attrait touristique particulier, je me demandais ce qui attirait les touristes étrangers ici. Une nouvelle destination à la mode des dix dernières années, je me souvenais qu’à mon arrivée en Irlande au début des années 2000, certaines agences de voyage étaient même spécialisées vers la Croatie. Au dire des personnes avec qui j’ai échangé, Allemands, Autrichiens et Italiens sont les plus représentés des visiteurs étrangers.

Ces mini stations balnéaires, construites sans soucis d’esthétique, me rappelaient vaguement quelques pueblos côtiers du Nord de l’Espagne, prisés dans les années soixante-dix et aujourd’hui boudés, si ce n’est délaissés, malgré quelques hôtels et restaurants vieillots qui y subsistent. Allemands, Français et Néerlandais y achetaient ou louaient alors des appartements-cages-à-lapins pour leurs vacances aoûtiennes, et les ont depuis longtemps oubliés pour éepenser leurs deniers vers de nouvelles colonies, la Croatie sans doute de celles-ci. Des vacances bon marché, du soleil, et une mer Meditérranéenne (Adriatique exactement) à bonne température d’Avril à Octobre, voici sans doute ce que ces bourgades croates ont à leur tour à offrir aux touristes les faisant vivre.


(...)

Lilie
avatar
Lilie

Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Lilie le Lun 14 Avr - 20:16

Arrivée au terminal de Sibenik, je savais que je devais prendre un bus local jusqu’à Skradin, mais l’office de tourisme de Zadar qui m’avait tuyauté l’info ne savait ni la fréquence, ni les horaires de ce bus qui apparemment changeaient plus que fréquemment (j’aurais pu choisir de faire un “tour” à la journée avec une agence locale ce qui m’aurait simplifié la question du transport, mais ce n’est vraiment pas mon bol de riz). 11h15 le prochain départ me dit-on a Sibenik ; pas mal, je n’ai que quarante-cinq minutes d’attente.
Dans ce terminal de bus, je me dit que ça sent bon la vadrouille : me voici dans une Nième station de bus, point clé de la vie locale, avec ses nombreux quais qui desservent tout le pays, ses boutiques alimentaires qui n’ont pour fonction que de nourrir les voyageurs en transit, et non de représenter la gastronomie locale (la majorité étant logiquement fast-foods ou proposant produits réchauffés souvent trop cuits), et ses gens attendant le bus qui les emmènera voir leurs cousins, acheter de la marchandise, chez leurs enfants, à l’université, chez eux, effectuer les achats à la ville, ou bien à la visite chez le médecin spécialiste. Dans ce terminal, c’est évident : y a que des vieux ici ! Une population plutôt vieille, ou vieillissante, c’est ce que j’ai pensé en arrivant à Zadar. Je me défends bien cependant de déduire des conclusions trop faciles, et je me dis que nous sommes vendredi, 11 heures matinales, et qu’à cette heure, enfants, étudiants, et actifs sont probablement tous occupés, et que finalement, les seuls qui ont le temps de voyager et de passer par le terminal de bus, ce sont les retraités.

Quand j’ai acheté mon ticket, on m’a dit que le bus partirait entre les quais numéros 9 et 11. C’est donc là ou j’attends environ quinze minutes avant le départ. J’entends une annonce au micro incluant “Skradin” et vois quelques personnes se déplacer instantanément vers le quai numéro 10. Je les suis, me dirige vers les seuls jeunes que j’y aperçois, un couple trentenaire. Elle, parle un peu Anglais, me confirme que le bus s’arrêtant à Skradin part bien de ce quai.

11h15, le vieux Mercedes garé sous le panneau “10” n’a toujours ni chauffeur, ni passager. Monsieur Trentenaire se pose des questions, se lève, s’éloigne et disparait derrière le bus. Il revient en courant, fait signe à Madame Trentenaire, qui à son tour me fait signe de la suivre. Je jette mon sac sur mes épaules, je cours, et me voici dans le bus pour Skradin prêt pour le départ... Depuis le quai numéro 14. Un terminal de bus comme il en existe de nombreux autres dans le monde pensai-je en me marrant.




(...)

Lilie
avatar
tcvoyageur

Localisation : Lyon

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par tcvoyageur le Mar 15 Avr - 7:48

J'aime beaucoup les gares de bus ! Est-ce qu'au moins Skradin était écrit en caractères romains (alphabet que tu puisses lire) ?
Parce qu'imagine la même aventure quand il te faut décortiquer des caractères inconnus (pour vérifier que ton bus est finalement le bon)  clin d'oeil 

Ceci dit, ça a l'air vraiment sympa le coin (bien qu'un peu chaud à cette époque semble-t-il  langue )


_________________
Thierry

"L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt". Et bien tant pis, je n'ai donc pas d'avenir
avatar
Lilie

Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Lilie le Mer 16 Avr - 21:47

Salut Thierry  sourire 

Pas besoin de lire, le couple de trentenaires y descendait aussi.  clin d'oeil 

Lilie
avatar
Lilie

Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Lilie le Mer 16 Avr - 21:57

Quinze passagers dans ce vieux bus qui me rappelle les vieux cars scolaires que je prenais en maternelle et primaire. Le couple trentenaire et moi-même de loin les plus jeunes, les autres passagers tous grisonnants, voire dégarnis. Une personne par banquette, chacune assise côté allée, et les rideaux bien tirés pour ne pas cuire au soleil... Trouver l’intrus ?


Le nez collé à la vitre comme d’hab, je regarde la bobine de film défiler, avec pour actrice principale une terre semi-aride, désolée, collineuse, peuplée de rares oliviers et de buissons épineux qui raviraient bien des troupeaux de chêvres que je n’aperçois pas. De vieux villages, quelques bunkers ici ou là. Je ne peux m’empêcher de penser que ces gens étaient en guerre il y a encore moins de vingt ans. Combien de femmes veuves, violées, combien d’orphelins, de mutilés, d’atrocités que les mémoires essaient d’oublier pour continuer à vivre, abrite cette terre que je traverse sereinement aujourd’hui ?

Trente minutes de trajet, et je descends le long de la route principale qui borde le village de Skradin, entrée principale du Parc National de Krka m’avait informée l’office de tourisme de Zadar. Le couple trentenaire y descend aussi, je demande à Madame comment m’y rendre.

- En bateau, depuis le village, le prochain part à 13 heures, tu as le temps de visiter Skradin en attendant.
- Euh... Et je peux marcher jusqu’au parc ?
- Oui, mais c’est loin !
- Cinq kilomètres ?
- Plus, plus...

Je ne suis pas ici pour jouer à Wonderwoman, il fait chaud aujourd’hui et un rapide calcul conclut facilement que je n’aurai de toute manière pas le temps de faire l’aller/retour à pieds, de visiter le parc et de revenir pour le dernier bus de 17h30 pour Sibenik (qui s’avéra être à 17h). Ce sera donc un après-midi purement touristique pour moi : visite du charmant village de Skradin (charme inattendu, l’un des avantages à voyager sans guide papier : chaque jour a son lot de surprises !), qui lui aussi doit être bondé de touristes à partir de Pâques, mais qui aujourd’hui offrait ruelles et terrasses bien calmes de la vie locale. Skradin aussi abrite sa marina, à l’eau verte de bord de lac (dans lequel se jette, je découvris plus tard, la rivière Krka), et entourée de hautes collines vertes pins.









(...)

Lilie
avatar
Lilie

Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Lilie le Sam 19 Avr - 15:00


Une quinzaine de touristes sur le bateau pouvant asseoir une centaines de paires de fesses, dont deux couples français voyageant séparément, un couple de blondinais dont je n’ai pas réussi à deviner la nationalité (chose qui m’énerve bêtement), les autres, Croates ou autres Slaves, mon oreille ne sachant distinguer le Croate du Serbe ou d’autres langues et dialectes balkaniques.




Deux heures à me balader dans Skadinik Buk, série de cascades et infime partie du Parc National, et qui peut se visiter à pieds grâce aux pontons et sentiers ombragés zigzagant entre les magnifiques chutes d’eau, courbes et formes que dessine la rivière Krka. Et puis retour en bus pour Sibenik, puis quinze minutes de non-attente avant le départ du prochain bus me ramenant à Zadar, trajet dont je n’ai évidemment rien aperçu.














Ma partie préferée de la journée ? La première bien sûr, le voyage plus que la destination ! Non, je ne suis pas blasée, la nature m’émeut toujours autant, et si je devais le prouver, je montrerais les quelques deux cent photos prises lors de ma demi journée à Skradin et dans le Parc National de Krka. D’ailleurs, pendant ma balade dans ce dernier, je parlais à Kinder, je lui disais que nous étions là aux sources de la Vie, eau, terre et soleil nous entourant, et que ces éléments nous étaient vitaux, qu’ils étaient aussi sources d’énergie, et qu’il fallait en prendre soin. Je lui disais d’absorber toute cette bonne énergie du moment qui nous entourait. Mais je n’y peux rien, la vadrouille, ses imprévus, la découverte et l’effort que nécessite cette découverte, observer les gens d’un pays et les rencontrer, c’est ce que je préfère, bien plus que la consommation facile de paysages servis sur un plateau.


(...)


Lilie
avatar
Lilie

Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Lilie le Mar 22 Avr - 21:12

2 Avril 2011,
Quelque part dans les airs, au dessus de l’Europe continentale

Quarante cinq minutes d’attente, simplement pour passer la sécurite vers la salle d’embarquement : record battu, et de loin ! Il faut dire qu’un seul portique de sécurité pour trois vols décollant en une demi-heure d’intervalle, c’est plus que juste. Je n’imagine même pas le boxon quand ces vols sont pleins en haute saison, parce que de portique de sécurite, il n’y en a pas d’autres dans ce petit aéroport de Zadar... Le prix à payer quand on veut faire venir les charters low-cost dans la région, très certainement.

Dès Jeudi matin en débarquant sur l’ile d’Ugljan, je m’étais dit que je consacrerais mon quatrième et dernier jour de vadrouille dalmatienne à ne rien faire, à Zadar. Parce que je savais que mon programme allait me pousser physiquement (c’est dingue ce qu’on est diminuée quand on est en bulle, et je me dois de l’écrire si un jour je relis ces notes !), et mon vol du Samedi étant à 21 heures, il était hors de question que je fasse une quatrième journée à me lever aux aurores, et risquer de passer mon temps dans les transports pour être de retour à Zadar suffisamment tôt pour embarquer vers Dublin. Ce n’est de toute manière pas my cup of tea en temps non-enceinte.

Ainsi, après une grasse matinée bien méritée et appréciée par mon petit corps (pas si petit que ça à cette date avancée d’en-bullotage), je suis sortie dans le vieux centre un peu avant midi, laissant mon sac dans la chambre pour la journée, avec l’aimable accord de Slavica.

En me levant, je m’étais dit que j’irai trainer dans le “nouveau” Zadar, sortir un peu de la vieille ville fortifiée, pour voir un peu la vie en dehors des murailles. Sauf que je ne m’attendais pas à voir le centre plein à craquer, grouillant de locaux, les mains occupées par les glaces artisanales (influence italienne évidente, là encore), ou des poussettes. L’artère piétonnière principale est bondée, et il est impossible de trouver un siège de libre sur les nombreuses terrasses ensoleillées ou ombragées, chaque table étant principalement agrémentée de grandes tasses à et de café.





Je ne peux m’empêcher de penser qu’à cette même heure un Samedi, dans les rues piétonnes de Dublin, ce ne sont ni glaces, ni tasses à café, ni enfants que les gens ont dans les mains, mais des sacs de shopping de toutes tailles... et me dire que ce n’est vraiment pas le modèle social que j’espère offrir à mon enfant. Je crois maintenant volontiers la nana de l’office de tourisme qui me disait à mon arrivée que Zadar en haute saison n’est vraiment pas agréable : si ce que je témoigne aujourd’hui est le Zadar normal, et je le crois sans mal n’apercevant que quelques rares touristes, le vieux centre étant pris d’assaut par les habitants de la ville, je n’imagine même pas le quotidien invivable que doit être la période touristique.

(...)

Lilie
avatar
Lilie

Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Lilie le Jeu 24 Avr - 19:58

Alors finalement, je me dis que si c’est là où se trouvent les Zadarois (comme nous les appelons), là où se trouve la vie du samedi, alors il n’est pas meilleur endroit pour flâner, observer, et passer ma dernière journée dalmatienne. Les terrasses ne ce sont pas désemplies jusqu’à 13 heures, après quoi elles sont soudainement devenues qoisi désertes, sauf pour les éternels trainards de tous pays.
Heure du déjeuner, il était alors temps pour moi d’imiter les Dalmatiens en me calant à leur rythme. Je ne mange normalement jamais de pizzas en voyage, mais puisqu’il était maintenant évident que celles-ci font partie du régime local, quitter Zadar sans même en goûter une serait un affront. De même que quitter la Dalmatie sans goûter le vin rouge local (un shiraz très léger)... Déjeuner pris face a la mer, un rare goût de vacances me venant à l’esprit pour ces dernières heures croates.

Je suis retournée m’asseoir sur l’orgue marin, au bout de la jetée. Là, pendant plus d’une heure, j’ai pris le soleil face à la Mer Adriatique, en regardant la vie passer. Le rendez-vous des jeunes du coin, et je me disais finalement que mes impressions de population vieillissante avait peut-être été trop hâtives. Je voyais aussi beaucoup de familles se promener sur le remblais, de jeunes enfants profitant goulument du grand air. Ça me change de voir une société children friendly, l’Irlande, tout comme la Grande Bretagne, n’acceptant pas les mômes dans le monde des adultes. Oh ! Pas qu’on le dise ouvertement (politiquement incorrect), juste un constat personnel fait depuis quelques années, constat facile à comprendre quand on sait que la vie sociale adulte tourne autour de l’alcool (qu’on le veuille ou non, dans ces pays, on va au pub pour boire, et se saoûler). Ainsi, on n’accepte plus les mineurs une fois la nuit tombée, à l’heure où il est d’habitude de commencer à boire for real, pour de vrai. De même au restaurant, pas un enfant à une table en nocturne, ou dans les mariages, ou les enfants ne sont jamais les bienvenus, les rares présents cantonnés en général dans une pièce à part avec une nounou, payée pour les occuper.

En observant ces Méditerranéens pour qui la vie sociale tourne autour de la famille (peut-être un peu trop à mon goût), je me répète à nouveau que non, l’Irlande, ce n’est vraiment pas le pays où je veux voir grandir Kinder. Il n’y a pas de pays parfait, et diable sait si je reproche nombre de choses à mon pays natal, le voyant maintenant avec un oeil extérieur. Mais ayant le choix (quel luxe !), il semble à l’heure actuelle être bien plus approprié à une enfance épanouie que ce que ma vie dublinoise pourrait apporter à ce môme. Ceci tant que le Front National ne passe pas au pouvoir (médaille de bronze aux dernières élections, c’est flippant !)...


(...)
Lilie
avatar
geob

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par geob le Ven 25 Avr - 6:04

" Mais je n’y peux rien, la vadrouille, ses imprevus, la decouverte et l’effort que necessite cette decouverte, observer les gens d’un pays et les rencontrer, c’est ce que je prefere, bien plus que la consommation facile de paysages servis sur un plateau."


Je ne saurais dire mieux !


La vie à "l'italienne", je l'ai ressenti tout le long de la cote adriatique. J'étais surpris de voir autant de monde dehors, sur les places publiques, alors que la nuit était tombée et qu'il faisait frais en ce mois de novembre, il y a belle lurette !
avatar
Lilie

Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Lilie le Sam 26 Avr - 9:55

Les Dalmatiens gens du dehors, c’est une évidence, et population il me semble assez tournée vers la mer. J’ai vu pas mal de gens pratiquer l’aviron par exemple, à Zadar, dans les blèdes côtiers apperçus hier, et même à Skradin, tout petit village. Quant à l’activité nautique de plaisance, si hier je me posais des questions, j’ai aujourd’hui mes réponses : dans mes cent quatre-vingt degrés de vision, sans tourner la tête, j’ai compté en une seule fois entre la côte zadaroise et l’ile d’ Ugljan à environ 4 kilomètres de là, jusqu’à 16 voiles hissées ! Et c’était sans compter les “paquets blancs” que je croyais apercevoir au loin, ni les quelques bateaux à moteur. La plaisance est-elle une nouvelle activité régionale apparue depuis la fin de la guerre, de paire avec une légère envolée économique (mais conséquente par rapport à l’avant-guerre socialiste) ?

C’est plus fort que moi, la guerre d’Ex-Yougoslavie est omniprésente dans ma tête durant ce séjour ici. Je me souviens qu’alors âgée d’une dizaine d’années, les infos télévisées nous passaient bi-quotidiennement les images des conflits entre Serbes et Bosniaques ; Sarajevo, Belgrade ou Zagreb étaient des noms de villes que je ne situais alors pas du tout et qui pour ma tête de petite Française, me paraissaient bien loin.
Slavica a deux filles qui vivent à Zadar, et cinq petits enfants. Pas de fils, pas de mari pour cette cinquantenaire (elle vit seule). Disparus pendant la guerre ? me demandais-je. Beaucoup de vieux, pas mal de jeunes, mais des quarantenaires, ce sont peut-être les minoritaires des tranches d’âges que j’ai croisées. Conséquence de cette même guerre ? J’ai croisé quelques hommes amputés de bras, de jambes. Pas des masses, mais suffisamment pour que je le remarque. Et ces personnes âgées, qui ont passé leur vie ici en Croatie, sans jamais s’exiler, quels témoignages ne dévoileront-elles jamais? Et le “nouveau” Zadar que j’ai traversé en bus à plusieurs reprises, qui semble dater du milieu/fin des années 90... A quel pourcentage cette ville a-t-elle été détruite ? Emil, le Serbe rencontré à Dublin, m’avait appris que la Dalmatie avait été très touchée par la guerre, et je sais que la vieille ville de Zadar a été complètement reconstruite (il semble que “reconstruction” fasse partie de l’histoire de cette ville depuis bien avant les Romains).
Oui, la guerre a été omniprésente dans ma tête.
On dit qu’il faut deux générations pour qu’un peuple oublie son histoire. Cette dernière guerre a moins de vingt ans, encore fraiche dans les mémoires. Pourtant, la vie continue. Parce qu’ils n’ont pas le choix, que de se lever tous les matins et de continuer à vivre, quel que soit le passé qu’ils ont connu.

Cet effleurement des Balkans a ouvert une brèche à ma curiosité, et je pensais cet après-midi, en griffonnant la note précédente posée sur une terrasse, que cette région du monde pourrait être pas mal pour de premières vadrouilles avec un jeune enfant : accessible en trois petites heures d’avion, temps clément pour le plein air, géographie invitant aux randonnées (un enfant peut marcher des heures si habitué dès son plus jeune âge et à condition de tenir sa curiosité éveillée), bord de mer, nourriture sans piment, histoire, et société accueillant les enfants (du moins sur la partie méditerranéenne, je ne sais pas s’il en est de même dans les terres).
Les Balkans demandent un approfondissement non négligeable, et je referme ce cahier en ayant la certitude que je pousserai la découverte de cette partie de l’Europe, la prochaine fois certainement accompagnée d’un bambin... et de mon inséparable sac à dos.

Lilie
avatar
Wapiti
Admin

Localisation : Annecy et Thonon (74) France

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Wapiti le Sam 26 Avr - 11:18

rêveur J'ai rattrapé enfin mon retard de lecture dalmatienne...
Et je te remercie Lilie d'avoir accepté de re-publier cette parenthèse si précédemment éditée elle avait été, parce que de souvenirs de tout cela je n'en avais aucun !

Me voilà à me dire que ce coin de planète mériterait sûrement que mes godillots aillent l'expérimenter également... En tout cas, tu sais mettre l'eau à la bouche de la voyageuse que je suis. rêveur


_________________
"Nous méritons toutes nos rencontres, elles sont accordées à notre destin et ont une signification qu'il nous appartient de déchiffrer." F. Mauriac
avatar
Wapiti
Admin

Localisation : Annecy et Thonon (74) France

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Wapiti le Mar 29 Avr - 19:14

Lilie ! Lilie !
Je suis justement à Zadar avec Arte en ce moment-même !!!
rêveur


_________________
"Nous méritons toutes nos rencontres, elles sont accordées à notre destin et ont une signification qu'il nous appartient de déchiffrer." F. Mauriac
avatar
Lilie

Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Lilie le Mar 29 Avr - 20:24

Et ça te plaît?  clin d'oeil 

Lilie
avatar
Wapiti
Admin

Localisation : Annecy et Thonon (74) France

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Wapiti le Mar 29 Avr - 20:32

Béh, ça me confirme qu'il faudra que j'aille voir et expérimenter cela par moi-même un jour. clin d'oeil


_________________
"Nous méritons toutes nos rencontres, elles sont accordées à notre destin et ont une signification qu'il nous appartient de déchiffrer." F. Mauriac
avatar
Lilie

Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Lilie le Mar 29 Avr - 21:29

top ! 

Lilie

Contenu sponsorisé

Re: Parenthèse dalmatienne

Message par Contenu sponsorisé

  • Répondre au sujet

La date/heure actuelle est Ven 18 Aoû - 10:55