Le Village du Peuple Etrange Voyageur

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Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

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Wapiti
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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapiti le Sam 24 Jan - 13:49

Car nous avons la chance de nous arrêter à Yendouma le jour du marché.
Symphonie de couleurs, d’odeurs, de bruits. Agitation fantastique ! Quand tout un pays se retrouve. Jour de fête.
A l’entrée du village, sous un arbre, les vendeuses de dolo, la bière de mil. Nous avons pu constater que c’est une boisson appréciée, qui coule à flot dans les calebasses les jours de marché.
Sous les arbres, les femmes bavardes, assises à même le sol, vendant leurs fruits, légumes, beurre de karité, et beignets frits sur place, bambins gambadant autour d’elles.
C’est une féerie de couleurs vives, ces dames s’étant « mises sur leur 31 » pour ce jour. C’est un joyeux piaillement continuel qui pourrait très vite saouler. C’est une bousculade permanente pour arriver à se frayer un chemin entre ces beaux corps noirs…
Autour, les hommes négocient les céréales et noix, ou les animaux…
Quelques étals de produits plus « européens » ou « modernes »…
Un peu plus loin sur les rochers, l’abattoir en plein air, et le méchoui collectif…
Sur un bord, un « parking » rempli de charrettes et d’ânes en attente de labeur.

Il en arrive de partout.
En charrettes par le sentier qui vient de Bamba à l’est et de Tiogou à l’ouest.
Tête lourdement chargée, à pieds sur le sentier, à travers la plaine sablonneuse depuis Youga, ou du haut de la falaise depuis les villages du plateau. Ces dernier(e)s ont dû escalader les rochers, descendre des échelles, marcher plusieurs heures pour venir. Ils - Elles surtout ! - feront le trajet inverse en soirée, finissant de nuit… Du délire à nos yeux !


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Wapiti
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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapiti le Sam 24 Jan - 13:53

A regarder vivre paisiblement ce village, il me prend des envies de partager un peu plus qu’une journée, une brève visite avec eux. Il me prend l’envie de me fondre dans leur environnement et leur vie durant plusieurs jours, plusieurs semaines.
Leurs conditions de vie sont certes rudes, mais une vie aussi simple paraît si joyeuse.
Ne pourrait-on laisser nos oripeaux dans un coin quelques temps ? … et veiller le soir autour du feu, dormir sur une natte sur la terrasse, crapahuter pour transporter l’eau ou le bois, piler le mil deux fois par jour, travailler les champs et potagers, marcher des kilomètres pour aller au marché voisin, se laver et faire la lessive à la mare, bavarder, rire et chanter avec elles…
L’idée m’a réellement traversé l’esprit. Je doute simplement de pouvoir tenir physiquement le coup très longtemps…
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Skyrgamur

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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Skyrgamur le Sam 24 Jan - 15:20

Wapiti a écrit: [Ne pourrait-on laisser nos oripeaux dans un coin quelques temps ? … et veiller le soir autour du feu, dormir sur une natte sur la terrasse, crapahuter pour transporter l’eau ou le bois, piler le mil deux fois par jour, travailler les champs et potagers, marcher des kilomètres pour aller au marché voisin, se laver et faire la lessive à la mare, bavarder, rire et chanter
L’idée m’a réellement traversé l’esprit. Je doute simplement de pouvoir tenir physiquement le coup très longtemps…

Pourquoi ne pas essayer à Thonon en ce moment ? rire


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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapiti le Sam 24 Jan - 15:24

pensif Il y aurait comme qui dirait une petit impossibilité technico-temporelle... -> voir
boule


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Skyrgamur

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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Skyrgamur le Sam 24 Jan - 15:40

C'est ce qui en ferait le charme. clin d'oeil


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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapiti le Dim 25 Jan - 20:26

Il est temps de quitter ce Pays Dogon.
Dans la cour du campement collectif d’Irébane, la myriade d’enfants, danseurs et fêtards de la veille, assiste au chargement de nos 4x4. Nous disons adieu à nos 6 porteurs dogons, discrets mais efficaces durant cette semaine, au petit âne gris de notre guide, qui a lui aussi fini sa part de travail.
Double sentiment de frustration et de soulagement.
C’est déjà fini ? On serait bien resté plus longtemps en ce Pays Dogon si beau, si accueillant, si propre… A visiter encore tous ces villages reculés du plateau que nous n’avons pas vus. Regrets. A partager un peu plus avec ce peuple si simple, si fier.
Mais soulagement aussi pour moi : je sais que la suite du voyage sera plus reposante pour mon corps marqué par les journées douloureuses et la fièvre qui s’installe.
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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapiti le Dim 25 Jan - 20:29

2/ UNE SEMAINE DE CIRCUIT DANS LA RÉGION CENTRALE : Hombori – Gourma – Tombouctou – Niger – Djenné – Mopti

Sur la piste cahoteuse et poussiéreuse, au milieu des baobabs et acacias, les 4x4 se fraient un chemin entre les très nombreuses charrettes qui reviennent du grand marché qui a eu lieu hier à Bamba. Tout un peuple en migration. Nous nous arrêtons plusieurs fois pour acheter quelques mangues délicieuses aux vendeuses assises en bord de piste.
Puis nous retrouvons la route goudronnée de Douentza. Nous ne nous y arrêterons que pour un déjeuner dans un bel établissement de la ville. Retour à la civilisation : une ville avec des rues, des maisons de ciment, des véhicules, des jardins, les couleurs éclatantes des bougainvilliers, de véritables sanitaires « à l’européenne » avec robinets et eau courante ! Nous rions de nous-mêmes.

Douentza, c’est la fin du « vrai » plateau dogon, mais ce n’est pas la fin du massif.
En un après-midi de 4x4 filant très rapidement vers l’est sur la route bitumée, la route nationale 66 reliant Mopti à Gao en une interminable ligne droite, nous traversons une région de plaine aux horizons infinis, plantée de quelques arbustes, d’où surgissent de nombreux pitons rocheux oranges et roses aux parois verticales. Le Far West malien, qui mérite bien son surnom. Au bout de cette journée apparaissent la Main de Fatima à notre gauche, les Monts Hombori, point culminant du massif, à notre droite.
Entre les deux, notre campement : une grande cour de terre protégée des troupeaux par un muret, deux baraques de pisé avec leur terrasse-hôtel, quelques « huttes » peules de branchages pour ceux qui souhaitent une « vraie chambre ».
Le temps semble s’être arrêté ici. Pas de vent, pas de troupeau, de chien, de basse-cour. Peu de personnes. Le silence, le calme… juste ma toux.
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geob

Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par geob le Mer 28 Jan - 4:38

Dans le message n°31 :

... en ce Pays Dogon si beau, si accueillant, si propre


Si propre? J'avoue que cette réflexion, cette annotation, ça me laisse perplexe, à vrai dire... elle me surprend !
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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapiti le Mer 28 Jan - 9:30

Hé oui, Geob.
Après la Mauritanie et Chinguetti envahi de plastiques volants, après le Maroc et ses déchets divers autour des villes, villages et au bord des routes, ce Pays Dogon nous a frappé par sa propreté.
De la poussière de latérite rouge partout il y avait, c'est sûr !
Mais de déchets plus ou moins modernes trainant, nous n'avons point vu.

A l'époque, cette année-là, dans les villages dogons traversés et le long des sentiers dogons arpentés, rien, pas un détritus pour gâcher la vue (ou désaseptiser l'ambiance diraient certains)...

Et cela sera bien différent un peu plus loin au cours de ce voyage... dès Hombori.
Et nous retrouverons des images classiques d'Afrique polluée de déchets dans les villages et grandes villes visités par la suite...


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geob

Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par geob le Mer 28 Jan - 11:03

Comme le compteur de "Debriefing" ne tourne qu'avec ceux qui se connectent, j'en ai donc profité pour chercher, sans me connecter,  le message - n°192- qui m'a fait poster ma remarque toute personnelle et qui n'engage que moi mais, je le précise, ne veut absolument pas dire que je suis pour que le monde devienne une décharge publique :

... Zut ! Moi qui ne désirait pas parler des autres ! Du coup, je reviens à l'institutrice, le jour où elle m'a glacé le sang. Nous étions sur le retour, deux 4x4 nous avaient rejoint pour nous conduire à Nouakchott - ce n'est que le deuxième jour où nous avons retrouvé une route bitumée. Je me rappelle cet arrêt, en plein désert. Le guide discutait surtout avec les deux chauffeurs, ces derniers, bien sympathiques, mangeaient tranquillement, jetant les détritus sous le regard courroucé de l'institutrice. A un moment donné, l'un d'entre eux balança un sachet en plastique. Le vent le poussa vers l'institutrice qui, rageusement, l'intercepta pour le mettre dans une poche.
- On ne peut pas garder le désert propre ! maugréa-t-elle....


J'avais ajouté que tout le monde ignora cette colère de "propriétaire" !
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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapiti le Jeu 29 Jan - 11:58

Au petit matin, quelques femmes et enfants Peuls viennent éveiller le lieu et essayer de nous vendre leurs babioles. Belles femmes peules aux nombreux bijous et lourdes boucles d'oreilles, et aux lèvres enrobées de tatouage, critère ancestral de beauté pour ce peuple.
Pendant que le groupe part gravir la Main de Fatima, je reste seule avec ces autochtones et notre guide. La fièvre et les douleurs de ces derniers jours ont eu raison de mes forces et de mon mental, je lâche prise. Mais qu’il est bon de profiter de cette matinée tout en lenteur, un bon bouquin dans les mains, le nez plus souvent en l’air à regarder la beauté du paysage, les allées et venues, à écouter ces langues dogonne et peule qui chantent et que je ne comprends pas, à imaginer les autres crapahutant, suant, pestant…
Ne pouvant profiter de l’explication du guide Peul qui accompagne le groupe, je demande à mon guide Dogon de me raconter la légende de la Main de Fatima. Après discussion avec mes camarades, nous constaterons que ce sont deux versions assez différentes. Laquelle croire ? De mauvaise foi, j’opte pour celle de notre guide adoré...   clin d'oeil Mais probablement y a t-il autant de versions que de guides, qu’ils soient dogons ou peuls…   rire
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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapiti le Ven 30 Jan - 17:21

Il faut remonter dans les 4x4.
Toujours vers l’est, puis vers le nord, c’est une longue traversée de la région du Gourma qui nous attend, avec un premier arrêt de ravitaillement au marché de Hombori.
Peu de chose à voir avec le marché de Yendouma. Les produits de consommation occidentale envahissent les étals. L’ambiance est moins festive et plus marchande. Le sol est jonché de détritus divers. Mais c’est encore un tourbillon de couleurs, de parfums, de bruits. Quelques Dogons, de nombreux Peuls et Songhaïs, premiers Touaregs, toujours autant d’enfants quémandeurs…
Nous abandonnons ensuite la route pour nous enfoncer sur les pistes dans le « désert »… vaste plaine aux horizons infinis… sable jaune ou rose, touffes vert tendre d’alpha ou de cram-cram, de loin en loin quelques acacias ou baobabs, parfois une forêt de verdure, quelques étendues désertiques plus brunes ou blanches dénotant des zones inondées en saison des pluies… oueds profonds mais asséchés, à traverser cahin-caha… au loin villages nomades peuls, de branchages, de paille, de terre et de toile, … rencontres surprenantes au détour d’un virage, d’une butte : un enfant berger bâton au travers les épaules, un ânier au chapeau de paille pointu sur sa charrette, un dromadaire et son touareg enrubanné de sa chèche…..une bouse monstrueuse d’éléphant !  

Car c’est pour cela que nous venons dans ce coin, que nous « encaissons » ces longues heures de 4x4 cahoteuses : les éléphants de la réserve de Gourma.
En saison sèche, ils se regroupent dans cette savane arborée, ces zones de forêts ombragées et encore humides de marigots. Nous devons aller à leur rencontre, après un arrêt déjeuner dans une maison de touaregs sédentarisés, dans le village d’Inédiatafane. Qui est déjà allé observer les éléphants, sait qu’une « expédition » en pleine après-midi est vouée à l’échec, ou presque. En ces heures chaudes, ces pachydermes se réfugient au plus profond de la forêt et des marigots pour faire la sieste. Et même si notre pisteur touareg est plein d’espoir, il ne peut que nous montrer les bouses monstrueuses, les traces éléphantesques, nous faire écouter les quelques barrissements étouffés et deviner une masse grise qui bouge entre deux arbres, un mouvement d’oreilles gigantesques ou d’une trompe… Promenade sympathique, qui en a laissé plus d’un sur sa faim.
Oui, on peut observer les éléphants à Gourma. Mais il faut prévoir d’y passer une nuit, pour les rencontrer à la nuit tombante ou au petit matin, quand la troupe vient prendre le frais et boire à la mare, à proximité des troupeaux (à voir le terrain labouré de traces pachydermiques encore boueuses, je ne doute pas de la réalité de leur présence !).
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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapiti le Sam 31 Jan - 13:57

Pour nous, c’est déjà le départ. Par la piste défoncée et sablonneuse. Direction nord / nord-ouest. Ce passage par la réserve de Gourma aura eu le mérite de nous faire traverser cette magnifique plaine désertique. Paysage infini, de moins en moins végétal, de plus en plus ensablé. Mais correspondant toujours à des pâturages avec leurs troupeaux déambulant à la recherche d’on ne sait quelle pitance.
Des heures durant, jusqu’à la nuit, et le lendemain matin… Un beau voyage, un peu rapide, un peu chaotique mais mené de mains de maîtres par nos chauffeurs touaregs.

Au bout de la piste, au bout du sable, un obstacle d’eau, marron, puissante. Un bras du Niger. Première rencontre avec le fleuve. Sur la plage 3 pirogues, quelques femmes et enfants en pleine vaisselle ou lessive, une baraque de branches, du poisson qui sèche sur une grille au soleil, un aigle qui plane au-dessus de nous.
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Attendons le bac pour Tombouctou.
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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapiti le Dim 1 Fév - 19:31

Tombouctou. Ville classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Ville mythique, fabuleuse, mystérieuse, fondée au XII° siècle par les touaregs autour du puits d’une femme, Bouctou (tim Bouctou). Ville sainte de l’Islam, cité fastueuse décrite dans les récits ancestraux arabes, carrefour commercial, elle avait déjà perdu de sa superbe quand René Caillé l’atteignit en 1828. Elle n’a aujourd’hui que ce mythe pour attrait.
Comme bon nombre de touristes qui passent rapidement, nous sommes très perplexes devant cette ville. Débarqués, nous traversons des faubourgs typiques de grandes villes arabes, qui plus est sales, des quartiers aux constructions institutionnelles bien modernes ; nous ne rencontrons pas de véritable « vieille ville », centre qui aurait pu être conservé, restauré, sauvegardé. Tout au plus quelques bâtiments touristiques : les 3 mosquées (dont la Grande Mosquée, barrée d’échafaudages de restauration), les maisons de pierres aux influences marocaines des explorateurs, un ou deux musées… Des maisons qui tombent en ruines, les habitants n’ayant pas les moyens de les restaurer avec les méthodes ancestrales, les ressources en argile se faisant rares aux alentours… Pas de réelle animation en cet après-midi de visite, ni dans les rues assommées de chaleur, ni sur les marchés dont la saleté nous frappe. Un tour à la Maison des artisans touaregs « pour le plaisir des yeux »…
Nous n’irons pas voir les jardins éclatant de verdure au pied des dunes roses qui viennent lécher la ville ; ce n’est pas au programme. Nous ne pouvons qu’imaginer. Nous ne sentirons et ne comprendrons pas l’âme de Tombouctou la mythique.
Mon guide papier (Olizane) dit « A Tombouctou, tout est de poussière et de sable, tout prend rapidement la couleur de la terre. La première heure passée à Tombouctou est de loin la plus délicate à négocier : le sentiment de l’étranger pénétrant dans la ville est plus fort que dans toute autre ville du pays. … il n’est pas évident de s’orienter. Tombouctou mérite qu’on y reste 3 jours, qu’on vienne prendre ici la mesure du temps. Tombouctou la mystérieuse porte bien son nom. Il faut la découvrir par étapes… » Je veux bien le croire.



Finalement, de Tombouctou, ce que nous retiendrons de plus beau, c’est notre hôtel de luxe que l’agence nous offre pour une nuit. Véritable palace comparé à nos campements quotidiens. Des chambres confortables, des lits avec des draps propres, des sanitaires européens, de vraies douches à débit illimité ! Et un festin de gastronomie française au dîner ! Tout cela dans une ambiance des plus agréables. Récemment ouverte, tenue par des Françaises, une bien belle adresse que cet hôtel « La Maison » ; à recommander chaudement pour qui a le budget.
Ce fut une pause ressourçante, mais soyons clairs, ce n’est pas le standing dans lequel j’aime voyager. Une nuit au milieu d’un séjour, oui. Mais pas plus. Je préfère dormir à la belle étoile, sur les terrasses ou au creux des dunes. Me laver avec un 1/2 seau d'eau fraîche à la tombée de la nuit est quelque chose qui ne me dérange pas... Les toilettes sèches, je trouve cela plus hygiénique que la plupart de nos WC publics franchouillards... Se partager le couscous ou le ragoût assis en tailleur sur des nattes autour du feu est toujours un bon moment…
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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapiti le Lun 2 Fév - 14:06

Ce matin, nous ne verrons pratiquement rien du paysage entre Tombouctou et Diré. Un puissant vent de sable voile le paysage d’un brouillard jaune et brûlant difficilement respirable. Deux heures trente d’un film fantasmagorique avec pour seule musique le ronflement des 4x4 lancés à pleine vitesse sur la route.
A Diré nous attend notre pinasse, pirogue à moteur, pour quatre demi-journées de navigation sur le Niger, que nous remonterons en allant vers le sud-ouest jusqu’à Kona.
Mais avant d’embarquer, nous affrontons les bourrasques de sable pour un petit tour dans le village et son marché qui s’installe. Un marché tout en couleur et en vie, mais encore une fois celui-ci ne tient pas la comparaison avec Yendouma… Ce sera tout de même l’occasion d’acheter du beurre de karité, quelques herbes pour les sauces des succulents mets de notre cuistot, et de la menthe fraîche pour parfumer la pinasse et nos futurs thés.

Après notre pied montagnard dans les éboulis de la falaise, c’est notre pied marin qui va être testé sur le Niger. Tout comme la première « escalade » d’une échelle dogonne, la première « grimpette » sur une pinasse est une expérience !
Une planche posée sur la plage et une main amicale d’un de nos pinassiers, et nous voilà hissés sur ce frêle et long esquif de bois très sensible au tangage. Et là, il faut se débrouiller tant bien que mal pour apprivoiser ce nouvel environnement. Travail d’équilibriste. Pour se déplacer, il faut s’accrocher au bois et aux tiges tressées constituant le toit, les pieds sur la margelle à fleur d’eau. Un mouvement trop brusque, une glissade et c’est la bascule vers le fleuve ; un déséquilibre de poids et l’embarcation prend l’eau à seaux. D’ailleurs, elle prend déjà l’eau : nous ne sommes pas encore installés que notre cuisinier s’est déjà converti en mousse chargé de l’écope qui ne cessera d’être utile au cours de ces longues heures de navigation… Notre « espace » des jours à venir : à l’avant, notre bazar de sacs, de tentes, matelas… sous une natte ; quelques banquettes de bois avec des coussins où 3 personnes à peine peuvent s’asseoir de front ; derrière, non protégés par le toit, la « cuisine » de notre chef et l’espace de nos deux pinassiers, Ibrahim et Alex ; le moteur ronflant et, à l’arrière, entouré de 3 murs de planches, des sanitaires minimalistes : un trou au milieu d’une planche ! Évacuation directe dans les eaux du fleuve…
Figures bozos peintes sur la proue, pavillon français au sommet du mât, reggae en boucle dans le poste radio pour tenter de couvrir le bruit du moteur, un nouveau voyage commence sur le Niger.
Et il débute dans des conditions climatiques pas vraiment idéales : le vent de sable brouille l’horizon et agite les eaux qui nous sautent au visage et contribuent au remplissage régulier de la pinasse et à l’humidification de nos sièges. Pour la 1ère fois du voyage nous trouvons un intérêt réel à avoir emmené nos vestes coupe-vent.
Heureusement, certaines portions de navigation seront abritées de ce vent qui par moments remuera néanmoins sans ménagement notre embarcation, mais qui daignera tomber en soirée pour nous offrir de calmes bivouacs sur le sable au bord de l’eau.
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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapata le Lun 2 Fév - 21:01

à mettre en fond sonore pour ce chapitre et pour ceux à venir gag !



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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapiti le Lun 2 Fév - 21:47

top !

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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapiti le Mer 4 Fév - 7:54

Le Niger, c’est un peu le Nil du Mali, une richesse inestimable. Voie de circulation importante, mais surtout ressource économique majeure. Source d’eau inépuisable où s’abreuvent les troupeaux des Peuls et qui permet d’irriguer les champs de mil, les rizières, les petits potagers qui le bordent. Réserve poissonneuse importante exploitée par les Bozos dont la production est vendue et appréciée sur de nombreux marchés africains, bien au-delà des frontières maliennes. Les experts économistes disent que la boucle du Niger, bien exploitée, pourrait nourrir toute l’Afrique en parfaite autosubsistance. Si seulement les populations locales, les investisseurs, les décideurs se donnaient la peine…
Les contours de ce grand fleuve, qui peut se transformer en une petite mer intérieure en saison des pluies, varient sans cesse. Sur ses rives, les populations Bozos et Peuls y ont installé des villages provisoires, des campements de rocs, de terre et de branchages, quelques villages de pisé plus permanents sur les buttes qui restent émergées à l’année. Parfois, au cœur de ces lieux de vie, nous observons une petite mosquée de banco au style soudanais. Sur certaines buttes de sable, petites dunes, des barrières de branchage qui font penser aux paravalanches des Alpes, ou des plantations d’arbres, nîms ou eucalyptus, tentatives de résistance au désert qui avance ici aussi.

Ces rives du Niger sont toujours très animées. Troupeaux déambulant ou qui s’abreuvent sous la surveillance de leurs gardiens, cultivateurs irriguant leurs dernières plantations, scènes collectives de lessive ou de vaisselle où femmes et enfants s’affairent dans un joyeux bazar.

Le fleuve lui-même est animé : nous croisons des pinasses chargées de marchandises, de bois, de passagers, parfois lourdement affrétées avec l’eau qui vient lécher leur bord, souvent suivies d’un nuage noir de dégagement toxique. Quelques pirogues qui glissent en silence, gréées d’une grande voile carrée généralement multicolore.
En fin d’après-midi, nous croisons des nuées de pirogues de pêcheurs Bozos qui chassent au filet épervier ou avec des nasses. Travail d’équilibristes. Un lanceur de filet à l’avant, un navigateur avec sa perche à l’arrière. Hommes, femmes, enfants, travail de tout en peuple. Qui ont toujours un petit signe de main ou un pas de danse assuré sur leur frêle esquif pour saluer le rythme de notre djembé. Challenge pour le touriste photographe qui désire les surprendre dans l’action. J'ai réussi !  
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lahaut

Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par lahaut le Mer 4 Fév - 11:06

Han!!       woooooooooooooooooooooooh tout ça à lire !!! 3 pages entières  mon dieu ! !! peux tu me faire un 'tit résumé en 9 ou 10 lignes maxi ? merci !!
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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapiti le Mer 4 Fév - 13:56

lahaut a écrit:Han!!       woooooooooooooooooooooooh tout ça à lire !!! 3 pages entières  mon dieu ! !! peux tu me faire un 'tit résumé en 9 ou 10 lignes maxi ? merci !!
Non. buté T'as qu'à en lire un ou deux petit(s) post(s) pas jour et tu finiras bien par rattraper le fil du récit, au fil du Niger qui coule... langue


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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapiti le Jeu 5 Fév - 13:37

Nous croisons aussi une faune intéressante, essentiellement aviaire : aigles pêcheurs qui planent au-dessus de nos têtes à l’affût d’une proie, aigrettes blanches et hérons Goliath les pattes dans l’eau, mouettes poursuivant la pinasse, nuée d’oiseaux piaillant et s’agitant autour d’une brassée d’arbres au bord du canal… parfois un poisson saute hors de l’eau, trop petit et rapide pour que nous puissions le reconnaître…
… et, après le « seigneur de la savane » à peine entraperçu du côté de Gourma, nous aurons beaucoup plus de chance avec « le seigneur du fleuve », le wapata, l’hippopotame ! J’en connais un qui est ravi de les avoir vus sans être allé les rejoindre ! clin d'oeil Bon, ils sont un peu loin, il faut un très bon zoom, mais on les a bien vus quand-même, eux !
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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapiti le Jeu 5 Fév - 13:39

Pendant de longues heures, au son de Bob Marley, nous lézarderons sur la pinasse à regarder le fabuleux paysage défiler. Une petite sieste… un peu de lecture… quelques thés à la menthe préparés par Ibrahim et notre guide Amono… de belles discussions très intéressantes, notamment avec Kalane, notre « guide du fleuve » Songhaï qui nous a rejoints en sautant d’une pinasse à l’autre…
Et quand Amono le Dogon tapote son djembé en chantant, on se laisse couler dans un instant de délice, assis sur le toit de joncs face au soleil rougeoyant du couchant, ou calés dans les coussins, le regard à l’horizon peuplé de pirogues de pêcheurs Bozos…
Pure zénitude.
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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapata le Jeu 5 Fév - 17:58



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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapiti le Ven 6 Fév - 16:18

Pour se dégourdir les jambes, nous descendrons visiter quelques villages dont j’ai oublié le nom, qu’Allah et Kalane me pardonnent. Rues poussiéreuses de sable rouge ou jaune entre maisons de banco et quelques arbres, détritus de tout genre dans certains coins, femmes au travail, et toujours une volée d’enfants pour nous accueillir, nous courir après, nous solliciter : « Donne-moi bic ! Donne-moi cadeau ! Donne-moi bidon ! »
Nos fameux « bidons », comprenez bouteilles plastiques ou gourdes, tant convoités dans cette région. Nous avons même vu des enfants se battre pour en 'décrocher' un  , alors que les petits Dogons se partageaient à plusieurs, en toute fraternité, les rares barres de céréales que nous leur abandonnions... Peut-être y a-t-il plus de misère au bord du fleuve ? En tout cas, nous ressentons plus souvent plus d’agressivité dans les demandes de cette jeunesse en surnombre… Commencerions-nous à nous fatiguer d’être ainsi sollicités ? Il est très probable que nous atteignions notre seuil de tolérance…

Une exception : un village visité le deuxième soir à la tombée du jour, au pied d’Aïré Bozo. Un village bozo, de roc, de pisé et de paille, comme les autres. Avec une myriade d’enfants de tous âges, comme partout ailleurs. Nous avons traversé leur plage où se jouait un match de foot entre ados et jeunes adultes. Nous avons fait le tour du village accompagnés d’enfants, nous avons salué les adultes rencontrés, observé une famille en train de fumer et sécher le poisson… Une demi-heure de promenade sans une seule demande, sans un seul « donne-moi… ».  Très agréable et finalement déstabilisant. Kalane nous explique que personne ne s’arrête jamais dans ce village ; nous autres, les « toubabs », ils ne nous connaissent que de loin, quand ils observent les groupes qui bivouaquent sur le sable à quelques encablures, là où nous irons planter nos propres tentes. Ces gamins ne sont pas encore pourris par les dons des Blancs, ils ne sont que curieux de notre différence, ravis de pouvoir nous voir de près, nous toucher… et se contempler dans nos appareils photos numériques qui font le spectacle. Instants de partage en toute simplicité.
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Wapiti
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Re: Pays Dogon et fleuve Niger : quinze jours au Mali

Message par Wapiti le Sam 7 Fév - 14:01

Au bord du Niger, on nous avait prédit des nuits froides et des soirées infestées de moustiques impaludés affamés… nous avons eu de la chance, rien de tout cela. Deux bivouacs ô combien agréables, avec la tranquille et tiède veillée autour d’un petit feu et d’un bon couscous au capitaine, fameux et délicieux poisson du fleuve… et les nuits chaudes où les tentes moustiquaires ont été fuies par certaines qui se sont lovées dans le sable, où les sacs de couchage sont restés entrouverts.
Réveils des plus sympathiques aussi, certes avant le lever du soleil, mais à la douce musique d’un Bob Marley qui chantonne déjà sur la pinasse tankée dans le sable à quelques dizaines de mètres de nos tentes et couchages. Réveil-matin autrement plus délicat et agréable que les cacophonies habituelles de coqs, ânes, chèvres et autres piailleurs matinaux… Mais il faut bien tout cela pour nous sortir de nos creux dans la pénombre de l'aurore.

Notre dernière matinée au bord du Niger débutera avec l’ascension d’Aïré Bozo, un « sommet », une butte de terre et de rocs, qui surplombe le lac Débo, véritable mer intérieure de 450 km². Le sommet nous offre sur celui-ci et les infinis espaces du Macina un fantastique point de vue. A nos pieds, la berge de sable qui a accueilli notre bivouac et le village bozo visité hier soir. A perte de vue l’étendue d’eau nigérienne, et des bandes de sable et de terre, en partie recouvertes d’une tendre verdure sur lesquelles se distinguent des troupeaux en errance, un campement Peul…
En montant là-haut, nous avons traversé le village songhaï installé sur ses flancs. A l’heure du réveil. A l’heure où les portes de branchage des cours s’ouvrent pour laisser divaguer les chèvres et volatiles parqués pour la nuit. A l’heure où les enfants aux yeux encore embrumés arrivent à l’école coranique pour prendre leurs tablettes et ânonner leurs versets dans une langue qu’ils ne comprennent pas. A l’heure où les plus jeunes sont encore enroulés dans leur couverture sur le pas de porte des maisons, en attente du soleil pour repartir à la découverte du monde. A l’heure où les femmes s’affairent déjà, pour réveiller les feux, aller chercher de l’eau au fleuve, organiser la lessive de tout à l’heure, …

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