Le Village du Peuple Etrange Voyageur

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    Debriefing II

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    Message par geob le Sam 1 Juin - 11:32

    Les Témoins de Jehovah en Thaïlande


    1


    Parfois je les remarque dans le quartier Montparnasse, toujours en binôme, abrité derrière leur présentoir à roulettes garni de revues édifiantes. Ils ont l'air heureux, ils se parlent, sourient, et quand vous passez devant eux, et pour peu que vous jetiez un coup d’œil impavide sur leur matériel et leur présence incongrue,   ils essaient alors de capter votre regard pour se sortir de leur entre-soi.

    Il fut un temps où l'Etat français les avait considérés comme une secte - d'où leur inscription au fer rouge sur le registre de l'opprobre général. Malgré cela, ils ne baissèrent pas les bras ; ils portèrent cette accusation qu'ils qualifiaient d' outrageante et attentatoire à la liberté religieuse devant les tribunaux ; ils furent déboutés, néanmoins l'Etat finit par passer sous les fourches caudines de la cour de justice européenne qui leur donna raison : non, ce n'était pas une secte. Dans ce genre d'affaires, nous avons tendance à nous croire supérieur du haut de notre laïcité portée comme un étendard, plus intelligents que tout le monde mais, pour ma part, malgré les avis définitifs et tranchants des conseils convenus de mes relations qui exprimaient avant tout une sourde inquiétude face à des gens qui croyaient en Dieu, où plutôt une incompréhension mêlée de commisération, j'acceptai de leur parler sans la moindre crainte car, fondamentalement,  la suite me confirma ce que je savais déjà : les Témoins de Jéhovah fonctionnent bien comme une secte sereinement assumée, du moins d'après mon regard de mécréant, toujours rétif aux croyances religieuses actuellement sur le marché de la manipulation des esprits. Alors parler avec ces gens ne me posait - ne me pose - aucun problème, je sais qui je suis, ce que je pense, en outre je sais aussi ce qu'ils peuvent me communiquer, donc pourquoi avoir une appréhension à côtoyer des croyants vraiment spéciaux de par leurs exigences, et dont leurs réponses aux questions convenues - eh oui - que vous leur posez sont de plus en plus élaborées, structurées, documentées.

    Je savais à qui j'avais à faire. Bon, il faut dire aussi que ce n'était pas un type du genre américain, comme ces Mormons à bicyclette que l'on croise quelquefois dans Chiang Rai, toujours en duo, toujours avec un pantalon noir et une chemise blanche ou comme ce pasteur Témoin de Jéhovah en compagnie d'un de ses coreligionnaires, les pieds dans un cours d'eau, qui baptisait vigoureusement des Akhas en leur maintenant la tête sous l'eau, tandis que sur la berge des membres de son ethnie attendaient leur tour, sous un air de guitare similaire à "Michael est de retour, alléluia", jouée et chantée par une jeune femme bien contente de rester au sec. Ce jour là, je me rendais à une cascade au sud ouest de Chiang Rai, je vis cette scène "biblique" du bord d'une petite route ombragée mais je ne fis qu'un arrêt de quelques secondes, et je ne sortis même pas mon appareil photo.

    Je veux bien parler de spiritualité, ça dépend avec qui. En l’occurrence, ce fut avec une coréenne d'une quarantaine d'années, cheveux courts, énergique et souriante. Nous avions des cabines voisines aux sources d'eau chaude de Ban Phasoet....
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    Message par geob le Sam 15 Juin - 11:12


    LES TEMOINS DE JEHOVAH    


                                                               

    II





    La "hot spring" de Ban Phasoet est un endroit fort agréable, situé dans un jardin toujours entretenu, non loin d'un parc national. Les deux employées qui s'occupent de la piscine et des cabines me connaissent bien. L'une d'entre elle est une Akha : petite, les jambes musclées comme tous les membres de son ethnie habitués à monter et à dévaler des collines, mère de trois enfants... déjà ! pense-t'on à la voir apparemment si jeune, elle a beaucoup d'humour mais elle se méfie de moi parce qu'un jour, devant moi, elle ferma une cabine sans l'avoir préalablement nettoyée, elle s'était juste assurée que rien n'avait été oublié à l'intérieur.  J'eus un sourire ironique qui ne la déstabilisa pas -et d'ailleurs je constatai par la suite que c'était sa technique, disons... pour aller au plus vite. Elle décida alors de m'attribuer celles que j'appréciais. Et à chaque fois elle me mettait à disposition une cabine qui n'avait pas été utilisé de la matinée - je te la réserve, m'informa-t-elle. En effet, j'observai en entrant qu'il n'y avait pas une goutte d'eau dans le bassin, aucune trace d'humidité dans l'espace-douche. Mais bon, l'eau à 85° doit éliminer pas mal de bactéries... et voici pourquoi je n'ai jamais été traumatisé par cette histoire de nettoyage ou pas et puis je n'ai jamais voulu les ennuyer - sa collègue thaïlandaise est quand même plus courageuse-, en plus il y a des grandes chances qu'on va se revoir et il ne s'agissait donc pas de créer des antagonismes qui laissent des traces.

    Ce jour là, j'arrivai comme souvent entre 11h30 et 12h. Il n'y avait personne derrière le guichet où on achète les tickets. Elles étaient sans doute parties acheter de la nourriture aux restaurants mitoyen du parc, sous l'agréable fraîcheur des grands palmiers. Je vis sur le tableau les clés restantes, que la numéro 31 était prise, je m'emparai de la 32. (les cabines les plus agréables qui me sont toujours attribuées). Elles étaient dans le troisième bâtiment - trois cabines par bâtiment. J'entrai dans la mienne, il y avait des chaussures devant la porte de la numéro 31 et de la numéro 33. J'ouvris les robinets d'eau chaude et froide, puis je vins m’asseoir sur le banc dans l'espace commun,  en attendant que la moitié du bassin se remplisse - je laisse toujours la porte ouverte. J'entendais des conversations en thaï, la porte de la 31 s'entre-ouvrit et je vis le dos d'une dame en robe verte qui continuait sa conversation avec une autre jeune femme, en maillot de bain d'une pièce - les thaïs ne se baignent jamais nus-, qui essayait de se cacher derrière la porte entre ouverte. Dès qu'elle celle-ci fut fermée,  la dame se tourna vers moi et réalisa qu'il y avait un farang assis sur le banc en pierre. Elle eut un mouvement de surprise mais me salua aussitôt en anglais. Cheveux courts, sourire franc, elle dégageait un dynamisme contagieux. Echanges habituels en ces circonstances, elle fut tout de même étonnée de ma longue fréquentation des sources d'eau chaude depuis tant d'années Et voici la jeune femme qui était avec elle, elle apparut telle une naïade avec ses longs cheveux mouillés, aussitôt la dame lui présenta le "farang", tout en sortant un sèche-cheveux de son sac. Elle le tendit à sa relation bien plus jeune qu'elle (il y a une prise électrique sur le mur), il y avait du boulot pour sécher cette superbe chevelure. Ce qui me frappait surtout c'était ses yeux immenses, elle me regardait avec une intensité d'entomologiste observant une fourmi qui ne savait plus où aller. Je les pris en photo, elles posèrent pour moi bien volontiers mais la dame me parla ensuite de... Jésus ! Allons bon ! Elle me montra des... disons des prospectus,  un fascicule, je feuilletai négligemment par politesse et je me disais oh merde je suis tombé sur des témoins de Jéhovah !

    La dame plus âgée est une coréenne. Non non, me dit miss "grands yeux", moi je suis thaïlandaise ! Et je m’aperçus qu'elle avait une approche très relative du dénommé Jésus, la coréenne était juste une amie. Des enfants? Même pas en rêve! Elle veut juste être libre, je ne lui donnais pas tort puisque le système solaire va exploser dans trois milliards d'années, alors faire des enfants...

    La coréenne demanda à la thaïlandaise de prendre mon numéro de téléphone parce qu'elle voulait qu'on se revoit plus tranquillement. Je ne crois pas en Dieu, dis-je. C'est pas grave, no problems ! J'acceptai, puis, indiquant que le bassin de ma cabine serait bientôt rempli, je me devais de prendre congé et je réintégrai ma dite cabine après moult salutations enjouées.

    Une semaine plus tard, je reçus un coup de fil. Rendez-vous dans le café face à la "gold clock-tower". Revoir miss "grands-yeux" m'agréait fort...


    Maadadayo !
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    Message par Dolma le Ven 5 Juil - 16:03

    Voilà bien longtemps que 'la semaine plus tard' est passée... Alors tu la racontes quand ta rencontre ?
    Tu nous fais languir, c'est pas sympa clin d'oeil
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    Message par Skyrgamur le Ven 5 Juil - 16:40

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    Message par geob le Sam 6 Juil - 10:33

    Les Témoins de Jéhovah


                                                                      III

    Jusqu'à la fin des années 80, début années 90, il était quasiment impossible de  boire un expresso en Thaïlande -peut être dans les grands hôtels et les palaces? En tout cas, le seul café que l'on vous servait était du genre café américain, du jus de chaussettes. Et puis une année, je vis pour la première fois l'enseigne Starbucks à Bangkok. Alors  fleurirent plusieurs compagnies vernaculaires avec leurs plantations de caféiers, leurs torréfacteurs, des cafés s'ouvrirent un peu de partout, toujours bien décoré et confortable, où même les cappuccinos s'affichaient  sur les cartes. Dans Chiang Raï idem, mais pas que, ainsi sur les routes de campagne  aux alentours, des oasis de fraîcheur se proposent aux curieux et amateurs de bon café - aussi bon qu'en Europe, et d'ailleurs aussi cher si on ne connait pas les bonnes adresses. Bon, il faut que j'arrête de parler de café, revenons à ma dame coréenne. Elle avait demandé à miss "grands yeux" de prendre mon numéro de téléphone pour pouvoir convenir d'un rendez-vous où nous prendrions le temps de discuter.

    Les jours suivant, après plusieurs coups de fil, nous nous donnâmes rendez-vous au Pangkorn coffee, face à la tour-horloge dorée qui fait la fierté de la ville. A ma grande surprise, je rencontrai quatre personnes, toutes coréennes, mais pas de "miss grands-yeux". La dame coréenne vint avec son mari, beau visage fatigué, douceur et bonté incarnées, coiffé d'un chapeau de paille et arborant des lunettes de soleil très foncées. Et il y avait leurs amis, un jeune couple étonnant : lui, flué par rapport à sa compagne, il portait une casquette de tweed et de petites lunettes rondes ; elle, d'emblée, me fut sympathique, elle était souriante et visiblement intéressée par cette rencontre. Bien entendu, eux aussi témoignaient pour Jéhovah ; tous les quatre avaient en main une tablette... Samsung ! Cela permit de résoudre quelques problèmes de compréhension, tout en ralentissant les échanges.
    - Mes amis viennent de Chine, me renseigna la dame coréenne
    Je fis montre d'un vif intérêt, encore plus quand ils me précisèrent qu'ils y avaient vécu 10 ans ! A faire quoi? Du prosélytisme dans ce pays communiste ! J'en revenais pas, ils avaient l'air si tranquille, si heureux, ils ne donnaient pas l'impression d'avoir été entravés dans leur mission d’évangélisation de ces masses populaires mais, à mon avis, pour un résultat minimaliste et peu gênant pour le pouvoir de Pékin. Bien entendu, ils n'étaient pas les premiers témoins de Jéhovah, ils avaient sans doute été accueilli par leurs frères et sœurs chinoises, puisque c'est ainsi qu'ils s'appellent entre eux. Dans ce monde individualiste, du chacun pour soi, je percevais chez eux ce sentiment de sécurité et de solidarité que leur procure leur communauté, leur secte.

    Pour éviter leur discours sectaire le plus longtemps possible, je captai l'attention de la jeune femme qui revenait de Chine. J'eus l'intuition qu'elle n'était pas obsédée par la Bible, qu'elle devait exercer  sa curiosité sur d'autres sujets. Alors je sortis de ma besace culturelle mon admiration sincère de la culture asiatique, et coréenne en l’occurrence, en citant les noms de quelques cinéastes et écrivains, en particulier celui du cinéaste Bong Joong Ho à propos de son film "Memories of murder" (comme le hasard fait bien les choses, il vient de recevoir la Palme d'or du festival de Cannes pour son dernier film "Parasite").  Oui, elle avait vu "Memories of murder" me dit-elle en se se penchant vers moi, elle me parla de cette fin visuellement si banale et pourtant si saisissante qui laissait pantois les spectateurs quand les lumières se rallumaient dans la salle. Elle aussi avait donc apprécié ce film, j'étais ravi. Mais la dame coréenne nous recadra : et Jéhovah alors?

    Pour jouer si j'ose dire le jeu, je leur posai la question sur le sang des autres qu'ils refusent, tout en sachant que leur réponse était déjà toute prête. Le coréen à casquette de tweed et petites lunettes rondes s’agitait sur sa tablette tandis que la dame coréenne s’évertuait à me faire l'article. Je l'écoutai d'une oreille distraite, mais je compris que l'autre cherchait des documents en français pour me convaincre qu'ils avaient raison de refuser les transfusions. Effectivement, il me tendit enfin sa bibliothèque mobile : la page était pleine de photographies d'hommes en blouse blanche dont les noms anglo-saxons ne me disaient rien du tout mais ils avaient l'air d'être si sérieux, si importants - avoir l'air, c'est exister dans un monde étouffant de conventions. Je parcourus ensuite les textes en français qui évoquaient les progrès de la recherche scientifique, ce que je veux bien croire, nous sommes au XXIe siècle, j'ai déjà oui-dire par ailleurs que l'on peut remplacer le sang par un liquide machin-truc, je ne sais plus trop quoi, mais cela me passionnait modérément, je lisais en diagonale tout en m'apercevant que la dame coréenne avait pris mon smartphone posé sur la table et me le manipulait avec à côté son smartphone. L'inquiétude me gagna, qu'est-ce qu'elle trafiquait sur ces deux appareils?

    Je rendis la tablette au coréen venu de Chine, sans commentaires superflus qui m'auraient entraîné dans une controverse ennuyeuse. La dame coréenne reposa mon smartphone devant moi. Là aussi, je ne fis aucun commentaire mais je n'en pensais pas moins : elle aurait pu me demander la permission, non?

    Une heure et demie plus tard, vint l'instant de se dire au revoir. La dame coréenne me proposa de nous revoir avec une de leur sœur qui parlait français. Ah mais oui, pas de problèmes, avec plaisir !

    De retour dans ma chambre d'hôtel, j'ouvris mon smartphone : il y avait une notification pour l'application Line. Je constatai avec stupeur que la dame coréenne était dorénavant sur ma liste de contacts ! Avec sa photo, seule, et une autre avec son mari et son fils. Bon sang ! Quelle sorcière ! Comment avait-elle fait? J'appelai mon ami musicien, féru en ces matières, pour lui expliquer ce qui m'était arrivé.
    - Oh c'est très simple, me dit-il, elle a certainement scanné ton QR.
    - Quoi?
    -  Elle a scanné ton QR !
    Et le béotien de s'exclamer :
    - C'est du propre !...

    En tout cas, je peux maintenant lire un nom ( ou son pseudo ): Sunny !  Précédé de trois idéogrammes coréens - je suppose. Grâce à Line, Sunny put me communiquer plus facilement notre prochain rendez-vous avec une de ses sœurs qui parlait français. Comme celle ci était très busy, Sunny me téléphona pour se décommander une ou deux fois, et je répondais toujours que cela ne me posait aucun problème.

    Enfin arriva le bon jour, et je choisis une matinée...




    Madadayo




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    Message par Skyrgamur le Sam 6 Juil - 10:46

    Elle t'a aussi piqué tes contacts pour leur insuffler la bonne parole ?


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    Message par geob le Mer 10 Juil - 10:08

    Les Témoins de Jéhova



                                                                      IV


           Cette fois-ci, je ne suis pas arrivé en avance au Pankhorn Coffee. D'ailleurs je n'étais pas pressé, la matinée était superbe, il y avait peu de circulation, et j'ai garé ma moto à quelques centaines de mètres du café. En m'approchant, j'ai constaté derrière la vitrine que Sunny était déjà là, en compagnie de sa sœur qui parle français : ce n'était pas une coréenne ! Une blanche ! Elles portaient toutes les deux la même robe informe, comme une chasuble mais avec des manches jusqu'aux coudes, semblant être taillées dans de la toile de jute, enfin tout pour dissimuler - ou nier?- leur corps, leur féminité.

    Elles m'ont vu arriver. Sunny m'a fait un signe de la main, l'autre tourna la tête vers moi et afficha un sourire radieux. Bon sang ! Elle m'a paru bien charmante avec ses cheveux blonds et ses yeux bleus-azur, et puis... elle me rappelait un visage, le visage d'une actrice américaine, je ne veux pas dire que c'était le sosie mais il y avait une petite similitude, une vague ressemblance : je pensais à Helen Hunt. Alors elle sera pour moi Hélène dans ce court récit, Hélène, une française échouée en Thaïlande pour évangéliser les ethnies ignorées des bouddhistes !

    Elles se sont levées à mon approche, on s'est serré la main. Elles m'ont assigné le fauteuil le plus confortable, je n'ai pas protesté. Le visage de Sunny affichait un air satisfait, alors que celui de Hélène exprimait une joie enfantine. C'était intéressant, me dit Hélène, nous étions en train de réfléchir sur des versets de la Genèse, nous avons eu chacun notre point de vue mais nous avons fini par tomber d'accord. Voilà, leur contentement faisait plaisir à voir, je souriais en permanence en forçant sur mes zygomatiques, cela encouragea Hélène à sortir de son cartable en cuir quelques revues des Témoins de Jéhovah et elle les étala devant elle, sur la table. J'en ai feuilleté une par curiosité, elle était imprimée dans une langue que j'ignorais. C'est en lahu, m'a-t-elle précisé. Les Témoins de Jéhovah impriment leurs fascicules dans toutes les langues du monde, cela démontre qu'ils ont une assise financière conséquente. Leurs fidèles y contribuent puisqu'ils financent eux-mêmes leur... prosélytisme !

    Hélène a sa voiture, elle paye son essence, se rend chez les ethnies toute seule pour leur enseigner Jésus, les encourage à lire la Bible.
    - Vous êtes bien accueillie?
    - Oui, pas de problèmes.
    - Vous parlez le lahu?
    - Oui, je me débrouille...
    - Chapeau ! dis-je, sincèrement épaté.

    Quelquefois, elle reste pour assister à des crémations pour soutenir les familles endeuillées, montrer que Jésus ne les abandonne pas et que les morts vont au paradis. Je me demande si les Akhas, les Lahus, Lisus, etc, ne se fabriquent pas un syncrétisme religieux en s'accaparant de quelques histoires édifiantes pour les intégrer à leurs croyances, juste pour remercier ces gens venus de si loin alors que les bouddhistes les rejettent?

    Hélène étayait ses propos en cherchant dans sa Bible les versets adéquats. Elle arborait son livre comme un talisman, un "doudou", une bouée de sauvetage devant mes questions doctrinales agaçantes, mécréantes. Alors elle tournait des pages avec fébrilité jusqu'à ce qu'elle trouve une réponse pertinente - pour elle mais pas pour moi.

    Mais comment en êtes arrivée là? Hélène a tout abandonné en France. Elle était ingénieur en informatique, elle a démissionné, vendu sa maison, et maintenant elle vit sur son pactole tout en finançant ses missions qui lui apportent tant de gratifications. Oui, mais après? L'avenir ne lui fait pas peur, la communauté, les frères et les sœurs se soutiennent, mais cela lui manque de parler français. Ah ! Tiens !  Sunny avait-elle une idée en tête?

    Sunny nous écoutait parler. J'ai dis Hélène qu'elle devait s'ennuyer puisqu'elle ne comprend pas le français. Hélène transmit ma remarque. Non, non, pas de problèmes dit Sunny, continuez ! J'ai donc continué...



    Maadadayo !

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