Le Village du Peuple Etrange Voyageur

pour nos pensées, nos petites histoires et nos joutes littéraires autour des voyages


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Debriefing II

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geob

Re: Debriefing II

Message par geob le Mer 5 Oct - 10:55

Mayuri, une japonaise.


"On oublie rien, de rien, on s'habitue, c'est tout" chante Jacques Brel. Mais non, on tourne les pages... c'est tout, et c'est naturel. Il en va de même pour les rencontres de voyage, on s'échange nos e-mails, on se donne des nouvelles deux, trois fois, puis la distance et la routine finissent par estomper l'intérêt de poursuivre une correspondance dont on sait, de part et d'autre, qu'elle ne mène à rien de tangible puisqu'elle repose sur l'illusion de faire perdurer ce plaisir des aventures et des émotions partagés, là-bas, ailleurs que dans notre cadre habituel où nous avons nos repères. Bien rares sont ceux ou celles avec qui nous arrivons à nous projeter au delà des convenances et de la routine.

Parfois il m'arrive d'avoir une pensée pour Mayuri, une japonaise que j'avais rencontrée à Pokhara en 2014. Je me demande alors dans quelle partie du monde elle marche, avec son sac à dos de 20 kilos sur le dos, sur quel sentier de montagne elle avance lentement, pas à pas, avec l'abnégation tranquille d'une sherpa porte-faix dans une expédition de touristes aisés. Je n'oublierai pas Mayuri tant que le Népal ne sortira pas de ma mémoire, et je ne vois pas pourquoi il en sortirait puisque j'ai trouvé finalement les népalais d'un commerce aussi agréable que les brésiliens : lorsque je vais dans un pays, j'aime surtout - moins durant les premiers voyages- parler avec les gens, les photographier, sans chercher le pittoresque, et surtout pas en me planquant avec un télé-objectif d'un mètre de long, alors qu'à Paris je vis comme un sauvage et ne cherche jamais le contact, je les évite même !

Tous les matins, c'était un vrai plaisir de prendre son petit-déjeuner à Pokhara. Je tournais sur cinq ou six restaurants, j'évitais ainsi d'aller plusieurs jours de suite au même endroit, histoire de ne pas sombrer dans cette routine qui me tend toujours les bras dans mes périodes de déréliction, ou autrement dit ne pas sombrer dans cette solution de facilité si reposante, ou encore de ne pas avoir envie de se casser la tête, bref, de ne pas laisser les toiles d'araignée m'envahir le cerveau. Le meilleur petit-déjeuner pouvait se prendre dans un restaurant en face du lac Fewa, au centre ville,  bizarrement ignoré des ouvrages guides-touristiques. (J'ai tenté une fois un café au bord du lac, conseillé par "Lonely", mais tellement touristique que cela se lisait sur les visages des serveurs pas très sympathiques, je m'y suis néanmoins attablé et je me suis vite sauvé après avoir parcouru leur carte aux prix invraisemblables par rapport à ce qu'ils proposaient). C'est pourquoi, je prenais un réel plaisir à y revenir pour me retrouver devant un petit déjeuner si bien présenté, avec une qualité et une fraîcheur des produits remarquables - et puis ce pain grillé...





Bon, mais ce n'est pas tout, ce n'est pas dans ce restaurant que j'ai rencontré Mayuri....
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mamina

Localisation : Près de Pau, sur le chemin de St Jacques...

Re: Debriefing II

Message par mamina le Mer 5 Oct - 12:29

J'aime ces rencontres improbables quand on voyage et souvent j'ai l'un ou l'autre visage qui revient quand je laisse mon esprit flotter...
Une petite fille dont le papa nous avait vendu une chèvre dans le désert mauritanien...
Un adorable écolier qui s'était transformé en guide au Cambodge...
Le petit Ahmed qui ne m'avait pas lâché la main au Pays Dogon...
Que sont-ils devenus ????
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Lilie

Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

Re: Debriefing II

Message par Lilie le Mer 5 Oct - 18:45

mamina a écrit:
Que sont-ils devenus ????

Je me pose aussi souvent cette question. J'aimerais qu'ils sachent que je ne les ai pas oubliés. Et même pour certains, que leurs souvenirs est comme un rocher sur lequel je m'appuie dans les moments de tourmente.

Je pense souvent à Felix, de l'Isla del sol, sur le lac Titicaca en Bolivie.

Lilie
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geob

Re: Debriefing II

Message par geob le Lun 10 Oct - 10:27

Mayuri, une japonaise  (II)




Ce matin là, par fainéantise, je décidai de prendre mon petit déjeuner non loin de la "Vagabond guest house", sur une rue pas encore goudronnée en 2014 mais où se trouvent d'innombrables hôtels, restaurants touristiques - c'est à dire adaptés aux goûts des touristes -, dont une boulangerie/ pâtisserie avec baguettes de pain, des croissants et un drapeau français en prime sur un panneau qui affichait un menu - le patron, un type vraiment sympathique et arrangeant-, en conséquence ses quelques tables  étaient souvent occupées. Comme il n'y a pas de devantures qui empêchent de voir les tables des restaurants, je choisis celui où il n'y avait qu'une seule cliente, une asiatique revêtue d'une grossière chemise de bucheron, coiffée d'une queue de cheval très simple, et arborant une paire de lunettes de vue pas très mode : tout son être respirait une totale décontraction par rapport à sa tenue quelque peu sévère.

Je m'assis à une table à côté de la sienne, puis je passai rapidement commande. Et le temps s'écoula. Je crois me rappeler qu'elle écrivait dans un carnet genre "Moleskine". A un moment donné, je me levai pour consulter sur le comptoir des cahiers où les clients notaient leur passage et leur avis sur ce restaurant. Les pages étaient noircies de calligraphie chinoise ! Les touristes chinois s'imposent de partout - bien entendu, il y a un restaurant chinois à Pokhara, peut être plusieurs aujourd'hui, et j'y pris un soir un repas fort délicieux. Bon, je ne lis pas le chinois, je regagnai vite ma chaise. L'asiatique avait observé mon manège, elle rangea son carnet et se leva pour aller feuilleter ces cahiers. Elle le fit plus sérieusement que moi, elle s'attarda sur une page ou deux, puis elle retourna s'assoir. J'eus le temps de constater qu'elle portait un pantalon militaire, et de sacrés godillots de montagne. Elle se trouvait donc à Pokhara pour faire un trek dans les Himalaya aux pics enneigés, d'une blancheur envoûtante, qui semblaient veiller sur la tranquillité de Pokhara. D'ailleurs tout le monde se pointait dans cette ville pour partir dans les montagnes, il suffisait de constater les innombrables boutiques qui vendaient le nécessaire pour le trekking, et il y avait même des magasins de luxe  avec quelques célèbres marques de sport et de plein air. Tout le monde... enfin, sauf le Russe et l'Anglais qui demeuraient aussi dans la "vagabond guest house", et puis moi. Nous ne faisions donc pas partie du monde des trekkeurs et des aventuriers. N'empêche, je pouvais tout de même lui parler :
- Are you chinese?
- No, I'm japonese !

C'est ainsi que je fis la connaissance de Mayuri, la japonaise.

Et la conversation s'engagea. Effectivement, elle attendait depuis plusieurs jours son ami danois pour partir en trek. Un ami danois? Elle avait fait un séjour au Danemark, vu ses parents. J'eus l'impression qu'elle se sentait gratifiée par cette relation, et je ne voyais pas trop pourquoi. Au fur et à mesure de nos échanges, je la trouvais de plus en plus touchante car je ressentais chez elle un complexe, comment dire... pas d'infériorité mais elle avait assurément une mauvaise image d'elle même, enfin surtout de son physique. Je viens d'écrire que je la trouvais touchante, à vrai dire ce sentiment ne m'était pas venu au cours de cette première rencontre, ce fut surtout au bout de la deuxième ou troisième car,  sur l'instant, je la voyais comme une possibilité de l'embarquer avec moi pour traverser le lac Fewa, prendre un passage sur une barque, et donc partager les frais, ensuite grimper ensemble pour se rendre au sommet de la colline où se dresse le stupa construit par des japonais. Elle adhéra tout de suite à cette idée, et le lendemain matin elle vint me chercher devant la "Vagabond guest house"...
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geob

Re: Debriefing II

Message par geob le Mer 19 Oct - 17:36

Mayuri, une japonaise (III)



Le lendemain matin, Mayuri et moi nous prîmes le petit déjeuner dans le restaurant dont j'ai fait l'éloge précédemment. De toutes les manières il fallait passer devant pour se rendre au bord du lac. A l'embarcadère, nous achetâmes un aller-retour, on nous désigna une femme qui ne ressemblait pas à une népalaise, en tout cas elle devait appartenir à une ethnie ou à une caste exotique car beaucoup de touristes de Katmandou n'hésitaient pas à la photographier. Nous la quittâmes pas d'une semelle au milieu d'une grande animation colorée, bruyante, mais sans bousculade ni animosité, ce n'était tout de même pas rue de Rennes à Paris, un samedi après-midi, où il peut arriver que les piétons se cognent les épaules, tous occupés qu'ils sont à vivre dans leur réalités immatérielles et à se se croire seuls au monde. Au milieu d'un enchevêtrement de barques, la femme passa de l'une à l'autre avec souplesse pour finir par s'assoir dans la sienne. Elle prit sa rame, repoussa toutes les embarcations qui l'empêchaient d'approcher de la rive, puis elle put enfin nous inviter à embarquer.


Et Mayuri, elle, elle me prenait en photo, pas mal de fois... pourtant, il n'y avait pas de quoi, sauf que celle ci a le mérite de montrer notre hôtesse et le chemin près duquel on va débarquer (Je présume que ses followers verront ma gueule sur un quelconque réseau social machinchose. Bah... je n'ai rien à cacher aux japonais, encore moins aux japonaises.)





De l'autre côté du lac...



(au fond, à droite, là où on a débarqué, on devine le chemin, et sur la gauche, sur la colline, le cône blanc, c'est le stupa.)


...une fois débarqués, la femme nous demanda combien d'heures elle  devait  nous attendre ; je laissai Mayuri se débrouiller pour déterminer le temps nécessaire. Enfin nous nous avançâmes vers l'amorce du chemin qui grimpe  à pic vers le Stupa, avec ses marches en pierres brutes, irrégulières, parfois mouvantes, et je ressentis aussitôt une appréhension sournoise me gagnait après en avoir franchi  trois ou quatre : oh nom de dieu ! ça monte sévère, elles sont vachement hautes ! Et déjà Mayuri s'envolait, naturellement, sans forcer, comme une mouette pressée d'atteindre l'immense espace bleu, rien que pour elle, sans moi. Eh ! Oh ! Je suis un diesel, moi ! Il faut que mes muscles se chauffent, que mon cœur trouve son rythme ! Merde ! j'aurais dû venir tout seul, cela m'aurait évité de me faire renvoyer à mes arthroses, à mes semelles de plomb, pensai-je dépité. Tout à coup, le souvenir du Mont Emei s'imposa dans mon cerveau paniqué pour balayer toutes ses pensées  parasites, alors je fis comme là bas, en Chine, je me concentrais sur l'endroit où je posais mes pieds pour ne pas trébucher ou déraper, je synchronisais effort et respiration,    j'avançais à mon allure sans me préoccuper de considérations vaniteuses. Au bout d'une dizaines de minutes, je vis un kiosque qui permettait d'avoir une vue sur Pokhara. Sous ce kiosque, Mayuri me fit des grands signes, elle était assise sur un banc en pierre. Ah ça alors ! Elle m'attendait... et elle me prit en photo.





Mayuri s'inquiéta de mon état de forme, je la rassurai. Après un repos de cinq minutes, nous reprîmes l'ascension une nouvelle fois ensemble.  Cette fois-ci Mayuri ne s'envola pas, elle ne prit que quatre ou cinq marches d'avance, j'avais augmenté mon rythme, je choisissais de mieux en mieux les endroits où je posais les pieds, et dans des tournants abrupts je quittais les marches pour fouler la terre et raccourcir mon chemin. Au fur et à mesure que les minutes s'écoulaient, je me sentais de mieux en mieux ; l'écart entre Mayuri et moi finit par se réduire jusqu'à me permettre d'être à ses côtés quand l'espace le permettait. Nous arrivâmes près d'un belvédère, Mayuri monta sur le parapet et me demanda de la prendre en photo.






Nous étions à mi-parcours, le chemin pierreux était large...



puis il redevint vite étroit avec les marches plus nettes.



Une famille française


Lorsque nous les vîmes devant nous, je suis dit que ce n'était possible, ils ne peuvent être ici maintenant. Un bref instant, je crus revoir la famille Drev au grand complet, un jeune couple avec deux garçons que j'ai connus à Chiang Rai, dans la Chian guest house. Je m'aperçu vite qu'il y avait une fille et un garçon, et ce mômes d'une dizaine d'années environ peinaient à suivre leurs parents. La mère montait en longues enjambées élégantes, toutefois elle se retournait souvent pour veiller à ce que ses enfants ne prissent trop de retard, et le père caracolait en tête. J'avais ralenti mon allure pour attendre Mayuri qui ne cessait de photographier les paysages - je remarquai aussi que je n'y échappait pas. Je fus vite au contact avec cette famille qui grimpait encore plus lentement que moi. La mère me salua, s'étonna de me voir seul, je lui montrai Mayuri, un peu plus bas, qui s'activait pour nous rejoindre. Son mari nous attendait une trentaine de marches plus haut, tout étonné de voir sa troupe ainsi renforcée. Après moult salutations, nous montâmes de concert, mais pour Mayuri et moi ce fut en roue libre tant les enfants s'épuisaient avec leurs petites jambes sur ses marches qui redevenaient bien hautes pour eux. Je leur suggérai de faire comme leur mère et moi, sortir de cet escalier incommode et marcher sur la terre. Ce qu'ils firent.

Mayuri s'arrêta de nouveau - la famille continua. A mon grand étonnement, elle transpirait beaucoup et là, sur le coup, elle me parut moins alerte qu'au début - pour ma part, c'était tout le contraire. Elle me montra le chemin de Sarengot de l'autre côté du lac, à quelques kilomètres à vol d'oiseau. La semaine précédente, elle avait tenté de s'y rendre mais la montée lui avait semblé bien longue, elle fit donc demi tour. Lorsque j'entrepris ce petit trek, quelques jours plus tard, je décidai que je ne ferais pas comme elle, il ne fut donc pas question de faire demi-tour malgré l'épreuve - Pokhara se situe à 800 mètres d'altitude, et Sarengot perche à 1500 mètres (sur le chemin du retour, je mis en fuite un buffle qui s'était un peu trop rapproché de moi.)


Vous auriez fait un bon éducateur.

Dorénavant, j'imposais le rythme, Mayuri mettait un point d'honneur à rester près de moi. Nous approchions du sommet, et j'étais pressé d'y arriver pour prendre du temps là haut, boire un coup, se reposer avant que d'entamer la descente, cet exercice qui ne me convient pas. Tout à coup, nous revîmes la famille. Le gamin restait assis sur un banc en pierre tandis que la père, la petite fille s'élançaient à nouveau pour le final. En approchant, j'entendis la mère dire à son enfant qu'il ne pouvait rester là tout seul, mais lui se déclara trop fatigué pour continuer et qu'il préférait les attendre ici. La mère me parut l'exemple type des parents d'aujourd'hui, ceux qui traitent leurs enfants sur un pied d'égalité, pour être cool, quoi, surtout pas autoritaire. D'ailleurs elle commença à monter une, deux marches, lentement, puis elle lui dit en se retournant : bon, c'est toi qui choisit. Elle n'avait pas l'air trop embêté, et sourit en nous voyant. Elle ne bougeait pas, les mains sur les bretelles de son sac à dos. A un mètre du gamin, je m'arrêtai et, sans avoir réfléchi le moins du monde, je lui balançai : Quoi ! Ta petite sœur, elle, n'abandonne pas, et toi tu es donc incapable de la suivre, tu préfères rester assis? Tu devrais avoir honte ! Je fus médusé par sa réaction, la mère aussi. Il se leva brusquement comme s'il venait de réaliser qu'il s'était assis sur un hérisson. Il me regarda sans dire un mot, passa devant sa mère pour continuer à monter et rejoindre son père et sa sœur que l'on voyait encore une vingtaine de marches plus haut. La mère avait un grand sourire de satisfaction en regardant son fils filait tout droit. Avant de recommencer à monter, elle me dit, bluffée  :
- Vous auriez fait un bon éducateur !...






Maadadayo !
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geob

Re: Debriefing II

Message par geob le Sam 29 Oct - 17:07

Mayuri, une japonaise (IV)




Le Stupa de la Paix.

Pour ma part ce stupa ne m'a pas laissé  un grand souvenir et, à vrai dire, je l'aurais déjà oublié si Mayuri ne m'avait accompagné et rendu ainsi cette randonnée fort agréable. En revanche, pour elle, ce n'était pas la même vision puisque se sont des japonais qui ont financé ce monument, sans doute pour se faire pardonner toutes leurs exactions en Asie lors de la deuxième guerre mondiale. Comme les tiges à selfie n'existaient pas en 2014, Mayuri demanda à un touriste indien de nous photographier.  J'oubliais...  Mayuri utilisait un smartphone...





Ensuite, elle visita consciencieusement le site, lu toutes les inscriptions sur des pierres et des plaques commémoratives, les pries même en photos... ouh ! je reconnaissais bien là une japonaise, ou un  japonais d'ailleurs, ils sont tous extrêmement curieux, attentifs à ne rien rater d'un lieu qu'ils visitent. Je trouve cela très sympathique, mais sans moi si ma motivation n'est pas au rendez-vous, comme ce fut le cas ce jour-là, et c'est pourquoi je montai les dernières marches seul pour aller voir de plus près le stupa. Là haut, je tournai à gauche. Je croisai la famille française qui avait entrepris la visite en tournant à droite. Je dis au père qu'ils tournaient dans le mauvais sens. Il me demanda pourquoi, je lui répondis en posant cette question qui le décontenança :
- Vous n'avez pas lu "Tintin au Tibet" et ce qui est arrivé au capitaine Haddock qui, emporté par son élan, dévalait une pente à toute vitesse tandis qu'un sherpa lui criait de passer à gauche du stupa vers lequel il se dirigeait?
- Heu... non, me dit-il, gêné et souriant à la fois .
Mon Dieu ! Quelle inculture !

Sur ce, Mayuri se pointa. Elle arrivait dans le bon sens, cela va de soi. Lorsque nous redescendîmes, elle tint à me montrer les inscriptions qui l'avaient tant intéressée, et cela l'était... mais j'ai vite oublié ce qu'elles racontaient.



Mayuri, une nurse japonaise.


A côté, il y avait une boutique de souvenirs très sommaire, et une terrasse de café avec une carte très succincte. Nous pûmes alors discuter tranquillement, se raconter.
Que fais-tu dans la vie, Mayuri? Elle est nurse, elle gagne 200 dollars américains par jour. Oh? Elle est diplômée, elle est engagée par des familles riches, et on devine ce que ça peut représenter une famille riche au Japon. Mais, tout de même, 200 $...  Après tout, pourquoi pas? Quand elle revient de voyage, elle se branche sur un site spécialisé où elle est inscrite et regarde les propositions. Elle n'a aucune difficulté pour retrouver du travail. Mais la vie au Japon n'est pas si féérique que ça, beaucoup de gens ont des problèmes psychologiques liés au stress, au "burn out". Elle me cite des membres de sa famille, des amies. On est loin des cerisiers en fleurs, des kimonos chatoyants et des geishas aux gestes hiératiques, bref, de la vie sans sushis. Elle est complexée, elle ne le dit pas mais je le sens bien, elle ne se trouve pas jolie. Il suffit de quelques petits changements, des détails...





... d'ailleurs, le soir où je la vis vraiment pour la dernière fois, elle m'a beaucoup troublé mon honorable sœur cadette du Japon ! J'étais attablé dans un restaurant, elle descendait la rue qui va au lac. Elle semblait me chercher, alors dès qu'elle m'aperçut elle entra, ne s'assit pas en face de moi, se décala un peu, ce que j'apprécie beaucoup car j'ai horreur de manger avec quelqu'un en face de moi. Ce soir là, je la trouvais vraiment charmante, elle avait dénoué sa queue de cheval, ses cheveux noirs effleuraient  ses épaules, et elle ne portait pas ses lunettes  mais des lentilles de contact. Et comme pour toutes les asiatiques, ce fut pour moi un gracieux spectacle de la voir manger, manier des baguettes d'une main, et de l'autre retenir ses cheveux quand elle se penchait sur son assiette, un spectacle bien troublant lorsque ses lèvres aspiraient prudemment les "momos" chauds.

Le lendemain, elle quittait donc définitivement Pokhara avec son ami danois.


L'ami de Mayuri, un danois.

Dès notre première rencontre, au petit déjeuner, elle m'avait dit qu'elle attendait son ami danois. Elle le fréquentait depuis quelques mois, ils s'étaient rencontrés au Japon, et elle lui avait rendu  visite au Danemark. Visiblement, elle se sentait gratifiée par cette relation, et j'eus d'emblée de la compassion pour elle car j'avais vite compris, et cela se corrobora au cours des conversions qui suivirent au fil des jours, qu'elle n'était pas sure d'elle, complexée. J'eusse aimé lui insufflé l'idée qu'elle était une belle personne, qu'elle n'avait pas à se tourmenter sur son physique, mais la flemme terrassa rapidement mon envie de me lancer dans un discours alambiqué, et qui plus est dans une langue que je maitrise toujours mal, l'anglais - elle aussi, d'ailleurs, c'est sans doute pourquoi on arrivait tout de même à converser, et lorsque j'avais du mal à comprendre elle sortait son smartphone pour "google translate".

En descendant du Stupa de la Paix, elle pensa à me dire qu'elle avait reçu ce matin un mail de son ami qui lui annonçait sa visite pour dans trois jours,  ensuite, après deux jours de repos, ils envisageaient de faire un trek dans les Himalayas si proches. La veille de son arrivée, Mayuri se proposa gentiment de me présenter son ami, ce à quoi je répondis aussitôt qu'il n'en était pas question, et je lui souhaitai par la même occasion bonne chance pour sa ballade dans les neiges éternelles.

Et je ne la revit plus dans Pokhara, du moins pendant environ deux semaines...


Brève rencontre avec l'ami danois de Mayuri.

... Et un soir, tandis que j'attendais ma commande dans un restaurant, je regardais les passants comme une vache qui regarde passer les trains, sans être perturbé par quelques pensées inutiles car, au fond, ce n'étaient pour moi que des silhouettes incertaines, des fantômes égarés dans la nuit de Pokhara. Soudain, je la vis, habillée et coiffée comme lors de notre première rencontre. Je ne encore pas pourquoi, mais ce soir là je me suis dis pourvu qu'elle ne me voit pas. Et elle me vit, elle leva le bras, et ça me fit plaisir. Oui, je sais, c'est contradictoire...  ma complexité me laisse perplexe. Alors je levai à mon tour le bras pour lui exprimer mon contentement de la revoir.

Mayuri s'assit à mes côtés, et elle se comporta d'emblée avec une rare décontraction, comme si nous nous étions jamais quittés. Avec son ami danois, ils étaient arrivés hier soir à Pokhara. Je savais qu'elle dormait dans un dortoir de son hôtel, je lui demandai donc s'ils avaient pris une chambre - cela me paraissait d'une telle évidence. Eh non ! Tous les deux dormaient dans le dortoir de six lits. Non, cela ne la gênait pas, ils étaient les seuls clients, ce qui l'embêtait surtout c'est que son ami ne discutait pas beaucoup avec elle, qu'il s'endormait très tôt et elle, les yeux fixés sur le plafond du dortoir, elle s'interrogeait durant ses heures d'insomnie sur la pertinence de continuer cette relation. Je préfère être avec toi, j'aime bien parler avec toi me dit-elle, en ce moment il discute avec son copain italien qui est dans le même hôtel. Il va venir, ajouta-t-elle. Oh merde ! Vite ! L'addition ! L'ami de Mayuri était le cadet de mes soucis, je restais assis parce que je n'avais fini de manger, j'allais tout de même pas la planter comme ça. Tiens, le voilà, il arrive, me signala-t-elle. En effet, je vis un type d'une trentaine d'années, blond, large d'épaule, portant des lunettes d'écailles. Avec un costume-cravate, il passerait facilement pour un cadre d'une société. L'escogriffe qui l'accompagnait, coiffé comme un rasta, mais un rasta méditerranéen car il avait vraiment l'air d'un gars du sud de l'Europe. Ils s'approchèrent de nous, le danois me serra la main, échangea quelques mots avec Mayuri, du genre je vais discuter et boire des bières avec Gianni, on se voit plus tard. Parfait ! dit Mayuri, parfaitement à l'aise. La maligne ! Elle était bien contente d'avoir montré à son ami qu'elle aussi pouvait discuter avec quelqu'un, qu'elle n'était pas seule au monde.

Au fond, Mayuri, nous étions toujours bien contents de nous revoir dans Pokhara pour une raison très simple : nos deux solitudes se tenaient compagnie...


           ***********************************

Une japonaise, ça tient parole.


Bien entendu, nous avions échangé nos e-mails, et elle m'avait promis de m'envoyer quelques photos. J'étais revenu en France en avril 2014. Les semaines passèrent, toujours pas de photos. Bon, me suis-je dis, moi le premier, au cours de mes voyages, il m'est arrivé de ne pas tenir parole en n'écrivant pas, j'avoue même avoir jeté des adresses mails que l'on m'avait donné et que j'avais pourtant accepté... par politesse. Au bout de cinq mois, j'ai craqué. C'est bête, mais j'ai toujours la naïveté de croire aux promesses que l'on me fait, c'est pourquoi je préfère les rencontres éphémères,  les "... belles passantes que l'on connait à peine/qu'un destin différent entraine/ et qu'on ne retrouve jamais..."

Alors j'ai envoyé un message Mayuri. Quoi? Tu m'as oublié? Ensuite, je me suis senti libéré, j'avais exprimé mon émotion, je l'avais expulsé hors de moi, et je finis par sourire ironiquement de ma colère infantile. Finis Mayuri, une rencontre parmi d'autres. Deux semaines plus tard, énorme surprise : un message de Mayuri !

山川まゆり
Je suppose que c'est son nom en japonais ! Et cela commençait ainsi :

Hi George !
No, I never forget it!

Elle s'excusait, elle avait des problèmes avec son p.c. Elle allait m'envoyer les photos, ainsi qu'à... son ex-boy friend ! Oh merde ! La pauvre ! Mais je ne fus pas surpris, elle avait donc tourner la page du Danemark ! Lorsque qu'elle m'envoya les photos, début 2015, elle m'annonça qu'elle partait crapahuter en Amérique du Sud. Et je me suis dis pourvu qu'elle trouve un compagnon, ou une amie, pour voyager avec elle, car l'Amérique du Sud, enfin ça dépend les pays bien sûr, ce n'est pas très recommandé pour les femmes seules.

Je me rends compte que si Mayuri ne m'avait pas envoyé ces photos, elle n'aurait pas tenu une telle place dans ma mémoire.

    ***************************************

En 1982, au Sénégal, je ne connaissais que l'adresse postale de Ndeye Djemberi, l'internet n'existait pas, on ne s'échangeait pas nos mails, et je n'avais fait aucune photo. Pourtant, malgré les années qui passent, j'ai toujours le rire de Ndeye Djembery en moi.
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geob

Re: Debriefing II

Message par geob le Dim 13 Nov - 17:02

 DE PARIS...



Dernière nuit à Paris...

           


... évidemment, j'ai mal dormi parce que...

                                           ...

AU PIMAN PLACE


... Depuis combien de temps déjà je raconte que cela me fait mal au ventre de partir, de préparer mes bagages en espérant ne rien oublier, et bien entendu j'ai encore oublié cette année des choses fort utiles, de subir tous ces contrôles avant de prendre l'avion, et dans l'avion de m'énerver sur l'étroitesse de la tablette et du plateau repas dont tous les emballages semblent avoir leur vie propre, certains même refusent de s'ouvrir sans être forcé, du coup, par réaction, le produit que l'on tente d'atteindre fini sur une manche de chemise ou sur le pantalon, quant aux couverts, en plastique sur Ukraine Airlines, on ne sait où les disposer tant la place est compté, millimétrée, il n'est donc pas rare de faire tomber une fourchette ou un couteau, et impossible alors de se lever pour les ramasser car on est coincé sur son siège, bloqué, pris au piège par la tablette sur lequel repose le plateau repas et les emballages difficiles à contenir, tels des pois sauteurs, oui, depuis combien de temps déjà je râle, je m'exaspère contre l'idée même de voyager, je ne sais pas, et d'abord quand on déteste, on ne compte pas. Malgré tout cela, me voici une nouvelle fois à Chiang Raï. La routine? Mais non, rien ne se passe comme d'habitude, l'habitude est une illusion que notre cerveau fabrique pour nous protéger de la réalité. Nous sommes tous des "Jeanne Dielman, 23 quai du commerce, 1080 Bruxelles".



Dans la tête de GuaYin.

Quant je suis arrivé sur le site de Huay Plakan, il y a pas mal d'années, il n'y avait  que la structure de la tour, l'intérieur était toujours en travaux, avec ses squelettes d'escalier et ses barres de fer qui sortaient par endroits du ciment, comme de sinistres bouquets menaçants, mais l'activité des ouvriers rendaient le lieu un peu plus chaleureux. En ce mois de novembre 2016, Hua Plakan continue sa transformation en une sorte de "Barnum" bouddhiste où la spiritualité s'est faite la malle depuis belle lurette.





Cette année, le noir est à la mode, ce qui ne veut pas dire que le deuil du roi est porté par tout le monde, néanmoins il suffit d'arborer un vêtement de couleur noir ou blanc, les deux couleurs du deuil, ou bien s'épingler un ruban en tissu noir, similaire à celui qu'affichent les militants contre le sida, et le tour est joué !





Les thaïlandais ayant la bosse du commerce se sont lancés dans la vente des tee-shirts noirs, avec des motifs stylisés dont la signification rend hommage au roi. Bon, d'accord, ne passons pas sous silence le fait que les jeunes femmes thaïlandaises portent le deuil, du moins celles qui participent, d'une manière souvent sexy et parfois très chic car comme toutes les femmes du monde, enfin celles qui le peuvent, elles adorent faire du shopping et seule une guerre nucléaire arrivera à calmer leurs pulsions consuméristes. Si on regarde la télévision, les présentateurs portent tous des costumes et cravates noires qui les font ressembler là un aréopage de "yakusas" à l'enterrement de leur parrain. Quant aux fonctionnaires, ils n'ont pas le choix de la couleur pendant une année : c'est noir, noir c'est noir !

La statue de Gua Yin est enfin terminée. Enfin? J'ai entendu parler qu'un ascenseur permettrait d'accéder au sommet. J'ai vu des gens qui se baladaient entre les colonnes qui supportent la déesse de la miséricorde chinoise.





Une curiosité : des camionnettes de transport emmènent les courageux visiteurs au sommet de la colline à partir du parking, pour 5 baths. Dame ! Une petite montée de moins de cinquante mètres représente un effort un peu trop violent pour les thaïlandais. J'y suis allé à pied, toujours mû par la curiosité. La plupart des visiteurs portent du noir ou du blanc,  ils visitent ce lieu, créé par un moine dont j'ai souvent écrit qu'il me sortait par les yeux, en quête d'une bénédiction qui leur porterait chance au prochain tirage de la loterie. En attendant, à l'intérieur du temple principal en forme de tour, il y a suffisamment d'offres pour leur permettre une récompense au prorata de l'investissement pécuniaire qu'ils auront consenti en achetant, par exemple, un tee-shirt, des bracelets - je me souviens du temps où le moine les distribuait gratuitement, mais depuis il est passé au stade d'une entreprise performante-, ou encore une pendule, un calendrier, etc, etc, et souvent avec le portrait du moine au sourire mielleux, chafouin. Vraiment très doué pour suscité des dons, il sait montrer aussi qu'il les utilise pour construire des écoles, s'occuper des orphelins -on peut on voir le dimanche dans le temple, ils sont, comme qui dirait, mis en scène pour que les visiteurs thaïs fassent ostensiblement, devant le moine, preuve d'une charité qui ne les ruinera pas -, et autres choses encore comme distribuer chaque année des billets de banque, enfin, on l'aura compris, monsieur soigne son image et sa réputation, au point de se statufier de son vivant, on le voit sur cette frise murale en relief derrière le temple qui n'est pas encore fini.





C'est bizarre. Un expatrié, un ami qui est là depuis un mois, et d'autres encore, m'ont parlé d'un ascenseur à l'intérieur de la statue mais aucun n'a eu la curiosité de vérifier, et la curiosité ce n'est ce qui ne me fait défaut. En effet,  il y a un ascenseur ! Bon, comme je n'ai jamais travaillé chez Otis, je ne sais si c'est une originalité un ascenseur dans une statue (tout à coup je pense à la statue de la Liberté, il doit certainement y avoir un, quoique jamais lu ou entendu quelqu'un en témoigner). J'ai acheté le ticket : 40 baths (1 €).





Les Thaïlandais payent 20 baths. Je me souviens aussi qu'en Chine le prix des voyages en avion, des entrées de lieux touristiques coûtaient bien plus cher aux étrangers, en Inde aussi, alors je me dis que la France est ce pays extraordinaire qui considèrent les visiteurs sur le même plan d'où qu'ils viennent.


Un préposé m'a appelé une des deux cabines, il est entré avec moi pour appuyer sur le bouton et sortir aussitôt (il avait dû se dire que je n'avais jamais pris d'ascenseur dans ma vie). Et c'est parti ! Tiens, il y a un écran qui affiche un numéro, comme si cela était mesuré en étages. En tout cas, ils ne sont pas comptés un par un, on passe allègrement du 8 au 11. L'élévation continue, l'écart se creuse entre deux chiffres, rien pendant un moment, et tout à coup cela s'arrête au chiffre 25 ! La hauteur de la statue équivaudrait donc à un immeuble de 25 étages ! La porte s'ouvre automatiquement, et me voici dans la tête de Gua Yin... toujours en travaux ! On a l'impression de se trouver dans une grotte tant les frises en relief font penser aux stalactites. Les visages des personnages sont finement rendus....


(vers l’arrière de la tête, côté droit)











(l’œil gauche de la statue...)



(... l’œil droit...)



(le point noir sur le front de la statue, entre les sourcils)


Il est temps de redescendre, l'espace est bien sûr contraint, les thaïlandaises tentent un selfie avec en arrière plan les frises murales, je sors de la tête de Gua Yin que tout le monde désigne ici comme "le bouddha blanc", ce qui est inexact.



Maadadayo !
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geob

Re: Debriefing II

Message par geob le Mer 23 Nov - 6:03

C'est toujours bien chez Saupa.


Deux ou trois jours après mon installation au "Piman Place", nous sommes allés aux sources d'eau chaude, à Ban Phasoet, sur la rive sud de la rivière Kok. Enfin surtout pour voir Saupa. L'ami qui m'accompagnait lui avait déjà rendu visite une fois, et elle n'avait pas manqué de lui demander la date de mon retour. Alors, dès que nous sommes entrés à moto sur le terrain de Saupa, signalés par les aboiements intempestifs de ses chiens, dont celui ci qui reste toujours attaché -plus efficace qu'une alarme électronique-,...



...elle est venue à notre rencontre avec deux serviettes de bain, enchantée de me revoir. Disons le tout de suite, cette femme est d'une telle gentillesse que nous l'avons baptisé Laurette. Dorénavant, nous n'allons plus mangé chez Saupa mais chez Laurette, et c'est toujours bien chez elle.




Je me souviens des deux dernières fois où j'avais mangé chez elle, elle était sous le choc d'avoir perdu son chat, il n'y avait quasiment rien dans son buffet en verre, et pourtant elle partait en cuisine pour me préparer un plat qu'elle m'apportait quelques minutes plus tard, toujours sur une feuille de bananier posée sur une assiette (ce qui fait qu'elle n'a pas beaucoup de vaisselle à laver), avec une mine d'enterrement, à vrai dire le visage défait par une tristesse inouïe qui me déstabilisait tant je la trouvais disproportionnée. Elle est revenue sur cette période pour nous dire qu'après mon départ, elle n'a plus fait à manger pendant quatre mois. Bon dieu ! Je vais finir par envier ce chat toujours regretté par sa maitresse, sans doute des éternels regrets, croit-elle, que le temps finira par diluer jusqu'aux portes de l'oubli car rien n'est éternel, sauf la nostalgie, alors plutôt que de regrets éternels disons plus justement une pensée attendrie qui adviendra sans qu'elle s'y attende, qui la fera esquisser un doux sourire avant de passer à autre chose. En attendant, regardez le canevas bordé de noir qu'elle a entrepris dès l'annonce de la mort du roi...





...parce que Saupa, habillée en noir ce jour là, le mois de deuil n'étant pas fini, est une thaïlandaise traditionaliste, façonnée par une éducation normative, respectueuse de l'ordre établi, et surtout pas ouverte sur le monde et les autres cultures. Nous ne doutons pas que toutes ses quarante cinq années de vie sous le règne de ce roi l'ont profondément imprégnée ; à côté de cette représentation du roi, l'on voit une boite verte avec trois tiroirs ; Saupa a enlevé le premier et s'est approchée de notre table pour nous montrer son contenu, enfin surtout à moi puisque j'ai été le témoin de sa peine : colifichet, bout de ficelle, collier, tous ces objets sont liés au chat qui est mort. Oh bon sang ! La voilà qui s'apprête à sangloter ! Mais non, elle est arrivée à se contenir, elle a remis le tiroir en place et elle partie rapidement préparer les plats que nous lui avions commandé. Nous sommes persuadés que la mort de son chat l'a plus touchée que la mort du roi....

                                                 ***********

La deuxième fois, c'est son mari qui m'a aperçu en premier. Il est allé dans la cuisine pour lancer : "Mae" ! Maman ! Le farang est là !Même en Thaïlande, dans les vieux couples, on s'appelle maman, papa.

                                                 ****************

L'autre jour, elle a eu un groupe de 16 tchèques. En moins de vingt minutes, elle apporté, aidée par leur guide qui parlait français, les 16 commandes ensemble. Une fois que chacun a eu son plat, j'ai lu sur le visage de Saupa la joie d'avoir réussi son travail, une plénitude sereine, un sourire lumineux qui me prit à témoin. Je lui ai dit en thaï que c'était un bon jour aujourd'hui. Dame ! Pas de clients, pas d'argent ! Ainsi, une fois elle me fait part de son mal de dos. Je lui ai suggéré l'acupuncture à l'hôpital. Elle ne peut pas ! Trop cher ! Les sources d'eau chaude, il suffit de traverser cette petite route, même pas cinquante mètres à faire, mais non là aussi, pour une autre raison, en ce moment ce sont des akhas qui s'occupent des sources d'eau chaude - bon il est vrai qu'ils se foulent pas pour nettoyer les cabines !-, et elle ne les aiment pas, d'ailleurs elle est comme tous les thaïlandais, elle considère les ethnies un peu de haut, et puis il n'y a rien à faire elle est sur son île. Pourtant, depuis l'hiver dernier, est-ce la mort de son chat?, elle a changé : elle ne laisse plus passer les touristes devant son restaurant sans les interpeller, parce que lorsqu'on passe devant, on ne comprend pas bien ce qu'est ce grand espace ouvert aux quatre vents, bien que nous lui avons suggérons de mettre des panneaux, ils y sont, mais les touristes en général suivent leur guide et pensent surtout à ne pas le perdre.


L'univers de Saupa


Le débarcadère pour aller aux sources d'eau chaude quand on arrive par la rivière Kok.








Ou bien on passe par le terrain de Saupa, ou alors on le contourne, cela dépend des guides. Les guides akhas emmènent leurs touristes chez une de leur ethnie qui tient un restaurant, les guides thaïs chez Saupa ou chez une autre thaïlandaise qui tient aussi un restaurant.

Chez Saupa, les animaux sont rois. Il y a aussi des écureuils, des poules, des coqs, et j'en oublie !









Le deuil suite à la mort du roi.


Cela n'interfère pas dans la vie quotidienne, seuls les fonctionnaires sont tenus à arborer des vêtements noirs, les autres portent un ruban, mais la majorité semble être assez détaché de ces événements, sauf quand une musique diffusé par des hauts parleurs invitent la population à s'arrêter le temps de la diffusion. Samedi dernier, dans le "walking market", vers 20 heures, il en a été ainsi : je me trouvais dans ce courant humain qui s'écoule entre les stands, quand tout à coup une chanson qui rend hommage au roi a retentit et tout le monde s'est arrêté, les marchands se sont levés de leur siège, certains sont carrément mis au garde à vous, la plupart étaient figés dans leur dernier geste, et la grande majorité semblait indifférente, n'attendait qu'une seule chose, juste de reprendre leur déambulation. Une drôle d'impression d'être soi même dans un arrêt sur image.

Aujourd'hui, on voit quelques rubans noirs sur les chemises, les polos, ici, dans le nord de la Thaïlande, il y a peut être une forme d'indifférence car ce n'est pas en s'occupant des affaires qui le dépasse que le thaïlandais gagnera de quoi nourrir sa famille et payer ses crédits. Le thaïlandais attend la suite des évènements sans trop se faire du soucis, et il obéira toujours, comme on lui a appris à l'école, à ceux qui détiennent le pouvoir parce qu'il en va ainsi, c'est dans l'ordre des choses...

Maadadayo !
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geob

Re: Debriefing II

Message par geob le Mar 13 Déc - 16:27


Un café, sur la route n°1003



Comme dans tous les pays, il suffit de quitter les grands axes pour se perdre dans la campagne... se perdre... enfin, maintenant avec le GPS sur le portable c'est devenu pratiquement improbable. Ainsi, l'autre jour sur une piste le long de la rivière Kok...









Ce sont des ruches




... utilisée par des paysans qui travaillent, eux, nous avons fini pour arriver dans un entrelacs de chemins envahis par les herbes. Alors l'ami a sorti son GPS, il voulait rapidement trouver une route craignant de se retrouver avec son réservoir de scooter vide. Effectivement, nous avons fini par rejoindre une petite route bitumée en traversant un domaine privé, magnifique, où l'on constate qu'en Thaïlande aussi on se dirige vers les grandes exploitations, l'agriculture industrielle financée par des multinationales. Mais une fois que nous sommes retrouvés sur une route plus importante,  pour ma part je n'ai pas eu besoin de GPS : cette route me disait quelque chose, j'étais déjà passé ici ! Pas de GPS, pas de carte, et c'est moi qui ai fini par guider sur le retour vers Chiang Raï.

La route n°1003, elle,  relie deux grands axes, étroite et en très bon état, traverse la Thaïlande des petits villages, celle qui vit au rythme des saisons, en dehors du tohu-bohu des cités énervées. Et puis je suis passé devant ce café joliment décoré, alors je me suis arrêté...



...Une jeune femme est venue m'accueillir, habillée et coiffée simplement, mais surtout pas négligée. J'ai commandé un capucino, histoire de commander quelque chose. Tandis qu'elle le préparait, je lui ai parlé de choses très basiques, essayé même d'éviter qu'elle me fasse un sourire "thaï"...



... ensuite j'ai observé de plus près la décoration, les tableaux. Je n'étais pas tombé n'importe où...



(elle s'est rendue compte que ce dessin avait attiré mon attention, elle a donc précisé que l'homme est son mari, ce que j'avais tout de suite pensé)








...Il y avait déjà un client, ce chat qui s'était fait heurté par une voiture, la veille de cette journée.



... Elle m'a apporté mon capucino, puis elle est retourné tout de suite derrière le comptoir et, au bout de quelques secondes, j'ai entendu ce son de guitare électrique si célèbre... Satisfaction !!! Ça m'a fait drôle d'entendre les Rolling Stones dans un endroit aussi paisible, et que dire, si ce n'est mon impression de soudain être plongé dans "la 4e dimension", lorsque les premières notes de Diana, par Paul Anka, ont retenti comme si cela allait de soi dans ce village "thaïlandais". Mais voilà, il y a internet, Youtube, et il faut être toujours connecté, à l'écoute du monde et du surtout n'importe quoi sinon on a toujours peur de manquer l'essentiel, l'essentiel de quoi?, de rien, c'est de la simple consommation de nouvelles, d'informations en tout genre que nous empilons sans réfléchir, sans discriminer, et que nous oublions  bien vite en raison de notre obsessionnel attrait de la nouveauté qui nous taraude de peur de nous retrouver face à nous même.

Elle -j'ai déjà oublié son nom- a trente et un ans, son mari trente cinq. Ils se sont mariés il n'y a pas longtemps. Avant de s’asseoir sur le fauteuil à côté de moi, elle a déposé sur la table un ramequin avec du pain perdu découpé en carré. Free !  m'a-t-elle dit. Et comme de partout sur cette planète, elle a gardé son smarphone en main, au fond très utile pour traduire un mot thaï en anglais, et surtout pour offrir un équivalent de la soirée diapos qu'on infligeait autrefois à toute la famille qui avait d'autres chats à fouetter, mais là, en l’occurrence, ça m'a paru tout de même plus intéressant. Ainsi, elle m'a montré toutes les photos de son mariage qui s'est déroulé  dans la maison -tradition thaïlandaise-, et là ce fut dans leur galerie d'art,  le bâtiment juste à côté. Son mari est peintre, et je n'apprendrais qu'à la deuxième visite, avec un ami, qu'elle aussi s'adonne à la peinture, et elle a sans doute plus de talent que son mari qui, lui, ne reste que dans la figuratif, la représentation banale de ce qu'il voit, bref, comme un peintre du dimanche, alors que sa femme à qui j'ai dit que je préférais les tableaux abstraits, elle m'a indiqué qu'elle aussi aime l'abstraction et ce n'est encore une fois qu'à la deuxième visite que j'ai pu -ou su-  m'attarder sur ses œuvres joliment encadrés que,  au départ, j'attribuais à son mari. Sans doute que celui-ci se cantonne à des tableaux de commande, une peinture alimentaire, peut-être compose-t-il des tableaux très personnels dont, pour l'instant, il ne veut les montrer.

Et voici que la mère de mon hôtesse est venue aux nouvelles. Le client qui s'attarde, ça doit être rare ici. La plupart du temps les thaïs passent leur commande, en général une boisson froide avec beaucoup de glaçons, livrée dans un grand gobelet en plastique recouvert d'un couvercle traversé par une paille - souvent le tout dans un sac en plastique pour être transporté plus facilement ;  ici ils ne sont pas trop emmerdés par l'écologie, ils ne sont pas chiche avec les sacs en plastique mais que l'on ne les retrouve jamais jetés n'importe où, d'ailleurs les rues et les trottoirs sont toujours très propres.

La mère a 54 ans, elle a plus un visage oriental qu'asiatique. Elle a l'air de s'ennuyer. Elle s'est assise à une table en bois massif, parfois, on nous écoutant, elle posait sa main sur la paume de sa main et son regard se perdait alors au loin, vers je ne sais quelles pensées mélancoliques. Voilà, mélancolie, c'est le mot qui convient pour la dépeindre. Avant qu'elle ne vienne, j'avais interrogé mon hôtesse sur son père qui semble ne pas vivre avec eux. J'ai vu sa photo, le visage d'un brave homme. Je n'ai pas poussé la curiosité plus loin, peut être une autre fois.

Maintenant je me souviens qu'elle m'a ouvert la galerie d'art avant que nous nous installions pour bavarder, et que sa mère nous prenne en photo.









A ma deuxième visite, j'étais accompagné par un ami. Tout à coup, je me suis souvenu que le café est fermé deux jours par semaines, mais je ne me rappelais plus lesquels. Nous nous sommes arrêtés devant le café, un lundi. Un panneau indique lundi et mardi fermeture, alors j'ai dit à l'ami ça sera pour une autre fois. Seulement une villageoise qui habite en face nous a repérés. Elle a traversé la route étroite pour interpeller le couple qui se trouvait dans la galerie d'art - et aussi atelier. Et elle - rien à faire, je ne me souviens plus de son nom- est apparue, complètement changée, à un tel point que pendant une seconde ou deux je me suis demandé si c'était bien elle. Dès qu'elle m'a vu, une exclamation de joie nous a accueilli, le mari est sorti aussi pour nous saluer - peut être ont-ils été surpris que je tienne ma promesse de revenir, étant donné que nous sommes tous habitués à dire, avec cette hypocrisie qui nous rend si humains,  "à bientôt !" en guise d' "adieu !".




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fabizan

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Re: Debriefing II

Message par fabizan le Mar 13 Déc - 20:53

J'adore le tableau avec les chats top !


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geob

Re: Debriefing II

Message par geob le Mar 3 Jan - 4:40

VISITE DE CHANTIER.


           LA VILLA BLANCHE.


Pas la peine d'expliquer où elle se trouve, elle restera introuvable pour quelqu'un qui ne connait pas la région. Disons simplement que c'est à l'écart d'une grande route, dans un paysage de rizières et de collines, que les voies pour y accéder sont suffisamment larges pour une voiture, compliquées pour que deux voitures se croisent, toujours en béton plus ou moins en bon état, quelquefois la voie se rétrécie et devient de la terre, des gravillons, et là se sont les chemins qui permettent aux paysans de se rendre dans leurs rizières. Quand j'ai découvert cette villa blanche, après être sorti d'un chemin de trois kilomètres dans un bois, j'ai pris la voie étroite et bétonné qui monte sévèrement jusqu'à elle, mais j'ai vu toutes ces voitures qui se garaient en contre-bas, je me suis dit que je n'étais pas invité et j'ai fait demi tour. Deux jours plus-tard, j'y ai conduit un ami, et comme il n'y avait pas l'air d'avoir du monde, nous avons pris ce chemin bétonné qui grimpe - c'est le verbe qui convient - jusqu'à l'entrée principale, jusqu'à ce qui ressemble au dernier étage ! Quelques pick-up avaient livré d'imposant écrans plats, ils étaient posés contre un mur, les cartons d'emballage affichaient une célèbre marque. Au départ, nous pensions que cela deviendrait un hôtel, en fait l'ami, après avoir échangé quelques mots avec un ouvrier, m'a dit que c'est une maison particulière et qu'il ne voulait pas descendre de son scooter pour la visiter. Tout le contraire de moi. Après avoir contourner la villa, et donc redescendit au premier niveau, j'ai garé ma moto et j'ai dit à un ouvrier, avec mon meilleur sourire passe-partout... "pay dou", je vais voir l'intérieur.





Et c'est ainsi que nous avons pu entrer ! Le gars a eu la bonne idée de nous présenter au responsable du chantier, un monsieur sympathique qui n'a pas hésité à nous montrer cette réalisation stupéfiante, jusque dans les moindres détails, qui fait l'étalage d'une richesse de parvenu, à un point tel que nous avions l'impression de visiter la villa d'un mafiosi, sur la côte d'Azur.

Nous avons commencé par l'entrée qui se trouve donc en haut de la villa.



Nous avons enlevé nos chaussures pour entamer la visite de ce chantier en.... chaussettes ! (on imagine ça en France... hum... non). Tout le sol est en marbre ! Magnifique, guère chaleureux. Il nous a montré la grande chambre du propriétaire, immense.





Bon, il n'y a pas encore la literie mais l'écran plat est déjà installé. La salle de bain, une merveille, jacuzzi et douche à l'italienne, et comme dans toutes les pièces grandes fenêtres qui laissent pénétrer la lumière à profusion.







Les deux penderies ont des portes solides, étincelantes de blancheur, avec des poignées dorées. J'en ai ouvert une et aussitôt il y a eu la lumière à l'intérieur. A propos de lumière, à l'entrée de chaque pièce, il y a toute une batterie d'interrupteurs apparemment en inox. Le contremaître nous a fait une démonstration en actionnant un par un les interrupteurs et nous avons découverts, étonnés, que l'on peut choisir l'intensité et la couleur de l'éclairage !

Ensuite, nous sommes descendus au niveau inférieur, là où se trouvent les chambres d'amis, ou d'invités...





...Dimensions plus réduites, mais toutes pourvues d'un écran plat, et, c'est rare, des lampes de chevet que l'on peut éteindre du lit. L'ameublement, bois massif - les literies la aussi ne sont pas installées. J'ai ouvert le tiroir d'une commode, cela coulissait bien, et je voyais bien qu'il n'y avait pas de fond en contre plaqué, tout paraissait solide, coûteux. Ici, Ikéa, connait pas ! M'ayant vu ouvrir le tiroir, le responsable a revérifié son fonctionnement. Il tient à livrer un travail correct au type de l'Issan, sans doute un très, très riche propriétaire terrien qui se paye un petit palais ! J'insiste : du marbre de partout sur le sol, dans les chambres et dans les couloirs. Ensuite, nous sommes allés dans la cuisine. De quoi traiter quelques dizaines d'invités ! Comme dans toutes les pièces, le lustre de la cuisine peut vous fournir les lumières que vous désirez.

Nous avons continué, sous la direction du maître-d'oeuvre - à vrai dire, je pense que cette villa vient d'être entièrement rénové, ripoliné, marbrerisé et, comme des inspecteurs des travaux finis, nous avons donc visité un chantier d'architecture intérieure. Cette fois-ci, toujours en chaussettes, et notre cicérone pieds nus, nous nous sommes rendus sur l'immense terrasse qui, d'après ce que nous avons compris, servira de lieu de réception, de banquet, et peut-être de dancing.







Nous avons pris en escalier en colimaçon, en inox - pour l'extérieur, il vaut mieux, surtout pendant la saison des pluies. Nous sommes montés sur une petite terrasse d'où nous avons pu estimer la tranquillité de la maison, et sans doute l'inutilité - à priori - d'installer des rideaux aux fenêtres, et quant aux lumières de la nuit, elles se seront ce que décideront les étoiles.





(C'est fini, on suit l'homme au bonnet, le responsable du chantier. Devant le pick-up, au fond, à droite, on devine le chemin qui descend à pic !)

Visite terminée, on a remercié chaleureusement notre homme qui, à mon avis, devait être fier d'avoir montré le savoir faire de ses ouvriers à des farangs.


-----------------------------------------------------------------


LABORATOIRE ?

L'année dernière, il n'y avait pas ce bâtiment en haut d'une colline boisée. J'ai donc décidé d'aller voir de plus près. Par où entrer? J'ai vu une grille ouverte à l'entrée d'un chemin, avec sur la gauche une cabane où siège un gardien... qui n'était pas là, alors je suis passé. D'emblée, j'ai été stupéfait de constater à quelle vitesse circulaient les motos, soulevant des nuages de poussière qui imprègne les arbres de part et d'autre du chemin, relativement large. D'ailleurs, j'ai même vu un panneau de limitation de vitesse à 40 klm/h ! J'ai supposé que les ouvriers du chantier rentraient chez eux pour le repas de midi. Ayant la piste sur la droite qui mène au bâtiment en construction, j'ai continué, et j'ai découvert un endroit vraiment magnifique, avec des plans d'eau entourés de verdure. En somme, une belle propriété - puisque l'entrée est gardée.

Ayant raté la voie qui mène au bâtiment, j'ai suivi le chemin jusqu'au bout. En sortant du bois, je suis tombé sur une zone où diverses constructions vont être réalisés. Et j'ai vu ce bâtiment... inhabituel.




En rebroussant chemin, j'ai fini pour trouver celui  que je cherchais au départ. Dans une cabane, à l'abri du soleil de midi, il y avait un gars de... la sécurité, absolument pas choqué ou étonné de voir un farang se promener dans un endroit pareil ! Je lui ai demandé si ce serait un futur hôtel. Dans sa réponse j'entendis et reconnus les mots "manger médicament". Un hôpital? Non ! J'ai fini pour supposer que ça allait être un laboratoire. Et peut être que ce bâtiment étrange, au bout du chemin, deviendrait  l'usine où seraient fabriquer les médicaments, et donc celui-ci, où la lumière inonde de clarté l'intérieur serait le laboratoire de recherche. Bon, je suis un mauvais touriste quant à mes informations, mais j'ai une excuse, non deux :
- mon thaï est à usage pragmatique, quotidien.
- ce que je montre, ce n'est pas un objet touristique, et c'est ce qui m’intéresse le plus.
















J'ai voulu montrer ce lieu à un ami. Cette fois-la, il y avait une dame qui contrôlait les entrées.
Nous avons préféré continuer notre route.



Maadadayo !
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Lilie

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Re: Debriefing II

Message par Lilie le Mar 3 Jan - 8:17

Surprenants ces bâtiments. Y a tellement d'angles droits que ça me rappelle mes cours de géométrie cauchemardesques de CM1! beurk ! gag !

Lilie

Albatros

Re: Debriefing II

Message par Albatros le Mar 3 Jan - 12:50

Je ne crois pas avoir encore eu l'occasion de te le dire l'écrire, Geob. Je profite alors de ce tout début d'année pour le faire : je trouve que tes très jolis textes, la plupart du temps illustrés de superbes photos, sont (pratiquement sans aucune exception)... TOUS, aussi intéressants les uns que les autres ! top !  

Bravo, Geob bravo et merci beaucoup de bien vouloir avoir envie de partager avec nous, ces simples mais Ô combien admirables petites tranches de vie, à la manière d'un véritable (et assez sensible) reporter de voyage ! sourire

Bien amicalement
Albatros

lahaut

Re: Debriefing II

Message par lahaut le Dim 8 Jan - 19:27

S'il n'y avait que des photos cela me conviendrait parfaitement ...faudrait juste faire un 'tit résumé de 2 lignes maximum pour expliquer le lieu ou l'endroit ou l'emplacement où a été pris le cliché!!
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Lilie

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Re: Debriefing II

Message par Lilie le Dim 8 Jan - 20:43

Le Lahaut: nom masculin désignant une espèce en voie de disparition (un individu au dernier recensement de 2015), spécialiste de la fabrication de boudin. Il est aussi connu sous l'acronyme "MS" pour "Majorité singulière" (à ne pas confondre avec SM, particularité qu'on ne lui connait pas - encore). Le Lahaut a une tendance à s'isoler pendant plusieurs mois pour cause de fabrication de boudin. A son retour d'hibernation, Le Lahaut reprend ses habitudes d'antan, quitte à méduser les autres individus de son environnement qui, pendant l'absentéisme du Lahaut, en ont oublié les caractéristiques propre à son espèce, ce qui leur demande un temps d'adaptation plus ou moins long selon les espèces.


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Solcha

Re: Debriefing II

Message par Solcha le Dim 8 Jan - 20:57

Oh Lilie! mort de rire ! mort de rire ! mort de rire !


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fabizan

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Re: Debriefing II

Message par fabizan le Dim 8 Jan - 23:10

Lilie a écrit:Le Lahaut: nom masculin désignant une espèce en voie de disparition (un individu au dernier recensement de 2015), spécialiste de la fabrication de boudin. Il est aussi connu sous l'acronyme "MS" pour "Majorité singulière" (à ne pas confondre avec SM, particularité qu'on ne lui connait pas - encore). Le Lahaut a une tendance à s'isoler pendant plusieurs mois pour cause de fabrication de boudin. A son retour d'hibernation, Le Lahaut reprend ses habitudes d'antan, quitte à méduser les autres individus de son environnement qui, pendant l'absentéisme du Lahaut, en ont oublié les caractéristiques propre à son espèce, ce qui leur demande un temps d'adaptation plus ou moins long selon les espèces.
Bien vu, belle définition Lilie mort de rire !


_________________
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lahaut

Re: Debriefing II

Message par lahaut le Lun 9 Jan - 11:09

pffff ...il y en a ici qui aime le boudin !! sourire ... et de plus on ne change pas un géraldin facilement !!
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geob

Re: Debriefing II

Message par geob le Ven 20 Jan - 9:30


Comme votre mère l'aurait fait pour vous.


Tout à coup, le souvenir d'un être humain frappe à la porte de notre mémoire sans trop que l'on sache pourquoi, à moins que rencontrer un être humain ne soit devenu aujourd'hui une gageure. Oh je ne veux pas dire que je ne rencontre jamais des êtres humains, après tout il y en a environ sept milliards sur terre, donc de quoi se désoler, se mettre en colère, ou alors de quoi se convaincre de rester dans sa bulle, son monde à soi, et fermer sa porte à tout ce qui pourrait perturber sa tiède et confortable routine. Enfonçons une porte ouverte : ce n'est qu'en quittant ses pantoufles que l'on rencontre des gens qui ne sont pas comme vos voisins de palier ! Pour ne pas être déçu, il ne faut rien attendre, rien espérer. Et c'est dans cet état d'esprit que nous arrivâmes au Shangri la, sur l'ile de Samosir à Sumatra, tenu par un indien qui parlait français, et dont nous attendions juste une seule chose : un bon logement avec un prix raisonnable - ce qui était déjà une petite espérance, mais à cette époque là, je veux parler du 20e siècle, "Le guide du routard" donnait souvent des informations correctes et nous savions donc à peu près ce que nous allions payer. D'ailleurs, nous ne pouvions nous permettre d'être déçu, au risque de coucher dehors, et au moins nous étions sûr de trouver des chambres vu l'isolement de cette guest house.

Le transport local nous a laissé au bord de la route désertique, le Shangri la se trouvait en contre-bas, au bord du lac. Pour y accéder, un sentier dévalait la pente. Aujourd'hui, je présume, il doit y avoir un chemin un peu plus aux normes du tourisme international puisque c'est répertorié sur internet. L'homme qui nous a accueilli nous a apparu d'emblée sympathique, il avait les cheveux couleur de jais, coiffé avec une raie sur le côté, il était large d'épaules et il parlait français sans accent. Était-il de Pondichéry? En tout cas, je me souviens très bien de ses paroles pour nous expliquer comment cela fonctionnait dans sa guest house : il nous a attribué un carnet à chacun pour noter nos consommations respectives, puis il a précisé qu'au moment de partir il prendrait en compte la somme que nous lui dirions, ensuite il ne vérifierait pas notre addition et il déchirerait les pages, bref, il fonctionnait sur une totale confiance pour les touristes qui venaient dormir dans son établissement. Un pari sur la confiance, l'établir ainsi d'emblée avec des inconnus,  jamais plus je le revis. Et le résultat fut que nous prîmes un soin particulier à ne rien oublier sur nos carnets.

Le séjour fut vraiment agréable, tranquille - je me demande si nous n'avions pas été les seuls clients, la plupart des touristes préfèrent les endroits où se trouvent tous les hôtels, les guest houses, restaurants, agences de voyage. Et il y eut des après midi où nous échangions avec cet homme des anecdotes, des souvenirs, il finit par nous raconter ce projet avorté avec le "Club Méditerranée", puis, je ne sais plus pourquoi ou comment où en était venu à évoquer l'éducation, l'enfance, le rôle de la mère en général, en tout cas je me mis à évoquer la mienne en particulier. Ainsi, je lui racontai ce plaisir que nous avions, mon frère et moi, d'être accueilli par notre mère lorsque nous revenions de l'école ; c'était toujours vers les quatre heures de l'après midi, elle nous préparait un casse-croûte, s'informer si notre journée s'était bien passée.  Je me rappelle encore  ces journées de printemps ensoleillé quand elle prenait dans le frigidaire le saladier qui contenait le reste de la salade grillée de midi, alors elle coupait en deux une baguette de pain sur laquelle elle étalait les poivrons, les tomates, l'ail qui baignaient dans l'huile d'olive et le citron...  bon dieu qu'est-ce que c'était bon !  Oui, elle était là, elle était toujours présente pour nous, mais s'épanouissait-elle  dans sa vie de mère de famille, de femme au foyer?   Aujourd'hui,  la mère au foyer est la risée des féministes qui considèrent que les femmes peuvent être mère et s'épanouir dans leur travail - celles qui tiennent ce discours sont rarement caissières dans un supermarché... comme c'est bizarre ! Mais ma mère c'était le XXe siècle, une éternité, un autre monde où ce n'était pas ridicule d'élever ses enfants et de maintenir une présence rassurante dans la maison. Je me souviens aussi que ma mère m'envoyait des colis alors que j'étais à l'armée, en Allemagne, et qu'elle m'écrivait beaucoup pour se rassurer.  Voici que d'autres images me reviennent à la mémoire : mon père était en Algérie et ma mère n'avait pas encore recu le mandat mensuel, alors, incroyable, je n'en reviens pas encore, elle volait des produits dans les rayons alimentaires d'un magasin avec un sang-froid, un naturel confondants. Moi, j'étais gamin et j'étais horriblement gêné, j'avais peur que nous ne fassions "piquer" ! Cela n' est jamais arrivé, et puis comment une dame aussi "comme il faut" pouvait commettre un acte pareil? Cette dame "comme il faut" n'avait peur de rien lorsqu'il s'agissait du bien être de ses enfants.

Un soir, nous  annonçâmes à notre hôte notre départ pour le lendemain matin de bonne heure. Nous fîmes nos calculs, réglâmes ce que nous devions. Alors, devant nous, il arracha les pages des carnets qui témoignaient de nos consommations, les déchira, et jeta à la poubelle les morceaux. Nous étions vraiment ébahis et réconfortés à la fois, il avait tenu parole et nous nous avions mis toute notre attention à ne pas se tromper, à vérifier, et peut être, par acquis de conscience, nous ajoutâmes une ou deux boissons dont nous ne savions plus si nous les avions consommées ou pas.

Le lendemain matin, cet homme qui venait de l'Inde nous offrit le café. Ensuite, il s'approcha d'une table où sur laquelle je vis deux sacs en plastique contenant des choses enveloppées dans du papier. Il en prit un et me le tendit :
- Vous m'avez parlé de votre mère, alors j'ai fait comme votre mère aurait fait, me dit-il en remettant l'autre à l'ami. Mais promettez moi d'ouvrir les paquets une fois que vous serez dans le bus.

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, nous avons tenu parole. Au fond, nous n'étions pas trop pressé de les ouvrir, et nous n'avions vraiment aucune idée de ce que ça pouvait être. Nous attendîmes même que notre bus quitte la station de la ville pour se décider à découvrir ce que le propriétaire du Shangri la nous avait offerts. Et nous mîmes à jour, non sans une émotion certaine, un sandwich, un œuf dur avec un petit sachet contenant du sel, et un fruit...






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fabizan

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Re: Debriefing II

Message par fabizan le Ven 20 Jan - 11:01

Jolie anecdote, Geob top ! sourire


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Lilie

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Re: Debriefing II

Message par Lilie le Ven 20 Jan - 15:17

Et joliment racontée. top !

Lilie
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Wapiti
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Re: Debriefing II

Message par Wapiti le Ven 20 Jan - 15:29

Belle rencontre.
Et comme toujours joliment racontée, en effet.
Merci Geob de partager tout cela avec nous tous, aussi inconnus sommes-nous.


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"Nous méritons toutes nos rencontres, elles sont accordées à notre destin et ont une signification qu'il nous appartient de déchiffrer." F. Mauriac
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geob

Re: Debriefing II

Message par geob le Ven 17 Fév - 5:19

DEUX ALLEMANDES



                                                         

I



                                   

L'infirmière en chef de l'hôpital militaire de Donaueschingen


Ma deuxième admission à l'hôpital militaire français de Donaueschingen, en 1970, ne devait en rien à mon état de santé : je me portais comme un charme ! On m'a tout de suite fait intégrer le groupe des malades- travailleurs, une appellation oxymorique pour une bande de tire-au- flanc, pas très douée pour la vie militaire et l'ordre. Le staff médical était compréhensif, et puis montrer leur indépendance vis à vis des casernes n'était pas pour lui déplaire.

Franchement, on ne se fatiguait pas beaucoup, à vrai dire pas du tout. Nous avions juste à aider au cours de la distribution des repas dans les chambres. Cela nous permettait ainsi de tailler une bavette avec ceux qui étaient là pour une raison valable. Je me souviens surtout de l'un d'entre eux. A ma question pourquoi il était ici, il m'a répondu en souriant, ce qui occasionna chez moi un mouvement de recul imperceptible : le gars avait des canines ahurissantes, j'eus sur le coup la désagréable impression de me trouver face au fils de Dracula ! Bon dieu ! j'en frisonne encore ! Mais il est sympa, me disaient mes collègues, et moi je rétorquais : il ne manquerait plus qu'il morde !

Evidemment, nous avions des ennemis, vu notre position privilégiée. Surtout une infirmière française qui, comble de malheur, se croyait jolie et irrésistible, et il fallait donc faire comme si. Elle venait souvent dans notre grande chambre pour nous chercher des noises, nous provoquer dans le plus mauvais sens du terme, juste de quoi valider notre sortie de l'hôpital. Parfois, elle réussissait. Par exemple avec moi. Ce jour là, je ne sais plus pourquoi, des morceaux d'un verre cassé traînaient dans notre lavabo. Lorsqu'elle est entrée dans notre chambre, en début d'après midi, alors que nous étions vautrés dans nos lits à discuter de tout et de rien, elle nous salua par un tonitruant : bande de fainéants, vous n'avez pas honte !

Elle a vite remarqué les bouts de verre dans le lavabo.

- Vous attendez que quelqu'un nettoie ça à votre place? Faites le tout de suite... vous, par exemple!

Et c'était moi l'heureux élu ! Je me suis levé péniblement de mon lit et je me suis approché du lavabo et de l'infirmière. J'ai commencé à retirer un bout de verre, alors elle a dit :
- Faites attention de vous couper... de toutes les façons, si vous vous coupez je m'en fiche !
Ah ça ! Si je m'attendais à une pareille réflexion de la part d'une infirmière ! Ma sidération m'a empêché de tourner la langue sept fois dans ma bouche avant de lui répondre :
- Dites donc, pour une infirmière, vous montrez de grandes qualités humaines !

Elle est restée bouche bée. Oh pas longtemps ! Elle allait me faire payer l'immense bêtise qu'elle avait proférée à mon encontre, comme pour l'effacer de sa mémoire, car je reste persuadé qu'elle avait réalisé  qu'elle n'aurait pas dû me dire ça.
- Vous pouvez faire vos bagages, me dit-elle. Je vais avertir le staff, vous sortez disciplinairement !
Et elle, elle est sortie en claquant la porte. Chœur de mes collègues : t'es mal barré !  Et je lisais sur leurs visages le soulagement de ceux qui viennent d'éviter un mauvais sort. Ouf ! Ce n'est pas moi ! C'est pour lui, tant pis pour sa gueule ! Le plus ancien m'a expliqué en quoi une "sortie disciplinaire" de l'hôpital s'avérait délicate : je serais mis en "arrêt de rigueur" dès mon retour dans mon régiment, sans compter toutes les avanies mesquines que ne manqueraient de me faire subir les petits chefs.

Me voilà bien. Une vingtaine de minutes plus-tard, la porte de notre chambre s'ouvrit une nouvelle fois pour laisser apparaître une autre infirmière, mais cette fois-ci c'était l'infirmière en chef, une dame allemande d'une cinquantaine d'années, petite de taille, les cheveux frisés, et portant une paire de lunettes avec une monture métallique. Je ne me sentais pas bien, ou plutôt j'étais vraiment mal à l'aise. Elle m'a appelé. Nous avons discuté dans le couloir, elle voulait savoir ce qui c'était exactement passé. Alors je lui ai raconté l'incident, sans omettre ma répartie à l'encontre de cette jeune femme acariâtre. Cette dame allemande me connaissait déjà, elle avait veillé sur le bon déroulement de mon réveil après mon opération, lors de mon premier séjour.
- Je ne peux pas empêcher votre sortie, me dit-elle, mais rassurez vous : ce sera une sortie normale.

En revenant dans la chambre des "malades-travailleurs", j'ai fait un compte rende de mon entretien. Chœur de mes collègues : faut pas rêver, elle n'a aucun pouvoir, et l'autre est trop bien vue, pour ne pas en dire plus, par les officiers qui ne cessent de lui tourner autour, bref, t'es quand même foutu !

En fin de journée, un membre du secrétariat de l'hôpital - un sursitaire relativement âgé par rapport à nous autres - vint m'annoncer ma sortie... normale ! Il ajouta que j'avais une chance extraordinaire d'être aussi bien considéré par la responsable des infirmières, cette dame allemande dont aujourd'hui j'ai malheureusement oublié le prénom, mais non pas son intervention incroyable en ma faveur. En effet, le patron de l'hôpital, dans un premier temps, avait refusé ma sortie sans mesures disciplinaires, il fallait faire un exemple, disait-il. Alors elle est entrée dans son bureau, sans frapper, ajouta le sursitaire, elle était dans une colère noire, on l'avait jamais vue comme ça ! Comme elle avait laissé la porte, tout l'environnement avait entendu sa menace de démissionner si je sortais "disciplinairement" ! Tout le mondé était médusé ! Comment ce petit bout de femme si respectée, d'une  autorité incontestée et incontestable, couverte d'éloges par l'équipe médicale française, pouvait-elle menacer de démissionner pour un gus gus comme moi ? Le secrétaire avait l'air épaté, et quelques rares "malades-travailleurs" ne purent dissimuler sur leurs visages une pointe de déception lorsqu'ils apprirent cette nouvelle inattendue.

Le lendemain matin, revêtu de mes habits militaires, je sortis de l'hôpital pour prendre une jeep qui devait me conduire dans la caserne de Donaueschisgen, où, en occupant une chambre pour les soldats de passage, j'attendrais la jeep de liaison de mon régiment. J'eus le plaisir de revoir l'infirmière en chef qui tenait à me dire adieu. J'ai fait mon possible, mais vous ne pourrez plus revenir, me dit-elle en me serrant la main. Vous en avez déjà fait beaucoup pour moi, répondis-je.

Et merde ! je n'ai pas osé lui faire la bise !...



https://dfg-cfa-donaueschingen.jimdo.com/donaueschingen-ville-stadt/photos-anciennes-de-donaueschingen/


-
Maadadayo !
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geob

Re: Debriefing II

Message par geob le Jeu 9 Mar - 15:03

Deux allemandes



                                                               II


Karin, une archéologue qui écoute du "metal".


De prime abord, elle ne suscite pas la sympathie,  d'ailleurs elle ne fait rien pour. Son allure générale impressionne, il y a même un québécois qui m'a dit "on dirait une princesse..." lorsqu'elle passe, hiératique, entre les tables de la Chian guest house. Une princesse... échappée de "La famille Adams", oui ! En effet, quand elle n'est pas à moto, Karin n'arrange pas ses cheveux noirs en chignon, ils tombent droit sur ses reins, lisses, nets et lumineux comme un tableau de Soulages,  et ses vêtements sombres, comme ses longues jupes, la pâleur de son visage et ses piercings sur les oreilles, sa fine monture métallique aux lunettes rondes, tout l'ensemble contribue à la vêtir d'une armure virtuelle pour éloigner les importuns, les indésirables, et surtout tous ceux, les plus nombreux, qui se font une idée de tout à l'aune de leur nombril considéré comme le centre du monde. Ainsi Karin détonne, étonne, intrigue les clients de la Chian guest house, et lorsqu'elle s'assoit à une table avec son compagnon, Willi, son grand et large compatriote, d'une douceur et d'une discrétion loin de l''image d'Epinal du bavarois imbibé de bière, personne ne viendra leur parler, si ce n'est leur ami allemand qui habite à l'année dans le quartier, ou moi.

Oh cela fait bien trois ou quatre ans que nous faisons chaque hiver une ou deux virées virées à moto, que je leur montre mes découvertes annuelles, et que nous nous apprécions mutuellement ! Au début, c'était chacun garde son quant à soi,  seulement j'ai tout suite compris à quel point Karin est une personnalité peu commune, capable de parler de n'importe quel sujet, en outre pratiquant un excellent français, elle peut aussi communiquer en anglais. Comme Willie ne parle pas français, ou le comprend  un petit peu, elle se charge instantanément de traduire mes propos, bref, elle navigue entre sa langue maternelle et le français avec une facilité déconcertante.  J'ajoute qu'elle arrive à lire notre langue et à l'écrire.

Karin est intelligente, cultivée. Et c'est une archéologue qui adore écouter du "Metal" ! J'ai dit un jour à Willie qu'il devrait ouvrir avec elle un bar musical à l'enseigne : "Chez la famille Adams" ! Ils se sont marrer. Bon, je ne me souviens plus de la musique dans ce film, et je suis totalement béotien quant au "métal" mais je suis curieux, et j'ai lu ceci :

http://www.20minutes.fr/insolite/1637947-20150623-ecouter-heavy-metal-bon-nerfs-ca-calme
                                                                         
                                           ....................................

Willie m'a montré un reportage de la télévision bavaroise sur les fouilles de Ratisbonne, un chantier sur lequel Karin travaille depuis quelques mois. Pas de Karin ! Elle s'est mise en retrait, elle a poussé ses jeunes collègues devant la caméra. Bien entendu, elle aurait été capable, mieux que quiconque, d'expliquer le travail qu'ils effectuent mais voilà, Karin est timide, le quart d'heure de célébrité d'Andy Wahrol elle n'en a rien à cirer ! Souvent, les gens timides cachent une grande personnalité, et Karin en a une, c'est évident..
                                                                           ..........

Cet hiver, je ne séjourne plus dans la guest house, avec laquelle j'ai clôturé le premier "debriefing", comme si j'avais eu le sentiment qu'une page se tournait. Plus qu'une page, tout un passé ! De temps en temps, je continue à m'y rendre, juste pour le petit déjeuner, mais ce n'est plus la même atmosphère que savait si bien créer madame Chian, et ni la même cuisine que tout le monde appréciait, enfin, c'est autre chose maintenant, c'est différent, et puis c'est la vie, rien n'est immuable. J'ai donc changé de lieu, j'ai fait cent cinquante mètres, et considérablement améliorer du coup mon confort... pour le même prix. Et cela n'est pas passé inaperçu dans le quartier : des gens (thaïs) m'ont demandé pourquoi j'avais changé !

Début novembre 2016, je suis allé prendre le petit déjeuner chez Chian House. A peine assis, j'ai vu un  grand gaillard se dirigeait vers moi, me prendre presque dans ses bras, en tout cas me serrer la main chaleureusement : c'était Willi ! Karin surgi quelques secondes plus tard, bises affectueuses, plaisir de se revoir, toujours vivants. Willi m'a demandé si j'avais lu leur message. Un message?  Oui, a précisé Karin, nous sommes allés au Piman, tu n'étais pas là, alors j'ai accroché un message sur ta moto, dans le parking. Comment pouvait-elle savoir que c'était ma moto? Oh c'est pas compliqué pour une anthropologue :
- J'ai vu la photo de ta moto dans "Debriefing", rouge et blanche.
- Mais je ne suis pas le seul à en avoir une de cette couleur, en plus ce n'est pas le même numéro que l'année dernière.
-  Ça fait rien, j'étais sûr que c'était la tienne !
- Serais-tu une sorcière?

Ils ont éclaté de rire tous les deux. A propos de rire, il faut que je parle de celui de Karin : ce n'est pas un rire chichiteux, un rire poli et précautionneux, hypocrite,  juste de quoi montrer qu'elle s'intéresse à votre conversation, non, son rire est une explosion sonore, une vague soudaine qui cogne l'air ambiant et vous entraîne dans un moment de joie partagé ! En ce qui concerne ma moto, il faut dire qu'une anthropologue n'a pas les yeux dans sa poche. En observant les photos, elle a remarqué que le siège de ma moto était recouvert d'un filet protecteur avec des bandes fluorescentes sur les côtés. Bon, vous me direz que je ne dois pas être le seul équipé ainsi dans Chiang Rai, mais je suis le seul à avoir les bandes fluorescentes sur les côtés, c'est comme ça !

Ce matin là, je suis rentré au Piman et j'ai vu sur ma moto ce papier soigneusement plié :




Retenez bien : c'est une allemande qui écrit en français !

                                                           
                                                        ................


Il y a un client permanent, chez Chian House, un vieil australien ventripotent, la face rougeaude, malheureusement pour lui bouffi de graisse. Cette année, il sort de moins en moins de sa chambre, il s'aide d'une canne pour effectuer les dix mètres qui le séparent du restaurant. Voici donc sa vie en Thaïlande : vivre dans une chambre confortable avec sa propre wifi, sa grande télévision aux multiples chaines, et ses allers-retours chambre et restaurant, tout en refusant de parler le moindre mot thaï, cela n'a aucun intérêt pour lui, et en ignorant complètement les traditions du pays, comme les fêtes dans les temples où la population d'alentour se presse joyeusement pour assister aux cérémonies bouddhistes, tout en goûtant tous les plats proposés par celles et ceux qui estiment faire une bonne action en les offrant à tous, et, pourquoi ne pas l'écrire, les thaïlandais sont comme tout le monde : ils aiment quand c'est gratuit, et ils en reprennent sans états d'âme. Vivant dans sa bulle, rétif à tout ce qui concerne la vie quotidienne thaïlandaise, et sans doute déçu par le fait que je ne séjourne plus dans la guest house, d'où sa soudaine acrimonie à mon égard, le vieil homme s'est mis en tête que manger gratuitement dans un temple c'est enlever de la nourriture aux pauvres. On lui a raconté qu'il m'est souvent arrivé de tomber sur ces fêtes, du coup il s'est mis à me traiter de tous les noms. Ne me sentant pas concerné par ses propos, vu qu'il ne sait rien du pays où il vit, je ne réagissais pas, et d'ailleurs je me disais que son aigreur virulente pouvait l'aider à bouger : on se trouve des motivations comme l'on peut.

Un matin, j'ai pris le petit déjeuner avec Karin et Willi, c'était leur dernier à Chiang Rai, quand le vieil homme est apparu, avançant pas à pas, soufflant comme un damné, il s'est arrêté pour déblatérer sur moi, puis, avec un sourire mielleux - quel comédien ! c'est pour ça que je ne lui en voulais pas -, il a demandé à Karin comment elle allait se matin.

Alors il s'est passé quelque chose que je ne suis pas près d'oublier...


Dernière édition par geob le Ven 10 Mar - 9:26, édité 1 fois
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Lilie

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Re: Debriefing II

Message par Lilie le Ven 10 Mar - 9:22

METAAAAAAAAL!!! diablotin

Geob,

Karin, je suis sure qu'elle a été ma voisine au moins une fois, quelques jours dans sa vie ! clin d'oeil

Lilie

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Re: Debriefing II

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