Le Village du Peuple Etrange Voyageur

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Virée weekendesque en marais poitevin

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Lilie

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Virée weekendesque en marais poitevin

Message par Lilie le Mar 24 Mai - 21:34

"24.05.16

Arf! Partie sans rien pour griffonner, me voila en train de tapoter un carnet de maison, 48 heures après mon retour. Les souvenirs s’effacent, la mémoire trompe. Tant pis, j’ai envie de pencher sur papier ces moments de vie, ces impressions d’une vadrouille de fin de semaine qui flottent encore dans mon esprit ce jour, à peine revenue de mon saut dans une autre époque, un autre monde, un autre pays. A peine revenue de la Venise Verte, la Pittoresque.
J’avais envie de m’échapper avec ma fille, pour un weekend, d’aller découvrir un coin de Gaule que je ne connaissais pas. Critères de choix :
- 3 heures max de route car départ un Vendredi soir après le taf, et retour le dimanche en soirée. Je bossais par choix les jours de ponts/fériés du mois, n’ayant jamais eu l’habitude d’un mois de mai gruyère pendant les 10 premières années de ma vie active, je n’en ressens pas le besoin, ni l’envie : si j’ai un long weekend, c’est pour partir quelque part . Sauf que je n’aime pas la foule, donc je ne vois pas l’intérêt de me taper les bouchons et la circulation de ces weekends-là. Donc je préfère partir sur un weekend de mai normal.
- Envie d’eau, mais pas la côte : idem ci-dessus, j’aime pô la foule, et de mai à août, je fuis la côte comme le choléra. Pas envie des châteaux de la Loire trop proutprout, j’avais envie de grand air, de nature, de me ressourcer. Une île ? Noirmoutier va être blindée de monde, Yeu, Ré aussi, et les plus grandes le sont trop pour une visite sur un simple weekend.

Alors j’ai cherché vers la Bretagne. Des fôrets ? Brocéliande ? Mouai… bof, pas assez d’eau, pas envie sur ce weekend-là. Lumière ! Les marais poitevins ! J’en entend parlé depuis que je suis môme, et n’y suis jamais allée.
Un coup d’œil rapidos sur l’un des premiers sites touristiques qui apparaît sur gogole, et la destination était choisie ! Même coup d’œil pour le choix du premier hébergement en chambre d’hôte qui m’est tombée sous le nez, et hop ! La destination était choisie ! On partirait au sud Vendée, limitrophe des 2 sèvres, à une 15aine de minutes de Niort.

Vendredi soir, fille et sac dans la voiture, direction plein sud ! Il avait plu une grosse partie de l’après—midi en région nantaise, et les prévisions que j’avais regardées la veille sur le net annonçaient un weekend mitigé, éclaircies et averses orageuses. Une décennie en Irlande m’a appris que le temps impactait peu mes loisirs, et que ce n’était pas un facteur déterminant à graduer si je passais un bon moment ou non. En bref, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, je m’en tape, même que des fois, je préfère quand il flotte !

(...)

Lilie
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Skyrgamur

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Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par Skyrgamur le Mer 25 Mai - 7:23

Chouette, un carnet et des photos à venir. câlin


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Skyrgamur, le lutin Islandais
 
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Solcha

Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par Solcha le Mer 25 Mai - 8:51

Youpiiiii! banane

(Vas-y Lilie, on est bien calé au fond du coffre près de la poche droite du sac à dos ( chut ! ) )


_________________
¡ Pura vida !

Albatros

Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par Albatros le Mer 25 Mai - 9:02

Ton bien sympathique petit texte m’a immédiatement fait replonger dans d’assez récents souvenirs d’une superbe virée effectuée l’an dernier dans le marais poitevin, que nous avons eu la grande joie de redécouvrir plusieurs années après une première visite en cet endroit magique.

De retour à la maison, j’avais alors tout comme toi décidé d’immédiatement essayer de fixer nos bien agréables impressions avant qu’elles ne soient altérées par l’emprise du temps, via la rédaction d’un assez long texte dont voici un court extrait :  

"Très peu de temps après avoir quitté le petit embarcadère, nous fûmes alors immédiatement plongés dans une sorte de bien étrange univers où la parfois dense végétation, la terre et l’eau semblaient bien incroyablement s’entremêler ?! Une bien douce et très agréable sérénité nous a alors brusquement envahis, pour au fil de l’eau... délicieusement se transformer en une sorte de très apaisant petit cocon protecteur nous isolant totalement des néfastes et parfois très bruyants effets de la civilisation ne se trouvant pourtant qu’à seulement quelques dizaines de kilomètres à vol d’oiseau ! La nature à demi-sauvage en ces lieux, car tout de même légèrement façonnée par la main de l’homme en ce qui concerne l’aménagement de ces innombrables canaux, nous parut comme à son habitude d’une incroyable beauté. Une grande partie de notre balade se fit à l’ombre d’une assez dense végétation qui quelquefois nous laissait tout de même entrapercevoir via de larges trouées, de beaux coins de ciel bleu.
                             
Nous avions pris la sage précaution de choisir un petit et très discret embarcadère beaucoup moins fréquenté que les autres où nous le savions, plusieurs dizaines de barques pouvaient alors tristement s’aligner et nous ne le regrettâmes absolument pas. Car cela nous a ainsi permis d’effectuer notre balade en nous croyant pratiquement les seuls sur l’eau ! L’endroit nous parut vraiment magique et c’est tout juste si nous osions parler, tant nous ne voulions pas troubler le calme et la sérénité véritablement apaisante des lieux. Nous nous contentâmes donc de tout simplement écouter les nombreuses et très intéressantes explications de notre jeune batelier, en l’interrompant seulement de temps en temps pour lui poser quelques questions d’un timbre de voix qui se voulait presque être un léger murmure, un peu comme si l’on chuchotait à mi-voix dans un lieu de culte telle que pouvait l’être par exemple l'une de nos églises ou un temple d’une culture étrangère se situant en terres lointaines. Une chose m’avait d’ailleurs dès notre départ, immédiatement frappé : notre jeune guide-batelier parlait lui-même d’une voix extrêmement lente et douce ?! Sans doute tenait-il lui-même à ne pas trop troubler la quiétude matinale de cette si belle nature qu’il semblait presque vénérer. Toujours est-il que c’est presque à regret que nous quittâmes les lieux, lorsque fut pour nous venu le moment de débarquer..."
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Lilie

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Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par Lilie le Mer 25 Mai - 20:13

Salut Albatros,
Oui, il y a des endroits comme ça, aux ambiances particulières. sourire

Lilie
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Lilie

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Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par Lilie le Mer 25 Mai - 20:22

Passé la Vendée (la rivière, pas le département), le soleil est apparu comme par enchantement, et c’est sous le ciel bleu que nous sommes arrivées à Sainte-Christine, à peine 10 minutes après avoir quitté l’autoroute, 1h15 exactement après être partie de chez moi. Un hameau après des champs de blé, il m’a semblé. Une ruelle étroite, sans trottoir, bordée de maisons hautes, en pierre. Une route qui se termine en gravillons qui mènent à une impasse qui se termine sur un portail ouvert sur un jardin. Un jardin qui trait-d’unione avec les marais, bordé par deux canaux et des baudets du Poitou de chaque côté des vachères. On les entend, on les sent, avant même de les apercevoir. Les sens s’éveillent.  Chouette !

Le jardin est à lui seul un tableau bucolique teinté de verts, en pointe comme la proue d’un navire qui s’avance vers l’océan. Sauf que l’océan ici est bien calme, et que devant nous un canal à la végétation généreuse entraîne mon imagination vers un monde où se côtoieraient leprechauns, korrigans, Clochette, Moogli et Shrek. J’ai aimé le matin m’y asseoir en attendant que notre hôte-batelier nous rejoigne. J’ai aimé y pique-niquer le midi, bière en main, sous le soleil humide (oui, car les marais, c’est tropical quand il fait chaud !), et y regarder ma fille faire causette avec l’âne d’en face, vexé qu’un canal le sépare d’une caresse et d’une tranche de pain de mie (je parle couramment l’Âne, après un master en âneries). Un jardin comme dans les livres de Martine, entouré d’une bulle de douceur qui estompe l’image sur la page de coton. Un jardin finistère, fin del mundo, géographiquement dans ma tête, mais Martine-fantastique pour l’ambiance. Bref, un jardin pour stimuler l’imaginaire, et où le corps, en plus, ce sent bien !

Le premier soir, en sortant de la douche, tard tout de même pour une petite fille de cinq ans, j’ai retrouvé Kinderette endormie comme une patate en plein milieu du lit qu’on devait partager. Mince. Plus tard dans la nuit, je me suis faite réveiller par des jambes et des pieds qui écrasaient mon visage en son travers. Elle s’était perdue dans le lit, mais c’était toujours mieux que de la retrouver tombée du lit. De toute manière, j’avais anticipé ce scénario en plaçant sur le sol, de son côté, le gros oreiller transformé en airbag pour l’occaz’. Le scénario resta dans ma tête cette nuit-là, et la suivante. Tout comme celui du pipi accidentel au lit. Tant mieux.

J’avais choisi lors de ma réservation par téléphone, d’inclure une balade guidée de deux heures, en barque, avec la moitié masculine des lieux. Je sais à quel point des marais peuvent être impénétrables autrement que sur l’eau. Car les marais sont souvent, et avant tout, des terrains privés desservis par des chemins aquatiques. Et pis de toute façon, j’avais envie d’eau, et cette envie, il faut croire, ne se satisfaisait pas d’être entourée d’eau les pieds sur terre: il fallait aller SUR l’eau !
Alors, pendant deux heures, rien que pour Kinderette et moi assises à l’avant de l’embarcation (embarcadère au bout de la proue du navire!), C. nous a raconté les marais, depuis l’époque des dinos (la Vendée serait paraît-il l’endroit en France où il y aurait le plus de squelettes de dinosaures !) jusqu’à nos jours. Naturaliste, herboriste hors paire, il s’arrêtait parfois pour nous montrer telle ou telle plante dont j’ai oublié le nom, sauf quelques unes comme l’orchidée pyramidale et l’orchidée bouc (parce qu’elle sent le bouc !). J’ai appris l’origine du velcro (une face velours, une face crochet, inspirée d’une plante dont j’ai bien entendu oublié le nom…), à quoi ressemblait les crottes de ragondins, et plein d’autres choses intéressantes. Ce qui est incroyable, c’est que C., marié depuis 50 ans à L. avec qui il tient la chambre d’hôte, est un retraité qui a travaillé toute sa vie dans une usine de sidérurgie, à Dunkerque. Un Chti. Né au Maroc. Qui est allé au Pérou pendant un mois, seul avec sa femme, pour leurs 40 ans de mariage, parce que leur fils leur avait dit de changer de destination après avoir marché l’année précédente pendant quelques temps sur les chemins de Compostelle. C’est marrant d’atterrir ici. Un vrai choix de vie, qu’ils avaient fait, de venir s’installer ici à leur retraite. Parce qu’à 50 ans, leur salaire avait perdu 20%. Alors ils s’étaient dit, avec sa femme, qu’il faudrait trouver quelque chose, ailleurs, pour pouvoir vivre pendant leur vieux jours. Ils avaient acheté cette vieille maison, et avait été les premiers « étrangers » dans ce village aux 300 âmes, à rénover une vieille bâtisse pour y faire venir les touristes. Les semaines où ils étaient en chômage technique, ils venaient travailler en Vendée, ça complétait leur salaire qu’ils avaient perdu dans le Nord. Une fois en retraite, ils se sont installés définitivement dans ce coin des marais poitevins.
C. est tombé malade en 2008, putain de cancer, soigné rapidement. Il y deux ans, c’est un autre cancer qu’est venu s’immiscer dans sa vie. 23 traitements de chimio depuis, le prochain ce Jeudi. Comment fait-il pour trouver la force de nous embarquer à coups de rames dans l’eau, pendant deux heures, et de nous partager ce flot de connaissances en continu ? Deux de leurs enfants ont déménagé à côté de chez eux quand il est tombé malade. Leur plus jeune fils, lui aussi malade depuis deux mois. « Je tremble à chaque fois que le téléphone sonne » me confia-t-il, dans l’intimité d’un marais bienveillant, réconfortant, apaisant. Je lui ai dit qu’au moins, il avait un cadre de vie qui devait aider à supporter la maladie.
- « Ah  ça oui ! Le marais, je m’y sens bien ! C’est occasionnel maintenant quand je promène les gens. Là, pour vous, j’ai accepté car vous n’êtes que deux. J’avais dit que je reprendrais les balades en barques, que j’en ferais davantage. Mais, vous savez, je m’allonge trois fois par jour sur un tapis qui m’envoie des ondes, et … ».

Pendant la balade, je me suis remémorée un livre qu’une vieille voisine de mes parents m’avait offert pour un anniversaire quand j’étais petite : c’était un grand album intitulé « La Vendée ». Je me souviens des photos des marais poitevins qui me donnaient déjà envie, un tunnel vert baigné de lumière. Pendant la balade sur l’eau, assise à l’avant de la barque, j’ai vu cette photo. Cette photo que j’ai tant regardée quand j’étais môme, et que j’ai témoignée en vrai 25 années plus tard, ma fille à mes côtés. Merci C.

(...)

Lilie

Albatros

Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par Albatros le Mer 25 Mai - 21:03

Salut Lilie,

Lilie a écrit:Oui, il y a des endroits comme ça, aux ambiances particulières.  sourire

Je suis tout à fait d'accord avec toi !  clin d'oeil  

Guidés par un assez jeune batelier qui semblait non seulement connaître les moindres petits recoins du marais comme sa poche mais également la faune et la flore à la si incroyable diversité que l'on peut y trouver, nous sommes également tombés sous le charme de cet endroit et avons réellement adoré notre longue balade en barque traditionnelle effectuée à l'ombre d'une presque luxuriante végétation. rêveur  

Lilie a écrit:J’ai appris l’origine du velcro (une face velours, une face crochet, inspirée d’une plante dont j’ai bien entendu oublié le nom…

Il s'agit de la bardane ! sourire
Dans les années 40, un ingénieur suisse s'en était effectivement inspiré pour inventer le Velcro ("vel" pour velours et "cro" pour crochet).

Albatros
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Skyrgamur

Localisation : une île : Île de France

Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par Skyrgamur le Mer 25 Mai - 21:21

Encore Lilie.
Que c'est bon de se remémorer cette Vendée fascinante sous ta plume ordinatesque.


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Skyrgamur, le lutin Islandais
 
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Fabricia

Localisation : Alpes Maritimes

Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par Fabricia le Jeu 26 Mai - 8:15

sourire Vendée, terre de mes ancêtres... et  toutes mes vacances de jeunesse  près de Ste Christine que tu me rappelles avec bonheur !
bisou bisou


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Fabricia
"Le présent est un leurre puisqu'il se transforme sans cesse en passé" (selon Flora Groult)
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Lilie

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Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par Lilie le Jeu 26 Mai - 18:43

J’étais bien dans ce coin là, et n’avais aucune envie de prendre la voiture. Avec la carte des balades alentours prêtées par L., nous partîmes, Kinderette, moi, et nos pieds, à la découverte de ces mêmes marais, à pied cette fois-ci. Nos pas nous menèrent sur les premières centaines de mètres, le long d’un canal que nous avions emprunté le matin-même. Mais j’étais bien incapable ensuite de dire dans quelle direction, où, sur quelles voies d’eau, C. nous avait entraînées il y avait quelques heures. J’ai un bon sens de l’orientation, mais je crois que pour n’importe qui qui leur est étranger, les marais sont un méandre de paysages qui se fondent, se confondent, trompent, se ressemblent et s’entremêlent de manière à perdre le visiteur et protéger l’autochtone. C. m’avait d’ailleurs fait remarquer le matin, au bout d’un canal où il m’avait demandé de me retourner sur ce qu’on venait de parcourir, que sous ce nouvel angle de vue, le canal prenait un tout autre visage que j’aurais été bien incapable de reconnaître s’il m’avait fallu trouvé mon chemin pour le retour. Il m’avait précisé à l’occasion qu’il était fréquent qu’il « perde » des familles, car il proposait aussi ses 4 barques en balades autonomes, avec un plan bien sûr !
- Vous voyez ces deux canaux qui partent sur la gauche, là, dans la même direction ? Si vous prenez le premier, vous allez tout droit sur la Rochelle. Si vous prenez le deuxième, celui qu’on va prendre, vous revenez sur vos pas.

Mais point d’inquiétude à pied, je me repère ! Cacahuète kiffait les nombreuses passerelles qui enjambent les petits canaux, sur le sentier qui longeait le canal principal que nous suivions pendant deux kilomètres jusqu’au prochain village. Sur le chemin, je savais qu’une animation surprise allait faire son effet sur Cacahuète. La barque à chaine, qui permet de traverser le canal par un procédé tout simple, en tirant à force de bras sur la chaine qui relie les deux berges, et à laquelle est accrochée sur poulies une embarcation genre mini porte-avions qu’on dirait que les avions sont des bipèdes, à disposition de ces mêmes bipèdes, vélos, chats, chiens, et ménagerie ne dépassant pas les 300 kilos. Kinderette princesse a bien évidemment voulu, depuis la berge, tirer sur la chaîne pour ramener « le bac » de notre côté afin de pouvoir traverser.

- Ah ! C’est sale ! Qu’elle me dit en lâchant la chaîne, dégoûtée, limite au bord des larmes.
- Ben oui, Kinderette Trompette ! la chaine, elle est dans l’eau, même dans la vase au fond si ça se trouve !
C’est vrai qu’elle pue, cette chaîne ! Mais qu’est ce que c’est rigolo cette traversée de quelques secondes.

- Encore ! crie la princesse une fois sur l’autre berge.
- Ok. Tu tires la chaîne ?

Nous continuâmes donc notre balade sur la nouvelle berge que nous venions d’atteindre.
Le ciel était menaçant, mais légèrement coupdesoleillée du midi, j’avais pris l’option de laisser les vêtements de pluie à notre base, confiante que les menaces d’orages annoncées par la météo n’arriveraient qu’en soirée. Je m’étais dit que dans le pire des cas, nous ferions le chemin court, les 4 kilomètres aller-retour, et que ce serait déjà bien, au vu de la sieste habituelle squeezée. Le canal que nous longions se terminait en forme de cuillère en bois, le réservoir utilisé autrefois pour le lavoir joliment restauré, le tout au cœur d’un parc ombragé, porte d’entrée sur un petit village au charme déjà apparent depuis le sentier. Clic clac ! Clac ! Clic ! font les photos. Nous nous baladons en suivant les ruelles tortueuses bordées de nombreuses bâtisses abandonnées, en pierre, vieilles granges ou maisons fermières. Certaines retapées, et habitées. Les rares têtes que j’ai vues étaient grisonnantes. De vieilles voitures, certaines abandonnées. Je me croyais dans un décor de l’après-guerre, dans un Christian Michelet, dans un Régine Desforges, dans un Jean Giono même. Une France restée quelques décennies en arrière. Qui habite-là ? Qui viendra repeupler ce village quand les anciens seront partis ? Les Anglais ? Les Hollandais ? Ou d’autres Chtis qui auront eux aussi envie de sauver ce patrimoine et surtout, de le partager ?

Après ce tour de bout de village, nous revinrent sur nos pas, au bout du canal, car le ciel menaçait toujours. C’est à ce moment-là que la pluie d’orage est entrée en scène, après avoir prévenu de ses trois « floc ! floc ! floc ! » martelés sur le sol, comme le fond les acteurs avant que le rideau se lève. Vite ! A l’abri ! Les toilettes publiques nous offrent un bel, grand, et bienodorant appentis ouvert sur le parc et le canal, pour regarder tranquillement  la pluie se déverser devant nous. Mais quand on a cinq ans, regarder la pluie tombée alors qu’on est quand même dehors (mais à l’abri), c’est comme regardé une glace au chocolat fondre devant soi : irrésistible !
- Je peux aller, Maman ? Me fait-elle avec ses yeux noisettes, le bras déjà tendu sous la pluie.
Demi seconde de réflexion : il fait chaud, après tout, qu’elle s’amuse !
- Ok, mais tu seras mouillée, et je n’ai pas de vêtements de rech…
Elle est déjà partie, pousse un « haaaaa ! » aigü quand la pluie orageuse s’abat sur son petit être et est revenue à l’abri aussi vite qu’elle en était partie. Ca lui suffit, elle est contente, et n’éprouve pas le besoin d’y retourner. Elle passe à autre chose. Cette faculté qu’ont les enfants à être dans l’instantanéité ! Sans doute pour ça que jouer sous la pluie est un kiffe total pour les enfants du monde entier !

(...)

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Lilie

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Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par Lilie le Ven 27 Mai - 22:04

Nous sommes rentrées sans autre averse, goûter sur le chemin, et Kinderette avec une énergie débordante, elle courait encore quand nous rejoignirent la maison d’hôte ! Ca m’a conforté sur notre voyage à venir en Pologne. Elle est maintenant suffisamment grande, et résistante physiquement, pour ce genre de journée. Pour autant, nous n’avions pas fait deux kilomètres en voiture en fin d’après-midi, qu’elle dormait déjà ! Il était encore tôt, et malgré le temps à l’orage, j’avais envie de profiter davantage des environs. Jolis environs à travers des routes, voire des chemins à travers les canaux mais aussi le long de la Sèvre niortaise, arrêts dans quelques jolis villages. J’ai fait demi-tour au bout d’à peine un kilomètre de chemin qui s’enfonçait à travers les marais, bordés de canaux. Kinderette avait peur parce que « c’était noir », et moi, je n’avais pas envie de m’y perdre et de passer deux heures à revenir à notre QG qui à vol d’oiseaux n’était qu’à une poignée de kilomètres. Je suivais pourtant l’itinéraire que m’avait conseillé L. avant de partir pour cette vadrouille motorisée … Décidément, ces marais, il faut y habiter pour s’y enfoncer en autonomie ! Et pis, j’avais fortement envie d’aller pousser la porte d’un lieu que j’avais remarqué plus tôt dans la journée, à deux pas de notre chambre d’hôte, et qui m’intriguait : un bar brésilien !

Il était 18h30 quand nous nous avançâmes dans la cour, sur la gauche une enfilade de vieilles maisons en pierre, au fond, une grange à la grand porte en bois sur laquelle flottait un drapeau brésilien, et sur la droite, un indien d’amérique grandeur nature devançait un poulailler. Un surf sur le bord de la route, un autre drapeau brésilien au même endroit, en guise de portail d’entrée sur ce décor. De la ruelle, j’avais cru que le bar était face à moi, dans la grange. Mais le bruit me guida vers la porte ouverte, au bout de l’enfilade de maisons. J’ai du avoir un temps d’arrêt quand, la porte ouverte sur la cour, nous y pénétrâmes avec Kinderette. Une pièce de 12m² environs, quatre clients, et le tôlier, un cinquantenaire grisonnant, barbu, short aux couleurs du brésil et vieux t-shirt tâché. Il fume et écrase sa clope dans le cendar sur le comptoir quand nous rentrons. Sur la gauche, un couple de quatre fois vingtenaires, tournés vers le comptoir, et la table carré qui accueille de hommes d’une soixantaine d’années, peut-être plus, habillés en bleus de travail et sabots en caoutchouc. Je ne peux pas faire le descriptif de cette pièce au sol cimenté, de ce bar, tant il est photogénique et surprenant. A la fois ancré dans son passé d’hameau vendéen, inchangé depuis des décennies, les trois vieilles tables usées par les galons de Ricard, de rouge, et de café en témoignant, décor dans lequel sont venus s’ajoutés depuis des années (comme en témoigne la poussière), nombre d’objets venus du Brésil.

- C’est surprenant de trouver un bar brésilien ici, dis-je, accoudée au bar, en lui commandant une bière et une grenadine.
- Ma femme est brésilienne, me répond-il avec un sourire.
- C’est surprenant de trouver une brésilienne ici, lui répond-je.
- Ah mais c’est qu’il y a plein d’étrangers ici ! Il y avait une Mauricienne là qui vient de partir, là, en face, y a un Anglais, un Hollandais, plus loin y a un Ecossais…

On s’assoit avec Kinderette, à la table du couple quatre fois vingtenaire. Et là, j’observe le spectacle. C’est un théâtre, avec pour personnages principaux, les deux hommes face à nous, et le couple à notre table qui semble lui aussi être là pour apprécier le spectacle.
Des « olé » par ci, des « olé » par là. Nous ne sommes pas en Espagne mais en Vendée, et les acteurs s’expriment dans un patois vendéen bien trempé ! Instantanément, évidemment, j’ai pensé à mes grand-parents maternels. Petite, on y allait régulièrement y passé le Dimanche après-midi. Je ne comprenais pas toujours mes grand-parents, le dialecte  et l'accent dans lesquels ils s’exprimaient, mais j’ai quand même gardé une certaine compréhension, acquise, presqu’ innée. Pour autant, je ne comprenais pas toute la conversation qui se déroulait devant moi, et je devais prêter l’oreille pour la suivre. Le patois que j’entendais là était autrement plus prononcé et intense que celui dont j’avais eu l’habitude petite. Kinderette, j’en suis sûre, ne comprenait pas; c’était pour elle comme si ces gens parlaient une langue étrangère. Je n'ai pas cherché à vérifier mon ressentis par la suite, mais pendant toute notre assise dans ce bar, elle n’a pas relevé un seul phrasé de ses incessants « pourquoi ? ». Si elle avait compris ce qu’il se disait, elle m’aurait forcément posé des questions. Là, rien.

Les deux hommes se chamaillaient, s’insultaient, se lançaient des pics, mais pour autant on sentait la camaraderie. A coup de Ricard offert par le patron, on parlait de « La Cécile », de recevoir les gens dans la grange pour ne pas salir la maison et est ce que c’était des manières de recevoir les gens, d’un voisin qui vivait dans sa grange depuis des années, de voitures qui roulaient à l’huile de colza, de l'institutrice de l'un deux dont ce même l'un deux, écolier, voyait tout le "barbu" lorsque elle s'asseyait face à lui.

Je n’arrive pas à exprimer l’ambiance, les conversations, les attitudes… c’est frustrant. J’étais pourtant tellement consciente d’être observatrice d’une scène qui me rappelait bien des scènes que j’avais observées en voyage; je pensais notamment aux bars des montagnes espagnoles, sur les chemins de Compostelle, où j’avais passé bien des soirées en compagnie de villageois. Je me disais, dans ce bar vendéen, que décidément, il n’y avait pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour voyager. Ca, je l’ai compris il y a bien des années, mais ce soir-là, j’en étais pleinement consciente ! Je me disais que j’étais là, à la porte de chez moi, et que j’y vivais ce que j’allais chercher parfois bien loin sur la planète : le dépaysement. Et j'étais contente de partager ce moment avec Kinderette. Dans ce bar, je n’étais pas en France. Du moins, pas dans la France qui est ma référence, mon quotidien. J’étais tellement loin de mes codes aseptisés, bien rangés ! Les sujets de discussions que j’entendais, la langue même, car je parle ici d’une autre langue, le décor, et les personnages. Tout, dans ce bar, était exotique.
Le patron avait vite rallumer ses clopes quand il a vu que je n’étais pas le genre à me formaliser. Kinderette a pu profiter d’une deuxième grenadine, pendant que je sirotais ma deuxième binouze, bonne excuse pour prolonger ce moment incongru, inattendu.
Et puis, Kinderette eut la bonne idée de demander à faire pipi. (à noter pour les prochaines virées baresques : abreuver la fillette de grenadine, pour lui donner envie de faire pipi, et ainsi découvrir des trésors !)

- Venez avec moi, je vais vous montrer, me dit le patron en me montrant la porte ouverte qui communiquait sur une pièce adjacente.
De là, il me montra l’escalier.
- En haut, au bout du couloir, sur la droite, le bloc blanc.

La pièce collée au bar n’était rien d’autre que le salon cuisine pièce de vie du proprio. La touche brésilienne bien présente ici aussi, deux hamacs accrochés d’un bout à l’autre de la pièce. En haut des escaliers, c’était l’espace nuit, et au bout, effectivement, un bloc blanc, les toilettes sans portes, mais avec un cendrier débordant à côté d’un livret de sudoku.
J’ai kiffé ces toilettes ! J’ai kiffé ce bar, son esprit ! J’ai kiffé cette liberté qu’on trouve de moins en moins dans nos pays argentés où les lois, les règles, les cadres aseptisent, nous protègent soi-disant, mais surtout étriquent les mœurs.
Ce lieu de vie où les gens viennent trouver la compagnie, se rencontrer. J’aime les troquets, les pubs, les cafés, ce n’est pas nouveau. Ces endroits où l’on prend le pouls des environs.
Dans ce bar véndéo-brésilien, le temps s’était arrêté il y a lurette. Quand les quatre clients furent partis, une heure après notre arrivée, je tapa causette un peu avec le patron :
- Il est super cet endroit ! Il me rappelait les bars que j’ai pu voir dans les petits villages des montagnes espagnoles, ou parfois en Amérique du sud. C’est top d’avoir ça ici, ne le changez pas !
- Il n’a pas changé depuis l’époque de mes parents. C’est eux qui étaient assis là, à côté de vous. Faut les garder tels qu’ils sont ces endroits-là, il ne faut pas les changer…

Il reste à l’homme encore 5 ou 6 ans avant la retraite, après « taillos au Brésil ! En tongues toutes l’année ! ».

(...)

Lilie


Dernière édition par Lilie le Ven 27 Mai - 22:18, édité 2 fois
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Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par Lilie le Ven 27 Mai - 22:06



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mamina

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Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par mamina le Dim 29 Mai - 15:18

Des moments magiques !!! sourire
Dis ? elles sont où tes photos de la virée dans les marais ?
la barque, c'était une comme ça ?

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Lilie

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Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par Lilie le Dim 29 Mai - 15:21

Les photos elles sont dans la balade du Dimanche . clin d'oeil

La barque, c'était celle-ci:






Lilie
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Lilie

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Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par Lilie le Dim 29 Mai - 15:40

Il ne me chargea pas les deux grenadines.
- On ne fait pas payer les grenadines, on n’a jamais fait payé : c’est de l’eau…

A Nantes, crois-moi, on te les fait payer tes grenadines ! Jusqu’au bout, ce fût le dépaysement dans ce lieu unique.

Le soir, comme Kinderette, j’étais moi aussi HS. Je me suis glissée dans le lit en même temps qu’elle, vers 22h et ai éteint la lumière de suite.
- Maman, j’aime bien les vacances, parce que j’ai passé une chouette journée, et parce que je peux dormir avec toi. !

J’ai mis du temps à m’endormir, la journée passée amenant à mon cerveau un enchaînement de réflexions. Flagrant ici, cette France à deux vitesses. Perturbant même. Dans tous les pays du monde, il me semble, la différence entre centres urbains et zones rurales est notable. En France, elle est quand même très marquée, et j’ai l’impression que le fossé devient canyon. Perturbant, parce que depuis plusieurs semaines, Nantes, c’est quand même un décor de guerre civile, une ville dévastée par des affrontements, des manifestations à n’en plus finir, des flics, des CRS, de la fumée, du chaos. Et la violence des engins motorisés, qui m’amène à 1h30 de là, sans transition, dans un monde préservé, un autre époque, une carte postale, un écrin de calme et de tranquillité, où l’on capte difficilement le réseau de téléphone, et où la 4G n’arrive pas encore, exit internet et connexion instantanée de mon quotidien ! Si c’est ainsi aujourd’hui, pourquoi ces zones rurales françaises viendraient à changer ? C’est rassurant, alors, un peu, de penser qu’en Gaule, il y aura toujours une multitude d’endroits d’apaisement, loin des bombes terroristes ou lacrymogènes.

Et puis, je me réjouissais du moment. Ca y est, Kinderette avait l’âge, l’âge que depuis plus de 5 ans je pensais idéal pour voyager avec un enfant. Les virées de ces derniers mois me le confirment, et me rassurent. C’est une enfant top, facile à vivre, toujours de bonne humeur, et toujours enthousiaste. Prudente en plus, ce qui facilite la vadrouille, et je lui laisse donc, je l’espère, autant de liberté que ce peut pour explorer le monde avec ses yeux de petite fille. J’entends qu’un jour elle puisse me dire qu’elle n’aime pas la vadrouille. Mais ce n’est pas le cas aujourd’hui, elle est même demandeuse et toujours ravie quand je lui annonce qu’on part pour ce qui pour elle sont toujours « des vacances ».

Ce soir-là, j’ai eu l’impression d’entendre la pluie battre le toit toute la nuit. Au réveil, il pleuvait toujours à torrent. Bon, changement de plans, nous n’irons pas nous balader à pied à travers les marais aujourd’hui !

Alors après le petit dej’, et sur conseils de nos hôtes, nous sommes allées à Neuil sur l’Autize : abbaye, cloître, et visite interactive au cœur de la vie monastique du moyen-âge ainsi que la maison Aliénor (d’Aquitaine), maison bourgeoise du XIXème, tout en interactivité, super bien fait ! J’avais prévu de pique-niquer, et bien que la pluie était plutôt de l’ordre d’averses de crachin maintenant, les tables et lieux publics devaient forcément être humides. Finalement, nous n’avons pas chercher longtemps, le parc communal abritait un abri à pique-nique qui nous abrita à son tour, tables sur tréteaux et bancs en libre service. Bizarrement, nous étions les seules pique-niqueuses. C’était marrant comme pique-nique et c’est sur ce dernier moment tranquille, à regarder la pluie tomber, que nous finîmes notre vadrouille entre parenthèses, au cœur d’un paisible tableau vendéen."

Fin.

Lilie
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Skyrgamur

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Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par Skyrgamur le Dim 29 Mai - 16:09

Belle parenthèse.
Merci Lilie


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fabizan

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Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par fabizan le Dim 29 Mai - 23:26

Charmante escapade Lilie, toute en sérénité qui change des furies de l'océan top !


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mamina

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Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par mamina le Dim 29 Mai - 23:44

J'aime ton escapade mais j'aime surtout entendre battre ton coeur de maman...
Oui, elle est chouette ta Kinderette... certainement grâce à quelqu'un qui a su si bien l'accompagner !
bisou
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geob

Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par geob le Lun 30 Mai - 17:24

... les cadres aseptisent, nous protègent soi-disant, mais surtout étriquent les mœurs...


Très "interrogeant" cette remarque... mais elle me convient !
Je vais me faire passer pour un béotien, mais j'ignore ce qu'est une "binouze" !!!
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Skyrgamur

Localisation : une île : Île de France

Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par Skyrgamur le Lun 30 Mai - 17:29

geob a écrit:...Je vais me faire passer pour un béotien, mais j'ignore ce qu'est une "binouze" !!!

Une bibine


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geob

Re: Virée weekendesque en marais poitevin

Message par geob le Mar 31 Mai - 11:23

C'est noté ! Mais en ce moment, je prendrais une Carlsberg plutôt qu'une Grimbergen ! Chez les Belges, je préfère la Duvel !

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Re: Virée weekendesque en marais poitevin

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