Le Village du Peuple Etrange Voyageur

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Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

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Lilie

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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par Lilie le Jeu 9 Mar - 19:44

mamina a écrit:Le calvaire de Nestavel, classé depuis 1928 (le calvaire s'orne d'un groupe de personnages accompagnant une pietà, dressé sur un soubassement) a été déplacé en 1962 pour permettre la construction de la centrale nucléaire et se trouve désormais près du moulin de Kerstrat.

Figurez-vous que lors de ce déplacement mon grand-père avait donné à la commune le bout de terrain où se trouve maintenant le calvaire ; en échange le maire avait transformé en concession à perpétuité la tombe familiale qui est dans le cimetière autour de l'église...

C'est fou quand même que notre Lilie, connue par internet, foule maintenant les chemins de mon enfance... enfin les vacances chez les grands-parents...
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bisou

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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par Lilie le Ven 10 Mar - 10:41

Après quelques kilomètres supplémentaires de paisible goudron, mes pieds ont retrouvé avec joie un sol naturel et je me suis vite retrouvée à nouveau au milieu de la lande rase, sur un sentier boueux qui reprenait de la hauteur sur le lac et sa vallée. Pendant ces derniers kilomètres, j'avais souvent en ligne de mire, face à moi, le Mont Saint-Michel et le clocher de sa chapelle, maintenant complètement dégagés, et sous le ciel bleu. Le soleil baissant, j'espérais un cervidé qui traverserait devant moi entre deux bosquets de pins. Que neni! Les deux lapins croisés quelques heures plus tôt furent les seuls mammifères observés dans la journée.
















(...)

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Fabricia

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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par Fabricia le Ven 10 Mar - 11:31

top ! J'aime ces belles images du bocage breton...et tes mots pour le raconter !


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Solcha

Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par Solcha le Ven 10 Mar - 11:45

"chemin boueux", t'es sure que t'as pas pris par le ruisseau au lieu du chemin? clin d'oeil

Je vois que l'aspect "démarrage matinale" est une constante sur les randos hivernales rire


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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par mamina le Ven 10 Mar - 11:51

carrément boueux oui ce chemin !
Mais, as-tu longé le camping et  l'école de voile vraiment tout au bord du lac ?
Il me semble que tu as fait un grand détour par la route...
C'est vrai qu'il n'y a pas de carte très détaillée




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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par Lilie le Ven 10 Mar - 17:07

Solcha a écrit:

Je vois que l'aspect "démarrage matinale" est une constante sur les randos hivernales rire

Constante, tout court. On ne peut pas être chouette et coq à la fois! (bien que la nuit précédent cette rando, j'ai entendu les deux!) clin d'oeil

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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par Lilie le Ven 10 Mar - 17:09

Mamina, non je n'y suis pas passée. Je voulais couper par la route tout droit pour raccourcir un peu, mais tout droit, c'était la route de la centrale et elle est privée et cloturée, non indiquée sur la carte. Donc je me suis retrouvée au final à faire un détour par l'intérieur en direction de Brennilis.

Voici mon parcours exact, surligné en jaune:



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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par Lilie le Dim 12 Mar - 16:43

Les douleurs musculaires de mes guibolles disparurent le temps de quelques minutes, lorsque j'empruntai le dernier sentier grimpant qui devait m'amener à la chapelle. En rencontrant la route qui mène les automobilistes au parking, le sentier se transforme en marches bétonnées, au pied desquelles un panneau sans équivoque nous indique notre position.



En haut des marches, les lèvres allant saluer le ciel, c'est avec entrain que j'ai suivi le sentier dallé jusqu'à la chapelle, sous un magnifique ciel bleu! Quel contraste par rapport au départ de cette rando, où j'avais laissé l'endroit dans un décor aveugle, froid et venteux! Il était maintenant à peine 17h30, le soleil brillait et grâce à lui s'offrait maintenant à moi, et aux quelques visiteurs, un panoramique splendide des alentours, qui me laissait présager un superbe coucher de soleil!




















Les degrés s'envolent vite en haut de la montagne Saint-Michel, et après avoir posé mon sac dans le coeur de la chapelle, j'ai enfilé toute mes couches pour profiter du spectacle, celui où la lumière du jour laisse place aux ombres nocturnes.







Je n'étais pas seule bien sûr pour profiter de ce spectacle, le lieux étant facilement accessible en voiture. Je craignais d'ailleurs une ou des visites nocturnes, le lieu étant idéal pour un squat entre jeunes qui ne dérangeraient personnes. J'avais observé rapidement les alentours et l'intérieur de la chapelle, et n'y avait pas vu de traces de feu, et l'intérieur de la chapelle était propre, pas de détritus. Je bivouac habituellement à l'abri des regards, et des parkings, par sécurité. Là, ce n'était pas le cas, mais j'étais confiante. Il m'a semblé que deux vans étaient restés sur le parking à la pénombre, l'un avec deux potes trentenaires, et l'autre hébergeant une famille et leur deux enfants. Je n'ai pas pris la peine de vérifier ensuite s'ils étaient restés là pour là nuit, même si je le pensais.

La nuit tombée, je me suis trouvée gardienne des lieux. J'avais diné dehors, près de la chapelle, à l'abri du vent, et très vite, il est devenu cinglant, j'ai enfilé les gants et les capuches. Il était l'heure de sortir mes cadeaux. Un cigar, et ma fiole, remplie de whiskey irlandais. La veille, j'avais hésité quant au contenu, mais il était paru évident que seul un whiskey, triplement distillé, irlandais donc, pouvait m'accompagner dans les Monts d'Arrée. Je l'ai apprécié en regardant les étoiles, à l'abri du vent, collée à l'extérieur du choeur de la chapelle. Les druides, dans les temps anciens, ont-ils célébré des cérémonies ici? Avec un tel vent, il aurait été impossible d'y allumer un feu! Il aurait fallu être fou pour passer une nuit ici, sans abri! Aujourd'hui, c'était une belle journée, mais pour autant, le vent, sans rien pour l'arrêter depuis les côtes bretonnes, transperçait même mes fringues techniques du XXIe siecle! Mais un lieu comme ceci a forcément été un lieu de culte, la chapelle n'ayant d'ailleurs fait, je pense, que remplacer les cultes anciens par le culte catholique.
Oui, ça caillait grave le temps de fumer mon petit cigar, en général en trois quart d'heures, et même avec une fiole de whiskey pour me réchauffer!



(...)

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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par mamina le Dim 12 Mar - 18:00

Wouah ! ce ciel ! et quelle nuit ; faut oser !
le circuit que tu as fait est le bon, juste effectivement tes raccourcis, mais je comprends après tous ces kms !!!
Bises
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fabizan

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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par fabizan le Dim 12 Mar - 20:18

Belles photos Lilie top !


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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par Lilie le Dim 12 Mar - 22:39

Je me suis couchée, pensant passer une bonne nuit, mais tout de même pas très tranquille de dormir dans un lieu reculé mais facile d'accès pour les voitures, un Vendredi soir, début de weekend. J'avais raison. Vers minuit, j'ai entendu des voix à l'extérieur de la chapelle. Je ne dormais pas car le vent soufflait trop fort et faisait un vacarme du diable dans cette chapelle à la charpente découverte au dessus de ma tête. J'ai saisi le couteau suisse que j'avais sur moi, dans une poche à l'intérieur de mon duvet. Je l'ai ouvert, et de l'autre main, j'ai saisie ma lampe torche. Puis j'ai attendu, l'oreille alerte. La porte du fond s'est ouverte, deux hommes sont entrés.

L'attaque est la meilleure des défenses. Je me suis assise immédiatement, ai pointé ma lampe vers eux et gardé l'autre bras dans le duvet, couteau en main, et d'une voix claire ai lancé un "bonsoir!". J'étais vraiment la gardienne du lieux ce soir.

- Bonsoir Madame! Ils s'avancent dans la chapelle, vers le choeur où je suis couchée. Vous avez pas peur, là?
- Non, ça va, je suis tranquille ici, dis-je d'une voix guillerette, mon coeur battant la chamade.

Le duvet, c'est le pire des pièges, impossible d'en sortir facilement, on est y coincé. Je chasse les idées flippantes.

Les deux hommes ont la vingt-cinquaine, l'un bavard, l'autre taiseux. Un phrasée de banlieue.

- Vous savez ce que c'est ici?
- Euh... C'est une chapelle du XVIe siècle. C'est un lieu de culte, ai-je ajouté, comme pour me protéger, dissuader.

Pourtant, mon instinct me disait que je n'avais rien à craindre. Je percevais deux jeunes citadins en balade pour tuer l'ennui d'un Vendredi soir, pas moi. Ils ont fait un tour rapide de la chapelle, promenant leur lumière de portable sur les murs, la charpente.

- Au revoir Madame, bonne nuit.

La porte s'est refermée, j'ai reposé la tête sur mon oreiller de forturne, lampe éteinte, couteau toujours en main. J'ai entendu les voix à l'extérieur deux minutes, puis elles se sont éloignées. On ne reste pas longtemps au sommet du Ménez Mikael en pleine nuit de février. J'ai replié mon couteau et passé une heure, l'angoisse de les voir ré-apparaître à disparu. J'ai géré mes peurs pas si irrationnelles que ça (ils savent que je suis là, seule, coincée dans mon sac de couchage: une proie facile!) et écouté mon intuition à nouveau: nul doute, ces deux jeunes étaient en balade touristique nocturne.

Je ne les ai effectivement pas revus ni entendus, mais quelques heures plus tard, alors que le vent hurlait de plus belle, un autre visiteur s'est invité dans ma nuit...

(...)

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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par mamina le Lun 13 Mar - 0:51


Et je lis ça juste avant de me coucher ! Lilie !!!!
surpris surpris
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Solcha

Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par Solcha le Lun 13 Mar - 8:14

trop tôt pour le coq, un hibou? un lézard?


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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par Wapiti le Lun 13 Mar - 8:52

Le fantôme des Monts d'Arrée ? rêveur


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Lilie

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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par Lilie le Lun 13 Mar - 10:05

J'ai su immédiatement de quoi il s'agissait. Une tronçonneuse! Une tronçonneuse s'attaquait au plastique dur enveloppant mon pain suédois, caché au fond de mon sac de courses Tesco en maille épaisse, qui contenait le reste de mes vivres, et que j'avais laissé sur l'autel, derrière moi. J'avais hésité, après mon dîner, à retourner ma nourriture dans la voiture, pour ne pas attirer les gourmands nocturnes. Mais plusieurs arguments de poids m'en avaient dissuadée:

1- J'avais la flème. (argument de poids!)
2- Pas d'habitation dans les alentours, rongeurs et autres gourmands ne doivent pas habiter les lieux, z'auraient rien à se mettre sous la dent. (argument de surpoids!)
3- J'avais dans ce sac mon petit déjeuner du lendemain, c'était quand même bien plus pratique de l'avoir à portée de main plutôt que de devoir sortir dans le froid pour aller le chercher! (argument d'obésité!)

Je m'étais donc dit qu'en le mettant "en hauteur", sur ce petit banc en granit d'une cinquantaine de centimètres de haut, ma bouffe serait relativement en sécurité: on n'a jamais vu des souris grimper à la verticale! (quelle experte naturaliste que je fais... si Angèle avait été avec moi, elle se serait marrer...)

ça tronçonne donc derrière ma tête, sur l'autel. Je me retourne, je pointe le faisceau de ma torche sur le sac. Le bûcheron, ou braconnier d'ivoire puisqu'un éléphant s'y trouve sur l'emballage d'une tablette de chocolat, pris en flag', arrête son massacre. J'attend. Rien. Pas un mouvement, plus un bruit. Bon, il a du s'enfuir sans même que je  ne le vois, très bien! J'éteins ma lampe, et repose ma tête à l'horizontal. Il ne se passe pas dix secondes avant que le turbin reprenne! Ni une, ni deux, je me redresse, et flingue mon sac Tesco de la lumière de ma torche! Cette fois-ci, je l'ai! Hauts les mains! Bas les pattes! Le coupable sort sa tête du sac. Une frimousse fauve au ventre blanc, des oreilles arrondies, deux petits yeux noirs. Ce n'est pas une souris. C'est plus gros, un peu. Et plus joli, plus mignon. Un mulot peut-être. Une créature magicienne. Elle n'est pas sortie de mon sac. Elle a tout simplement disparu, s'est volatilisée comme savent le faire les prestidigitateurs sur les plateaux télés quand ils claquent dans leurs doigts pour faire disparaître la belle plante en petite tenue à côté d'eux.

Je me suis donc levée, ai pris mon sac Tesco, l'ai bien enveloppé, et mis à l'abri dans mon sac-à-dos, juste à côté de moi.

Je n'ai pas revu cet autre visiteur de la nuit non plus. Mais je n'ai pas pour autant fermé l'oeil de la nuit. Ces visites et surtout le soufflement infernal du vent m'ont tenue éveillée toute la nuit. Je n'ai pas entendu de coq, il n'y en avait point dans cet endroit sans habitation, mais j'ai fait un mauvais rêve, de ceux qu'on fait quand on n'a pas fermé l'oeil de la nuit, au petit matin, entre deux états, pas ceux de Virginie et de Californie, mais entre ceux de l'éveil et du sommeil, de ceux qui semblent tellement réels puisqu'on n'est pas vraiment endormi, et qu'on ne se réveille pas vraiment quand ils se terminent. Je me suis réveillée dans une autre chapelle. Une chapelle privée, à côté de celle où je m'étais endormie. Et je me suis fait réprimendée par le propriétaire du lieu. Je n'ai pas compris comment ça s'était passé. Il y avait définitivement dans cette chapelle des choses bizarres, irrationnelles, qui se passaient...

(...)

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Fabricia

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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par Fabricia le Lun 13 Mar - 11:03

top ! bravo Ah, Lilie,j'ai bien ri en lisant ces moments : très drôles, ! avec le suspense d'une nuit à attendre la fin de l'histoire... encore !


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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par Lilie le Lun 13 Mar - 13:48

Chambre d'autel:



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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par mamina le Lun 13 Mar - 20:32

Tu n'as pas dormi, tu as eu des visiteurs, le vent t'a dérangé...
Mais n'empêche que tu y a passé la nuit entière dans cet autel mille étoiles !!!
Je pense qu'il n'y a pas de client tous les jours dans cet endroit...
bravo bravo
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Lilie

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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par Lilie le Lun 13 Mar - 20:37

La lumière venait timidement me caresser la joue à travers le vitrail qui était à ma hauteur. Et ce vent, qui n’avait cessé de souffler et m’avait tenue éveillée depuis la veille ! Il était un peu plus de sept heures et demi quand j’ai choppé mon sac à dos pour y récupérer mon petit dej’ rescapé d’une attaque terroriste qui s’était produite quelques heures plus tôt. Puis, je me suis habillée, le plus chaudement possible. J’imaginais une purée de pois dehors, un brouillard comme ce que j’avais trouvé la veille, en arrivant, à midi. J’imaginais ne rien voir, et un vent à décorner les cocus.
J’ai soulevé le loquet de la veille porte latérale, petite, et arrondie de la chapelle. Puis j’ai tiré cette même porte vers moi, tout doucement. Dans mon champ de vision, haut dans le ciel face à moi, j’ai vu un quartier de lune qui brillait encore, dans un ciel cristallin, presque transparent. Quelle surprise ! Je suis sortie, et le plus beau des spectacles s’est offert à moi ! Le jour s’était levé, et sur l’horizon derrière Brennilis, un rouge intense se dégradait en violet, puis en rose, dans le ciel. Autour, le tout était bleu avec ici ou là des cicatrices blanches. Les berges du lac de Brennilis étaient violacées, pourpres, sur tout son contour, et son coeur était d’un bleu intense, profond. Je m’étais donc trompée sur le visuel, car l’horizon en 360 degrés était complètement dégagé, comme la veille au soir. Et je m’étais trompée aussi sur le ressenti. Le vent que je pensais tempétueux était en fait tout à fait supportable, et bien moindre que ce que j’imaginais dans mon abri nocturne, qui du fait de sa non isolation, n’avait fait qu’intensifier dans mes oreilles la réalité qui soufflait dehors. Je découvrais que ce que j’avais cru être gros vent toute la nuit n’avait en fait pas du souffler plus que ce que je ressentais à l’instant-même.

Il faisait froid, à cause du vent, mais j’ai admiré le spectacle pendant un long moment, me baladant autour de la chapelle, et profitant de la magie du moment, et du privilège que seule la solitude peut offrir. Je prenais pleinement ce moment pour moi toute seule. Je saluais la Vie qui recommençait à nouveau, encore, ce matin. Et j’étais heureuse d’en faire partie.






Le froid m’a poussée à retourner à l’intérieur de la chapelle. J’ai caressé ses pierres, près de la porte, avant d’y pénétrer. Je l’ai remerciée. L’ai remerciée de m’avoir accueillie ici, de m’avoir offert son toit, ses murs, sa protection. La veille, je m’étais déjà adressée à l’esprit des lieux, pour lui demander son accord, et le remercier de me laisser passer la nuit ici. Je respectais ce lieu de culte comme tel, même si ce n’était pas le miens. Alors, ce matin, j’ai eu envie de laisser un mot, une trace écrite, dans la chapelle. Et puis je me suis ravisée. Je laisserai cet endroit comme je l’avais trouvé, en y laissant simplement l’une de mes bougies à peine utilisée, dans la niche à côté du chœur, qui pourrait servir peut-être à de prochains voyageurs cherchant un abri pour la nuit. Et puis j’y ai laissé une plume, magnifique, de faucon pèlerin, qui s’était trouvée sur mon chemin, la veille, en randonnant.

Je n’arrivais pas à partir. Ni de la chapelle, ni du dehors. L’instant était beau. La Nature était belle. Une parenthèse éphémère, suspendue dans une autre dimension.
La raison est venue me sortir de cet état de rêverie. J’avais trois heures de route pour rentrer, et un impératif familial en fin d’aprèm en Vendée. Brennilis ? Et bien pour la troisième et dernière fois sur cette vadrouille, je reporterai sa visite à une prochaine fois. Peut-être ne visiterai-je jamais ce village, en tout cas, ce n’était pas sur cette virée bretonne, pas cette fois-ci. J’avais en réalité deux nuits blanches dans la vue, et entre les deux, 25 kilomètres de marche. J’avais trois heures de concentration à fournir sur la route. Alors malgré l’heure matinale, je rentrerai directement chez moi, et j’aurai ainsi le temps de m’octroyer une petite sieste de transition avant de repartir festoyer en Vendée.

Quand je suis redescendue à ma voiture, les deux vans étaient toujours là, endormis sur le parking. Les traits tirés dans le rétro, qui me reflète les coups de soleil de la veille, j’installe mes lunettes noires sur le nez, et je laisse derrière moi la Montagne Saint-Michel et les Monts d’Arrée.
Sur la départementale qui me ramenait vers Lorient, j’ai tourné la tête vers la gauche, voir si je retrouvais la demi-route qui m’avait amenée chez Angèle. Je l’ai loupée. Tant pis, je n’irai pas la saluer. De toute manière, je suis trop fatiguée, et c’est comme si j’avais besoin de ces trois heures de transition sur la route pour digérer, en solitaire, cette escapade. Tout était parfait. Absolument tout.

Au moment où je tape ces mots, je me dis que peut-être, ce serait mieux de ne pas retourner dans les Monts d’Arrée. Et de ne plus jamais dormir dans une chapelle. Garder cette expérience unique, précieuse. Et en chérir son souvenir.

Lilie
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Skyrgamur

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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par Skyrgamur le Lun 13 Mar - 22:41

Lilie, complètement inconsciente. Tu as eu la chance de tomber sur 2 bons gars !!!


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geob

Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par geob le Mer 15 Mar - 3:45


Au moment où je tape ces mots, je me dis que peut-être, ce serait mieux de ne pas retourner dans les Monts d’Arrée. Et de ne plus jamais dormir dans une chapelle. Garder cette expérience unique, précieuse. Et en chérir son souvenir.

Lilie



Quelle maturité ! J'ai mis du temps à comprendre qu'il ne faut jamais revenir dans un endroit féerique ou chercher à revivre un moment exaltant ! Ceux ou celles qui le font sont comme des enfants qui refusent l’impermanence des choses, qui veulent encore reprendre du dessert ! Je l'ai écrit en relatant ma deuxième visite au Taj Mahal, et je me souviens aussi des Gorges de Samaria, cette soirée au village que nous avions voulu revivre... ce fut un cauchemar !

Apprécier un souvenir, oui, le chérir non, on serait alors tenté d'y retourner. Apprécier parce qu'il est gravé dans notre cerveau, qu'il nous aide ou aidera dans une autre circonstance.

En fin de compte, c'est tout simplement l'expérience !
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Lilie

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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par Lilie le Mer 15 Mar - 9:01

Geob a écrit:Quelle maturité !

Geob!
Faut que je te dise, parce que quand même, le coup de la maturité, tu me le sors souvent: j'aurai 35 ans d'ici quelques mois!... Heureusement que je suis mature comme un bon cheddar quand même! rire

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geob

Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par geob le Mer 15 Mar - 9:59


Si à 35 ans j'avais eu ta maturité - cela n'a rien à voir avec l'âge, beaucoup restent immatures, toujours infantiles -, jamais je n'aurais revu le Taj Mahal !
Je suis un diesel, j'avance lentement...
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Lilie

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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par Lilie le Mer 15 Mar - 10:17

P'tain, je suis veille!... mon dieu !

rire

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fabizan

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Re: Virée dans les Monts d'Arrée, en Finistère (Bretagne)

Message par fabizan le Mer 15 Mar - 13:15

Lilie a écrit:P'tain, je suis veille!... mon dieu !

rire

Lilie

Tant pis pour toi, moi j'ai souvent 15 ans dans ma tête langue


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