Le Village du Peuple Etrange Voyageur

pour nos pensées, nos petites histoires et nos joutes littéraires autour des voyages


    Patacamaya, Bolivie

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    Lilie

    Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

    Patacamaya, Bolivie

    Message par Lilie le Dim 2 Aoû - 16:30


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    Mardi 17 Avril 2007





    Patacamaya, Bolivie





    Ce sont toujours les rencontres les plus
    inattendues qui sont les meilleures.





    En quittant Sucre hier, je me dirigeais a
    Cochabamba avec dans l’idee de prendre ensuite directement un bus pour La Paz
    et de descendre avant cette derniere, la ou j’en aurais envie. C’est ainsi que
    je me suis arretee a Patacamaya, blede qui n’a d’autre interet que d’etre un
    stop pour les nombreux bus et camions qui font la route entre La Paz,
    Cochabamba et la frontiere chilienne. Des commerces alignes le long de la route
    principale et de nombreux alojamientos pour les Boliviens en transit, rien d’autre.
    J’ai pris le premier alojamiento que j’ai vu en descendant du bus. Tres
    sommaire, pas de douche et des toilette turques, mais le lit est bon.


    Je n’ai pas vu un seul touriste en me
    balladant et je ne les blame pas : il n’y a a prioris rien d’attrayant
    dans ce pueblo.





    J’ai fait une petite sieste car pas trop
    dormi durant la nuit dans le bus et puis j’ai demande a la tenanciere ce que je
    pouvais faire dans le coin. Elle m’a parle d’eaux thermales dans un blede un
    peu plus loin, qu’on rejoint en prenant un micro. Bon, je n’ai pas tout compris
    a ses explications mais je me decide pour y aller, serviette de bain dans le
    sac a dos.


    Je demande a un homme ou je peux prendre
    le micro pour aller a ces eaux thermales. Il me demande lesquelles (ah
    bon ? Il y en a plusieurs ?). Je ne sais pas je lui repond, les plus
    proches. Il n’a pas l’air tres enjoue pour me renseigner et me fait signe
    d’aller voir plus loin. Deuxieme tentative, au chauffeur d’un mini-bus. Lui, il
    me dit que si, a Viscachani, je trouverai mon bonheur. Il y va, il peut m’y
    emmener pour trente pesos. Trente pesos ? C’est le prix pour faire
    Cochabamba – La Paz, huit heures de route ! La, c’est dix minutes… non,
    non, je lui dis. Il me propose vingt et la, je lui repond « je ne suis pas
    une gringa stupide tu sais, vingt pesos pour dix minutes de route, non
    merci. ». Il m’envoie donc voir les taxis d’a cote.


    Je les trouve bien peu aimables les gens
    ici. Peut-etre devrais-je me confiner aux lieux touristiques apres tout, les
    gens y ont plus l’habitude des gringos sans doute. Bon, je tente les taxis.
    Vingt pesos egalement. Meme argument en reponse, vingt pesos pour si peu de
    trajet, c’est pas pour moi. A me voir perseverer tout en restant calme et
    aimable, ils comprennent et enfin, plus sympathiques, m’indiquent quel bus
    prendre, ou, et ce pour la maudite somme de deux pesos. Et bien voila !
    C’était pas complique tout de meme !





    Le chauffeur me descend au coin de la
    route et m’indique gentillement le chemin. Tout droit, au fond du village, tu
    trouveras la piscine balneaire. Effectivement, je la trouve facilement, je paye
    et entre. Il y a une dizaine de personnes dans le bassin. Je me deshabille sur
    un banc, et en petite culotte et soutien-gorge sobres mais assortis, je me
    dirige vers l’eau chaude.





    Je n’ai pas de maillot de bain, et jusqu'à
    present, j’utilise toujours cet ensemble de sous-vetements en synthetique tout
    simple en guise de maillot. Je vois que tout le monde me devisage, hommes comme
    femmes, et je me dis que ca n’est pas seulement du fait que je sois blanche. Je
    comprend en effet tres vite pourquoi : aucune femme n’est en bikini, elles
    ont toutes un debardeur et un short en guise de maillot de bain. Choc des
    cultures… Bon, et bien la prochaine fois, je mettrai au moins un debardeur, je
    serai moins de la repere !





    Ce bain chaud me fait du bien en tout cas.
    J’etais un peu mal a l’aise dans ce blede de Patacamaya mine de rien, les gens
    m’y paraissant un peu froids ; un peu perdue, oui, pour la premiere fois
    de ce voyage, je peux le dire.


    C’est toute detendue donc que je repars
    ensuite prendre le micro pour retourner a Patacamaya. J’attend sur le bord de
    la route en compagnie de trois femmes dont une grand-mere, un homme et une
    petite fille qui marche tout juste. Ils parlent une de ces langues andines que j’ai
    entendues souvent, langues ancestrales, inca, maya, ou autre. Le bus arrive
    finalement, un peu plus et je mourrais congelee sur place par ce vent
    glacial !





    Je crois au soulagement d’un siege bien au
    chaud dans le bus… Et bien, il faut que j’arrete de rever : je suis en
    Bolivie, le pays de ceux qui sont passes maitres dans l’optimisation des
    transports en commun ! On est donc cinq adultes a vouloir monter mais le
    bus deborde déjà de jupons et de sacs de pommes de terre ! Les deux premiers
    grimpent pourtant. La grand-mere et l’autre femme me font signe de monter
    devant elles. Mais, ou je vais me mettre bon sang ?! Je suis sur la
    premiere marche du bus et je n’arrive pas a m’enfoncer plus loin. Ca se
    bouscule, ca crie. J’arrive a mettre mes orteils sur la seconde marche, je
    m’agrippe a la rampe que j’arrive a saisir de justesse au-dessus de ma tete. Le
    chauffeur s’impatiente, il demarre. Les passagers lui crient de s’arreter, il
    reste encore la grand-mere sur le bord de la route. Ca se bouscule encore, mais
    toujours dans la bonne humeur, les gens se serrant tant qu’ils peuvent pour
    faire de la place aux nouveaux passagers que nous sommes. Le chauffeur gronde
    un dernier mot pour qu’il puisse fermer la porte, et le voila parti, tout le
    monde a son bord. Je ne peux pas m’empecher de sourire dans ces bus, c’est un
    tel capharnaüm, c’est genial !





    Quelques arrets avant Patacamaya, on
    descend les sacs de patates, les bonnes-femmes, les momes, le chauffeur
    toujours aussi impatient et menacant de
    partir avant meme que toute la cargaison humaine soit descendue. Je trouve
    finallement de la place pour poser mon tas d’os sur un sac de patates, nez a
    nez avec une femme qui porte son bout de chou bonnete dans le dos. Elle doit
    voir a ma tete que je ne suis pas habituee a tout ca et commence a plaisanter
    avec moi. Elle me retient aussi quand je manque de tomber suite a un coup de
    frein appuye du maitre de bord. On arrive a Patacamaya, je la salue et je
    descend : Ouf ! Ce petit trajet de dix minutes m’a remise dans
    l’entrain et j’ai le sourire aux levres quand je rejoins mon logement. Je pose
    mes affaires et vais manger au petit resto d’a cote.





    Il fait pas chaud par ici la nuit !
    Apres mon repas, je decide donc de rentrer bien au chaud et de me coucher de
    bonne heure. Je passe juste par le petit magasin d’en face pour acheter des
    cigarettes. Je demande a la marchande qui se trouve dehors si elle a ce qu’il
    me faut. Elle me fait signe de la suivre a l’interieur de sa boutique, me donne
    ce que je voulais. Je la paye et m’apprete a partir mais elle continue la
    conversation, me demande d’où je suis, me sort quelques mots de Français.





    Apres une dizaine de minutes a discuter,
    elle m’invite a m’asseoir a une table (elle fait cafeteria-cantine aussi). Elle
    a l’air tellement gentille que j’ai un doute sur ses bons sentiments et je
    m’attend d’une minute a l’autre a ce qu’elle me propose de manger la ou
    d’ acheter de l’epicerie ou quoi que ce soit d’autre. On parle, on parle.
    Quelques clients rentrent pour manger, pour acheter de la coca. Elle revient
    toujours s’asseoir a mes cotes. Tu aimes la coca ? me demande-t-elle. Oui,
    j’en ai, c’est tres bon pour l’altitude. La, je pense qu’elle va essayer de
    m’en vendre. Non, toujours pas. Elle a ses deux fils, sa fille et son neveu a
    ses cotes. Sa sœur est dehors, pres des etalages.





    Elle me parlera de son pays, de ses
    coutumes et me demandera celles du miens. Surprise quand je lui dis qu’en
    France, on peut vivre des annees celibataire sans etre marie, qu’on peut avoir
    des enfants et vivre avec son partenaire sans etre marie, qu’on peut se
    separer ; etonnee quand je lui dirai que chez moi, c’est normal pour une
    femme d’avoir des enfants seulement en fin de vingtaine et jusqu’en debut de
    trentaine. Mais alors, vous accouchez toutes par cesarienne ? Me fait-elle.
    Bah… non, pourquoi ? Et bien ici, apres vingt-cinq ans, si tu accouches,
    c’est systematiquement par cesarienne, c’est moins facile l’accouchement passe
    vingt cinq ans. Ah bon… je ne savais pas, lui repond-je stupidement. Chez nous,
    on a des medicaments pour faire passer la douleur. Elle me designe ses deux
    derniers : cesariennes. Ici, toutes les femmes, toutes, on passe toutes
    par la…


    Elle me parle du mariage. Dans son pays,
    ici, entre treize et quinze ans, tu peux
    etre déjà marriee. Ce sont tes parents qui choisissent. Si tu as de la chance,
    tu tombes sur « un bon ». Elle, n’en a pas eu de chance me dit-elle.
    Les femmes par ici sont souvent malheureuses. Et la separation, c’est
    impossible. Si tu te separes de ton mari, c’est comme si tu étais morte. Sa
    sœur nous a rejoint. Elle me confirme tout ce que Magda (pour Maria Magdanela)
    me dit.





    Magda, m’apprendra beaucoup sur son pays,
    sur les langues locales, les coutumes, les modes de vie. J’ai joue aussi avec
    les enfants le temps qu’elle était dans l’arriere-boutique. Les deux grands
    etaient curieux d’apprendre de nouveaux mots de Français ; le petit
    Wilfredo se contentait de venir me voir, de me parler, de me faire des
    grimaces.





    Je suis restee une heure et demi dans
    cette boutique chaleureuse. Et Magda n’a jamais tente de me vendre quoi que ce
    soit… Il y a des gens comme ca, dont la gentillesse surprend toujours. En
    partant, j’ai embrasse les enfants, le petit Wilfredo s’est jete dans mes bras
    pour me faire un bisou. Magda m’a demande a quelle heure je partais demain. Je
    ne sais pas, quand je me leverai, lui ai-je repondu. Tu passeras me dire au
    revoir avant de partir ? Oui, bien sur, je passerai.


    Je l’embrasse, elle me dit de gentils
    mots, je lui souhaite bonne nuit et traverse la rue pour rejoindre ma chambre.





    Voila, je sais maintenant pourquoi je me
    suis arretee dans ce blede peu attrayant. Il a fallu que j’attende la fin de la
    journee pour le comprendre, mais ca valait la peine : un tres beau moment,
    passe en tres bonne compagnie.


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    Lilie
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    Patand

    Localisation : Vendée

    Re: Patacamaya, Bolivie

    Message par Patand le Dim 2 Aoû - 17:39

    Sympa ce voyage, drôle les thermes avec toi en culotte soutien-gorge, je vois la tête des gens d'ici. Mais ce qui est bien c'est que la fin se finit bien avec Magda et ses enfants. timide
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    mamina

    Localisation : Près de Pau, sur le chemin de St Jacques...

    Re: Patacamaya, Bolivie

    Message par mamina le Dim 2 Aoû - 21:17

    Ce sont toujours les rencontres les plus
    inattendues qui sont les meilleures.

    oui, encore faut-il avoir l'esprit bien ouvert, le temps à donner, le coeur pour recevoir... sourire
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    Lilie

    Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

    Re: Patacamaya, Bolivie

    Message par Lilie le Dim 2 Aoû - 21:38

    mamina a écrit:Ce sont toujours les rencontres les plus
    inattendues qui sont les meilleures.

    oui, encore faut-il avoir l'esprit bien ouvert, le temps à donner, le coeur pour recevoir... sourire

    On a que ca a faire en voyage, non?... clin d'oeil

    Lilie

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    Re: Patacamaya, Bolivie

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