Le Village du Peuple Etrange Voyageur

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    L'escapade parisienne de Yann

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    LaMémoire

    L'escapade parisienne de Yann

    Message par LaMémoire le Ven 30 Avr - 21:11

    Escapade parisienne (1)


    Yann : après avoir participé au mariage de Mado et Gégé à Paris, qu'est-il devenu ???

    Yann n’est pas resté longtemps dans le grand appartement désert de Mado et Gérard.
    Sa solitude au milieu de l’agitation parisienne lui a vite pesé.
    En forme après ses randonnées jurassiennes, il avait décidé de s’octroyer quelques marches parisiennes pour profiter de l’éclairage particulier de ces belles journées ensoleillées hivernales sur les trésors de la Ville Lumière.

    Ce matin là, il avait littéralement dégringolé le vieil escalier de l’immeuble. Le soleil se levait à peine dans la brume parisienne habituelle, l’air était frais, une belle journée débutait. Il se sentait joyeux, bien chaussé, prêt à en découdre avec le macadam et les trésors de Paname.

    Sitôt dans la rue, direction le Parc Monceau. Rapidement traversé, ce petit parc, certes agréable, n’avait rien de transcendant l’hiver.
    Le Boulevard Malesherbes encombré comme tous les matins l’a mené d’abord devant l’église Saint Augustin avec sa coupole à 80 mètres et sa façade d’Evangélistes et Apôtres, puis devant les allures de temple grec de l’église de La Madeleine. Yann a toujours trouvé déroutante cette similitude avec la Maison Carrée de Nîmes… cela ressemble à tout sauf à une église ! Seules les statues de Saints de la façade laissent deviner le caractère religieux de ce bâtiment ; il faut y entrer pour retrouver une ambiance plus classiquement religieuse, avec de magnifiques sculptures, la splendide fresque de la coupole qui surplombe la statue de Marie-Madeleine, la chaire en chêne massif sculpté…

    Du haut des marches, dos à la massive porte en bronze ornée de reliefs, Yann a contemplé vers le sud la perspective de la rue Royale sur la Place de la Concorde et derrière encore l’Assemblée Nationale.

    C’est par là que le conduisirent ensuite ses pas.

    Place de la Concorde, la deuxième plus vaste place de France après les Quinconces de Bordeaux, octogonale avec ses hôtels de luxe, son obélisque central, ses fontaines, ses statues… Place ouverte sur les Champs Elysées et le Jardin des Tuileries de part et d’autre, on s’y sent toujours un peu perdu tant elle est vaste et aérée…

    Yann ne résista pas ensuite à faire un petit tour sur les premiers hectomètres des Champs Elysées, juste pour passer devant les façades des Petit et Grand Palais. Il n’est pas entré ce matin-là dans ces chefs d’œuvre architecturaux construits pour l’Exposition de 1900. Mais il se souvient très bien de la beauté des galeries majestueuses aux splendides plafonds et du sympathique jardin du Petit Palais, et de la magnifique verrière récemment restaurée du Grand Palais qu’il s’était fait un plaisir de redécouvrir après sa réouverture l’année dernière.

    Faire le tour de ces deux bâtiments, le nez en l’air lui a suffit. Un bref arrêt ici pour observer un détail, une perspective, un jeu de lumière avec le soleil qui monte doucement au-dessus de l’horizon urbain, ou là, le temps d’une photo.

    Il en a déjà plein, des photos de Paris et ses monuments, mais il ne peut s’enlever ce plaisir du cliché nouveau.

    Retour vers la Concorde, pour traverser ensuite le Jardin des Tuileries. Même en hiver, malgré ses arbres dévêtus et l’absence de fleurs, cet espace vert garde un charme fou. Optant un moment pour ses allées boisées, puis un autre pour sa grande artère, quelques instants autour d’un bassin, Yann s’y promène un bon moment. Il s’amuse à observer les personnes présentes. Actifs préférant traverser rapidement cet espace vert pour rejoindre leur travail, retraités ou mères de jeunes enfants prenant leur temps pour s’aérer en une promenade matinale, sportifs courant pour s’épuiser dès le bon matin, touristes déjà en pleines découvertes et ébahis par le charme de ce jardin à la française… A cette heure matinale, on y croise même quelques adeptes de tai-chi en pleine gymnastique martiale qui détend tout à la fois le pratiquant et le spectateur.

    Au bout de cette promenade verte, la perspective du Louvre, palais-musée immense orné de sa pyramide de verre ceinte de bassins. Cinq siècles pour agrandir, transformer, embellir ce palais royal et lui donner son aspect actuel avec ses ailes, ses pavillons aux styles architecturaux différents. L’ensemble n’en est pas moins harmonieux, agréable à l’œil, photogénique. Pour Yann l’architecte, toujours un plaisir de promener son regard sur les façades, les détails, les perspectives,… les arcs et colonnades, les toits et cheminées, les frontons et chapiteaux, les statues et écoinçons,… les pavés de la cour, les bassins et la construction moderne de verre et métal qui trône au milieu...

    Yann est sorti du Louvre plein Est, face à l’église St Germain de l’Auxerrois, et a pris la direction de la Seine.
    Il s’est engagé sur le Pont Neuf, magnifique pont de pierre en arcs, et de fait le plus ancien de la capitale.

    Il s’est accoudé quelques minutes à la balustrade, le regard sur les flots chargés de limon et autres substances innommables et à la couleur indéfinissable.

    Une péniche minéralière exposant son chargement au ciel s’est étirée lentement, infinie, descendant le courant probablement jusqu’aux quais de déchargement vers la Tour Eiffel… Un bateau-mouche beaucoup plus rapide est arrivé en sens inverse et a pris l’autre bras du fleuve, de l’autre côté de l’Ile de la Cité. Quelques nuages couraient dans ce ciel bleu surplombant l'horizon de toits déchiqueté de clochers, de gratte-ciel, d'une si célèbre tour d'acier...

    Il a repris son chemin vers l’imposant ensemble de bâtiments composé de la Conciergerie, la Sainte-Chapelle, l’actuel Palais de Justice… Au passage, sur sa gauche, il a aperçu la Tour St Jacques. « Ha tiens ! Elle sort enfin sa tête propre et blanchie de son échafaudage qui l’enserrait depuis plusieurs années ! Dans quelques semaines, il sera à nouveau intéressant de lui rendre visite… »

    Longeant les hauts murs agrémentés de tourelles de la Conciergerie, il est arrivé devant l’entrée et a découvert le thème de l’expo photos actuelle : « Terre natale, pays Dogon ». Bonne idée ! Il a pris le billet combiné qui lui a aussi permis de revisiter les salles et cachots.

    Sous les hautes voûtes parfaites de l’imposante Salle des Gens d’armes, de belles photos noir et blanc du Pays Dogon malien côtoient quelques groupes statuaires, jouant sur le mimétisme homme-nature, la symbolique… Au-delà, la visite se poursuit vers les grandes cuisines dépouillées, puis le quartier des prisons, avec la cellule reconstituée de Marie-Antoinette, la chapelle dite « des Girondins », la cour des femmes et la « salle de la toilette », autant de témoignages de l’époque révolutionnaire…
    « Une bien belle visite, s’est dit Yann en ressortant. Et qu’il est bon de vivre au vingt-et-unième siècle finalement ! »

    Notre-Dame lui a fait un clin d’œil entre deux bâtiments, mais il l’a ignorée… pour l’instant.

    Plus tard. La journée n’est pas terminée…/…




    texte original publié au Livistan par Wapiti le 04 mars 2008
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    LaMémoire

    Re: L'escapade parisienne de Yann

    Message par LaMémoire le Ven 30 Avr - 21:23

    Escapade parisienne (2)

    Après la visite de la Conciergerie et l’observation scrupuleuse des grilles, façades et toits du Palais de Justice, les pas de Yann l’ont mené boulevard St Michel, au cœur du « quartier latin », en passant devant la fontaine St Michel, St Séverin, Cluny, la Sorbonne…

    Un tour du côté des grilles du Palais du Luxembourg pour découvrir les nouveaux clichés exposés, un détour dans le jardin du même nom qui, en sus de la beauté de ses allées, bassins et statues, offre de belles perspectives sur le Palais siège du Sénat aux pavillons et galeries en imitation du style des palais toscans, et de l’autre côté sur l’Observatoire de Paris…

    Yann a ensuite déambulé dans ce quartier latin à l’ambiance si particulière. Régulièrement interpellé sans succès par les serveurs des restos à touristes, parfois en arrêt devant une façade remarquable ou une scène de vie, il hume l’air local qui pousse à la flânerie tranquille dans ce quartier à la fois estudiantin et touristique.

    Au cours de ces déambulations, une devanture a attiré son attention.

    « Bin tiens ?! Le Latino Corner Café ! C’est le bar dont les filles [ndw :Mado, Sophie et Anny] parlaient avec entrain le jour du mariage. Elles paraissaient s’être bien amusées la veille au soir, avec des serveurs plutôt dénudés à ce que j’en ai compris, et des cocktails aux noms évocateurs… Qu’est-ce qu’elles avaient commandé pour Mado déjà ? Ha oui, le « Sperme du Serveur » ou quelque chose du genre… tout un programme ! Ha ces nanas !! … Ceci dit, moi le pote, j’assure pas : on ne lui a même pas fêté son enterrement de vie de célibataire au Gégé… »

    Un peu plus loin, Yann est intrigué par un grand gaillard assorti d’un bob beige qui scrute un détail d’une façade, prend une photo, semble prendre des repères et noircit quelques notes sur un petit calepin. Il n’a pu s’empêcher d’aller vers lui et d’engager la conversation.
    Ledit gars s’appelle Renaud Lahaut, et Yann n’a pas tout compris, mais il serait en repérage top-secret pour un jeu de piste dans Paris… troisième édition semble-t-il… pour des voyageurs qui se connaîtraient via un forum virtuel… Y’en a qui sont bizarres quand même ! (rien que le bob déjà le rend bizarre ce gars ! ) Et l’énigme qu’il lui a montré, je vous dis pas ! Introuvable !!

    Yann a repris ses errances latines. Le Panthéon le retient quelques instants. Il en fait le tour plusieurs fois pour en apprécier son péristyle de temple antique grec, son fronton aux bas-reliefs, son dôme sur colonnes. Il y a bien longtemps, il y était entré pour une visite un jour ; il faudra qu’il récidive bientôt décide-t-il car ses souvenirs de l’intérieur sont bien flous…

    Puis il a poussé un peu plus loin, jusqu’à la Mosquée de Paris ; il sait par quelle rue arriver pour avoir le meilleur point de vue sur son minaret, tour carrée fleurie de faïences turquoises. Elle est belle, si blanche et joliment agrémentée de vert, au cœur de Paris en cette journée ensoleillée. Par la porte ouverte il a pu entrevoir le patio qui s'inspire de façon évidente de l'Alhambra de Grenade. Il ne la visitera pas aujourd’hui, il connaît et se souvient des recoins de son patio donnant sur les différentes salles, de son rhiad avec son jardin à l’Andalouse…
    Dans ce lieu dépaysant et relaxant, une pause restauration s’impose pour notre randonneur… Il pousse les Portes de l’Orient et…
    Ô surprise ! Il y retrouve Sieur Lahaut !
    Tous deux conscients que de tels hasards de rencontres ne sont que les fruits du destin, ils décident de s’installer ensemble dans le petit café mauresque décoré d’émaux polychromes et de boiseries. Musique orientale, thé à la menthe, ils savourent cornes de gazelle, baklawas et autres délicatesses ultra-sucrées et riches, en faisant plus ample connaissance.


    Portrait du voyageur Lahaut

    Sous le bob beige, Yann découvre un voyageur baroudeur un peu plus jeune que lui (37 ans) qui a déjà un nombre considérable de pays à son palmarès, aux quatre coins de la planète : Laos, Cambodge, Birmanie, Népal, Rajasthan, Yémen, Jordanie, Egypte, Ethiopie, Mali, Namibie, Etats-Unis, Cuba, Equateur, Guatemala, Pérou, Patagonie… tous les continents y sont passés, sans oublier l’Europe, avec notamment l’Islande et quelques grandes villes… Mais il rêve encore et toujours de repartir vers de nouveaux horizons.
    Il a encore son bronzage acquis récemment aux Philippines et a déjà en tête son prochain trip en Bolivie et au Chili…
    Eclectique dans ses voyages, il l’est aussi dans ses goûts, dans ses activités, dans ses talents. Sportif dans l’âme, prêt pour toutes les aventures, joueur (mais mauvais perdant ?), pourvu d’un bel humour [ndw : il me semble ! j’espère !], il est amateur de belles photos (et doué le gars !) et pourvu d’une belle plume. [ndw : Il cache bien son jeu, mais je l'ai percé à jour ! On va pas le lâcher si on l’attrape dans nos filets, je vous le dis, moi ! M’enfin, il a quand même un gros handicap : avant de lire ces lignes, il ne connaissait pas le Peuple Etrange !! Vous rendez-vous compte de ses lacunes ?!?!]

    Renaud a entamé la conversation avec une citation qu’il a lu maintes fois sur son forum de voyages préféré et qu’il a fini par mémoriser : « Nous méritons toutes nos rencontres ; elles sont accordées à notre destin et ont une signification qu’il nous appartient de déchiffrer. » dixit François Mauriac.
    Ils ont parlé rencontres, ils ont parlé voyages, ils ont parlé de Paris… Ils se sont trouvé de nombreux points en communs, quelques traits divergents.
    De thés en pâtisseries, ils sont sortis rassasiés.
    Sur un coin de table, ils ont fini par s’échanger leurs coordonnées, pour garder le contact, ne sachant trop quoi faire de cette rencontre.
    Au bout de quelques dizaines mètres, l’un est parti vers la gauche, l’autre vers la droite. Peut-être se recontacteront-ils, se rencontreront-ils à nouveau… In’ch Allah.

    « Nous méritons toutes nos rencontres… » Yann est pensif. Que de rencontres ces derniers temps ! Mado la femme de Gérard son pote, Djamel le jeune beur, François le Canadien, Renaud Lahaut... Pourquoi ? Sans réponse.

    Mektoub.

    …/…

    Texte original publié au Livistan par Wapiti le 5 mars
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    LaMémoire

    Re: L'escapade parisienne de Yann

    Message par LaMémoire le Ven 30 Avr - 21:36

    Escapade parisienne (3)
    Sorti de la Mosquée, Yann a repris sa randonnée parisienne.
    Il a rapidement traversé le Jardin des Plantes, un peu terne en cette saison avec ses platanes dégarnis, ses parterres si peu fleuris, ses roseraies en hivernage… Seule la perspective sur l'agréable bâtiment de la Grande Galerie de l'Evolution mérite réellement de se retourner et de sortir l’arme photographique.

    Il est ensuite descendu sur le quai Saint Bernard, le long de l’Institut du Monde Arabe, construction longiligne et imposante qui lance sa façade nord, vitrée et bombée, vers la Seine et le Paris historique. Yann trouve décidément sa façade sud en moucharabiehs aux diaphragmes variables beaucoup plus orientale, originale et esthétique.
    Il a arpenté durant quelques mètres le quai de la Tournelle enguirlandé de ses bouquinistes, avant d’emprunter le pont du même nom, pont dissymétrique en 3 arches, qui s’intègre bien dans la perspective de la cathédrale Notre-Dame…
    Le voici rendu sur l’île Saint Louis, quartier bien particulier de Paris accessible de ses 5 ponts, cerné d’une ceinture de quais plantés d’arbres.
    Yann prend toujours plaisir à se promener sur ces quais, dans les ruelles tranquilles aux hôtels particuliers, portes cochères et autres façades harmonieuses, le long des petites boutiques et cafés-restaurants, dans son square Barye…
    Il s’arrête forcément devant l’église Saint-Louis-en-l’Ile à la façade sobre, au clocher particulier, ajouré, affublé d’une vieille horloge et coiffé d’une flèche à jour. Un bien bel héritage des 17–18ème siècles qui se confond dans les façades de la rue si on n’y prête pas une attention particulière.
    En temps normal, notre randonneur s’arrête toujours pour prendre une douceur chez le meilleur glacier de Paris installé ici… mais ce jour-là les pâtisseries orientales ont eu raison de sa gourmandise.

    Il était temps de quitter ce petit coin de paradis pour rejoindre une belle Dame plusieurs fois saluée de loin depuis le matin : la cathédrale Notre-Dame.
    Il l’a abordée par derrière, via le square Jean XXIII avec sa fontaine qui rappelle la flèche et le style gothique de la cathédrale, son kiosque où musique se joue le week-end, ses bancs envahis de groupes de touristes à l’heure du pique-nique et d’amateurs de sieste ou lecture en après-midi sous l’ombrage exquis de ses arbres bien alignés.
    Entre les branches et éventuels feuillages, on découvre les entrelacs inextricables d’arcs-boutants soutenant l’abside accolée au chevet de la cathédrale. En levant encore les yeux, ce sont les toits fortement pentus aux tuiles de plomb qui mènent à la flèche hérissée qui culmine à 96 mètres.
    Longeant lentement la façade sud, Yann scrute comme d’habitude les moindres détails architecturaux, et ils sont légions. Piliers et arcs-boutants, gargouilles et chimères,… et le riche portail de Saint-Etienne avec son tympan de bas-reliefs, ses statues, ses sculptures de martyrs et anges, son galbe ajouré et sa magnifique rosace.
    Au bout de cette façade, on bascule sur l’esplanade et il faut prendre du recul pour apprécier la magnificence de ce chef d’œuvre de l’art gothique. Cette façade occidentale mondialement connue est une masse imposante, simple et harmonieuse qui repose sur un subtil jeu de lignes perpendiculaires en 5 étages : les deux tours quadrangulaires à toit plat, la galerie supérieure de colonnades, la rosace encadrée de fenêtres géminées, la galerie statuaire des 28 rois, et les trois portails inégaux aux tympans chargés. Là encore, après la vue d’ensemble, on s’approche et on ne se lasse pas d’observer les détails, statues intactes ou mutilées, rosaces, bas-reliefs, gargouilles et chimères si expressives, fantastiques et diaboliques, qui ornent cette façade. Chaque visite est l’occasion d’une découverte ou redécouverte de milliers de trésors, avec l’aide bienvenu du zoom.
    Yann ne peut passer devant la cathédrale sans y entrer.
    Après la forte luminosité de la façade éclaboussée de soleil, il faut toujours un temps pour s’adapter à la pénombre de l’immense nef aux proportions démesurées. Lentement, il faut en faire le tour. Le tour de ses bas-côtés et multiples chapelles latérales, de ses transepts aux rosaces magnifiques, de son cœur aux stèles en bois sculpté, son déambulatoire… Le tour de ses statues, sculptures, boiseries, vitraux, peintures, mobiliers… Il faut s’asseoir quelques minutes sur un banc d’une travée, pour prendre la dimension de cet espace, et lever les yeux vers les 3 étages de la nef, arcades, galeries et vitraux, vers les ogives voûtées, les arcs-boutants intérieurs, ses piles et colonnes aux chapiteaux décorés de feuillage, sa clef de voûte au-dessus du maître-hôtel, son grand orgue… Prendre le temps de se laisser imprégner par l’âme du lieu en oubliant sa foule grouillante de touristes internationaux. Exercice facilité par une musique opportune dans les oreillettes du lecteur MP3… Par exemple :
    Hélène Ségara - Ave Maria Païen in (Notre-Dame de Paris)

    C’est un homme serein qui est ressorti par le portail de la Vierge, ébloui par le soleil qui l’accueille en pleine face, plein ouest.
    Il s’est fait le plaisir d’un petit détour vers le médaillon de pierre du Point Zéro sur le parvis, avant de retourner longer un temps le flanc nord de la cathédrale pour y détailler encore le splendide Portail du Cloître, ses croisillons et sa grande rose, sa voisine la Porte Rouge, les sculptures et bas-reliefs, les gargouilles grimaçantes surmontant les arcs-boutants…

    Se détournant enfin, Yann a emprunté le pont d’Arcole qui l’a mené sur l’esplanade du plus grand Hôtel de ville d’Europe, bel édifice à la façade renaissance pourvue de plus d’une centaines de niches de statues et d’une horloge magistrale.
    En s’approchant de la grille, il s’est retrouvé nez à nez avec...


    Retour instantané, brutal, douloureux en Colombie.
    AÏE !!

    Ingrid, Elena, les visages se superposent. Les images de Colombie défilent ; les plus belles, les meilleures, les plus douloureuses aussi.
    Un homme est arrêté sur l’esplanade, interdit, pâle, les yeux dans l’infini sans fond. Immobile. Perdu dans les tréfonds de son âme.
    Autour de lui, les passants circulent sans sembler le voir. Autour de lui, le monde tourne, vit.
    Mais lui n’a plus de jambes, plus d’envie, plus de cœur.

    Tous les désagréments parisiens qu’il avait complètement zappés, occultés depuis le petit matin, lui sautent à la figure, le prennent à la gorge, lui provoquent un haut-le-cœur.
    L’agitation urbaine, piétonne et motorisée. Les badauds, riverains, touristes ou travailleurs qui se côtoient, se frôlent, se bousculent en permanence, s’enfilent systématiquement devant l’objectif ou la perspective sans conscience de la gêne occasionnée, ne modifieraient pour rien au monde leur trajectoire, dusse-t-elle vous gicler hors du trottoir...
    Les rollers, cyclos et autres trottinettes qui abusent des espaces piétons, vous menacent directement en arrivant à vitesse folle sur vous, vous forcent à faire un écart salvateur…
    Les motorisés qui ne respectent ni signalisation au sol, ni feux tricolores, ni priorités piétonnes…
    Le bruit. Les bruits. L’assourdissant tumulte du quotidien parisien, savant mélange de conversations criées, de musiques distordues affichées comme des étendards, de vrombissements stridents de pétrolettes et scooters, de ronflements et rugissements de voitures et motos, de klaxons intempestifs, de sirènes d'urgence, de crissements de pneus, de marteaux-piqueurs immanquablement en action dans un coin ou un autre du quartier…
    Cette fumée imperceptible mais permanente qui grisaille tout, ciel, bâtiments, vêtements, teint de peau…, qui s’insinue sous la peau et dans vos bronches et les polluent immanquablement de substances toxiques, dégageant leurs allergènes si néfastes…
    Détestable odeur de la grande ville, quelle qu’elle soit, où que l’on soit en elle.
    Saleté indescriptible des trottoirs, tagués de résidus de gomme et autres substances infectes crachées par des millions de bouches infestées. Trottoirs jonchés de déjections canines constituant un véritable champ de mines, et de détritus divers n’atteignant jamais une poubelle toujours trop éloignée pour fainéants du XXIème siècle …
    Saleté indescriptibles des parois verticales noircies de fumées polluantes ou taguées de mains d’homo sapiens au cerveau dégénéré…
    Agressions visuelles, sonores, olfactives.

    Tout cela, Yann l’avait complètement occulté depuis le matin, dans l’euphorie de sa randonnée parisienne. Il a suffi d’un instant, d’une image, d’une pensée, pour que cet équilibre joyeux et serein s’écroule.
    La randonnée s’achèvera là, le randonneur n’a plus goût à la prolonger malgré le soleil encore haut dans le ciel occidental.
    Le si pittoresque quartier du Marais, la Place des Vosges, la Bastille… autant de réjouissances qui étaient au programme mais qu’il ne verra pas ce jour-là.
    Fin de l’escapade.
    Il s’enfonce dans la nuit de ses pensées et dans les entrailles de la ville, encore plus sales et nauséabondes, encore plus agressives pour les sens et l’âme.
    Métro Hôtel-de-Ville. Ligne 1.
    Châtelet-les-Halles. Correspondance, escaliers, couloirs,... lumière blafarde, regard éteint...
    RER A jusqu’à Charles de Gaulle – Etoile.
    Il finira quand même à pied. Ascenseur. Grand appartement désert.
    Une douche.
    Une décision.
    Il fait son sac, se connecte à la toile, consulte les horaires de trains.
    Demain, il retourne au chalet des Piards.


    Texte original publié au Livistan par Wapiti le 5 mars 2008
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    LaMémoire

    Re: L'escapade parisienne de Yann

    Message par LaMémoire le Ven 30 Avr - 21:45

    Les Livistanaises avaient commenté :
    Le 5 mars 2008, Béatrice (Fille de la Forêt) a écrit:incroyable le changement radical sur Paris : on se ballade tranquille depuis un moment, on est avec Yann, y'a comme un beau silence qui nous accompagne puis paf, coup de massue magnifiquement raconté. On a l'impression d'avoir changé de ville, on entend tout à coup tous ces affreux bruits qui nous percent les tympans et nous donne comme lui l'envie de fuir cette horreur. Joli coup de plume Wapiti. Chapeau bas madame
    Alors c'est décidé, il va devenir jurassien pour de bon ?

    Le 5 mars 2008, Gitanita a écrit:Coucou Wapiti74,Félicitations, tu n'as pas chomé! Très belle balade dans Paris! Tant de détails que je n'aurais pas su décrire ou auquels je n'avais pas fait attention... Et on ressent vraiment le changement soudain qui s'opère dans la tête de Yann. Dommage qu'il se soit arrêté avant le quartier du Marais, car comme tu le sais, c'est un de mes préférés!;)
    Bonne soirée,
    Bises!
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    LaMémoire

    Re: L'escapade parisienne de Yann

    Message par LaMémoire le Ven 30 Avr - 21:52

    Escapade parisienne : différence de perception - Un Parisien défend sa ville

    Bonjour
    J'ai lu la troisième partie du périple de Yann à Paris et je te trouve un peu sévère Wapiti au sujet des désagréments parisiens.
    Alors je me suis permis de modifier un peu la conclusion de ton histoire sinon, si un touriste qui lit seulement la fin de ton texte ne viendra plus à Paris !!!


    Ta plume : L’agitation urbaine, piétonne et motorisée. Les badauds, riverains, touristes ou travailleurs qui se côtoient, se frôlent, se bousculent en permanence, s’enfilent systématiquement devant l’objectif ou la perspective sans conscience de la gêne occasionnée, ne modifieraient pour rien au monde leur trajectoire, dusse-t-elle vous gicler hors du trottoir...

    Ma plume : Les badauds s'émerveillant envers de la beauté des monuments parisiens qui de temps en temps vous effleurent pour mieux voir un détail architectural vont , viennent , butinent de boutiques en boutiques d'un élan fougueux et étonnant ...


    Ta plume : Les rollers, cyclos et autres trottinettes qui abusent des espaces piétons, vous menacent directement en arrivant à vitesse folle sur vous, vous forcent à faire un écart salvateur… Les motorisés qui ne respectent ni signalisation au sol, ni feux tricolores, ni priorités piétonnes…

    Ma plume : Les 2 roues qui, avec une grâce et une virtuosité incroyable, zigzaguent entre les piétons et les lampadaires malgré ces règles du code de la route que tout bon français a plaisir d'ignorer ...


    Ta plume : Le bruit. Les bruits. L’assourdissant tumulte du quotidien parisien, savant mélange de conversations criées, de musiques distordues affichées comme des étendards, de vrombissements stridents de pétrolettes et scooters, de ronflements et rugissements de voitures et motos, de klaxons intempestifs, de sirènes d'urgence, de crissements de pneus, de marteaux-piqueurs immanquablement en action dans un coin ou un autre du quartier…

    Ma plume : Le doux ronronnement des moteurs des véhicules circulant au pas, entrecoupé de ces sons musicaux de klaxons et de ces mélancoliques avertisseurs d'ambulances ,ce léger brouhaha des passants ...


    Ta plume : Cette fumée imperceptible mais permanente qui grisaille tout, ciel, bâtiments, vêtements, teint de peau…, qui s’insinue sous la peau et dans vos bronches et les polluent immanquablement de substances toxiques, dégageant leurs allergènes si néfastes…
    Détestable odeur de la grande ville, quelle qu’elle soit, où que l’on soit en elle.

    Ma plume : Ce léger brouillard entre le blanc et le noir survolant avec délice ce ciel parisien est un régal qui met Paris en plein mystère et...... une bise ,......une brise,.... un petit coup de vent suffit pour que vos poumons respirent un air pur et vivifiant venu de tous ces parcs verdoyants que Paris regorge...


    Ta plume : Saleté indescriptible des trottoirs, tagués de résidus de gomme et autres substances infectes crachées par des millions de bouches infestées. Trottoirs jonchés de déjections canines constituant un véritable champ de mines, et de détritus divers n’atteignant jamais une poubelle toujours trop éloignée pour fainéants du XXIème siècle … Saleté indescriptibles des parois verticales noircies de fumées polluantes ou taguées de mains d’homo sapiens au cerveau dégénéré

    Ma plume : Ces trottoirs usés par toutes ces semelles de piétons où de temps en temps un papier gras évadé d'un sac en papier se pose malencontreusement au sol mais qu' aussitôt un employé de la propreté ramasse pour l'expédier au paradis des papiers gras sont au pied de ces magnifiques façades du 17eme ou 18eme siècle si bien restaurées et si peu détériorées par cette agitation environnante non contrôlable ...

    Voili voilou en espérant que Yann reviendra à paris !!

    Renaud Lahaut

    Quand je vous disais qu'il a une belle plume, le Renaud !! Il mérite tout sa place au milieu de nous.
    On ne va pas le lâcher, je vous le dis, moi !!

    Renaud, il ne tient qu'à toi de faire revenir Yann à Paris (il te suffit de l'appeler, tu as son numéro ! )...
    et de lui montrer tous les trésors du quartier latin que j'ai "zappés" (par refus de surcharger le récit mais aussi et surtout par méconnaissance),
    toutes les merveilles du Marais qu'il n'a pas arpenté cette fois,
    toutes les autres richesses de Paname qui n'étaient pas sur son chemin ce jour-là...

    En tout cas, Merci pour cette perception différente des désagréments parisiens.
    Bises

    Wapiti

    Texte original publié au Livistan le 7 mars 2008
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    LaMémoire

    Re: L'escapade parisienne de Yann

    Message par LaMémoire le Ven 30 Avr - 21:56

    Les Livistanais avaient commenté :

    Le 7 mars 2008, Béatrice a écrit:BRAVO Renaud et merci pour cette autre perception, je me suis bien marrée. Par contre euh ... pour la pollution, je peux pas être d'accord avec toi là ! Bienvenue chez le Peuple Voyageur.Waouh, y'a deux gars à présent qui écrivent, on a raison finalement de persévérer Wapiti n'est-ce pas ? et on va enfin avoir des perceptions masculines.
    Renaud : tu veux pas aller faire un tour sur le billet de "Vincent Scoumoune ou le voyage au pays des coeurs en lambeaux" pour me dire comment réagit un gars dans un chagrin d'amour ????
    Douce journée à tous

    Le 7 mars 2008, Wapata a écrit:Renaud, d'abord bienvenue à toi, je trouve que ta patte est superbe mais je préfère quand même les impressions décrites par ma frangine .... désolé :(
    sinon BRAVO les filles pour la création de la semaine ... ça fait beaucoup à lire tout ça !!! ;)
    quand à Mado et à Gérard, ils naviguent toujours en mer du sud à bord d'une goëlette bicentenaire mais le manque de vent -c'est un comble dans l'archipèle des iles sous le vents- les ralentit énormément
    bises à vous tous

    Le 8 mars 2008, Gitanita a écrit:Coucou Renaud,Voilà une vision très "idillyque" de Paris..! A le pratiquer tous les jours, je dirais que ma vision se rapproche plus de celle de Wapiti74, bien que j'arrive à occulter tout ça le plus souvent (cela dépend de mon état d'esprit)... Mais la bouffée d'air pur je la trouve ailleurs!
    En tous cas, bienvenue à toi sur le blog, et au plaisir de se rencontrer sur le chemin d'Annecy!;)
    Bonne nuit à tous!

    Le 8 mars 2008, notre chère Naly a écrit:Je suis une ex parisienne et je partage les sensations de Renaud…difficile d’expliquer pourquoi…mais Paris on l’a dans les veines…ou pas…amicalement…

    lahaut

    Re: L'escapade parisienne de Yann

    Message par lahaut le Mer 12 Mai - 23:09

    J'avais complétement oublié ma rencontre d'avec Yann !!mais que devient il ?

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    Re: L'escapade parisienne de Yann

    Message par Contenu sponsorisé


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