Le Village du Peuple Etrange Voyageur

pour nos pensées, nos petites histoires et nos joutes littéraires autour des voyages


    Mis bout à bout, mes bouts de terre…

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    Mis bout à bout, mes bouts de terre…

    Message par Invité le Dim 23 Mai - 15:13

    Mis bout à bout, mes bouts de terre…
    Ca fait une vie, toute une vie !

    On les connaît déjà, on les découvre et ils nous plaisent, ou alors on tombe carrément – patatras ! – en amour avec. On y a des racines extensibles, des racines extractibles, des racines extras, vraiment extras, on y passe sa vie par habitude ou ses vacances, par habitude aussi.
    Ou alors, comme Parvat-Toubidou, Lilie et d’autres, on lâche tout pour un bout de terre d’ailleurs et on se débrouille là-bas, et au retour, on se débrouille avec et on se débrouille sans.

    A 11 ans, je suis tombée sous le charme d’un pays, par le talent évocateur d’un vieux monsieur que j’aimais beaucoup. Il en parlait si bien ! Qu’en disait-il ? Oh, très peu ; en fait, il n’en disait rien. Mais quand il nous dictait un texte tiré des « Lettres de mon moulin » il se laissait aller à reprendre son accent, scandait des phrases qu’il connaissait par cœur, il se tenait devant une des grandes fenêtres de la salle de classe, nous tournant le dos. Moi, j’écrivais vite, alors je passais le plus gros du temps des dictées hypnotisée par ce crâne tanné, couronné de cheveux blancs coupés très courts, et je savais qu’au-delà de la cour du collège et des rues ce vieux monsieur voyait son pays et que ce pays recelait d’indicibles secrets de bonheur.
    Lorsque 18 coups sonnèrent au beffroi de ma jeune vie, je remplis une valise, sautai dans un train, on l’appelait « le Vintimille », c’était un train qui filait dans la nuit, toute la nuit, depuis le soir jusqu’au matin, et quand je débarquai sur le quai de la gare, je m’en souviens comme si c’était là, là maintenant, là tout de suite, je me suis pris tous les secrets soudain dévoilés devant les yeux, dans les oreilles, dans le nez, et ce n’était que le début !
    J’y ai vécu quinze ans. Quinze ans d’amour et de haine, quinze ans de tendresse pour ce pays. L’amour s’y transformait en haine quand la cohue estivale remplaçait les trente six mille saveurs précieuses, des villages à la colline. Quoique la colline, j’y trouvais à m’y retrancher même au plus fort de l’invasion.

    Et puis, d’année en année, un autre bout de terre m’appela. Se rappela à moi, pour être exacte. Comme les champs de muscadet de Lilie, ma région natale devint source de nostalgie.
    Alors j’y déménageai, emmenant avec moi mon pote, le meilleur pote au monde, irremplaçable, irremplacé. Pendant dix ans nous y avons écumé tous les sentiers possibles, découvert les coins à cèpes et les coins à girolles, les chemins ombragés, les sols moussus, les ruisseaux bondissants, les randonnées parfaites selon la période de l’année, selon le temps, la température, la luminosité, les parfums promis par le vent, le petit rien que nous flairions dans l’air du temps et qui nous ravissait tous deux, lui la truffe au sol et moi le regard plein de gourmandise, le cœur plein à ras bord d’un bonheur trente six mille fois renouvelé. Et puis… ma foi, il est parti gambader dans les vastes prairies de ses ancêtres et, seule, je me suis mise à errer dans nos forêts, nos montagnes et le long des rives du fleuve, ne trouvant que des empreintes désolées sous mes pas neufs. J’ai essayé pendant longtemps mais ce ne furent que de bien tristes années.

    Puis un voyage décidé presque par défaut, et un nouvel amour pour un bout de terre, ou quelques bouts de terre, au milieu d’un sol immense, au bout du monde, où – enfin – je renouais avec le bonheur de vivre dans une nature sauvage dont l’errance était absente. Là encore, j’y ai déménagé. On peut en dire que le temps s’était concentré comme l’essence constitutive d’un parfum précieux, on peut aussi en dire qu’il s’était rétréci comme une peau de chagrin. Je m’en suis arrachée à deux reprises, en lambeaux. A mon troisième départ, je savais que je ne reviendrais pas et j’ai fait de très courts adieux, silencieux et sobres, à mes deux indispensables bouts de terre du bout du monde. Je savais aussi que je ne voulais pas aller là où l’avion atterrirait. Mais j’étais déterminée à en faire une simple escale technique, une halte sur la route du prochain chez-moi.

    Une année a passé.
    Je suis allée bien au-delà de mes objectifs pour le projet le plus difficile à mener, j’ai en revanche repoussé à une date non encore définie le voyage vers le bout de terre amazonien. Cherchant un habitat bon marché, et retranché, un morceau de terre tranquille, j’ai trouvé la Bretagne hivernale à la place de la Guyane. Et je suis tombée en amour. Je parle de la Bretagne des mois d’hiver, pas celle des mois d’été, hein ! Alors, l’hiver prochain, ce sera une nouvelle cahute bretonne, tout au bord de la ligne des algues, à portée d’embruns, entre feux dans l’âtre et variations du temps, avec des balades rythmées par le calendrier des marées avant le long et heureux travail quotidien et solitaire. Les balades le long des côtes bretonnes, c’est quand il fait un temps de chien qu’elles sont époustouflantes de beauté et de vigueur.

    Et au printemps…
    Bah, au printemps, comment voulez-vous que je sache ? C’est que je suis devenue nomade, d’un bout de terre à l’autre, aux autres, à tous les autres, ceux que j’irai saluer avec tendresse et ceux qu’il me reste à aimer…
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    mamina

    Localisation : Près de Pau, sur le chemin de St Jacques...

    Re: Mis bout à bout, mes bouts de terre…

    Message par mamina le Dim 23 Mai - 20:34

    Merci pour ce joli cadeau et merci de ta confiance

    lahaut

    Re: Mis bout à bout, mes bouts de terre…

    Message par lahaut le Dim 23 Mai - 20:36

    résumé SVP ?
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    Re: Mis bout à bout, mes bouts de terre…

    Message par Invité le Dim 23 Mai - 21:01

    Ecrit en réaction à "c'est un petit bout de terre" posté par Lilie dans cette rubrique en juillet 2009.
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    Skyrgamur

    Localisation : une île : Île de France

    Re: Mis bout à bout, mes bouts de terre…

    Message par Skyrgamur le Dim 23 Mai - 23:38

    Résumé uniquement pour Lahaut qui a froid au crâne

    De 11 ans jusqu'à maintenant, Pataugas a posé son sac à différents endroits et ce n'est pas terminé.


    _________________
    Skyrgamur, le lutin Islandais
     
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    Lilie

    Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

    Re: Mis bout à bout, mes bouts de terre…

    Message par Lilie le Lun 24 Mai - 1:36

    Jolis bouts de terre mis bout a bout, Pataugas. Un joli collier de perles, avec encore des perles a enfiler.

    Les bouts de terre au final, ils sont tout sauf geographiques. Parole de quelqu'un qui tombe amoureuse de bouts de terre comme elle tombe d'une chaise pour citer Barnabe.

    Lilie
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    Wapiti
    Admin

    Localisation : Annecy et Thonon (74) France

    Re: Mis bout à bout, mes bouts de terre…

    Message par Wapiti le Lun 24 Mai - 8:31

    Merci Pataugas d'avoir choisi notre bout de terre... virtuel, pour dévoiler tes bouts de terre, bouts de vie, bouts de coeur.


    _________________
    "Nous méritons toutes nos rencontres, elles sont accordées à notre destin et ont une signification qu'il nous appartient de déchiffrer." F. Mauriac
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    Re: Mis bout à bout, mes bouts de terre…

    Message par Invité le Lun 24 Mai - 15:44

    Non d’une pipe, non d’un chien !...

    « Les pommes de terre cuites sont tellement plus faciles à digérer que les pommes en terre cuite"*. Et rien de mieux que pataugas pour cultiver les bouts de Terre et me nourrir et frémir.

    C'est beau.



    *Alphonse Allais
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    tcvoyageur

    Localisation : Lyon

    Re: Mis bout à bout, mes bouts de terre…

    Message par tcvoyageur le Mar 25 Mai - 23:24

    Moi qui allais de moins en moins au village voisin, notamment parce qu'il y avait trop de choses à lire et que j'étais frustré de ne pas trouver le temps, voilà ti pas que les plus belles plumes de VF sont venues ici nous distiller leurs perles plus délicates les unes que les autres !
    Du coup, ma frustration va recommencer....Mais quel plaisir de lecture !

    Merci Pataugas pour ces petits bouts, mis bout à bout.
    C'est fini ? Bouh !!


    _________________
    Thierry

    "L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt". Et bien tant pis, je n'ai donc pas d'avenir
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    imanachnuelohim

    Localisation : En ville de 'la Maison du Moulin'

    Re: Mis bout à bout, mes bouts de terre…

    Message par imanachnuelohim le Jeu 27 Mai - 0:00

    Quand j'étais petit, j'habitais dans un endroit qui voyait le monde défiler. Je ne comprenais ce qui se passait.
    Là-haut, perché sur une colline campagnarde, je demeurais dans une petite gare. Que ce fut sous un manteau épais blanc hivernal, sous l'ombre des feuillages verts des arbres ou bien encore sous les feuilles aux milles couleurs des érables, la pauvre gare était un lieu quelque peu mouvementé.
    A côté d'elle, les trains de marchandises filaient dans un vacarme infernal. Froids, empestés d'une odeur de fioul, ils étaient l'âme d'une économie florrisante, ils étaient ceux qui faisaient vivre les habitants.
    Il y avait les petits trains régionaux. Ils s'arrêtaient dans la petite gare pour déverser leurs passagers et en prendre d'autres. Bien que peu nombreux, les voyageurs étaient toujours des habitués. Ceux qui prenaient le train de 8h00, de 12h00, de 13h00 ou bien de 18h00. Chacun connaissait le chef de gare. Pas un n'oubliait de le saluer quotidiennement.
    Beaucoup plus anonymes déferlaient les grands trains. A plus de 140km/h, ils passaient tous les jours à l'heure précise sans se soucier de la petite vie de la gare. Sans doute ne cherchaient-ils qu'à courir vers un seul but, une seule destination. "Le Rouget de l'île", "l'Arbalette", "Le Vintimille" étaient ces express qui rythmaient le cours de la journée. On savait à quelle heure ils passaient. On pouvait bien penser que l'intérieur de ces rapides étaient l'image ou la représentation d'un monde du voyage où les gens filent à toutes bringue sans se préoccuper des paysages extérieurs.
    Je m'amusais à épeler les noms du type des trains quand je les voyaient s'approcher, au loin, à l'horizon des rails. Ah voilà "le corail", "la Micheline", "le turbo(train)" ou "le Z".
    Mais celui qui était le plus beau, celui qui glissait avec élégance sur la voie, celui auquel je rêvais toujours de voyager à l'intérieur, c'était le train ORANGE. Avec son nez singulier, et son bruit sur les rails qui lui était propre, le TGV était LE train fantastique. Que je fus sur le quai ou bien le soir, dans mon lit, je pouvais le reconnaître les yeux fermés.
    Tous ces bruits qui m'étaient si familiers et tous ces mouvements que pouvait à peine supporter la gare tremblottante, m'avait-il donné, un jour, l'envie de partir ?

    Sans doute...............


    _________________
    Il n'y a pas d'homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé,de celui qui a changé 20 fois la forme de sa pensée et de sa vie
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    Re: Mis bout à bout, mes bouts de terre…

    Message par Invité le Jeu 27 Mai - 13:11

    Ces petits bouts de vie entortillés d'enfance tout près des tortillards, et trains rapides donnent un joli bruit à ton texte.

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    Re: Mis bout à bout, mes bouts de terre…

    Message par Contenu sponsorisé


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