Le Village du Peuple Etrange Voyageur

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Une journée en Moscovie

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bardak

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Une journée en Moscovie

Message par bardak le Mar 25 Mai - 17:41

C'est juste le récit d'une journée ordinaire en Moscovie (ou presque), celle que j'ai vécu aujourd'hui... C'est Lahaut qui va encore raler parce qu'il n'y a pas de photos et beaucoup de bla-bla. D'habitude, je ne prends pas la peine de raconter in extenso ce que j'ai fait dans la journée, mais comme il pleut dehors et que je m'ennuie dans le café où je me suis réfugiée, je le fais quand même. Et puis, c'était tellement typique de la Russie, cette journée, que je ne peux m'empêcher de vouloir le partager... Je le poste tel quel, sans réelle relecture, alors que la journée n'est même pas encore terminée et cela manque certainement de recul et d'effort sur le style. Mais comme dirait Lilie, si on écrit ou ré-écrit son carnet de voyage à son retour, ça devient un carnet de maison...

Comme toujours en Moscovie, lorsque l’été arrive, il ne faut pas compter faire une grasse matinée. Comme il gèle à peu près la moitié de l’année, il ne reste plus que l’autre moitié pour faire tous les travaux nécessaires dans la ville. Dès que les beaux jours reviennent, toute la ville se transforme alors en un immense chantier. Et dans le quartier où je squatte un lit, ils refont tout. Des routes jusqu’aux balcons des appartements. On appelle ça, les « Remont », et c’est vrai que cela donne l’impression que c’est tout le pays qu’on remonte.

Les ouvriers qui travaillent tout l’été sur les différents chantiers de la ville, les Russes les appellent les Tadjiks. La majorité d’entre eux viennent effectivement du Tadjikistan, juste pour la saison. Alors, même lorsqu’ils ne sont pas Tadjiks, on les appelle les Tadjiks. Et avec beaucoup de cynisme, j’oserais dire que c’est bien pratique tous ces « Tadjiks ». Ils sont toujours prêts à faire tous les boulots pour récupérer un peu de sous. Alors dès qu’on a besoin de faire un truc, genre porter quelque chose de lourd, ou déménager un meuble, ou réparer un truc dans la maison, il suffit d’appeler dans la rue et ils accourent.

Il y en a un qui travaille dans la cour de l’immeuble où j’habite avec lequel j’ai tapé un brin de causette un jour. Il m’a expliqué qu’il était médecin au Tadjikistan mais qu’il ne gagnait pas assez. Alors, il venait pendant quelques mois à Moscou, travailler au black pour renflouer les caisses. D’autant que sa fille va se marier cet été. Il y a 1500 convives de prévu, c’est à lui de tout payer, alors il vient refaire quelques rues moscovites pour ne pas décevoir sa fille. J’ai toujours un pincement au cœur en songeant à tous ces gens qui ne peuvent vivre du métier pour lequel ils ont étudié pendant des années.

Puisque on m’a tiré violemment de mes doux rêves enchantés et que je ne peux pas me rendormir avec le boucan qui monte de la rue, je me décide à me lever. Je ne suis pourtant pas très motivée pour m’activer. C’est profilaktika en ce moment à Moscou. Profilaktika, c’est le truc que connaissent et redoutent tous ceux qui vivent ou ont vécu en Russie. Deux fois par an, avant et après l’hiver, la municipalité contrôle tous les tuyaux qui courent sous la ville, pour s’assurer qu’ils n’ont pas gelé ou qu’ils ne gèleront pas et pour les nettoyer. Alors pendant deux semaines, on n’a plus une goutte d’eau chaude.

L’été ce n’est pas trop grave. S’il fait chaud, on s’y fait vite aux douches glacées. Mais quand il fait froid ou humide, c’est chiant. Il faut s’adapter, trouver des solutions alternatives. Les plus aisés s’inscrivent dans des salles de sport pour profiter de la douche. Les autres font installer des ballons d’eau chaude dans leur salle de bain. Mais quand on ne peut faire ni l’un ni l’autre, on se débrouille avec les moyens du bord.

Et ce matin, justement, il pleut. L’idée même d’une douche glacée me fait frissonner. Je reste quinze bonnes minutes à me demander si je vais avoir le courage d’y aller à l’arrache ou si je prends le temps de faire chauffer de l’eau que je répartirai ensuite dans des casseroles que j’emmènerai avec moi dans la salle de bain. Finalement, je décide que je n’ai pas le courage de tout organiser pour prendre un semblant de douche chaude et opte donc pour la douche glacée. Une douche froide, ça peut sembler pas grand-chose. Mais l’eau en Russie, elle est vraiment très froide. Et le matin, ça demande vraiment une énorme dose de motivation. Surtout quand cela dure pendant quinze jours

Pendant que je me prépare tranquillement, j’en profite pour faire une petite lessive afin de l’étendre avant de partir me promener. J’ai un joli pull écru que j’adore et qui m’accompagne partout en voyage. C’est idiot mais si je le perdais, je serais vraiment très triste. Comme une idiote, j’ai eu un réflexe de française et je l’ai mis à la machine. Grossière erreur ! Le pull ressort tout blanc immaculé. J’avais oublié qu’en Russie, la lessive est à ce point puissante qu’elle lave même les couleurs. J’avais pourtant déjà connu ce genre de mésaventures, j’aurais du y songer. Ne jamais compter sur des produits russes pour des opérations délicates, c’est la règle numéro 1 dans ce pays. Bon et bien maintenant, j’ai un joli pull blanc qui va m’accompagner dans tous mes voyages à venir.

Il ne pleut plus quand je sors enfin de l’immeuble. Il y a de gros nuages qui se massent au dessus de ma tête mais je décide d’être optimiste et opte pour une longue balade en dehors du centre ville. Je me dirige donc vers le métro, avec la ferme intention de m’installer dans une rame et d’aller jusqu’au bout de la ligne. Il n’y aura certainement pas grand-chose à voir au bout, mais me promener dans les quartiers où il n’y a rien à voir, en Russie, reste l’un de mes plus grands plaisirs.

Marcher dans les rues avant ou pendant la pluie, ce n’est jamais simple. Avec le gel, les trottoirs sont complètement défoncés. Il y a des crevasses partout qui se gorgent d’eau et piègent le piéton distrait. Quant aux voitures, elles n’ont aucune considération pour les marcheurs et passent à toute vitesse dans les flaques arrosant copieusement les passants. J’arrive au métro trempée jusqu’aux os, dégoulinant d’une espèce de flotte à la limite de la boue et l’humeur quelque peu assombrie. Heureusement que la perspective d’une promenade, même humide, me fait garder le sourire. J’ai hâte d’y être. Malheureusement, je ne suis pas encore au bout de mes peines et à peine ai-je mis un pied dans la station de métro, je me fais alpaguer par un flic manifestement désœuvré qui me demande mon passeport.


A suivre...


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Re: Une journée en Moscovie

Message par bardak le Mar 25 Mai - 18:52

Les contrôles, c’est pourtant rare que cela m’arrive à Moscou. En province, c’est différent, mais ici, les flics ne s’intéressent en général qu’aux personnes originaires du Caucase ou d’Asie Centrale. Quoi qu’il en soit, cela ne m’arrange pas du tout ce contrôle surprise. Je ne me suis pas occupée de m’enregistrer à Moscou. En province, je le fais toujours, mais ici, les contrôles sont tellement rares que je n’ai pas pris la peine de m’en occuper. Et être « bez registratsii » - soit sans enregistrement, ici, c’est encore pire que de ne pas avoir de passeport du tout. Le flic scrute mon passeport, me regarde attentivement, transmet mon numéro de passeport dans son talkie-walkie, reçoit une réponse que je ne comprends pas puis m’indique de le suivre. Zut alors, c’est pas du tout ce que j’avais envisagé pour la journée. Je l’accompagne jusqu’au bureau de la milice installé dans le métro, une espèce de kiosque aux vitres teintées, avec trois écrans de vidéo surveillance manifestement en panne.

J’attends là une bonne demi-heure sans que personne ne se préoccupe de moi. Si le flic n’avait pas gardé mon passeport, il y a longtemps que j’aurais filé à l’anglaise. Le flic me demande finalement pourquoi je n’ai pas d’enregistrement. Je lui réponds que je n’ai pas encore eu le temps de m’en occuper, mais promis, je fais cela tout de suite. Il arque un sourcil ironique. Ok, j’ai compris le message, inutile d’essayer de s’en sortir ainsi. J’aimerais bien lui rappeler que je suis censée disposer de trois jours pour m’enregistrer et comme j’ai quitté Moscou pendant deux semaines, je ne suis pas en infraction, mais officiellement mon visa ne me permettait pas de partir dans le sud, alors je ne suis pas sûre que cela soit une très bonne option. Pour lui, je suis à Moscou depuis le 30 avril et je ne suis toujours pas enregistrée.

Je garde néanmoins l’espoir que ce flic n’ait pas envie de m’embêter plus que cela. En général, ils sont plutôt sympas avec les français, surtout les jeunes filles qui voyagent seules et qui parlent russe. Avec un peu de chance, il va me laisser repartir sans autre dommage. Espoir déçu quelques minutes après. Le flic me demande mon sac et se met à le fouiller consciencieusement. Je ne sais pas trop ce qu’il compte y trouver mais ça a l’air de vraiment l’intéresser de découvrir les tréfonds d’un sac à main de française. Je ne sais pas pourquoi mais quelque chose me dit que je ne suis pas sortie de l’auberge. Il me pose ensuite toute sorte de question sur ce que je fais en Russie, sur la façon dont j’ai appris le russe et sur le prix des cigarettes en France. J’aimerais bien lui dire d'arrêter d'essayer d'engager la conversation avec moi et de me filer mon amende, parce que j’ai vraiment autre chose à faire aujourd’hui, mais je me retiens. Certes, officiellement, je ne risque qu’une amende. Mais bon entre l’officiel et la pratique, il y a ici un fossé béant dans lequel je suis déjà tombée plus d’une fois. Comme je ne connais pas ses intentions à mon égard, je préfère faire profil bas.

Fort heureusement pour moi, alors que le flic en est encore à me poser des questions sur les différences entre la France et la Russie, questions fort saugrenues dans ce contexte, son supérieur débarque dans le bureau et lui demande de descendre sur le quai du métro. Apparemment un type complètement ivre est en train de perturber l’ordre public. J’espère que cette diversion va me permettre de partir, mais manque de pot, le flic confie mon passeport au supérieur en question, avant de disparaître armé de sa matraque. Le supérieur n’a pas l’air de me prêter beaucoup d’attention, alors au bout de cinq minutes, je tente le tout pour le tout.

« Tovaritch Major, est-ce que je peux y aller ? »

Le Tovaritch Major me regarde étrangement. Il a trois gros dossiers sous le bras. Avec un peu de chance, il sera bien trop occupé pour s’intéresser à une histoire de touriste française « bez registratsii ». Et ben non, finalement. Je dois lui apparaître distrayante. C’est à son tour de scruter mon passeport sous toutes les coutures et je finis par me dire que je ne vais jamais réussir à sortir de là.

« Ce n’est pas de mon ressort, annonce-t-il finalement. Cela regarde le FMS ».

Oui, ben ça je le savais. Mais moi tout ce que je voudrais, c’est récupérer mon passeport et aller me promener avant la fin de mes vacances si c’est possible. Parce que si le FMS est impliqué, il va falloir aller dans leurs locaux. Ils ne vont pas me laisser y aller seule et il va falloir que j’attende qu’une voiture de flic m’y escorte. Puis, je vais certainement attendre des heures là-bas, avant que l’on m’annonce finalement le montant de l’amende que je dois payer. Et toute ma journée sera fichue. Quand on n’a plus que cinq jours à passer dans un pays, chaque minute compte. Je n'ai plus le choix, il va falloir que je le joue à la russe.

« Et il n’y a pas moyen de s’arranger autrement ? »

J’ai toujours un petit frisson en Russie lorsque je décide de recourir à ce genre de méthodes pour me tirer d’un mauvais pas. Je crains toujours de tomber sur le seul flic honnête du pays. J’attends donc avec un peu d’inquiétude l’effet que va produire ma proposition. Et à mon grand étonnement, le Tovaritch Major éclate de rire. De toute ma vie, je n’ai jamais vu un flic aussi hilare. Il en pleurerait presque. J’ignore encore si je dois prendre cela pour un signe positif ou non, mais je ne peux m’empêcher de sourire, contaminée par cette bonne humeur saugrenue. Quelques minutes après, le Major se calme finalement et me tend mon passeport.

« Vous pouvez y aller », me dit-il avec quelques hoquets dans la voix.

Pendant un instant, je reste interdite. En Russie, soit les flics lâchent tout de suite, soit ils vont jusqu’au bout. De tels revirements de situations sont quasiment inexistants. Finalement, je m’empresse de ranger mon passeport et de quitter le bureau. Puisqu’on m’offre une porte de sortie, je ne vais pas insister. Une fois dehors, je décide de me rendre tout de suite auprès d’une agence pour procéder à mon enregistrement. Comme je le disais, à Moscou, les contrôles sont vraiment très rares et il y a peu de chance que je me retrouve à nouveau dans ce genre de situation, mais je n’ai pas envie de prendre le risque. Ce que je ne saurais jamais, c’est ce qui a poussé ce satané milicien à me laisser partir. Est-ce parce qu’il avait vraiment autre chose à faire ? Ou est-ce la vue de cette petite française, parlant russe avec un léger accent du Caucase et qui n’a pas peur de proposer un pot-de-vin à un flic ?

A suivre...


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Re: Une journée en Moscovie

Message par fabizan le Mar 25 Mai - 19:18

Une chance que tu parles le russe Adeline, je ne les savais pas si tatillons. Sympa de nous faire profiter de ta journée bien remplie et tant pis pour Lahaut s'il a la flemme de lire.


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Re: Une journée en Moscovie

Message par Invité le Mar 25 Mai - 19:43

Oui, oui : à suivre

Une simple aventure si bien troussée et c'est passionnant.

Il a ri le major parce qu'il a vu que tu connaissais le système, p'têtre.

Et la douche ? tu t'es lavée ou pas ?

Tu écris la suite ce soir ? Pas trop tard hein..
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Re: Une journée en Moscovie

Message par bardak le Mar 25 Mai - 20:33

Ben normalement, ils ne sont pas tant tatillons. En tout cas pas avec moi. Etre une jeune fille française parlant russe, cela m'a bien souvent rendu service dans ce pays. Les Russes ont presque toujours une énorme sympathie pour moi et admirent souvent le fait que j'ose me balader seule dans ce pays. Mais aujourd'hui, je crois que j'ai vraiment manquer de chance.... et la suite de la journée le confirme tout à fait...

Ben, voilà la suite. Mais pas la fin, malheureusement pour moi. Après l'épisode tranquille à la maison, l'épisode avec les flics, vient l'épisode à l'agence...

Quant à la douche, ouais, j'ai fini par la prendre. Je me suis installée dans la baignoire, ait compté jusqu'à trois une bonne trentaine de fois et ait finalement osé me déverser des torrents d'eau glacée sur mon pauvre petit corps... heureusement que j'étais seule, j'ai pu crier autant que je le désirais, on aurait dit une oie... Vovonne trouverait sans doute pour cela une image appropriée...mais cette histoire de douche et d'eau froide va en fait me poursuivre toute la journée, ce que je ne finirais par comprendre que trop tard pour y remédier... c'est bien toute l'ironie de cette journée.

...

S’enregistrer en Russie, c’est comme toutes les autres procédures administratives, un vrai calvaire. Il est bien sûr hors de question que je m’en occupe moi-même, la loi ne m’y autorise de toute façon pas et je n’ai aucune adresse à fournir, puisque les amis chez qui je vis louent leur appartement au black. Il faut donc que je trouve une agence pour le faire à ma place et me fournir une fausse adresse. Après quelques coups de fil à des amis, je finis par obtenir l’adresse d’une petite agence qui pratique des tarifs corrects. Le temps de m’y rendre, je perds encore une heure complète. Ce n’est pourtant qu’à trois stations de métro de là où je me trouve mais les villes russes ont été construites en dépit du bon sens, même avec une adresse et un plan, on peut facilement s’égarer. Ce que je ne manque pas de faire.

A l’adresse donnée, je trouve l’entrée d’un café. Il me faut un certain temps pour comprendre qu’il faut que je m’engage sous le porche qui se trouve juste à côté, que je traverse la cour, que je passe encore sous un porche, que je contourne un énorme bâtiment planté au beau milieu du passage, que je pousse une porte, suive un couloir sombre, tout juste éclairé par un néon grésillant qui ne fonctionne que par intermitence, ouvre encore une énorme porte en fer qui doit bien peser son quintal pour enfin déboucher dans un immeuble de bureaux. La Russie est un pays de portes dérobées, il ne faut jamais l’oublier. Une adresse, ce n’est qu’un numéro dans une rue. Une porte plantée là et qui ouvre sur un monde bien plus vaste. Il ne faut jamais hésiter à s’y engager car c’est là que la vie se planque, loin des regards indiscrets.

Quand je finis par trouver le bon bâtiment et le bon bureau, je déchante. Il n’y a pas moins de vingt personnes dans la queue devant moi. Je sens que cela va être long. Et effectivement, je fais deux heures et trente-quatre minutes de queue très exactement. Parce qu’en plus des vingt personnes effectivement présentes, il y a tous ceux qui ont réservé leur place dans la file d’attente et sont partis faire autre chose. C’est là une pratique à laquelle il faut s’habituer en Russie, héritée de l’Union Soviétique. Une file d’attente n’est pas une file justement. Lorsqu’on arrive, il faut toujours demander « Kto posledniy » - soit « qui est le dernier ? », puis préciser que l’on attend donc derrière cette personne. Ensuite on est libre de faire ce qu’on veut, du moment que l’on revient au bon moment. Ce n’est pas idiot dans un pays où on passe son temps à faire la queue. Mais c’est toujours déconcertant de croire que c’est enfin presque son tour et de voir débarquer trois ou quatre personnes supplémentaires.

Lorsqu’enfin c’est à moi, je me rends compte que je ne suis vraiment pas au bout de mes tracasseries administratives de la journée. La jeune fille de l’agence doit avoir à peine plus de vingt ans et passe plus de temps à se manucurer les mains et à vérifier la bonne tenue de ses vêtements et de sa coiffure qu’à s’occuper des clients. J’ai à peine prononcé une phrase qu’elle m’interrompt aussitôt. On l’appelle sur son portable. La sonnerie résonne bruyamment dans le petit bureau. C’est « A toi » de Joe Dassin. Je me demande bien ce qu’ont les Russes à être aussi fan de Joe Dassin. Avant la Russie, je ne l’écoutais pas, je ne connaissais que certaines de ses chansons les plus connues, et ne le détestais pas. Désormais, la simple mention de son nom me file de l’urticaire.

Elle passe bien cinq minutes à papoter avec une jeune fille répondant au doux nom de Masha, convient avec elle d’un rendez-vous pour ce soir et consent finalement à raccrocher. Elle me jette un regard ennuyé. S’il n’y avait la peur du gendarme, il y a bien longtemps que je lui aurais dit ma façon de penser. Mais j’ai besoin d’elle et elle le sait. Les clients de l’agence sont uniquement des gens de l’ex-URSS, des « Tadjiks » certainement, en situation plus que précaire en Russie, ils n’ont pas les moyens d’être exigeants. Il n’est pas étonnant que cette petite employée de bureau, qui doit certainement gagner des clopinettes, en profite pour faire valoir un pouvoir qu’elle croit détenir.

Je lui explique que j’ai besoin de m’enregistrer et lui tend mon passeport. Elle ne le regarde même pas et se contente de répondre qu’il faut que je fournisse une photocopie du passeport et du visa. J’avise derrière elle une photocopieuse dernier cri et lui demande s’il ne serait pas possible de faire les copies ici. Je suis prête à payer pour cela.

« Ah non, cette photocopieuse est une photocopieuse de service et sert uniquement au personnel de l’agence. »

J’insiste. En vain. La jeune fille ne veut rien entendre. Je lui demande à quoi peut servir cette photocopieuse si les clients doivent fournir eux-mêmes toutes les copies nécessaires. Son visage ennuyé jusque là prend soudain une teinte pourpre du plus bel effet. Je sens qu’elle va s’énerver et je préfère m’écraser. Dans ce genre de situation, j’ai plutôt tendance à attaquer la première. Je ne suis pas juriste pour rien, j’ai appris depuis longtemps, lors de mes cours de droit que la clé pour gagner un procès, c’était de ne pas laisser à l’autre le temps de s’exprimer. Et j’ai souvent dans l’idée que contrairement à beaucoup, je peux me le permettre et que, d’une certaine façon, en défendant mon cas, je défends celui de tous ceux qui ne peuvent rien faire.

Mais là, j’ai vraiment besoin de m’enregistrer, alors je me tais. Malgré tout, cela remet un peu les pendules à l’heure de se retrouver parfois dans la situation d’un « Tadjik » et avec un peu de philosophie et de recul, j’apprécie cette leçon que me donne la vie. J’arrive tout de même à négocier de ne pas avoir à refaire la queue une fois que j’aurais fait les copies. C’est mieux que rien. Je quitte donc le bureau, ressort dans la rue et me dirige vers le métro pour trouver un kiosque qui me fasse les copies.

En Russie, tout se passe dans les kiosques, minuscules échoppes installées en rang d’oignon dans les rues ou les couloirs du métro. Et il y en a pour tout. Acheter une bière, des cigarettes, un sac plastique, une brosse à dent, un médoc, un p’tit truc à manger, faire un double de clés, connaître les derniers ragots…ou faire des photocopies. Dans le premier où je m’arrête, la vendeuse est tranquillement installée à boire du thé. Je lui explique ce que je veux, extirpe mon passeport de mon sac et le lui tend.

« La photocopieuse est en panne ».

Pourquoi faut-il toujours, en Russie, que les gens attendent le dernier moment pour annoncer ce genre de trucs ? Elle aurait pu me le dire tout de suite. C’est comme dans les cafés. Je ne compte pas le nombre de fois où je suis entrée dans un café, me suis installée à une table, après avoir ôté manteau, écharpe et bonnet, ai demandé le menu pour m’entendre dire que le café était fermé. Ce n’est pourtant pas compliqué de dire les choses tout de suite. Heureusement que j’aime ce pays et que je finis par trouver quelque chose de formidable à cet énorme bordel, sinon j’en serai partie depuis longtemps.

Je finis par trouver un endroit pour faire les copies et repart vers l’agence. Je me dirige tout de suite vers le bureau et dépasse toute la file d’attente. Quelques grognements se font entendre que la jeune fille de l’agence fait taire d’un regard glacial. Cela me gêne toujours un peu de faire ce genre de choses, mais puisque là maintenant, je me retrouve dans la situation d’un « Tadjik », j’oublie mes remords.

La jeune fille jette un œil sur mon passeport, mon visa et ma carte de migration. Elle scrute le tampon de mon entrée en Russie.

« Vous êtes en retard pour l’enregistrement » constate-elle.

Oui, je sais. On me l’a déjà fait remarquer ce matin. C’est bien pour cela que je suis là.

« Désolée mais je ne peux rien faire pour vous »

Alors là, je ne m’attendais vraiment pas à cette réponse. Il y a forcément une solution qu’on peut trouver. Mais encore une fois, il n’y a aucun moyen de négocier avec elle. Tout est du ressort du FMS, si elle dépose une demande d’enregistrement avec autant de retard, c’est toute l’agence qui va en pâtir. Alors que suis-je censée faire ?

« Aller au FMS »

Plus facile à dire qu’à faire. C’est bien la première fois que je rencontre autant de souci en Russie avec les questions administratives. A croire que j’ai vraiment perdu mes réflexes russes depuis que je vis en France. J’ai du faire une erreur quelque part. Parce que normalement, tout finit par s’arranger. Je retrace les événements de la journée mais n’arrive pas à comprendre à quel moment, j’aurais du faire les choses autrement. Je pense soudain à tous ceux à qui j’ai expliqué la procédure d’enregistrement sur VF et je me sens un peu idiote. Je la connais pourtant par cœur, j’avais même posté un message entier pour en récapituler les étapes. Je me sens soudain comme une touriste un peu paumée ici et c’est assez curieux, parce que je ne pensais plus l’être. Quand je me retrouve dans la rue, je n’ai pas d’autre choix que de me diriger vers le FMS et je sais déjà que les choses ne vont pas aller en s’arrangeant. Le FMS, ce n’est peut-être pas le FSB, mais en matière de bêtise administrative, ils les supplantent largement.

Menfin... après tout, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même, je n'avais qu'à respecter la loi. Et puis, tout cela, c'est aussi la Russie. Ce pays, on l'aime entièrement ou on le déteste à jamais. J'ai pris le parti de l'aimer. Ce n'est pas un engagement toujours facile à tenir mais il faut tenir bon. Dans ce pays rigide et autoritaire, au passé douloureux et au présent guère plus clément, on est rapidement tenté de tomber dans l'inhumanité. C'est comme avancer sur le fil d'un rasoir, cela demande une vigilance constante et des efforts permanents. Ce sont ces efforts que j'ai toujours aimé. Parce qu'ils ne laissent aucun répit mais offrent, en retour, des moments extraordinaires. J'aime ce pays pourtant si difficile à aimer. Je ne peux lui tourner le dos pour une journée un peu difficile. Il y en a eu bien d'autres avant, il y en aura bien d'autres après. Ce qui compte, ce n'est pas ce qu'on donne, mais ce qu'on reçoit. Et j'en reçois suffisamment ici pour accepter de perdre un peu. Tout n'est pas toujours question d'équilibre, parfois c'est juste une question d'instinct, de désir et de coeur, le reste ne compte pas. Et la Russie me le rappelle en permanence.

A suivre... mes aventures au FMS....


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Re: Une journée en Moscovie

Message par Invité le Mar 25 Mai - 20:46

Et l'amende n'est-elle pas moins onéreuse que le tarif de l'agence pour l'enregistrement ?

Les russes sont fans de Joe Dassin mais de Belmondo aussi je crois.

Mince, j'espère que je loupe pas trop de truc en n'allant plus sur vf.

"respecter la loi" : c'est peut-être tentant de la contourner de temps en temps

Le FMS c'est le Fond Mondial des Secours ?

J'apprécie beaucoup cette histoire russe comme tout ce qui a trait à la Russie d'ailleurs.
J'peux aller bouquiner, j'ai une ma rasade fraîche.

A demain donc.
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Re: Une journée en Moscovie

Message par tcvoyageur le Mar 25 Mai - 21:51

Passionnantes ces aventures russes !

Je ne vais pas (comme je l'ai fait pour Vovonne) dire que je me régale parce qu'il est plus facile de rire aux éclats en découvrant ses péripéties qu'en lisant le récit des tiennes. Mais nous attendons avec impatience que tu nous annonces que tout s'est bien terminé.

En lisant ton histoire de douche, je me disais qu'il était étonnant que dans un pays comprenant autant de slaves, il soit parfois si compliqué de ....s'laver !


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Re: Une journée en Moscovie

Message par Invité le Mer 26 Mai - 15:35

Ohé Adeline je reviens sur ta signature :

"Нет повода не выпить"
"Proverbe russe... que de bon sens dans ce pays!"

Tu fais la paire avec Lilie.
Toi pour la vodka et elle pour la Guiness !

Puisque tu ne traduis pas, je le fais en espérant ne pas me tromper (mais tu sauras rectifier n'est-ce-pas ?)

"Il n'y a pas de prétexte pour ne pas boire"

Si tu rajoutes la clope, t'es cuite !
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Re: Une journée en Moscovie

Message par imanachnuelohim le Jeu 27 Mai - 0:08

pondy a écrit:
"Нет повода не выпить"

Transcription phonétique :

Niet pavoda , niè vouipit
Ne savais pas que cela voulait dire "que de bon sens dans ce pays "


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Le meilleur moyen de résister à la tentation, c'est d'y succomber."
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Re: Une journée en Moscovie

Message par bardak le Jeu 27 Mai - 13:49

Traduction parfaite, Pondy... J'ignorais qu'il y avait d'autres russophones au village.
Ah, la vodka... et pourtant à chaque fois, je me dis que c'est la dernière fois que j'en bois... mais c'est si particulier en Russie, boire de la vodka prend des heures. Chacun y va de son toast, on boit, on mange, on rit... ce serait dommage de rater cela...
Quant à la clope... faudrait que je songe à arrêter un jour, parce qu'en effet je cumule les vices. Heureusement que je n'aime ni le café, ni le chocolat, cela fait toujours cela de moins...
J'aurais bien aimé vous faire part de la suite de cette journée, qui s'est heureusement bien terminé, mais je n'ai pas eu le temps de finir d'en taper le récit. C'est que, alors que je m'attelais à cette tâche avec sérieux, j'ai été appelée par des amis, pour les rejoindre dans un autre café. On a discuté jusqu'à point d'heure et je n'étais pas sûre après cette petite séance, d'être encore capable de retrouver le sens de mon clavier. Et puis hier, lasse de me balader sous la pluie, j'ai opté pour une séance de ciné, Soleil Trompeur 2, le genre de film où quand on sort, on ne sait pas si on a aimé ou pas. Mais bon, vus les remous qu'il a provoqué, je ne regrette de toute façon pas d'être allée le voir. Bref, je n'arrête plus et n'ai pas une seconde à moi... et tant mieux d'ailleurs, parce que c'est bientôt le retour, il faut donc que j'en profite...


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Re: Une journée en Moscovie

Message par Invité le Jeu 27 Mai - 15:18

Euh, véritablement je ne connais rien de rien en russe !

Si ce n'est "spassiba" prononçé à l'arrache.

Juste l'effet magique du copié-collé à ma fille et le tour était joué.

Me fallait savoir la signification de ta signature, chuis très curieuse.
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Re: Une journée en Moscovie

Message par bardak le Jeu 27 Mai - 19:03

Ah, mais voilà que j'en sais plus sur Pondy... donc ta fille... hmmh intéressant...
Bon, comme il s'obstine à pleuvoir sur Moscou, j'ai fini par me re-réfugier dans un café... et par écrire la suite et fin de cette journée. Oh! rien de bien passionnant... mais il y a des jours comme ça où on a l'impression de vivre en quelques heures, ce qu'on a vécu des années durant...

Avant de me rendre au FMS, je décide d’aller manger un morceau. C’est que ça creuse de se battre contre l’absurdité de l’administration russe. Comme il ne pleut plus, j’opte pour un « letnee cafe » - soit un café d’été. Il n’y en a pas beaucoup dans le centre de Moscou, mais en cherchant bien, je finis par en dégotter un. Un « letnee cafe », c’est un truc avec des tables et des chaises en plastique, sous des tentes en plastique où il faut aller commander au bar et où on se fait en général engueuler une bonne dizaine de fois entre le moment où on arrive et celui où on repart. Ils poussent partout en Russie, quand les beaux jours arrivent et sont toujours pleins. Faut dire qu’ils sont nettement moins chers que les cafés normaux.

On y boit quasiment que de la bière, boisson numéro 1 en Russie. Car contrairement à ce qu’on peut penser, la vodka, telle que nous la connaissons, n’est apparue que tardivement dans ce pays, au 19ème siècle, lorsque Mendeleïev a décrété, entre deux tableaux de classification des éléments chimiques, que cette boisson devait contenir quelque chose comme 39,9 pourcent d’alcool. La Russie est donc traditionnellement un pays de bière. La bière n’est pourtant pas très bonne par ici. Elle ressemble à ces bières françaises, insipides et sans saveur. Mais on en boit quand même puisqu’il n’y a que ça. Et toujours par pintes. Dans les cafés normaux à Moscou, on peut boire des petites bières, qu’on a surnommé « detskoye pivo » - soit bières pour enfants. Malgré leur absence totale de goût, j’ai fini par les apprécier sincèrement. Elles restent pour moi associées à mes voyages en Russie et ont des noms à faire rêver les voyageurs (Baltika, Don, Sibirskaya Korona…).

Dans les letnye cafe, si on veut manger, c’est chachlyk pour tout le monde, du mouton de préférence, c’est ce qu’il y a de meilleur. Ca sent la viande grillée, ça me rappelle le sud de la Russie. On nous sert alors des morceaux de viande dans des assiettes en plastique, avec des couverts en plastique qui ne coupent rien, un peu de ketchup tatar (bien meilleur que celui qu’on a par chez nous), un morceau de pain blanc qui s’effrite tout seul, une rondelle de tomate, un morceau de concombre et de l’oignon cru. J’adore ça ! Et je me régale.

Malgré le mauvais temps, il y a quand même quelques familles qui font une halte au café avant de poursuivre leurs balades. C’est dans les moments comme cela que je me rends compte qu’en creusant un peu, Moscou n’est pas très loin de la Russie profonde. On peut parfois y voir des choses que l’on croyait pourtant réservées à la province. Et c’est le cas aujourd’hui dans ce « letnee cafe ».

Juste à côté de moi, il y a un couple avec une petite fille d’environ cinq ans. La gamine joue avec un truc pour faire des bulles. Elle a de gros rubans blancs dans les cheveux, une petite jupe d’écolière et un chemisier blanc, on la croirait tout juste sortie d’une publicité des années 50. Une famille typiquement russe. Papa et son ventre énorme, misogyne au possible, attablé comme s’il présidait aux affaires du monde, maman, ses talons gigantesques et ses mini-jupes, prenant une pose de top model, une fine cigarette collée entre ses doigts parfaitement manucurés, aux ongles décorés et rejeton, enfant unique qu’on n’entendra jamais râler, élevée dans la glorification de la Mère Patrie et assurée dès son plus jeune âge de la supériorité de la Nation russe.

Je me souviens de l’interview d’un homme politique russe qui prétendait que la population russe diminuait chaque année car on n’y faisait pas assez d’enfants. Depuis des affiches de propagande sont apparues un peu partout, déclarant, aux femmes qui voulaient bien prendre la peine de les lire, que la Patrie avait besoin de leurs records. Ce n’est peut-être pas tout à fait faux, mais il ne faudrait pas oublier de préciser que quand on a passé soixante-dix ans à assassiner la moitié de sa population, il ne faut pas s’étonner qu’il ne reste plus grand-monde après.

Les parents ont acheté une glace pour leur gamine et, pour eux, ils ont pris une bouteille de vodka. De la mauvaise en plus. Et ils restent là, à siffler la bouteille à deux, tandis que la petite reste sagement assise à faire des bulles. Une bouteille à deux, ça fait 250 grammes de vodka par personne. Personnellement, au bout de 250 grammes, je commence déjà à sentir que je ne touche plus vraiment terre. Et pourtant j’ai la réputation de plutôt bien tenir la vodka.

Ils ont beau dire, les Russes, ils ont quand même une forte tendance à picoler, à n’importe quelle heure de la journée. Je me demande ce qu’il se passerait en France, si on voyait des parents en train de se piquer la ruche en pleine journée, alors qu’ils sont de sortie avec leur enfant. Ici, tout le monde s’en fiche. Il n’y a guère que lorsque les parents sont vraiment ivres morts que certains osent des regards réprobateurs. Et encore. Tout le monde boit, de toute façon. Alors personne ne va reprocher aux autres de le faire. Une journée de congé sans alcool, ce n’est pas vraiment une journée de congé. A tel point que les Russes ont eu la bonne idée d’ajouter souvent une journée de congé supplémentaire, après un jour de fête, pour que les gens aient le temps de dessaouler. Ou comment contourner les problèmes, plutôt que de tenter de les résoudre.

La bouteille finie, ils repartent tranquillement et comme il est encore tôt dans l’après-midi, je parierais mon passeport qu’il y aura d’autres arrêts de ce genre. La Russie est le seul pays où j’ai vu des enfants gérer leurs parents ivres morts avec un naturel déconcertant. Pas étonnant que l’alcoolisme se transmette de générations en générations. Personnellement, j’aime boire de la vodka lorsqu’elle se partage à plusieurs (de toute façon, il paraît que cela porte malheur de boire seul, il faut toujours être au moins trois pour descendre une bouteille, une autre tradition héritée de l’Union Soviétique – à l’époque la bouteille coûtait trente roubles, alors les gens s’associaient pas groupes de trois, formés au hasard dans les longues files d’attente, et se buvaient la bouteille, debout dans un porche d’immeuble, avec quelques concombres marinés ou un peu de pain noir pour faire passer tout cet alcool).

Cela étant, satisfaite et rassasiée, je ne tarde pas à repartir également. Certes, il ne pleut plus mais il fait un peu froid dans le « letnee cafe », installé en plein courant d’air. Et j’ai toujours mon problème d’enregistrement à régler, je suis obligée d’écourter ma séance d’observation des mœurs russes.

La bâtisse du FMS (le service des migrations russe), ou tout du moins l’annexe où je me rends, ressemble à toutes les bâtisses de l’administration soviétique. Grise, inhumaine, géante, presque terrifiante. Un morceau de béton gélatineux qui avale tout ce qui se trouve à sa portée. Cela me rappelle ce bâtiment du FSB dans une mini-ville du fin fond de la Russie. Un gigantesque buste de Dzerjinski trônait devant l’entrée. Pour ceux qui l’ignorent, Dzerjinski, de sinistre mémoire, est le créateur de la police politique soviétique (soviétique uniquement, parce qu’en vrai, la police politique en Russie, elle existe depuis Ivan dit le terrible et n’a pas jamais changé d’un iota en des siècles d’existence). Il me semblait que toutes les statues le représentant avaient été déboulonnées, comme toutes celles de Staline. Grossière erreur. J’ai voulu faire une photo et sitôt le bouton de mon appareil pressé, je me suis retrouvée avec la moitié du FSB du coin sur le dos. Il m’avait bien fallu une demi-heure de pourparlers et la suppression de la photo devant témoin pour m’en sortir. Sont vaches au FSB. C’était quand même pas un secret d’Etat cette statue.

Bref, pour en revenir à nos moutons, ou plutôt au FMS, je ne me sens pas très bien en entrant dans le bâtiment. Si les soviétiques voulaient impressionner le monde avec leur architecture, ils ont réussi. En ce qui me concerne tout du moins. Un hall gigantesque, tout en marbre et en colonnes s’ouvre devant moi. Heureusement qu’un seau posé à même le sol pour récupérer les gouttes qui tombent du toit dédramatise un peu la situation. Il y a toujours quelque chose de terriblement Gogol-esque dans ce pays. Même quand ils veulent faire dans le grandiose, il y a toujours une touche de comique pour détendre l’atmosphère.

Le planton à l’entrée est en train de faire des sudokus sur une petite table en bois qui ressemble à un bureau d’écolier. Il me regarde approcher mais dès que je me plante devant lui, il fait semblant de ne pas m’avoir vu. S’il pensait me faire fuir, c’est raté. Je lui présente mon passeport juste sous le nez et lui demande de m’indiquer où je dois me rendre. Le planton soupire bruyamment et extirpe d’un des tiroirs de son bureau un grand cahier. Les grands cahiers, c’est sacré en Russie. Il y en a partout, dans les hôtels, les gares, les administrations. Ils servent à noter les noms des gens qui viennent et leur numéro de passeport. Il y a pourtant des ordinateurs ici, mais il faut croire que les gens ne savent pas s’en servir, ou préfèrent le papier.

Je me rends au bureau que m’a indiqué le planton, frappe une fois, deux fois, trois fois, pas de réponse. Je finis par entrer. Il y a trois femmes qui travaillent dans ce bureau, et aucune ne prête attention à mon entrée inopinée. Je finis par me présenter devant l’une d’entre elles et expose ma situation. Elle prend mon passeport, l’ausculte longuement, soupire d’un air las et finit par décrocher le combiné pour appeler je ne sais qui. Elle ne prendra bien sûr pas la peine de m’expliquer ce qu’il se passe ou ce qu’il va se passer.

Quelques minutes après, débarque un officiel en uniforme qui ne me regarde même pas et se contente de s’emparer de mon passeport. Zut, encore un Tovaritch Major, je pensais pourtant en avoir fini avec les Tovaritch pour aujourd’hui. Je me demande bien ce qu’il fait au FMS. Après avoir regardé longuement chacune des pages de mon passeport, il le rend à la jeune femme et repart comme si de rien n’était. Je ne saurais jamais ni qui il était, ni en quoi son intervention a servi à quoi que ce soit. Et je ne peux pas compter sur les Russes pour me l’expliquer. Je suis dans le royaume de l’administration et mon existence a ici, autant d’importance que celle d’un cafard. Il faut juste que je m’arme de patience et que j’attende de voir ce qu’il va se passer.

« Qu’est-ce que vous êtes venue faire en Russie ? »

Je mets un peu de temps à comprendre que c’est à moi que cette femme s’adresse puisque depuis le début, elle ne m’a prêté aucune attention. Je réponds que je suis venue en touriste, que j’adore la Russie et que j’y viens dès que je peux. Si je veux m’en sortir rapidement, j’ai tout intérêt à la caresser dans le sens du poil.

« Seule ? »

Ben oui. Pourquoi j’irais m’encombrer de quelqu’un ?

« Et vous n’avez pas peur ? »

Ben non. Ce n’est pas dangereux la Russie. Certes, j’y ai connu quelques aventures étranges et certains événements resteront malheureusement à jamais gravés dans ma mémoire, comme les relents d’un cauchemar dont on n’arrive pas à se débarrasser. Mais ce n’est pas plus dangereux qu’un autre pays. Et là, contre toute attente, j’ai droit à mon premier sourire de la journée et à des compliments sur mon niveau en russe. Chouette, j’adore quand les Russes me disent que je parle bien russe. J’aurais mis tellement de temps à apprendre cette satané langue que rien ne me fait plus plaisir que de savoir que je n’ai pas fait tous ces efforts en vain.

La jeune femme, Nadia pour les intimes, me propose de m’asseoir et m’offre même une tasse de thé. A cet instant, je sais que je suis sauvée. J’ai appris depuis longtemps à repérer ce genre de signes. Et j’ai surtout appris à les provoquer le plus souvent possible. Les Russes sont fascinés par la France, ou tout du moins par l’image qu’ils s’en font. Mais rien ne leur fait plus plaisir que de savoir qu’une jeune française préfère passer ses vacances en Russie, plutôt que sur la côte d’Azur. Les femmes russes ayant une forte tendance à materner tous les étrangers qu’elles prennent dans leur filet, j’arrive en général à trouver en peu de temps une bonne âme pour m’aider à résoudre mes soucis. La Russie est un pays où les problèmes pleuvent en permanence mais où ils ne durent jamais longtemps. Je parle russe, ai l’air d’avoir 15 ans, j’aime profondément la Russie, c’est largement suffisant pour ne jamais me sentir seule dans ce pays.

Nous discutons pendant une bonne demi-heure de choses et d’autres. Les deux autres femmes se mêlent également à la conversation et de l’extérieur, on pourrait aisément nous prendre pour quatre amies réunies pour prendre le thé. Si je n’avais à l’esprit mon histoire d’enregistrement, je profiterais allègrement de cet instant.

Et en effet, l’enregistrement reste le problème numéro 1, dans mon esprit tout du moins. Alors que je suis toujours à répondre à des questions concernant la France et mes impressions sur la Russie, le Tovaritch Major de tantôt réapparait et exige de consulter une nouvelle fois mon passeport. Mais Nadia m’a désormais à la bonne et ne laissera personne m’ennuyer. Elle lui répond que le problème est réglé et qu’il n’y a plus rien à voir. Le Tovaritch Major tente de se redresser et de prendre un air important, mais il ne peut rien contre trois femmes russes décidées, il le sait bien. Quelques vaines protestations après, il quitte le bureau dépité.

J’arque un sourcil en direction de Nadia de l’air de celle qui n’a rien compris. Et ce n’est pas tout à fait faux. Bien que j’ai parfaitement compris l’échange qui vient d’avoir lieu sous mes yeux, j’aimerais qu’on m’explique comment mon problème va effectivement se régler. Nadia me répond d’un sourire. Elle extirpe un formulaire de l’un de ses tiroirs, le remplit, le déchire, en prend un autre, le re-remplit et me le tend. Et bien ça alors, me voilà avec dans les mains un enregistrement en bonne et dûe forme. Et l’amende ? Et tous les soucis passés ? Disparus ! De toute façon, tout ce qui intéresse Nadia, c’est de savoir quelle image ont les Français de la Russie.

Je reste encore à discuter avec elle une bonne heure. Je lui dois bien cela, bien que répondre à des questions du genre « C’est quoi les différences de mentalité entre la France et la Russie » ne soit pas vraiment ce que je préfère. Nous nous quittons finalement, satisfaites l’une et l’autre.

Je suis heureuse, tandis que je reprends le métro pour me rendre dans un de mes cafés préférés. Je n’avais finalement commis aucune erreur dans ma gestion des événements. J’ai juste eu tendance à réagir comme une française, attendant rapidement des réponses exactes et précises à mes questions. Et pourtant. Ici, il vaut mieux ne pas être trop exigeant. Il suffit de se laisser porter par les événements. On finit toujours par trouver quelqu’un qui monte à bord du radeau sur lequel on dérive pour prendre en main le gouvernail. La Russie n’est pas un pays de réponse, c’est un mystère. C’est souvent déconcertant pour les étrangers que nous sommes, mais si l’on n’accepte pas d’y croire un peu, alors ça ne sert à rien de venir ici. La littérature russe ne s’est pas montrée géniale en matière d’absurde et de fantastique pour rien.

Une fois tous ces problèmes réglés, et puisqu’il est trop tard pour aller me balader, je m’installe donc dans un des fauteuils confortables du café librairie où j’ai passé des heures lorsque je vivais ici. Je repense aux événements de la journée et ne regrette finalement pas de n’avoir pas pu me balader. J’ai l’impression d’avoir vécu en une journée tout ce que j’avais jusque là observé en dix ans de voyages réguliers dans ce pays.

La salle est cossue, le fauteuil confortable, la table en bois brut, tout ce qu’il faut pour être heureux. Un vieil homme vient jouer du piano juste à côté de moi. Et s’il y a bien une chose pour laquelle les Russes sont doués, en dehors de mathématiques, c’est la musique. Ses mains ridées courent sur le clavier, c’est magnifique. Il y a dans sa musique la légèreté des grands artistes, la rigueur du professionnel et les profondeurs insondables de la Russie. C’est à la fois rugueux et aérien, léger et dur, chacune des notes qu’il joue résonnent dans le silence et parfois certaines s’attardent un peu plus longtemps dans le silence, comme un rêve suspendu. Je ferme les yeux et abandonne là le récit que j’étais en train de faire de cette journée. Il joue les yeux fermés et marmonne parfois un peu dans sa barbe. Il n’a l’air d’exister que pour cette musique et en découpe les épisodes comme une succession d’événements parfois tragiques, parfois heureux et la frontière entre chacun ressemble à une image floue à laquelle nul n’a songé à donner de couleurs. Sa musique, c’est la Russie, dans toute sa splendeur, ou toute son horreur. La profondeur de l’humanité qui parvient à exister dans un monde barbare.

Lorsqu’il a fini de jouer, il se tourne vers moi et me remercie de l’avoir écouté. J’ai un peu de mal à comprendre ce qu’il se passe et le remercie en retour. Il disparait aussitôt, aussi humblement qu’il était arrivé. Et je me mets à pleurer, sans pudeur. Que pourrais-je dire ou penser de toute façon ? Quels mots pourraient remplacer le délice d’un symphonie ? Parfois, il vaut mieux abandonner la partie et laisser l’univers décider pour soi.

Epilogue...

Alors que je m'apprête à quitter le café, je suis interpellée par une vieille connaissance russe. Une jeune fille que je n'ai que peu fréquentée, mais dont j'apprécie la conversation. Elle se plante face à moi, et après les salutations d'usage, se met à rire.

"On dirait une caucasienne"

Sa remarque tombe comme un cheveu sur la soupe et je mets un peu de temps à comprendre de quoi elle parle. Puis, soudain, tout m'apparaît clairement. N'ayant pas eu le courage de me laver les cheveux à l'eau froide ce matin, j'ai préféré les emmitoufler dans un foulard, histoire de cacher un peu la misère. Je n'y ai pas pensé de la journée, mais, effectivement, avec ce foulard, on peut aisément me prendre pour une caucasienne. Ou tout du moins une Tcherkesse ou une Balkare, dont le physique est plus européen que celui des Tchétchènes ou des Ingouches.

C'était donc cela! Le flic s'est intéressé à moi car j'avais l'air d'une Caucasienne. Rien ne serait donc arrivé si j'avais réussi à compter jusqu'à trois et à déverser un torrent glacé sur ma tête. Comme quoi, les événements tiennent parfois à peu de choses. Finalement, je ne suis pas mécontente de cette journée. Parce que s'il y a bien une chose que je supporte pas et ne supporterai jamais en Russie, c'est le racisme latent de certains. Alors, en être la victime, malgré soi, c'est une bonne façon de prendre une revanche. Ben oui, on peut être française et avoir l'air d'une caucasienne. Prenez-en de la graine! Satanés Russes, allez savoir après cela pourquoi je m'obstine à vous aimer! A croire que vous savez distiller de la magie même dans la réalité la plus triviale... à croire que même les pires horreurs peuvent donner naissance aux instants les plus merveilleux...


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Re: Une journée en Moscovie

Message par imanachnuelohim le Jeu 27 Mai - 23:01

Que tu le veuilles ou non,tu es bien de ce qu'on appelle "de type caucasien".
Ton récit ecrit avec temps de passion,m'inclinerait bien à vouloir faire un voyage dans ce pays avec toi...... car mon reste de russe que j'ai appris je l'ai perdu (ia vcio zabilas).


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Re: Une journée en Moscovie

Message par Lilie le Ven 28 Mai - 2:38

Ses mains ridées courent sur le clavier, c’est magnifique. Il y a dans sa musique la légèreté des grands artistes, la rigueur du professionnel et les profondeurs insondables de la Russie. C’est à la fois rugueux et aérien, léger et dur, chacune des notes qu’il joue résonnent dans le silence et parfois certaines s’attardent un peu plus longtemps dans le silence, comme un rêve suspendu. Je ferme les yeux et abandonne là le récit que j’étais en train de faire de cette journée. Il joue les yeux fermés et marmonne parfois un peu dans sa barbe. Il n’a l’air d’exister que pour cette musique et en découpe les épisodes comme une succession d’événements parfois tragiques, parfois heureux et la frontière entre chacun ressemble à une image floue à laquelle nul n’a songé à donner de couleurs. Sa musique, c’est la Russie, dans toute sa splendeur, ou toute son horreur. La profondeur de l’humanité qui parvient à exister dans un monde barbare.

Magnifiquement Bardak.

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Re: Une journée en Moscovie

Message par Invité le Ven 28 Mai - 10:43

Passionnant-Eblouissant-Intéressant

Спасибо
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Re: Une journée en Moscovie

Message par bardak le Ven 28 Mai - 11:47

Ima'... ben tu sais, moi je suis toujours ravie d'amener des touristes en Russie... et ça me fait toujours plaisir de faire découvrir ce pays... voilà une orientation professionnelle possible, maintenant qu'il faut que je me grouille de retrouver du boulot... je devrais faire guide en Russie. Non seulement, ça me nourrirait, mais en plus cela me permettrait de passer mon temps en Russie... y a quand même des métiers sympas...
C'est vrai que je suis de type caucasien, mais ce n'est pas le même "caucasien" que par ici... je me demande d'ailleurs d'où vient cette expression "de type caucasien", parce que les Caucasiens, ils ressemblent à des Caucasiens et les Français, ils ressemblent à des Français.
Merci Pondy et Lilie de m'avoir lue. Pour ma part, j'ai pas mal de retard de lecture... surtout concernant l'Irlande... mais ça attendra mon retour... parce que l'Irlande en Russie, ça ferait un peu bizarre. Et puis lire les récits des autres, ça m'aidera à me remettre de mon retour... il ne faut pas que je brûle toutes mes cartouches trop vite.
Ah ! Il était beau ce musicien ! Et sa musique était vraiment magnifique ! Il avait tout le charme des vieux intellectuels russes, couplé à celui des artistes qui ne parviennent à vivre de leur art mais qui continuent malgré tout parce qu'ils n'envisagent pas de faire autre chose.


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Re: Une journée en Moscovie

Message par Invité le Ven 28 Mai - 12:05

Bardak, je fais partie des personnes qui détestent la lecture sur internet mais s'y documentent volontiers. Je fais aussi partie des grincheux qui trouvent la plupart des carnets de voyages emmerdants comme la pluie. Pour finir, je ne suis pas bon public.
C'est un peu nigaud de ma part de déclarer ici ces choses qui ne m'y rendront pas très sympathique, mais bon, je ne cherche pas à me rendre aimable et j'en suis une nouvelle fois à me demander si j'ai bien envie d'avoir ma place dans un groupe.
Cette courte digression faite, j'en reviens à ta journée moscovite.
J'ai vraiment aimé. Parce qu'une tranche du quotidien est bien plus parlante qu'une rédaction bien soignée qui s'efforcerait de transmettre quelque chose. Oui, vraiment, je crois que la narration de quotidien, avec des gens et des anecdotes - de la vie, quoi ! - est un des meilleurs carnets de voyage qui soit.
Bravo.
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Re: Une journée en Moscovie

Message par bardak le Ven 28 Mai - 12:20

Merci beaucoup Pataugas,

Ben, tu sais, moi non plus je ne suis pas fan de la lecture sur internet... et encore moins de celle de carnets de voyage. Et moi aussi, je suis fan des tranches de vie, des instants du quotidien, des anecdotes. C'est bien pour cela que j'avais littérallement adoré tes fragments d'Australie, et que j'adore les récits pub-esque et île de pâques-esque de Lilie, ainsi que ceux, malheureusement disparus, de naps sur le village d'en face.

Un carnet de voyage, il faut avoir un sacré talent pour en écrire un entier. Et si c'est pour y retrouver ce que je pourrais lire dans un guide de voyage du pays... ben ça m'intéresse pas vraiment.

Et c'est pour cela aussi que j'adore ce village. Parce que la majorité des villageois viennent raconter des histoires et que j'aime bien les histoires. Je les trouve bien plus passionnantes que les récits. Et puis ici, elles sont tellement diverses, chacun avec ses expériences, avec ses lubies, avec son passé et ses rêves à venir, on passe de l'Irlande au village de Vovonne, des aventures de Djamel aux vers de Dolma, en faisant une petite halte devant les photos de Lahaut... c'est plein de couleurs, plein d'odeurs, plein de pensées diverses et variées... alors même si lire sur internet n'a jamais été mon activité préférée... ben le village constitue mon exception.


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