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Sublimes mémoires du Japon

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imanachnuelohim

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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par imanachnuelohim le Sam 10 Juil - 14:15

Bien compartimenté,comme tu le voulais ,Fred ?

tu as même un petit lien d'une vidéo .Pas mal ,non?


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Wapiti
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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par Wapiti le Sam 10 Juil - 14:26

imanachnuelohim a écrit:Bien compartimenté,comme tu le voulais ,Fred ?
tu as même un petit lien d'une vidéo .Pas mal ,non?
Ha ouai ! Déjà bien mieux lisible !


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Skyrgamur

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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par Skyrgamur le Sam 10 Juil - 14:37

imanachnuelohim a écrit: En profondeur de champ, un plan d'eau lisse marie secrètement l'image de la cîme des arbres avec celles des mousses et algues vertes qui y flottent. La cascade jaillissant doucement à travers les rochers amplifie cette lumineuse aquarelle.

Je suis époustouflé par la beauté de ce qui m'attend : tout le long d'un sentier, sont plantés des prunus serrulata Kanzan, Amanogawa, Kiku-shidare-sakura et prunus Subhirtella pendula. Valse de noms scientifiques qui décrit la magnificence, la fraîcheur, l'harmonie, la pureté, la splendeur et la somptuosité des ces arborescences aux guirlandes de fleurs roses. L'émotion m'étreint en pleurant comme les arbres, de bonheur. Et que dire des prunus Shirofugen, Accolade et surtout du prunus Shirotae qui donnent des fleurs blanches, dont certaines parfumées, rendent les arbrisseaux tout floconneux.
Je repère toutefois un angle de vue intéressant depuis mon assise : la tour de Kyoto et la perspective de la porte d'entrée marque le symbole entre le modernisme et le traditionnalisme. Il aurait été intéressant de voir la gare sur la même pellicule. Vous comprendrez, plus tard, pourquoi.
Dans le ciel blanc d'une fin d'après-midi, cette tour sombre se dresse comme un "i". Le contraste révèle les petites clochettes si caractéristiques duTo-ji qui sont suspendues à chaque coin des 5 toitures superposées. Le tour de la propriété vite fait, je gagne sitôt la Kujo-dori, l'adresse de mon hébergement.
Puisque tu as eu assez de batterie, illustre ton récit.
On veut voir.


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imanachnuelohim

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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par imanachnuelohim le Mar 13 Juil - 23:42



Jeudi 10 Avril 2008
Le dortoir est calme. La buée qui enveloppe les vitres signale la différence de température entre l'intérieur et l'extérieur. A l'aurore d'une nouvelle étape, ce décide un tout autre programme dans l'esprit d'un vagabond venu de France et qui a encore mal à ses pieds. Il n'en revient pas encore de son "hold-up", fruit de son acquisition d'une couchette sur le train de nuit. Le petit-déjeuner pris au 3ème, il revoit "cette ravissante jeune femme esseulée" de la veille. Elle est Danoise et voyage seule, haute de ses 20 ou 25 ans. Il n'y porte guère attention et sans être un fat, se rend compte qu'elle porte ses regards sur lui. Il est plus préoccupé de sa journée que de faire sa connaissance.

Il embarque sur la ligne 207 du bus pour atterrir à Gion. Sans doute cet arrêt est prévu pour visiter le musée national de Kyoto. Mais à interroger les passants et tournoyer dans le quartier, il perd du temps. Résigné, c'est vers le Kinkaku-ji qu'il jette son dévolu. S'acquittant une nouvelle fois d'un ticket de bus, le 204 ne l'emmène pas au point prévu. C'est une curiosité du réseau de transport en commun de Kyoto : la ligne qui doit desservir le temple passe par le "Kitaoji bus terminal". Bien sûr que le 204 va à sa destination, mais il faut descendre à l'arrêt, faire quelques pas et remonter dans un autre autobus 204. Résultat des courses : 3 tickets pour 1 heure de transport ! Alors que le 205 l'aurait emmené directement en une demi-heure.

Sa frustration l'empêche de considérer gaiement sa visite au "Pavillon d'or". La demeure brille par son éclat jaune et la basculade des baraudeurs pour se faire photographier avec lui le rend amer. D'une terrasse aménagée face-à-face au plan d'eau et au pavillon, le dégoût, l'horreur, le dédain se manifestent par une cohue et une agitation d'individus prêts à se tordre devant le bâtiment "pour la photo". Un léger crachin vient gâcher un peu plus l'intérêt du site. Pendant quelques minutes le"frenchee" se réfugie dans la boutique de souvenirs sans y laisser ses plumes et ses sous.

L'éclaircie, de courte durée, lui laisse l'occasion de faire de la marche, histoire de perdre des kilos. Il traverse le centre ville, s'arrêtant tantôt devant une boutique d'algues, tantôt devant un vendeur de Takoyaki. Anciennement cuisinier, le dandy achète pour son déjeuner ces fameuses boules de fruits de mer confiturées d'une sauce de soja et décorées par de fin copeaux de poisson séché. Servis avec des cure-dents, il avale ces 6 Takoyaki sans grande conviction mais avec un assouvissement de sa curiosité gastronomique.

Vers 13h00, c'est vers le centre de textile Nishijin qu'il se trouve face une horde de touristes empressés. Il faut remarquer que les visiteurs les plus nombreux sont les Japonais eux-mêmes, dans leur empire. En pire, dans l'heure, les Japonais seront ravis de la prestation qu'ils auront vue de ce défilé de kimonos si élégamment présentés par de magnifiques mannequins aux yeux bridés. Mais avant que ne commence ce défilé de mode, le gaillard peu rassasié s'assure bien de l'endroit où il se trouve. Trahi par son accent, quel ne fut pas son étonnement lorsque l'interlocutrice lui répond... en français !!! Cette employée heureuse de s'entretenir en langue de Molière lui confirme qu'il est dans une maison d'étoffes et de tissus. Ravi d'être pour une fois compris dans sa langue, il prend note de tout ce qui peut l'intéresser. Après avoir assisté à cette petite procession de mode, elle lui fait la visite du musée au premier étage, flattée de pouvoir s'exprimer dans une langue étrangère et lointaine, avant de s'enfuir pour prendre son repas. Des pièces uniques brodées, tissées par des maîtres d'art sont exposées au magasin pour y être vendues. Entre 5 et 10 000 yens, on peut s'offrir des kimonos en soie, mais les trésors de broderie en multi-couleurs ne se déploient pas en dessous de 63 000 yens !!! Le doux cliquetis des métiers à tisser appellent le quidam curieux : un homme d'âge respectable fait une démonstration, assis sur son poste de travail. Ses mains agiles font passer une navette entre les fils tendus et rabattent, par un levier en bois (appelé probablement : le marteau), le fil de trame. En suivant un schéma précis, il déplace les navettes en les entrecroisant pour créer le dessin voulu.

Après l'or, l'argent. Reconnu pour être tout aussi beau que le Kinkaku-ji, le Ginkaku-ji est à l'opposé de la ville. Si notre visiteur ne partage pas cette esthétique, et pour cause, le pavillon d'argent est en restauration, il est d'avis que son jardin est plus agréable et plus entretenu. Dans l'enceinte est soigné un petit champ de sable d'une quarantaine de cm d'épaisseur. Au dessus, la rigueur des lignes parfaitement droites qui tracent cette langue de sable grise lui donne un aspect rigide comme de la pierre. Sans oublier la présence d'un pas japonais qui s'écoule à travers un petit étang entouré de bosquets verts. Près du filet d'eau blanc-transparent qui alimente le "margouilli", les mousses luxuriantes tapissent finement les rochers et les galets. Les bonzaïs plantés aux abords des sentiers nous rappelent le pays où nous sommes.
La visite se termine par des haies d'arbustres cisaillés jusqu'à une hauteur de 4 m, qui constituent un long couloir verdoyant et qui accompagnent vers la sortie.
1 km à pied (dans le jardin), çà use,ça use... les fonds d'estomac (et pas des souliers, comme le précise la chanson). Qu'à cela ne tienne, tout est prévu aux abords du pavillon. Une bimbo dans son épicerie "rose" propose d'alllllèchantes GROSSES profiteroles fourrées de crème à la vanille !! Le fatigué usé succombe à la tentation en mordant dans l'irrésistible péché mignon (pas dans la bimbo!), sous la pluie. A ce prix là, il aura aussi le droit de prendre le thé de l'am...our, euuh non, de l'am...itié.


Il ne va pas en rester avec son échec du matin. Il arrive enfin à localiser précisément sur le plan le musée national de Kyoto, celui-là même qui lui a fait perdre 2 tickets de bus. L'heure passe vite, et si il veut saisir l'occasion, il doit prendre le métro. Si le temps (pluvieux) n'est pas avec lui, le temps (horaire) est avec lui pour une fois. A croire que ce musée passionnant et attrayant semblait l'attendre pour dévoiler ses thésaurus d'archéologie. Et pour preuve, ce temple du passé lui laissera une demi-heure supplémentaire à l'heure légale de fermeture pour admirer ses vases et amphores d'antan, ses chef-d'oeuvres paléolithiques, vestiges des 230 articles classés trésors nationaux ou biens culturels importants. Le moral, qu'il n'a pas dans ses chaussettes et qui n'est pas à l'image du temps pluvieux, lui dicte l'ultime route qu'il doit suivre. Et c'est précisément à ce rite là, que ce monde insulaire si particulier se tourne à 17h00 pétantes.

Si les lieux de visite ferment prématurément, c'est parce que ces indigènes, au sens encyclopédique, s'adonnent après leur journée, à un plaisir bien à eux : les onsens. Justement,en pleine ville s'en trouve un à 3 kms de Kujo. Un bus direct l'emmène en 10 mn. Le Goko-yu est un therme caché dans une ruelle perpendiculaire à la Gojo-dori. Plus sento que onsen, son ambiance "aquarium" charme l'inhabitué. Très recommandable de par son prix et sa convivialité, nonobstant la mention de bain brûlant, il est un petit coin idéal pour se tremper successivement dans des eaux chaudes et eaux froides. Mais si vous voulez rester dans les bains chauds, il y en a la possibilité. Mais l'expérience des immersions alternées dans les 2 bassins antogonistes (pour information: 41° et 19°) vécue par l'auteur, vous recommande cette cure de vivification, de régénération et de circulation sanguine.

Au dehors, la chappe obscure s'est installée dans l'atmosphère humide et fraîche. L'activité humaine n'en est pas moins affectée. Le balai incessant de la circulation tempère la vie nocturne des habitants dans un brouhaha habituel et qui ne semble pas plus déranger les passants. Gion est le district idéal pour constater cette effervescence frénétique auprès des bars, boîtes de nuit et d'adresses de bonnes tables. Cinq restaurants y sont recommandables d'après l'épais compagnon littéraire. Le "petit baigneur", sorti du Go-ko-yu, attrape un autobus pour aller à la Shijo-dori, une des artères principales du quartier des geishas. Certes, il y a bien des occasions de se restaurer "localement", mais en vain il ne trouvera pas les recommandations du "lonely planet". Parfois, il faut savoir se passer d'un guide et découvrir des endroits non répertoriés. Un restaurant indien, "le Taj Mahal", se fait une petite place sur l'avenue éclairée de ses réverbères. Sous les arcades piétonnières, il fait grise mine, et sa salle à manger et presque vide. Est-ce l'heure bien avancée des 21h30 où bien la désinvolture des gens qui démontre cette impopularité ? A moins que ce ne soit sa réputation ? La peur de ne plus pouvoir s'assoir à une table pour dîner engage le promeneur non-averti à cette devanture hindoue. Avec plaisir, il se régale d'un menu au curry vert et pimenté que veulent bien encore lui servir les serveurs soignés de leurs habits traditionnels. Il craint même avoir les yeux plus gros que le ventre lorsque s'enchaînent plusieurs (jusqu'à 5) plats fumants et délicieux au fur et à mesure du repas. La coupe de glace termine ce dîner pantagruellique pour un prix plus que raisonable : 3400 yens (22 euros).

Les bonnes surprises se trouvent parfois au hasard d'insolites errances. Tout comme la découverte de la Shirakawa-Minami dori, rue parallèle à l'avenue principale, qui longe un petit canal fleuri et qui serait la plus jolie rue de Kyoto. De nuit, les spots d'éclairage et des lanternes contribuent en grande partie à ce sentiment, éclairant la chaussée "pavéifiée" et les cerisiers qui l'arborent.

Que s'est-il passé durant toute son absence à l'hôtel pour qu'il retrouve la jeune fille scandinave installée dans son dortoir ? Sans doute au départ de l'Américain qui logeait dans la chambrée de l'Ephèbe (?), elle a dû se renseigner des possibilités de dormir un étage plus haut ; en effet, elle était hébergée au 4ème, mais ne connaissant la motivation réelle de ce changement, le vagabond à l'accent franc-comtois s'abstient de déduction. Mais l'intrigue reste en suspens : pourquoi donc ce rapprochement si mystérieux d'un jeune homme qu'elle ne connait pas ? Pourquoi donc choisit-elle le lit juste en haut du sien ? Comment comprendre le large sourire qu'elle lui envoie en lui souhaitant à lui seul une bonne nuit ? Et que dire de sa tenue de nuit très légère qu'elle porte pour mieux tournoyer autour de son lit ? Dans le dortoir, chacun a tiré les petits rideaux qui délimitent son espace de couchage aussi intime que limité. Sachant que le jeune homme de 34 ans était allongé, elle lui aurait fait perdre la tête avec ses guiboles nues et son corps d'albâtre svelte, aurait-elle pensé.


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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par imanachnuelohim le Mer 14 Juil - 1:42

En SMS pour les grévistes de la lecture:
Imanachnuelohim emploie le pronom impersonnel pour raconter ses visites dans Kyoto et se fait draguer par une nana.


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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par Dolma le Ven 16 Juil - 13:33

Pour l'instant je ne suis pas encore emballée par ce Japon-là !
Alors j'attends la suite sourire

Dolma
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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par imanachnuelohim le Dim 25 Juil - 21:25


Vendredi 11 Avril 2008 Voici un des rares matins (sinon peut-être le seul) où je puisse faire la grasse matinée. Bien que j'affectionne cette oisiveté, en voyage c'est un tout autre sentiment qui m'empresse sur ce fait. C'est une perte de temps que de se réveiller tardivement et l'intérêt de visiter un pays s'en réduit d'autant. Mais pour aujourd'hui, je ferme les yeux (jusqu'à 8h45, seulement).
Je me réjouis de visiter le plus beau des châteaux féodaux du pays. Situé à 98 kms de Kyoto, le Shinkansen le dessert en 55 min. La journée se lève avec un temps couvert sur l'ancienne capitale mais les températures restent agréables. Près de la réception de l'hôtel, j'ai suffisament de temps pour surfer sur la toile et y déposer mes commentaires sur "aupaysdescerisiersenfleur", blog de mon voyage, avant de prendre le rapide prévu à 12h49.


Je baguenaude dans le quartier de la gare et cherche l'accès pour monter sur la tour de Kyoto. Finalement il est bientôt midi et il me faut me rassasier non loin de l'architecture futuriste ferrée. C'est en contre-bas de la tour rouge et blanche que je vais faire ma première restauration au poisson....cru ! Moi qui me vantais d'avoir une curiosité gastronomique, c'est le moment de faire ses preuves. Accueilli par le personnel du "limura" je fais l'effort de m'exprimer en formulant le "kyo no ranchi" d'un air très digne. La brigade de cuisine derrière les fourneaux et visible de la salle à manger me fixe du regard, sourit et acquiesce ma commande. Les clients d'à côté n'en sont pas en reste. Ils sont tous en train de se ricaner d'un Français qui a demandé le menu du jour alors que cette auberge ne propose QUE cela. Il valait bien la peine de s'exprimer en japonais. L'effet que j'escompte recevoir n'a pas vraiment eu lieu : "... dites simplement la formule du jour et vous devriez être bien servi" a t-il été écrit sur mon "road-book". Mais que veut dire "être bien servi" ? Si c'est de la façon du service dont on parle, l'amabilité du personnel me touche beaucoup, un peu trop même, mais j'espèrais avoir quelque chose dans l'assiette quand je lis ce genre de chose. Un bouillon de gingembre peu ragouteux, une salade, un bol de riz ET les fameux sushis constituent ce menu de fortune. A la première bouchée de ces boulettes de riz au thon rouge cru, une pulsion du mécanisme naturel de régurgitation de mon organisme se fait ressentir indéniablement. J'essaie de me contenir et absorbe aussi naturellement que possible une rasade de thé pour passer inaperçu. Mais il n'est pas question d'en rester là et avec une volonté farouche d'apprécier ces particularités culinaires, je replonge généreusement ce met dans la sauce de soja pour le manger consencieusement. C'est alors que la magie s'opère auprès de mes papilles gustatives et émerveille tout mon être à la saveur du sushi. La salivation et la mastication de ce plat si particulier me remplissent d'une certaine exaltation que je ne peux décrire. A partir de ce jour là, je tenterai au moins une fois par jour de manger cette cuisine si fraîchement crue.

La gare de Kyoto serait presque un monument à visiter tout seul. Cette immense cathédrale de verre et d'acier vous couvre, lorsque l'on y pénètre, de sa voûte ample, contemporaine et transparente de par "son ossature de réseau tubulaire". Ce plafond perché à 20 m de haut côtoie les bars-cafés accessibles par une succession de 4 escalators. En y montant, je sers d'appui à une brave dame qui venait de tomber dans un de ces escaliers électriques et me remercie chaleureusement de mon aide.
Un petit dessert pris à la guinguette de la gare et je m'apprête à rejoindre les quais pour prendre le TGV (japonais, bien sûr). L'accès aux trains, dans les gares JR, est très distinct. Les portiques de contrôle des billets passés, l'orientation des voyageurs se divise alors en deux : ceux qui prennent les express et trains normaux, et ceux qui, à part, prennent le Shinkansen. Sur les quais, des délimitations de sortie de voiture sont marquées au sol. Chacun se tient sagement en colonne derrière ces lignes de couloir. Certaines plates-formes ont des barrières de sécurité, fixes, aux bordures des voies et dont leurs fréquences sont calculées au cm près pour laisser uniquement le passage des usagers aux ouvertures des portes des rames. Sur les piliers de la marquise, des petites pancartes signalent l'emplacement des numéros de voiture pour chaque train : Hikari ou Nozomi.


L'Hikari 367 file à plus de 200km/h dans un paysage qui s'éclaircit de plus en plus. Voilà que les rayons du soleil radieux commencent à carresser mon visage au travers de la vitre teintée et profile une après-midi bien chaude. Sorti du "serpent blanc sur rail" l'imperméable dont je me suis vêtu me donne une sensation d'alourdissement et préfigure davantage mon allure touristique. Cela ne change pas grand chose. Dans cette ville destinée à accueillir le monde entier pour son château, je ne suis pas dévisagé. Les lunettes de soleil sur les yeux, la démarche déterminée et le regard droit devant moi, je progresse sur la Otemae-dori au bout de laquelle se trouve le... HIMEJI-JO. Très caractéristique de sa couleur blanche et de son fondement sur un haut rocher, le "castle" corné s'admire de loin dans le ciel bleu. De son soubassement, il se révèle lointain. Pourtant la distance qui me sépare de lui n'est que d'1 km. Pauvre petit Otemae-koen, parc fleuri mis à l'écart des touristes à cause de la renommée internationale de son imposant rival. Les badauds ne prennent pas attention à lui, se dirigeant droit sur le château et n'ont même pas la bonne idée de voir, d'abord, l'autre jardin "Koko" qui l'accompagne. Pourquoi ? Eh bien tout simplement l'achat d'un billet combiné avec le Koko-en et le château permet un gain de 180 Yen. Ayant été averti de cette aubaine, je parcours 300 m de plus que les autres en faisant un petit détour pour aller au jardin et m'acquitter du pass combiné.

D'un ponton de bois, j'observe la verdure luxuriante qui frôle une lente descente d'une rivière limpide. Les dalles disposées en palier atténuent la vitesse d'écoulement et crée un magnifique décor aquatique. Des petites chutes d'eau donnent l'aspect d'un rideau qui tombe sur les rochers granitiques. On se demande qui de l'homme ou de la nature a sculpté ce lieu onirique. Comme tout jardin qui se respecte, celui-ci a une maison de thé. Dans ce pavillon est pratiqué le cha-no-yu. Ou comment déguster un thé matcha selon l'art nippon. Tout un rituel s'engage entre l'hôte et la servante pour boire le thé vert poudreux avec une petite douceur. L'excursion se poursuit dans l'espace vert parcelliser en plusieurs jardins. Les "nae-no-niwa, Oyashiki-niwa, Nagare-no-hira-niwa, Natsuki-no-niwa, Matsu-no-niwa, Hana-no-niwa, Tsukiyama-chisen-no-niwa et Take-no-niwa" rivalisent de beauté, d'ingéniosité et d'originalité pour subjuguer, émerveiller et ravir les yeux de ses contemplateurs. L'intimité de ces points de vue est davantage mis en relief par des palissades, tonnelles, petits ponts de pierre et kiosques au toit de chaume assortis. Sur la ligne d'horizon, le château est dressé tel un gardien surveillant attentivement ce paradis terrestre.

Encore plus tôt que les autres lieux touristiques, le veilleur de Himeji reçoit les passants jusqu'à 16h00. Mieux vaut donc consulter sa montre si on veut avoir une chance de pénétrer dans l'antre de ce géant de pierre. Je contourne une grande pelouse, où du monde s'amuse, joue de la musique et grignote, pour gravir l'édifice. Construit en 1580 par Toyotomi Hideyoshi, on ne peut pas dire qu'il est moyen-âgeux, mais son architecture force le respect avec ses toitures en arabesque. A l'entrée, il faut se déchausser. Car le château du "Héron blanc" se visite pied nu. Ou plutôt avec des pantoufles que l'on vous fournit et un sachet pour y mettre ses chaussures. Pendant toute la découverte de cette batisse, je déambule en mules de cuir vert sur du parquet avec mon sachet de mes souliers à la main. Car le plancher des 6 étages est exclusivement boisé et il ne faudrait pas que ce joyau féodal soit déterioré par l'afflux des citoyens du monde. A l'intérieur une armurie de mousquets, des vitrines d'armures effroyables et pièces de monnaie sont exposées pour interpeller et capter l'attention grandissante. Me voici à la sommité de la fortification et la ville de Himeji croissante de ses 479 000 habitants (en 2004) s'offre en panorama avec ses monts, ses industries, ses immeubles et... ses sakuras en fleurs. Puis c'est une annonce en anglais et en japonais qui vient rompre cette observation en m'invitant à quitter les lieux... sur la pointe des pieds (toujours dans le souci du respect des lieux). La dernière salle du palais reprend les savates échauffées sur un petit air de "ce n'est qu'un au revoir" joué en instrument traditionnel et diffusé par un petit haut-parleur niché dans un coin de la pièce. Pas le temps de me reposer sur un banc public de la terrasse en contre-bas qu'un gardien me recommande de me diriger hors de l'enceinte.

Je profite du ciel bleu presque estival et m'accorde une halte aux abords du grand gazon jauni, pour mieux visionner une dernière fois la sentinelle éternelle. Le soleil rougit, le crépuscule se lève aux extinctions des oiseaux, la température baisse et les illuminations citadines apparaissent. L'heure est pour moi de rentrer à Kyoto.
Les quais des gares au Japon sont dignes de nos foires à camelots. Introduites par un "jingle musical", sans cesse sont propagées des multitudes d'informations en langue barbare qui fatiguent le voyageur décontenancé. A eux seuls, ces jingles sont de vraies petites mélodies presque aussi longues que les commniqués, c'est peu dire...
En matière de transport à grande vitesse, les Japonais sont de vrais experts. Pour éviter les ralentissements des Shinkansens qui ne s'arrêtent pas aux gares, deux voies centrales s'intercalent entre 2 autres voies de dessertes. De cette manière les trains directs gagnent du temps en empruntant ces chemins de fer "de vitesse" et garantissent la sécurité des usagers en gare. A 8 heures du soir, je suis de retour à Heiankyo (Kyoto). Sur le pouce, je dîne à un restaurant de la gare et retrouve Laurence et Florence, les deux touristes françaises grises de mon billet sur le Twilight Express. Je leur donne mes impressions sur ma journée mémorable et "ensoleillée". Mes compatriotes féminines n'auraient pas eu le même privilège que moi car à Kyoto, le ciel ne leur a pas été clément. Pour mieux profiter de la journée, elles se seraient réfugiées dans les musées de la ville. A la salle à manger de l'hôtel, un jeune français de 30 ans s'invite à la conversation. Fabien prévoit demain d'aller à Nara. C'est la même intention qu'animent les compères infortunées. D'un commun accord, je me joindrai volontiers à eux pour faire un petit bout de chemin à Nara.
Je m'endors dans mon dortoir tracassé par l'ultime souhait de ma voisine "du dessus" et "au dessus léger" qu'elle porte, manifestée dans sa plus grande féminité et sensualité.


Dernière édition par imanachnuelohim le Mer 28 Juil - 22:38, édité 1 fois


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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par imanachnuelohim le Mer 28 Juil - 22:31


Samedi 12 Avril 2008
Le petit déjeuner pris à la va-vite, nous partons en direction de la gare. Nara n'est qu'à 40 min d'ici et la fréquence des Kyuko pour cette destination est conséquente. Je ne reviendrai plus à l'hotel car mon programme se poursuivra à Hiroshima après cette journée. A la hauteur de la gare, une exclamation venant de Laurence jaillit promptement : elle a oublié son JR Pass au J-Hoppers. Elle préfère retourner pour aller le chercher et utiliser le prochain omnibus. Nous ne l'attendons pas, car elle aurait bien pu dépenser les 690 yens du trajet pour nous emboîter le pas. Je dépose mon sac à dos dans une consigne de la gare de Kyoto, histoire de m'alléger le dos. Au guichet je prends une réservation sur la ligne Kyoto-Hiroshima. Le personnel ne comprend pas ma destination souhaitée. Après quelques temps de réflexion, il s'exclame en me rectifiant : Ahh ! Hiroshima !! avec un "h" bien prononcé. "Vous êtes français n'est-ce pas?". "Non, non, je pensais qu'avec mon teint pâle et mon accent je passerais inaperçu", pensais-je. Sans ironie, l'allusion de la teinte pâle de ma peau pourrait effectivement se confondre à celles des Japonais, la culture du blanchiment de peau n'étant pas désuète. En tous cas, si elle n'est pas de rigueur, on parle de moins en moins de leur peau basanée. Il est curieux de voir que dans nos pays occidentaux on "se dore la pilule" pour prendre des couleurs, alors qu'à 9 000 kms de là, c'est le contraire. Et le phénomène s'étend également en Afrique.

Gentillement l'employé me fait la réservation. Fabien,Florence et moi prenons le Kyuko de 9h04 pour ce qui fut la première véritable capitale du Japon. Les places sont vite prises et ils ne se trouvent pas un espace pour qu'on puisse voyager ensemble. Je laisse Florence et Fabien dans un coin et m'assois un peu en retrait. Ce faut-il que je voyage plus loin pour ne pas rencontrer d'autres Français ? Un couple d'un certain âge et leur fils de 20 ans visitent également l'Hondo. Pendant le pacours je sympathise avec les provençaux en escapade d'une semaine au pays du soleil levant. A "la capitale du VIIIème Siècle", je rejoins mes premiers compagnons de voyage et nous décidons finalement d'attendre Laurence qui aura l'esprit de prendre le prochain tacot. Dans le hall des-pas-perdus, je me prévois un petit-en-cas en la friandise d'un "Oniguiri". C'est un pavé de riz froid, enrobé d'une feuille d'algue, garni de viande, de légumes ou de sauce plus ou moins épicée. On ne voit pas le temps passer qu'apparaît déjà Laurence. Sans perdre de temps, nous traversons la ville à pied pour nous rendre au parc de Nara, princial lieu de tourisme.

Aussi mignons soient-ils, les daims qui s'y promènent librement incommodent la traversée pédestre. Sur les allées, des vendeurs camelotent des biscuits pour ces cervidés bien audacieux. A mi-hauteur d'homme, les bestioles, avec leur museau, n'hésitent pas à chiper toute friandise dans la poche des pantalons des passants. Il va s'en dire que leurs déjections se répandent généreusement sur les sentiers et qu'il faut bien faire attention à l'endroit où on marche. Le Todai-ji Nandai-mon passé, nous arrivons vite au Daibutsu-den. L'intérêt de visiter un grand bouddha de bronze ne m'enchante pas. Je laisse Fabien, Laurence et Florence payer 500 yens pour photographier et faire le tour d'une statue jaune. Pendant une demi-heure, j'observe l'afflux mondain, avide d'observer, parfois comptempler, une idole taillée à l'image de l'espèce humaine et qui pour certains, en ressortent avec le visage illuminé. Au moment du déjeuner nous nous asseyons à une guinguette. On achète toute sortes de spécialités "sur-le-pouce", que l'on se partage en buvant une bière locale ou un jus de fruit. Puis je fais la suggestion de prospecter le Isui-en. L'idée plaît vivement à mes compagnons d'un jour qui, pour se reposer de cette matinée, aspirent à un peu de tranquilité. Encore fallait t-il que chacun aime les parcs naturels,ce qui est le cas. Mais ce petit jardin se fait désirer et il nous faudra 5 à 10 minutes pour le situer. L'entrée du guichet bien dissimulée dans une maison nous échappe quelque peu et nous commençons à nous engager dans un chemin. Une petite voix nous interpelle pour solder le ticket modérateur. Avec toutes nos excuses, nous nous inclinons au devoir pécunier, recevant en retour l'approbation et la compréhension de la guichetière.

Parvenus dans ce hâvre de paix et de ravissement, les confidences des pérégrinations personnelles se délient sur la banquette de bois d'un pavillon à l'écho soyeux des chants d'oiseaux, des ruisseaux et des cascades. L'harmonie du jardin charme nos yeux pendant presqu'une moitié d'après-midi sans pour autant être un grand parc (1.44 hectare).
Les 2 heures passées à flaner, discuter, rire et profiter du spectacle nous ont mis l'estomac dans les talons. Au centre-ville, on s'arrête à un salon de thé pour consommer quelques patisseries et boissons. Spontanément, les serveurs nous proposent même de réchauffer les viennoiseries, servies sur la terrasse.


A la gare de Nara, le sens d'orientation de Florence va être mis à mal. Sur le quai permettant d'accéder aux deux voies, les écrans d'information indiquent la destination des trains pour Kyoto aux 2 côtés du quai !!!! Flo, qui connaît bien le japonais, nous invite à prendre le train d'une voie A, certaine de son choix. C'est à 10 kms de là qu'elle s'aperçoit que l'automotrice sur laquelle nous avons embarqué ne prend pas le chemin voulu. A la prochaine gare, nous sortons du kyuko pour retourner à Nara avec un autre omnibus. On perd du temps mais finalement nous arrivons à Kyoto, juste à point nommé pour prendre ma correspondance d'Hiroshima. Florence va au guichet JR pour me réserver une nouvelle place sur les trains pendant que je vais récupérer mon sac à dos dans la consigne de la gare. J'avoue que les passerelles et couloirs d'accès me rendent un peu fou, ébouriffé et en nage d'avoir parcouru en courant ce labyrinthe de voyageurs. D'un signe de la main, je salue les Parisiennes et le Niçois, puis monte dans le train de Shin-Osaka. A cette station, les 6 minutes pour prendre l'ultra rapide jaune (cette fois) me rendent nerveux, car la grandeur des gares nippones et l'exactitude des départs ferroviaires boostent le voyageurs à prendre ses jambes à son cou. Heureusement que le numéro du quai est crayonné sur ma réservation du billet, cela m'évite de chercher le départ sur les écrans informatiques.

Toujours bien installé dans les shinkansens, j'arrive à Hiroshima à 21h28. J'achète 2 sandwichs à la gare, que j'avale pendant le trajet citadin. 12 stations de tramway plus loin, je parviens à proximité de l'adresse de mon gîte à l'heure exacte + 1min de la fermeture de la réception. Le J-Hoppers attendait sans doute mon arrivée pour clore cette journée, démentant du coup la rigueur de la ponctualité japonaise.


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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par imanachnuelohim le Lun 2 Aoû - 18:07


Dimanche 13 Avril 2008

Le musée du memorial de la paix, le dôme de la bombe A et la flamme de la paix sont à un ordre du jour qui sera plus étoffé que prévu.
Sur la meurtrie, la lumière du jour est vive. A l'évocation du nom d'Hiroshima, là-bas, instinctivement le souvenir de l'histoire vient troubler l'esprit du visiteur sans voix. Métaphore d'une végétation qui réapparaît après être calcinée, la cité entièrement transformée depuis 63 ans, accuse le bouleversement qu'elle a vécue pour mieux renaître de ses cendres. De ses sillons, le tramway d'époque découvre les couleurs chatoyantes qui le décorent. Effacées mais pas oubliées, les traces indélébiles de l'inconsidération humaine se font ressentir à tous les coins de rue.

Si il y a un lieu où tous les stigmates sont focalisés, c'est bien l'île du mémorial de la paix. Et plus précisément son musée.Gris et austères, les 3 bâtiments qui le constituent vous interpellent et vous émeuvent. Volontairement, le musée s'offre à vous pour une somme modique de 50 yens (0.32 €). L'exposition du cataclysme se doit d'être vu par le monde entier et en aucun cas le prix de l'entrée n'est tenu d'être dissuasif.
La première salle marque le ton solennel du 6 Août 1945. Un grand écran diffuse un ciel bleu à l'H-1". Si "H" indique l'heure fatale, il veut aussi signifier "l'Hiver atomique" qui s'abattra sur une cité paisible. Impuissant, le visiteur découvre le sombre déroulement de l'horreur. A 8h15 de cette journée, le champignon le plus célèbre de l'humanité éclate à 600 m du sol pour dévorer de son feu nucléaire toute forme de vie et de "non-vie" et vient s'amplifier dans le ciel radieux, avide d'air, de poussière et d'espace. Dans un silence de mort, les touristes cheminent dans les galeries, pétrifiés par l'effroi et la désolation. L'émotion est palpable et le public a la gorge serrée devant un décor d'anéantisssement, de souffrance, de douleur et d'holocauste d'innocents. Respectueux de l'épouvante, personne n'ose prendre une photo d'une maquette en cire, grandeur nature, d'une petite fille et sa mère en lambeau de chair ; la souffrance y étant trop insupportable. Il faut vraiment l'air vivifiant du dehors pour se remettre de ses souleurs* qui ébranlent un être normalement constitué.


A l'extérieur, la flamme du souvenir brûle toujours. Et probablement encore pour longtemps, car seul le souffle de la paix est en mesure de l'éteindre. C'est au jour où la surface de la terre sera balayée de toute arme nucléaire et qu'à jamais elles ne seront reproduites, que le feu du mémorial s'effacera.
Un autre mémorial est érigé à côté , celui des enfants pour "la paix".Ce mot prend un sens incomparable dans cette ville qui est devenue belle et moderne. Le dôme de la bombe A est là, tel un témoin vivant de ce qui s'est passé. La plupart des guides affirment l'authenticité de la ruine, mais par moment j'en ai douté, à cause du péril que pouvait engendrer un tel risque radio-actif. "Etabli à jamais, pour le souvenir de la paix", a-t-il été inscrit sur la plaque d'information touristique. Au détour de l'île, un chrétien évangélique m'accoste pour me donner un traité du message de l'évangile. Sa surprise fut aussi grande que la mienne (celle de trouver un chrétien dans un pays bouddhiste) quand je lui réponds que j'aime le même Sauveur et qu'il est le maître de ma vie.


Ce jour-là, il y a un match de base-ball. Aux abords du stade, la foule s'empresse, s'organise pour glisser dans les gradins bruyants. Bien des vendeurs ont flairé le profit dont ils pouvaient en tirer : ils mettent à disposition des repas à emporter qui sont encore une de leurs particularités au Japon, les bentos. Ce sont des plateaux-menus froids ou chauds, prêts à l'utilisation à des prix concurrenciels. Pour 500, 750 ou 900 yens, on mange un repas équilibré et pratique, quand on sait bien sûr se servir des baguettes. Que croyez-vous que j'ai fait ? Assister au match ? Pas du tout, cela aurait été pour moi une perte de temps, mais en revanche la petite dame qui me sourit derrière son stand de plats me rend sensible à mon instinct gustatif. Son "Irrasheimassée" (traduction : soyez le bienvenu) adressé si courtoisement me pousse à lui prendre un de ces fameux bentos et une boisson noire et gazeuse (je ne ferai pas de pub). Je me mets à couvert dans une galerie marchande souterraine pour mieux déguster tranquillement cette innovation de premier ordre. Je n'en suis pas déçu, hormis l'idée d'avoir "bu" "américain".

A la surface, je découvre un étonnant vendeur. Faut-il d'ailleurs être étonné de ces insulaires si inventifs, constructifs et loufoques ? Devant la façade d'une grande surface, le jeune homme vend des cristaux de sel d'Himalaya assis sur des fauteuils.... dansants !!
L'assise ronde des sièges tournoie en cercle dans un sens comme dans l'autre. Idéal après un repas pour les estomacs délicats !

Il me faut 5 minutes à pied (environ 800 m) pour me rendre au musée d'art de la préfecture d'Hiroshima. C'est à croire que je frappe au bon moment à la porte de la "pinacothèque" pour explorer calmement ses trésors cachés. Je m'acquitte du choix que l'on me propose d'un billet combiné, musée et jardin. Le bâtiment est tranquille et très peu de gens s'y trouvent. Savaient-ils que cette galerie abrite un des joyaux de peinture les plus connus dans le monde ? L'artiste espagnol (tout aussi excentrique que les Japonais) y choisit un lieu de prédilection pour exposer son oeuvre. Une immense salle blanche sobre dispose, en son milieu, d'un long canapé sur la moquette. L'espace de la pièce donne une atmosphère isolée et perdue. Au fond de celle-ci, une jeune fille badgée est assise sur une chaise droite avec le regard fixé à terre. Sur les murs se trouvent des fresques et une oeuvre monumentale de bien de 3 m x 5 m : "Le rêve de Vénus" de Salvador Dali. Dans les autres salles, le reste de la collection paraît bien peu de chose face à ce chef-d'oeuvre de la période du surréalisme.

La suite de la découverte se situe dans l'espace vert d'à côté. Un portique électronique en guise de gardien vous ouvre la porte coulissante uniquement si vous passez le billet dans la machine. Le laser ayant lu le code barre inscrit au verso de mon pass, glisse l'accès vitré en laissant s'engouffrer une bouffée de fraîcheur et d'humidité dans le sas d'entrée. Arrosé par les faveurs du ciel, le Shukei-en âgé de 388 ans fut gravement endommagé par la bombe. De son étymologie "paysage réduit" ou "retréci" ce jardin dessiné d'après le Xi Hu (lac ouest d'Hangzhou, Chine), reproduit de grandes perspectives en miniature. Malgré la fine pluie qui goutte, j'apprécie la tranquilité de cet endroit amphibie très agréable à explorer et qui a l'avantage d'être peu achalandé. Ici, une équipe de photographes professionnels tire des portraits d'une actrice sous une tonnelle fleurie ; là, un couple aux cheveux blanc se repose sous une gloriette. J'y resterais plus longtemps, mais déjà les jardiniers ferment les enclos, les pavillons, les approches, bloquent les entrées et il me faut quitter les lieux à mon grand regret.

Quelle bonne idée, qu'a ce salon de thé d'être sur mon chemin de retour pour me revigorer avec un cappucino et quelques beignets au chocolat. Serais-je avare pour vouloir me déplacer à pied d'un bout à l'autre de la ville ? Ou suis-je plutôt prévenant et garde de la liquidité pour des intérêts plus importants ? A moins que je me flatte de faire de l'exercice endurant ? La jolie valse des noms "Jonan-dori", "Enko-gawa", "Aioi-dori", "Chuo-dori" m'amène sur la colline du Hijiyama-koën, belvédère de la métropole. Je ne fais qu'un bref passage dans la bibliothèque gratuite de mangas, puis monte encore plus haut jusqu'au musée d'art contemporain de Hiroshima. L'éreintante promenade m'assoupit sur le sommet de la montagne et me permet un peu de visionner la vue sur la cité. Une fois repris mon souffle, je descends de la butte par une petite route sinueuse et mouillée pour finalement arriver sur l'Heiwa-odori. Si "odori" veut dire "rue", cette artère a une autre signification : "boulevard de la paix".

Jusqu'à présent, je n'avais pas à me soucier de l'hébergement puisque j'avais fais les réservations sur internet avant mon départ. Il me faut dorénavant avertir mes nuitées dans les prochaines villes. Les vivfs conseils que j'ai lus et entendus préconisent cette assurance afin d'avoir un lit, car rappelons-le, la"golden week" n'est pas très loin. Je consulte mon guide pour prendre les coordonnées d'un hôtel à Beppu afin de réserver 2 nuits à partir de mardi. Dans la cabine téléphonique, je m'indigne de ne pas pouvoir contacter cette adresse car mon manuel ne me fournit pas le numéro de téléphone en entier. Je me doute bien qu'il ne m'indiquerait pas l'indicatif téléphonique de la ville, mais convaincu de le trouver ailleurs soit dans une rubrique cachée du bouquin ou dans un annuaire de la cabine j'avais appelé en vain. Eh bien tant pis, je viendrai à la sauvette dans un hôtel, espérant trouver une chambre libre. L'heiwa-odori me transporte à quelques hectomètres au-delà du Motoyasu-gawa et passe à mon point de départ au Heiwa-koën, le parc du souvenir. Encore une rivière à passer, l'Ota-gawa, et mon errance pédestre de 7 km se termine à quelques encablures du J-Hoppers.

Au "Moon" restaurant logé dans une vieille bâtisse à l'éclairage tamisé, on affirme que le couvert est respectabe et que l'on peut s'y restaurer "en toute intimité". A l'entrée, je consulte la carte des menus et fait remarquer l'absence de sushi ou autres sashimi. A son regret, le commis m'atteste cette "non-présence" et m'indique une maison qui en propose. Tout comme à Kyoto, le restaurant est peu engageant. Mais avec les surprenantes expériences vécues, j'emboîte le pas pour oser l'aventure. Si vous avez l'occasion de manger au Japon, engagez-vous dans les auberges peu ragouteuses car c'est dans ces coins que vous mangerez le mieux. Au Japon, c'est devenu une habitude que de se délecter dans des détours qui ne laissent pas voir leur raffinement. On ne s'en surprendra pas, leur état d'esprit et leur façon de vivre sont emprunts de ce caractère.

Dans le respect de la tradition, j'enlève mes chaussures sans lacet et m'assieds sur les tatamis, les pieds pendant dans le trou juste au dessous de la table. Pendant que le garçon me prépare le plat de sushi le plus copieux, l'établissement m'offre un verre d'Ume-shu. C'est une délicieuse liqueur de prune très légèrement colorée et qui est une autre particularité éthylique avec le Saké. Mes voisins de table, un jeune couple, sourient et s'amusent à me voir engloutir la farandole de plats. Dans un anglais encore moins bon que le mien, je fais connaissance avec eux. L'acquiescement corporel qu'ils manifestent aux questions que je leur pose, limite la discussion passagère. En dodelinant sans arrêt de la tête à mes interrogations, je n'obtiens pas de réponses concrètes. Discuter avec les mains, les objets et les mimiques devient alors nécessaire.

*voir la traduction: http://www.cnrtl.fr/lexicographie/souleur


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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par imanachnuelohim le Ven 13 Aoû - 22:17


Lundi 14 Avril 2008

Revers de médaille en ce matin du 12ème jour d'évasion solitaire, le soleil brille dans un ciel parfaitement dégagé sur la baie d'Hiroshima. Sur les vieilles voies ferrées ondulantes, roule le tramway n°2 en direction du terminal des ferrys. Assis sur la banquette du wagon motorisé, je sens l'habitacle du véhicule au pantographe quadrilatère qui oscille légèrement de haut en bas et de gauche à droite durant le trajet. Un contrôleur se tient debout dans coin devant une machine à poinçonner pour être au service des clients. Le conducteur revêtu de gants blancs a les mains sur la commande de la machine qui roule à 30-40 km/h. Très régulièrement, à des point précis sur la ligne, d'un signe de la main il pointe de l'index les passages comme pour approuver son contrôle. Sur les 21 kms qui séparent la ville d'Hiroshima du terminus, je me promène le long de la côte maritime dans cette voiture au charme d'autrefois, ornée de ses inscriptions idéographiques de 60 ans. Je glisse mes petites pièces dans la machine d'appoint et descends du tramway pour rejoindre le ferry de la compagnie JR. Sur le bac, je découvre à la surface de l'eau des exploitations poissonières et conchylicoles ondoyant plus ou moins au gré de la marée. Le bateau s'avance près de l'île de Miyajima et nous fait découvrir le plus célèbre des toriis flottants. De ses bois, la porte rouge signale la voie au Itsukushima-jinja, sanctuaire dont l'île tire son véritable nom.


Miyajima est devenue une ville touristique mais elle garde son éloquence et son élégance grâce au cadre verdoyant dans lequel elle se situe. Les toitures de chaume des maisons, les temples perchés sur le flan de la montagne, la végétation et les plantations d'arbres donnent un tableau digne des îles du Pacifique. La rue principale du village est côtoyée par d'innombrables boutiques de souvenirs. Je ne m'y attarde pas et prévois un moment d'y vadrouiller la fin d'après-midi venue. A la hauteur du torii carmin, les badauds se bousculent à tour de rôle pour se photographier, sous l'attention des daims qui pâturent à proximité. Au terme de l'exploration matinale, j'attends avec impatience l'heure de midi pour me réfugier au Fujita-ya, restaurant installé dans une rue calme, au sud-ouest du sanctuaire.

Ici, on y déguste l'Anagomeish. C'est un met d'anguille servie sur un lit de riz avec une sauce épicée. Servi également avec un thé (offert) vert jade, il est accompagné d'un bouillon de coquillages. Si ce poisson à la chair fine, raffinée est un vrai délice, son prix ne l'est pas. A 2500 yen le bol d'anguille, aussi bon que cela puisse être, ils ne me reverront pas de sitôt.

Dehors, il fait beaucoup trop chaud pour entreprendre une quelconque balade. Au bord de la plage, est construit entre les rochers et la forêt luxuriante l'aquarium de Miyajima.Un peu à l'écart, ce parc aquatique a la particularité d'avoir des dauphins de Commerson et de donner des spectacles ludiques avec des lions de mer. L'amour pour les animaux est sans commune mesure et c'est ainsi que l'on peut observer tout un univers humain pour des pingouins en villégiature qui n'en demandaient pas tant. Avec des parasols, des transats, des cabanons de plage à la disposition de ces oiseaux noirs et blancs, ils s'amusent comme des petits fous, plongeant et jaillissant hors de la piscine créée pour leur bonheur. A l'intérieur du centre, le bassin olympique pour ces champions de la nage est en exposition au regard des curieux médusés. Dans un bac d'eau en plexiglas de 10 m de long, de 2 m de profondeur et 3 m de largeur, on assiste aux exploits sportifs de ces boules de poils qui filent énergiquement dans leur milieu de prédilection. Et que dire des dizaines aquariums qui se jouent de la lumière pour faire apparaître les reflets argentés et coloriés des poissons exotiques. C'est une pure merveille qui se monnaie pour un prix respectable : 1050 yen (6.86€)

Pour satisfaire ma vanité, celle de l'homme qui veut voir toujours plus loin, plus haut et plus fort, je suis le chemin qui mène au funiculaire. La petite station est occupée par les daims qui me fuient à mon pas vigoureux dans les couloirs de file d'attente. Sur les câbles métalliques, les cabines du téléférique progressent lentement au dessus la canopée qui brille de son"vert amazone". L'escalade vers l'observatoire se fait en 2 parties. Au relais du deuxième funiculaire, j'embarque dans une grande télécabine où déjà plusieurs pélerins s'entassent. Commence alors la montée vers l'observatoire, offrant d'un seul coup le panorama bleu de la mer et du ciel à nos yeux éblouis. L'émergence des îles rendent encore plus fantastique la vue presque aérienne. Arrivé au terminus, je culmine à 470 m à l'observatoire du mont. Là un groupe de touristes chinois ou asiatiques me prient de les photographier. Je me retrouve avec 5 appareils à photo dans les bras et cherche à faire des clichés différents en les prenant à l'horizontale, à la verticale, d'en bas et d'en haut pour que chacun soit satisfait des prises. Mais ma route n'est pas terminée car le mont Misen sur lequel je suis s'élève à 530 m. En 15 minutes je gravis les quelques mètres restant pour arriver au sommet où est bâtie misérablement une buvette-terrasse. Après 3/4 d'heure de repos au point de vue, je décide de faire la descente à pied jusqu'au patelin d'en bas plutôt que reprendre le funiculaire. Je m'enfonce dans la forêt en dévalant le sentier tortueux qui borde le torrent apprivoisé de la montagne. J'écoute la faune chanter sans retenue, j'admire la flore qui exhibe ses couleurs, profite de la douce brise qui souffle dans le feuillage de la végétation et philosophe des choses de la vie dans mon esprit. Quelle sérénité dans mon âme après une telle randonnée dans cette nature si créative.

Après cette heure de promenade, le soleil se pare de ses teintes orangée et rouge sur l'horizon, les échoppes commencent à baisser les rideaux, la chaleur se fait plus appréciable et les étrangers quittent cette terre à bord du ferry qui pousse son souffle dans le lointain. Parvenu aux premières maisons du village, je lambine dans les magasins encore ouverts, abandonnés de la foule si pesante. Mètre par mètre, la marée montante caresse la vase du littoral et couvre les pieds de la porte de Miyajima de ses flots paisibles. Les rayons crépusculaires éclairent d'une voluptueuse teinture l'arche en camphrier plus que centenaire et décèlent des contre-jours aux miroitements étincelants de la lumière sur les ondes maritimes.

En reprenant le bac, je m'arrête d'abord dans une patisserie-confiserie que j'avais repérée le matin, pour acheter de moelleux petits biscuits fourrés au chocolat, à l'orange au citron et à d'autres garnitures sucrées. Une jeune femme excursioniste qui a le même penchant que moi me propose de mordre dans son biscuit pour goûter à une saveur inédite. Je partirai avec une douzaine de ces friandises aux parfums différents, avec une de plus offerte par la patronne, sympathie oblige.
Sur la barque qui rejoint l'autre rive, s'éloigne à jamais le souvenir enchanteur d'une journée romantique et pittoresque. Le retour en tramway jusqu'à "grande île", véritable signification de Hiroshima, égaie mon coeur pour me transporter dans une époque des années 40-50. En fait je ne sais pas si ce "trolley-tram" date d'après la seconde guerre mondiale, mais en tous cas il arrive à recréer cette sympathique ambiance du développement industriel. Le soir venu, j'ai eu la mauvaise idée de dîner dans un restaurant italien. Non que cela soit mauvais, mais le prix de la table fut dispendieux.


Mardi 15 Avril 2008

Tranquillement je prends mon petit déjeuner, qui d'ailleurs n'est pas bien gros : une dizaine de petits gâteaux et un bol de thé. Puis j'alimente d'articles mon blog de voyage et consulte les horaires de train sur "Hyperdia.com". J'ai largement le temps de visiter une curiosité de la ville avant de voyager toujours plus au sud de la péninsule. Je dispose mes affaires dans une petite remise de l'hôtel pour libérer la chambrée en précisant que je viendrai les récupérer à 14h00. La réceptionniste me rend les 1000 yen de caution et me souhaite une bonne journée.

Avec un petit plan de la municipalité, je me dirrige droit devant le château de Hiroshima. Assurément, il ne faut pas s'attendre à un antique monument, tout le monde aura bien compris pourquoi, mais les habitants se sont résolus à reconstruire à l'identique cette mémoire du passé. L'authenticité historique n'existe pas car le matériau employé pour sa "re-création" n'est pas adéquate : le béton armé a remplacé le bois même si des boiseries ornent l'édifice. L'intérêt vient surtout des expositions à l'intérieur qui étalent des ustensiles, sabres, monnaies et objets de la vie quotidienne des samouraïs. Au passage, notons que la toiture de cette demeure ressemble un peu à celle du château d'Himeji.

Au centre ville, sur la principale rue, se veut l'incarnation de la gaité, une grande surface : le Sogo. Est-ce pour exorciser le mal qui a frappé cette ville que cette devanture marchande ait un si joli carillon ? A chaque heure, et au plaisir de tous les passants, le cadran d'une horloge divisée en 24 parties, fait pivoter 21 ou 18 de ces parties (tout dépend de l'heure, à cause du positionement des aiguilles) pour révéler une saynète de marionnettes au son d'une mélodie enfantine. Même la télévision est là pour filmer cette manifestation musicale et attendrissante.

A quelques pas de là, je découvre une salle à manger très prisée et qui a l'avantage d'avoir un beau point de vue au 2ème étage d'un building. En bas, l'Astoral distribue ses menus allèchants sur papier glacé. Il me faut attendre sur la banquette du restaurant pour avoir une place. Il est vraiment dommage que les restaurants japonais donnent une connotation de rendement et de restauration à la chaîne. Là-bas, on ne traîne pas pour manger. Une fois fini le repas d'un seul, les serveuses nettoient rapidement la table pour qu'un autre client s'y installe. On se consolera de savoir que les affaires marchent bien. Et visiblement, dans ce restaurant où je suis, les affaires marchent vraiment très bien. Le menu à 2500 yen est excellent. Bien équilibré, il comble bien en apports énergétiques et en besoins nutritionnels.

Je récupère mon sac à dos à l'hôtel et me dirige vers la gare. Le Shinkansen Hikari 467 de14h53 va me transporter de Hiroshima à la 3ème île qui forme le "Jipen Khoue". 45 minutes plus loin, sans m'en rendre compte, le train s'enfonce dans le tube qui relie l'île de Honshu à celle de Kyushu. Kokura, ville terminale des shinkansens venant du nord du pays, n'est plus très loin. Le Sonic 35, train local en gare de Kokura qui partira à 16h08, m'attend pour atteindre la destination la plus australe de mon circuit : Beppu, la ville des thermes par excellence.

En parfait routard, j'arrive dans cette localité sans avoir la moindre réservation d'hôtel en poche. Le premier souci étant donc de trouver un lit pour dormir 2 nuits consécutives dans une ville un peu plus peuplée que celle de mon domicile (130 000 hab.). Je feuillette mon guide et remarque un ryokan pas très loin de la gare. Le Minshuku kokage ryokan ferait bien l'affaire si celui-ci avait une chambre de disponible. Dans une ruelle très étroite et pas très bien éclairée la pluie tombe des goutières sur le passage pavéifié. Tout de suite à gauche, la façade du ryokan est cachée par un ribambelle de pots de végétation. Avec hésitation, je rentre à l'accueil et demande le prix d'une chambre. Une femme d'un certain âge jaillit de son guichet camouflé avec un sourire de mise et me propose un tarif équivalent à celui indiqué sur mon Lonely Planet. Sans doute parce qu'elle ne me voit pas très rassuré de l'adresse, elle me fait une petite ristourne pour les deux nuits. Il est vrai qu'à première vue, je me sens mal à l'aise dans cette demeure où la lumière tamisée des corniches et des appliques éclaire une réception où une multitude de bibelots, d'objets et de vieilles brocantes s'accumulent sur les murs et les tables, rétrécissant l'espace vital pour accueillir les clients. Malgré tout, avec un peu de recul, j'accepte son offre, espérant que la chambre sera plus sobrement décorée. Après avoir réglé la note, je monte sur l'escalier en parquet et m'avance vers ma chambre. Rassuré de ma crainte, je dépose mes effets et inspecte les lieux. Si la chambre est très propre, sans décoration inutile, je fais les gros yeux quand j'ouvre la porte des toilettes : la cuvette des WC se trouve à 10 cm du chambranle !! Mes longues jambes en sont coupées d'émotion et dans ce logement, cet endroit septique n'a jamais aussi bien porté son nom de... petit coin !! Espérons que je n'aurai pas à assouvir la grande commission dans ce ryokan. Les cabinets sont juste bons pour faire la vidange. Et encore, dois-je vous avouer que j'ai joué de contorsionnisme pour ne pas en mettre à côté.

Il n'est pas trop tard pour faire une visite de la ville. Au hasard des rues piétonnières, je fais face à un frontispice au décor ancien et traditionnel. Il s'avère être à un bain public peu commun puisqu'en fait dans ce lieu appelé "Sunaburo" les bassins sont remplis... de sable. La conviviale dame de l'entrée ne parle pas un mot d'anglais. Mais qu'à cela ne tienne, elle sait y faire avec les touristes (appelés là-bas : gayjin). Dans sa verbosité vigoureuse, elle me renseigne (?) de la façon dont se déroule "la baignade" et muni de sa calculatrice, additionne les sommes forfaitaires pour me montrer le prix final de la "Balnéothérapie". Mon attitude laisse transparaître ma gêne dans ce bâtiment thermal intimidant. Je règle donc la somme du ticket au plaisir de la guichetière qui arbore un grand sourire avec un geste d'approuvement. Réfléchit-elle à ma déconcertation ou bien se réjouit-elle d'avoir un client en cette fin d'après-midi ? Je ne le saurai jamais.

Dans une antichambre, débarassé de mes effets vestimentaires, j'enfile le yukata sur mon corps marqué de la moiteur diurne de la fatigue. Puis c'est alors que deux femmes basanées glissent la cloison de séparation pour m'accueillir dans un enclos de sable noir de 6 m par 8 m. A la main, elles ont une sorte de pelle pour creuser un trou dans le sable et pour m'y enterrer. Déjà sur la surface est formé un emplacement de 20 cm de profondeur. A tâtons, je m'y couche pour être recouvert de la pesante poudre noirâtre et chaude. A chaque pelletée sur mon ventre, mes jambes et mes bras, une impression d'étouffement et d'oppression se fait ressentir de plus en plus. Il s'agit dès à présent de tenir 10 minutes, au moins, enfoui dans ce milieu mouvant et chaud. Immobilisé dans cette chaleur sablonneuse, des grosses gouttes de sueur coulent sur mon visage pour mieux chatouiller avec atrocité mes joues, mon nez, mes yeux et ma bouche. Dans un élan de désespoir, j'essaie de cligner des yeux pour faire tomber ces perles de transpiration, ou avec ma langue tente en vain d'absorber les gouttes pour allèger ce supplice impossible. Devant ce malheureux spectacle, les dames aux pieds nus se prendraient-elles de compassion à mon égard pour m'essuyer la figure avec une petite serviette ou bien se plairaient-elles à me châtier davantage à éponger ma face avec ce linge déjà imbibé de graine de sable démangeant encore plus ma frimousse échaudée ? La souffrance vient à son comble à la pensée d'un bain bien rafraîchissant qui m'attend et que pour le moment, je suis bloqué dans ce trou surveillé par 4 gros yeux inquisiteurs et obligeants. Une fois les dix minutes écoulées, ces mêmes yeux globuleux ne manquent pas de tomber à la renverse lorsque je sursaute du sable pour plonger dans la piscine d'eau (cette fois-ci). Quelle histoire !!

Lorsque la nuit tombe, je décide d'aller dîner en ville avec une autre dose de frayeur. Il existe une seule adresse où, à Beppu, un restaurant peut appendre une enseigne en forme d'énorme poisson rond, noir blanc et incrusté d'une petite ampoule clignotante blanche. Cet endroit très contrôlé sert un plat dont le met principal est "le poisson-globe". Sur les murs intérieurs du restaurant, est affiché le diplôme spécifique du chef, qui a la dérogation de servir le seul met que la famille impériale du Japon leur ait interdit à la consommation. Le "fugu" est un poisson qui sécrète la tétrodoxine, une neurotoxine mortelle pour l'homme. Le chef cuisinier à la licence accordée par l'Etat me prépare un nabe, une fondue de Fugu. Sa chair plutôt cartilagineuse n'a pas un goût particulier et le seul intérêt que peut avoir ce plat, c'est de ressentir le frisson à sa dégustation. C'est aussi au "Fugu-Matsu", lieu de choix, que je bois pour la première fois de ma vie l'alcool de riz par excellence, un saké aux notes fruitées. A 3000 yen, le repas sera inoubliable.


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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par imanachnuelohim le Mar 17 Aoû - 22:25

Mercredi 16 Avril 2008
Au ryokan où je crèche, je descends à la réception pour m'installer à la salle d'à côté et prendre le petit déjeuner. Une pièce enjolivée par une ribambelle de souvenirs présente le caractère cossu de la propriété. Au milieu du salon, une table massive est dressée pour la restauration matinale. Dans un silence religieux, la servante me sert un petit-déjeuner continental, n'ayant toujours pas passé le cap des "breakfasts" locaux.
Le ciel est très mauvais et la pluie battante n'envisage pas une belle journée. Avant de sortir, l'employée de l'hôtel me propose gracieusement le prêt d'un parapluie transparent (pour mieux voir la pluie sans doute) pour la journée. Avec reconnaissance, je la gratifie d'un "arigato" avec mon accent inimitable.


De la gare, je prends un bus pour me rendre au nord de la ville. Là sont situés les plus grands centres d'intérêts réputés dans tout le Japon. Au quartier de Kanawa distant de 4 km au nord-ouest de mon lieu de départ, se trouvent 7 des 9 sources chaudes où l'eau émerge du sol en gros bouilllonement souvent avec des effets inattendus. Le premier des 7 enfers que je visite est l'Umi Jikoku traduit par "l'enfer de la mer". Le droit d'entrée est fixé à 400 yen comme pour toutes les 8 autres sources. Dans l'enceinte, un parc joliment décoré de massifs floraux précède le marais ardent. A peine ai-je pénétré sur le site qu'une odeur de soufre émane fortement du lieu. Sur le rideau d'arbres vert, s'étend alors une nappe de fumée blanche se levant du sol. A l'approche de la fournaise aquatique, je suis saisi à la vue d'un minuscule lac naturel d'une couleur bleu laiteux, à moitié caché dans un brouillard de vapeur. Une serre de plantes tropicales s'imitie facilement auprès de la source, profitant du milieu favorable à la pousse de ces végétaux luxuriants. Le même spectacle s'offre à mes yeux irrassasiables au "kamado Jikoku", l'enfer du four. Ici, les ingénieurs utilisent les propriétés chaudes et olfactives des eaux pour le bien être de l'homme. Des dalles réfractaires se trouvent au dessus des conduites d'eaux chaudes pour chauffer les pieds des badauds. Un système d'inhalateur vient capter les fumerolles de la source pour les vaporiser aux nez délicats. Et je ne parle pas des oeufs que l'on fait cuire dans ces eaux soufrés et qui donnent un aspect marron au blanc d'oeuf ; à 70 yen l'oeuf, je peux vous garantir que la marchande fait fortune. S'il vous enchante de le déguster en faisant faire trempette à vos pieds martyrisés, rien ne vous en empêche, tout est prévu. Au "Oni-yama-Jikoku", les propriétaires ont voulu répandre un attrait zoologique en disposant des enclos en béton pour des crocodiles. Il s'avère plus loin que le "Kinryu Jikoku" soit fermé pour des raisons que je n'ai pas réussi à recueillir. Je passe vite mon chemin et visite un 4ème enfer, celui de l'étang blanc, le "Shiraike Jikoku". Comme son nom l'indique, l'eau à la couleur blanche surgit d'une tubulure dont la force sifflante des gaz projette l'élément liquide par éclaboussement. Le "Bozu Jikoku", est beaucoup plus difficile à localiser car il se trouve à l'écart de ces derniers. Pendant près d'une demi-heure, je suis à la recherche, sous un déluge, de ce phénomène qui sans doute est le plus intéressant du quartier. Enfin repéré, je me réjouis de voir un des seuls enfers où la nature explose en amas de boue brûlante. L'ardeur des entrailles de la terre se fait résonner dans un bruit assourdissant par le biais de ses résurgences qui sifflent des jets d'eau à l'odeur de sulfure d'hydrogène.
Et à chaque sortie de Jikoku, j'estampille mon guide d'un tampon à l'effigie du site. C'est une particularité dans ce pays où quoique que l'on visite comme lieu touristique, on a la possibilité d'affranchir son passage par un tampon d'encre sur un support que l'on veut, pour le garder pour soi.
Il n'y a qu'un jikoku que je n'ai pas vu, c'est celui du "Yama Jikoku". Je ne l'ai pas trouvé mais à la remarque du Lonely Planet, je n'ai pas perdu grand chose. Et puis, cela m'a permis d'économiser 400 yen. Aux alentours, j'ai visité le musée Hihokan, maison de ce que j'appellerai "musée interdit aux mineurs". Je n'en dis pas plus. J'ai été déçu de l'avoir vu, car peu intéressant. Et dehors, toujours cette douche pluvieuse me rentre presque dans mes os, n'ayant qu'un petit parapluie pour m'abriter. J'ai failli sauter mon déjeuner avec tout cela. Près de la gare routière de Kanawa, je trouve une petite boutique où j'achète un délicieux bento, un dessert et une boisson. Encore plus au nord, je prends un ultime bus pour aller voir les 2 derniers Jikokus, pas des moins fascinants. Ceux-ci sont plus en retrait dans la campagne sur les contre-forts d'une colline mais bien désservis par le réseau de transport. Le "Chi-no-ike Jikoku" a la singularité d'avoir des eaux rouges d'où son nom : "enfer de la piscine de sang". Plus vieille source naturelle du Japon, ce Jikoku traverse une zone de terre glaise dissoute par les eaux bouillantes lui donnant cette couleur rouge-sang. Le colorant riche en oxyde de fer, en oxyde de magnésium, en oxyde de calcium et en acide de silicium serait, dit-on, utilisé comme remède aux maladies de peau. Pour finir, la visite de la plus spectaculaire des résurgences souterraines vient clore la tournée de ces 9 merveilles de Beppu. Le "Tatsumaki Jikoku" est un petit geyser de 3 m de haut qui vient éclabousser les rochers d'où il jaillit. C'est par intermittence de 25 minutes que pendant 5-10 minutes le jet d'eau à 80° C fait l'objet d'admiration des spectateurs assis un peu en retrait sur un petit amphithéâtre construit à cet effet.


A gauche de la route, j'attends un bus pour retourner au centre ville. Comme dans tous les véhicules de transport en commun, on rentre par la porte de derrière et en sort par la porte de devant sans avoir omis d'insérer dans "la machine à contrôler" les pièces de monnaie pour l'acquittement du service. Vous n'avez pas de monnaie, mais que des gros billets jusqu'à 10 000 yen ? La machine fait également office de monnayeur. On introduit le billet et la machine vous transforme la somme en monnaie métallique. Je dis bien "transforme" car, dans cette situation, on ne paie pas avec un billet. Il faut faire le pas de payer la somme dûe. Le volontarisme est préconisé dans l'Empire du Soleil Levant pour mieux considèrer la confiance, même si certaines pratiques mettent en suspicion la droiture du citoyen et de l'étranger.

Le centre artisanal traditionnel du bambou est sur le chemin du retour, c'est pourquoi j'en profite pour le visiter. D'ailleurs la conjoncture météorologique s'y prête et je suis ravi de constater que dans cette maison d'art il n'y a que peu de clientèle. L'heure avancée y est pour beaucoup ; ce qui ne m'empêche pas d'avoir assez de temps pour découvrir, observer et visualiser une quantité d'objets en bambou tout aussi rocambolesques que gigantesques, utiles que décoratifs ou tout aussi onéreux que minutieux. Je n'oublie pas de remarquer les techniques de fabrication ancestrales exposées sur les panneaux de la salle principale.

Les ryokans sont des hostelleries traditionnelles au charme bien à eux qui ont pour chacun un onsen privé. Etant descendu dans l'un d'eux (pour rappel : le Minshuku Kokage), je rends le fameux parapluie TRANSPARENT à mon interlocutrice et demande à bénéficier de l'onsen. Ce que je ne savais pas, c'est qu'il fallait réserver un créneau horaire pour pouvoir en bénéficier. Car le bain est résevé en privé, à la chambre, ce qui veut dire qu'il n'y a personne d'autre que soi-même (ou nous-même si on est un couple) pour s'y baigner. Et pas bol, en ce moment, l'onsen est occupé. Je me résous alors d'aller en ville pour me détendre de cette journée épuisante. En fait l'Onsen Hoyoland où je veux me rendre est au nord de la ville à 5 kms de là. Avec mon pass de transport valable pendant la journée, je me convaincs de le rentabiliser en profitant au mieux des autobus de l'agglomération.

Descendu du bus et dans la nuit noire tombée, je monte jusqu'à un endroit pas du tout éclairé, presque fantômatique, pour me trouver dans un quartier d'onsen. Je sillonne la contrée obscure et mystérieuse cherchant le meilleur établissement pour me reposer sereinement. J'essaie de garder des points de repères dans cette opacité pluvieuse pour, après ma baignade, retrouver le chemin de l'arrêt de bus. Enfin, je découvre une station thermale à l'abri des regards indiscrets et m'engage dans cet établissement embué et esseulé. L'employée des bains me voyant avec un sac, subodore ma prise de disposition vestimentaire et me fait payer que le droit d'entrée : 500 yen. En effet pour éviter la location de serviette, de savon ou yukata, j'avais pris soin d'amener avec moi le nécessaire de toilette pour profiter des thermes. Dans les vestiaires, il n'y a pas un chat, ni âme qui vive. Je serai donc tout seul (quel pied !) pour me relaxer dans ces eaux tumultueuses et "revigorantes".

Ma fin de journée se termine à 21h30 et je n'ai pas pu dîner. Après des minutes d'errances pour me restaurer je rentre à mon ryokan et regarde pour la première fois, la télévision japonaise pour observer leur programme. Non convaincu de l'intérêt, au bout de 15 minutes j'éteins le poste et m'apprête à me coucher. Dans la chambre noire, je suis allongé sur le dos et en face de mon champ de vision, une D.E.L clignote agressivement à intermitence très régulière. L'esprit troublé par cette obsession, le sommeil ne vient pas. Je décide de décrocher l'horloge à laquelle se trouvait cette étincelle rouge et diabolique pour l'enfouir sous les draps du lit d'à côté.


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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par lahaut le Jeu 19 Aoû - 12:25

dégout vous avez vu la longueur du texte ? mon dieu !
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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par Invité le Jeu 19 Aoû - 12:32

Lis le début de chaque changement de couleur.
Ca donne: Mercredi, de la gare, a gauche de la route, le centre artisanal, les Ryokans, descendu du bus ma fin de journée.
timide
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Skyrgamur

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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par Skyrgamur le Jeu 19 Aoû - 15:10

pataugas a écrit:Lis le début de chaque changement de couleur.
Ca donne: Mercredi, de la gare, a gauche de la route, le centre artisanal, les Ryokans, descendu du bus ma fin de journée.
timide

C'est vrai, c'est beaucoup plus clair comme ça rire rire rire


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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par lahaut le Ven 20 Aoû - 12:27

Aligato ! clin d'oeil
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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par imanachnuelohim le Mer 1 Sep - 3:16

Jeudi 17 Avril 2008

Dans la nuit, le temps s'est calmé. Ce matin, la providence céleste est grise mais moins humide qu'hier. Je prends le petit déjeuner vers les 9h00, car après, il n'est plus servi. Je traîne dans ma chambre jusqu'à 10h00 sans oublier de ré-accrocher l'horloge sur le mur. Le téléphone sonne pour me rappeler qu'il faut que je quitte les lieux et rende la clef de ladite chambre. Il me reste plus de 2 heures avant de partir de Beppu par le train et j'en profite pour muser dans les galeries marchandes du coin. L'occasion est assez rare pour acheter du thé vert à bon marché et l'hasardeuse marchande a bien le coeur joyeux de me voir lui acheter 2 kilos de camellia sinensis. Un morceau vite pris au buffet de la gare et voici que j'embarque à 12h49 sur le Sonic 30, voiture 2, siège 8A. A 14h07 il arrive à son terminus à Kokura. Après 15 minutes de correspondance, je voyage sur le plus rapide des trains, le Shinkansen, dont le nom ne signifie pas un type de train, mais un service.

Les Shinkansen sont constitués à ce jour de 14 séries de rames, différentes par leur aspect technologique et visuel. Bien souvent les Japonais n'en connaissent pas le nom car ce sont des séries de chiffres et de lettres. Pour la curiosité, Les rames sont appelées de la "série 0", 100", 200", 300", 400", 500", 600", 700", N700", 800", E1", E2", E3", E4" et 700T" (et E5 en 2011). Les shinkansens sont appelés HIKARI, SUBAME, ASAMA, TSUBASA, KOMACHI, HAYATTE, KODAMA ou encore NOZOMI (il en existe 20). Sur les billets de trains il n'est pas spécifié le type de rame mais le nom du service du train. Ainsi, par exemple, un shinkansen de série 300 ou un de série 700 peuvent faire un service NOZOMI, KODAMA ou HIKARI. Il y a juste une exception où les shinkansen de série 500 et N700 sont exlusivement réservés au NOZOMI. Le nom des services de train définit soit un itinéraire spécial entre deux grandes villes (par exemple l'ASAMA ne fait que la liaison entre Nagano et Tokyo ou bien encore le TSUBAME fait la liaison entre Shin-Yatsushiro et Kagoshima) ou définit la rapidité du train comme le NOZOMI, service le plus rapide sur l'île de Honshu. Pour ma part, j'ai fréquenté les shinkansens de type "série 300", "série700", "série E2" et "série E4". Les plus beaux esthétiquement sont évidemment ceux de la "série 500" mais malheureusement se sont aussi les plus rares.


L'HIKARI 466 que j'ai pris de Kokura m'arrête à Shin-Osaka à 16h44. Cette gare a été spécialement construite en 1964 pour les TGV arrivant à Osaka. Pour cette raison, on ne trouve pas de shinkansen desservant la gare principale de Osaka ; il faut prendre un express qui relie les deux gares distantes de 3 km. Le J-Hoppers auquel je dois me rendre se trouve à proximité de la gare JR de Fukushima. En cherchant un peu je finis par trouver l'adresse de l'hôtel et suis accueilli par... un jeune Français à la réception de l'établissement. Je connais les formalités d'enregistrement et m'y incombe sans problème. Les peintures fraîches font ressentir une odeur de neuf pas très agréable à respirer mais au moins j'ai la sympathique sensation d'être dans un nouvel hôtel très propre.


A Osaka, mon sens de l'orientation va en prendre un sacré coup. La pluie a repris de plus belle au fur et à mesure que j'ai remonté en latitude. La lumière s'estompe rapidement et le moment est venu de se rendre au "spa world", complexe de thermes le plus grand du monde. A la halte de Shinimamiya, le métro me dépose à un endroit nullement indiqué en Romaji. En bas de la passerelle d'accès se trouve un plan du quartier tout écrit en idéogramme. L'orientation du plan, le sud en haut et l'est à gauche, chamboule ma concentration, car en main, mon guide affirme l'emplacement du spa dans une autre orientation. Au bout de 20 minutes de tentative de localisation, j'abandonne la partie ; mais il est plus vraissemblable que le Lonely s'est trompé dans l'emplacement géographique même si celui-ci indique une carte, Nord en haut et Est à droite. Car en retransposant la carte, le spa world ne figurait pas au lieu précis. Dotombori n'est pas très loin, je remarque cette zone piétonnière excentrique et disproportionnée. La lumière aveuglante des écrans démesurés, défilent en boucle des clips vidéos publicitaires sur fond de musique éclectique. Dans la rue, des dizaines de restaurants pas recommandables attirent les clients à coup de matraquage verbial. C'est à celui qui fera le plus de bruit, de logorrhées qui s'attirera la clientèle affamée.


Je fuis le coin et me transporte près du bâtiment principal de la 3ème ville du Japon. Vu d'en bas, les hauts buildings qui m'environnent, envahissent les rues dans un tournis vertigineux en pleine nuit bariollée de néons fluorescents et surréalistes. La tête dans ces lumières captivantes, mon esprit devient éthéré et oublie, l'espace d'un instant, le but principal de ma présence dans ce lieu fantasmagorique. Mes viscères me rappellent à l'ordre en me dirigeant au Ganko Umeda Honten. C'est une immense salle qui sert tous les plats préférés des Japonais, y compris les sushis. A l'entrée, deux femmes en kimonos me demandent le repas que je veux prendre. A peine le mot sushis prononcé, qu'elles m'ouvrent le passage au rez de chaussée pour m'inviter à un comptoir de 10 m de long. Le comptoir est une vitrine de poissons crus que des maîtres cuisiniers préparent en plat avec raffinement sous mes yeux ébahis. L'odeur de marée fraîche vient émoustiller mes cellules olfactives un peu récalcitrantes. Mais bien vite l'onctuosité et la saveur des sushis à mon palais mettent tout mon sens gustatif en émoi. C'est un vrai régal.


Avant de rentrer à l'hôtel, je me dois de contempler Osaka by night depuis l'Umeda Sky Building. Je me dépêche car la fermeture de la tour est prévue à 22h30. J'emprunte un passage souterrain et arrive au pied des deux tours jumelles. Au bas des immeubles, j'emprunte l'ascenseur de verre qui déroule verticalement la vie nocturne de l'ex Naniwa qui fut la capitale de l'empire au milieu du 7ème et du 8ème siècles. Un escalator dans un tube transparent vient compléter l'ascension finale jusqu'au Kuchu Teien Tenbodai, sommet de l'édifice. Il suffit de faire demi-tour à la dernière marche de l'escalier électrique pour surprendre la vue plongeante qui nous saisit dans un vide à la lumière bleutée des néons de l'escalator. 1300 ans plus tard, Naniwa laisse la place à l'Osaka qui me frappe les yeux émerveillés. Même si je ne fus pas de l'époque d'autrefois, la cité n'a pas perdu de sa superbe. C'est toujours impressionnant de voir une ville qui grandit en hauteur. Encore plus haut, sur le toit du Floating Garden Observatory, le Lumi Sky Walk permet de se promener en extérieur à 173 m du sol. Le dallage du chemin est constitué en partie de particules sensibles à la lumière fluorescente. Fixés sous les mains courantes et les panneaux de protection, des néons bleus projettent leur rayons en direction du sol créant ainsi une voie lactée, un chemin lumineux de scintillement. Le corridor circulaire dispense une vision à 360° de la conurbation japonaise. Je m'attarde au plus tard de la fermeture du site jusqu'à ce que les gardiens effectuent leur dernière ronde et fasse de moi le dernier curieux à assouvir ce plaisir nocturne.


Fukushima n'est pas Fukuchima. Je l'apprendrai à mes dépends. A la gare centrale, le train de banlieue que je prends porte la mention de Fukuchima. C'est 10 kms plus loin que je me rendrai compte de mon erreur et qu'il me faut rebrousser chemin à la prochaine gare. J'en serai quitte pour 30 minutes de moins de sommeil.
Tardivement, j'arrive à mon hôtel (qui se trouve à 200 m de la gare de Fukushima) et suis surpris de l'activité existante dans ce J-Hoppers. Bien des voyageurs ne dorment pas encore. Tout comme cette famille française entière qui à tour de rôle squatte la salle de bain pour leurs ablutions. Pendant ce balai virevoltant je fais connaissance de la mère, du père puis des garçons qui ne restent qu'une semaine au pays des sushis. J'espère qu'il n'en ont pas déduit un certain cinisme de ma part à l'écoute dithyrambique de mon voyage de 3 semaines. En épilogue de cette journée complète, un camion benne vient grogner en bas de l'hôtel répétant ainsi son vibrant bruit transmis à la vitre auquel le lit où je suis couché est adossé sans isolation. Drôle de façon de me souhaiter "bonne nuit".


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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par Dolma le Ven 3 Sep - 15:26

J'ai tout lu ! Dis-moi Imanac.. tu es aussi "maniaque du détail" dans ta vie de tous les jours que pendant tes voyages mon dieu ! ? Tu te souviens par ex que ce matin-là tu as acheté 2 sandwiches (pas 1 ni 3 mais 2)! Et l'Hikari 466 qui te dépose à 16h44 ! Il y a d'autres ex bien sûr, ces 2-là sont juste pour illustrer. Ben dis donc !!!

Quelle a été la durée de ce voyage ?
Tu notes tout au fur et à mesure ou tu as une mémoire exceptionnelle ?
Qu'as-tu ressenti pendant ton séjour ? Tu n'écris quasiment rien sur tes émotions (sauf celles qui sont dictées par les dérangements divers et variés de tes intestins rire -et je ne sais pas s'il s'agit alors d'émotions !).

A bientôt pour la suite en tous cas.

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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par imanachnuelohim le Ven 3 Sep - 18:28

Dolma a écrit:Quelle a été la durée de ce voyage ?
23 jours et quelques heures supplémentaires...... clin d'oeil
Dolma a écrit:Tu notes tout au fur et à mesure ou tu as une mémoire exceptionnelle ?
Non, je n'ai absolument rien noté. En rentrant de mon voyage, disons 3 semaines après, je me suis mis sur mon ordinateur et j'ai commencé à écrire mon récit.

Précisément, ce récit n'était qu'un écrit destiné qu'à moi même (et non à être publié... mais plusieurs de mon entourage m'ont obligé à le partager), dans le but de garder tous les détails de MON magnifique voyage.


Quant à mes émotions, j'en décris tout plein. Tu ne les a pas vues ?


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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par imanachnuelohim le Ven 3 Sep - 18:48

Vendredi 18 Avril 2008

Je profite de la matinée pour faire ma lessive et donner de mes nouvelles par la toile informatique.Ma provision de batterie arrivant à échéance,je me rends dans un commerce pour acheter des piles d'1.5V.Car il ne s'agit absolument pas d'être entraver à l'immortalisation de ce que je vais vivre.Nul part est indiqué l'emplacement de mon train.Mais grâce à mon intuition,la veille je m'étais renseigné exactement à quel endroit prendre "le sleeping train".Avant d'embarquer,j'achète un bento,des sandwichs japonais et une patisserie que je mange sur le quai n°12.


Ma joie est à son comble lorsque je vois,à 11h58, glisser lentement à côté de la plateforme,la locomotive et ses wagons verts au liseré jaune.De ses phares allumés,les yeux du train me saluent comme pour me souhaiter la bienvenue à bord.Mais l'instant magique se respecte,se déguste,s'admire et il est inconcidéré de grimper aussitôt à bord d'un train dont son nom evoque le rêve,le raffinement,le voyage et l'évasion.Avec son insigne rose fixé sur sa face,le Twilight Express lustré,brille sous la marquise qui donne l'impression qu'elle s'incline avec considération à son passage royal sur les voies jumelées.Je repère la voiture de ma place réservée,qui est presqu'en tête du train.Je n'ai que quelques minutes pour admirer de l'extérieur de cet express qui m'emportera pendant plus de 21 heures! Si peu ais-je le temps de l'observer par cette angle,que j'en profite pour garder une trace visuelle avec mon portrait.


Avec retenue,je pénètre dans l'antre du Twilight Express perceptif à la moindre odeur,au moindre bruit et au moindre détail pour mieux apprécier l'univers luxueux.Mon billet ne m'accorde pas les places les plus aisées,mais quand même,je me satisfait de voir le compartiment auquel il m'est destiné pour dormir dans les bras de morphée.La cabine est constituée de 4 couchettes, et tout de verte vétue,comme l'extérieur du train,elle dispose des mules en cuir vert et des draps pliés en 16 qui témoignent de la rigueur manifeste pour accueillir l'hôte. Meublé de fauteuils aux tétières blanches,de table de salon,de luminaires ciselés,d'écran de télévision et de plante verte (fausse probablement),l'express manque au confort des endroits intimes même si ceux-ci sont soignés,il manque de la place comparé à ceux d'un shinkansen.Mais l'évantail est toujours là:vous avez le choix entre les petits coins "à la japonaise" ou à la "western style" c'est à dire comme chez nous.Je ne puis remarquer les suites destinés à une clientèle nantie et que l'on ne voit pas pendant toute la durée du trajet.Je les comprends bien parce qu'à 333 euros le voyage,ils ont tout lieu de profiter des services à la personne qu'on leur propose.

Le wagon le plus impressionant et sans doute le plus beau,est le "salon dunod".Ces parois presqu'entièrement vitrée permet une vue très large et le vitrage en saillie dévoile le ciel gris et pluvieux de cette journée qui en rien n'altèrera mon plaisir à bord de cet univers roulant.C'est ici que pratiquement je passerai mon temps d'éveil à contempler le film qui m'est projeté sur les glaces dégoulinantes et qui ne faillit pas à l'étalage des terres intérieures,de la vision du lac Biwa-Ko et surtout à l'emerveillement du spectacle ,le soir,du littoral du Nihonkai.Installé sur une des banquettes du wagon-panorama,je savoure cette évasion tout en faisant connaissance avec un jeune couple venant de Kobe.Ils m'offrent des petits gâteaux salés et sucrés et sympathise très rapidement.

Une mousmé présente,à la vente ambulatoire,une multitude de produit à l'éffigie du twilight Express.Je ne puis m'empêcher d'acheter au moins UN souvenir emblème de mon voyage,histoire de ne pas oublier ce trajet de 1500 kms ou peut être même de profiter du sourire large jusqu'au oreilles de la charmante créature.Le contrôleur poinçonne mon billet de son tampon rouge et s'acquitte de la marque de respect.Vers 20h30, le train passe la dernière gare passagère de Niitsu et un événement prévu ne s'est pas déroulé correctement à mon grand bonheur.

S'assurant qu'il n'y ait plus de voyageur à la montée,le contrôleur s'aperçoit qu'un compartiment privé, n'est pas occupé.Il s'agit là d'une annulation qui a été quand même réglée ou d'un loupé d'un passager.Amicalement,sans m'informer tout de suite de quoi il s'agit,il me prie de le suivre.Interpellé,je le suis prudement et me dirige vers la cabine B-10.Il me propose à titre gracieux d'occuper cette place inespérée bien que la literie est subie un petit chamboulement.Sans hésiter,j'accepte avec joie ce don providentiel,le remercie comme il se doit et pars chercher rapidement mes effets que j'avais laissé dans mon compartiment prévu.Je reçois une carte-verrou en guise de clé.

La soirée est déjà bien avancée,et sur la carte de réservation,qu'un jeune préposé aux repas m'avait remis auparavant,est indiquée l'heure de rendez vous pour mon dîner de ce soir. Il y est même inscrit une heure de mon choix pour le petit déjeuner.Au wagon-restaurant,je retrouve la mousmé qui m'avait vendue la serviette de toilette verte (bien sûr) estampillée au nom de l'Express et m'invite à une table pour faire mon choix de menu.Heureusement que je ne m'arrête pas aux prix onéreux des plats,de toute évidence je prévoyais cet indésirable.Je ne me prive de rien et vais même jusqu'à commander un saké de choix! La belle demoiselle,dans les conventions nippones,s'approche de moi pour me prêter sa disposition en me prenant une photo souvenir.A sa surprise,je refuse poliment son dévouement mais lui demande son instance pour que moi,je la photographie.Volontiers,elle dispose d'une posture esthétique,flattée sans doute par son égo.La douloureuse réglée,je retourne dans mon salon privé.

Dans la nuit,assis sur le siège éclairé d'une petite veilleuse,je devine les traits et les ombres noires du paysage sans lumière au travers de la fenêtre.Le midnight express traverse des quais de gare,des passages à niveau et la silouhette de la forestation cadence le défilement nocturne.Je m'emporte alors dans un sentiment d'un extrème bien-être,oubliant les tracas du futur,ne demandant plus qu'à rester à jamais dans ce lieu.L'idée de ne plus revenir en Europe fait son apparition dans mon esprit troublé par ce pur bonheur nostalgique.Préambule de mon odyssée des songes,les étoiles s'illuminent dans le ciel et dans ma mémoire remplie d'images fabuleuses,exeptionnelles et inoubliables.


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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par Invité le Dim 5 Sep - 14:36

Parti le 3 avril, nous sommes le 18 avril.
Un voyage sublimement long que tu racontes rien que pour toi, dis tu.
Mais j't'aime bien, alors, je lis tout. Chaque paragraphe, qu'il soit vert, rose ou jaune, j'ai tout lu.

Je suis frappée par ta méticulosité, ton extrême ponctualité, par tes pauvres pieds si souvent échauffés et par ta crainte de trop de chaleur, surtout quand tu portes un imperméable. D'ailleurs je me demande pourquoi tu ne l'as pas enlevé s'il faisait si chaud.

Bref, je comprends que tu aimes réellement le Japon. La rigueur nipponne est faite pour te séduire.
Ton récit est compact quand même, avoue le, mais je t'accompagnerai jusqu'au bout, le 25 avril si je ne me trompe pas.
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imanachnuelohim

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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par imanachnuelohim le Dim 5 Sep - 15:32

Samedi 19 Avril 2008

Dans mon insouciance, le train s'enfonce dans les profondeurs de la terre au tunnel du Seikan pour quitter la plus grande des îles japonaises et se retrouver sur l'Hokkaïdo, tête de l'archipel hippocampe. Je ne peux mieux illustrer cet ensemble insulaire que par cette évocation zoologique. Vraiment, les Japonais sont tout aussi fragiles dans leur approche sociale que prolifiques dans leur démographie (l'hippocampe est un des animaux aquatiques les plus fragiles et un des plus prospères en terme de natalité... et puis tournez d'une dizaine de degrés gauche la carte de ce pays et vous verrez une étrange similitude avec cet animal). Romance d'un clair matin, le Twilight Express élonge Uchiura Bay sur un timide lever de soleil, vitrine de l'apanage touristique du Do-nan. Quelle sérénité vous envahit à cette observation ? Quelle émotion vous saisit à ce spectacle maritime ? Quelle douceur d'atmosphère vous étreint à la vue de cet horizon ? Il n'y a rien de mieux à admirer pour continuer la traversée et comprendre la vie traditionnelle, moderne et culturelle de ces habitants. A 9h07, Sapporo est en vue, et il me faut quitter avec une pointe de mélancolie le train vert et en verre pour assouvir ma quête de curiosités qui m'attendent.


A la sortie de la gare en direction du nord, je marche 200 m à droite de celle-ci pour atteindre le Tokoyo Inn Sapporo, hôtel idéal pour me reposer de ces vacances si enrichissantes. Je casse un peu plus ma tirelire pour louer une chambre à 5040 yen, prix que j'ai bien voulu accorder et qui est jusqu'à ce jour la somme la plus élevée pour un hébergement. Etant venu à l'improviste, la demoiselle de la réception me présente une chambre spacieuse mais ne peux requérir à ma demande de réservation pour une deuxième nuitée. Il me faudra refaire la démarche le lendemain matin pour m'acquitter d'une seconde nuit. Les chambres sont indisponibles à cette heure matinale, et je laisse mon sac à la réception en sachant que j'ai la possibilité d'accéder à la chambre à partir de 16h.


Le Hokudai Shokubutsuen est un jardin botanique qui a souffert d'un typhon en 2004, mais grâce à l'opiniâtreté des jardiniers, je peux observer toute une diversification de plantes exotiques, aquatiques, carnivores et d'une grande variété de cactus. Il y a même une collection d'orchidées dont une espèce qui sent... le muguet !! La plupart des plants sont sous serre, mais le petit parc extérieur qui l'accompagne fait les délices de peintres amateurs qui s'y réfugient pour "aquarelliser" les couleurs printanières du moment.

C'est par hasard qu'à deux pas d'ici, au détour d'une rue, je découvre un monument à l'aspect non conventionnel et qui se trouve être un des seuls exemples au Japon d'une architecture néo-baroque du style américain. L'ancien bâtiment du gouvernement de Hokkaido terminé en 1888 abrite actuellement les archives de l'île et la salle commémorative, autrefois bureau du gouverneur.

Célèbre pour son avenue des peupliers, l'université de Hokkaido est un endroit où il est bon de se détendre même si le lieu se prête plus pour les étudiants que pour les touristes de mon genre. En fait je n'y suis pas venu pour ses peupliers mais pour ses Ginkgos. Malheureusement, les monticules de neiges sales encore sur place dépeignent fraîchement la fin de la saison hivernale sur la ville et m'empêche de considérer les senteurs des noix de Ginkgo. En cette période, je ne vois que des fruits morts au pied de leur engendreurs, mais en pleine maturité ces noix émanent des odeurs très agréables pour peu que l'on s'en tienne qu'à ses flaveurs et non à sa subsistance qui peut provoquer des démangeaisons. Parce que William S Clark fut co-fondateur du collège d'agriculture de Sapporo, l'école devenue l'université présente, dresse son buste comme pour établir la bienséance américaine et faire abstraction de ce qui se passera 1600 kms plus bas.

Sur l'esplanade verdoyante principale de la ville, est dressée avec une certaine similitude des champs de Mars avec la Tour Eiffel, la tour de télévision Panasonic affichant l'heure de 12h15. Leur tour Eiffel 3.5 fois plus petite, fait grise mine comparée à la dame de fer... française (et non anglaise, je vois mal Mag. Thatcher mesurant 320 m de haut). Elle rivaliserait presque avec notre tour en fer puddlé quant au prix d'entrée : 7 euros pour s'envoyer dans les airs à une hauteur de 90 m. Il est moins onéreux de prendre des jumelles et d'emprunter le funiculaire qui surplombe la ville.

Je ne suis pas vraiment motivé de franchir le pas sur cette tour misérable et préfère m'assoupir de la chaleur ambiante qui règne sur ce parc. D'autant plus qu'en lisant ma bible de voyage je découvre que la tour de l'hôtel de ville dispose gratuitement d'une terrasse panoramique. La particularité de certaines tours au Japon, c'est de descendre dans les sou-sols pour gravir les étages. Lorsque je m'y rends, un gardien d'expérience m'affirme dans un anglais respectable que pendant les vacances, la tour de l'hôtel de ville est fermée.

Décidément n'y a t-il rien à visiter qui ne soit fermé dans cette capitale régionale de près de 2 millions d'habitants ? Tout d'un coup, d'un son à peine perceptible, le tintinement d'une petite cloche d'un carillon vient choir dans mes écoutilles. A un moment ou un autre, je l'aurais entendu car, dit-on, cette horloge n'aurait jamais cessé de carillonner depuis plus d'un siècle. La Tokei-dai ressemble plus à une chapelle blanche qu'à une tour d'horloge comme son nom l'indique. Au rez-de-chaussée, le grand hall expose l'histoire des principaux bâtiments de la ville, appuyant particulièrement sur la conception de cette tour horlogère faite au Collège d'agriculture de Sapporo (ça vous dit quelque chose ?). L'escalier craquant mène au seul étage de cette bâtisse de bois et fait découvrir une salle de culte dans sa longueur. Aujourd'hui, une radio s'est installée sur le podium pour diffuser en enregistrement, une émission sur un sujet dont je ne pourrais en dire davantage, l'incompréhension du japonais y contribuant. Et ce n'est pas le bruit des cloches de l'horloge principale qui empêchera cette retransmition hertzienne. En effet, la partie reculée de la salle sert de musée pour pièce d'horlogerie et de pendule en tout genre, pour peu que les visiteurs soient tenus au respect du silence religieux qui s'y tient (en tous cas, pas aujourd'hui). Le grand cartel de l'horloge accollé au mur arrière du Tokei-dai expose l'engrenage de ses roues dentelées au public grâce à la transparence de ses parois. Dans le prolongement supérieur de la mécanique, le cadran vient se nicher dans la campanile du toit avec ses instruments de percussion. Depuis plus de 120 ans, l'horloge n'a cessé de battre le temps qui compte nos jours, le temps qui rythme la vie sociale, le temps qui me reste pour visiter les autres merveilles de la localité. Battera t-elle encore lorsque je m'éloignerai pour visiter le Chitosetsuru Sake Museum ? Seules les aiguilles de cette chapellle seraient en mesure de me l'indiquer. Si tout du moins j'arrive encore à les apercevoir depuis ce musée du saké.


A l'entrée de l'endroit, ce musée ressemble plus à une simple galerie où des bouteilles d'alcool de riz sont étalées. Une femme complètement imbriaque vient m'acceuillir dans ce temple de saké. Devant cette débordante situation, les employés, derrière le comptoir, sont prostrés sur place. Je n'ose à peine imaginer que cette créature à l'haleine répulsive fasse partie du personnel. Mais bien vite je me rends compte que cette personne n'est autre qu'une visiteuse désespérée et qui cherchait sans doute à noyer son chagrin dans le breuvage onirique et éthylique. Je fais semblant de m'intéresser à l'exposition minable en sillonant vite fait ce musée à l'eau de vie de riz où il n'y a personne, sauf moi, pour le visiter en ce début de soirée. Au zinc, j'essaie de retrouver les notes fruitées d'un saké que j'avais dégusté à mon premier repas à Beppu. Sans résultat, je remercie mes interlocuteurs toujours à moitié léthargiques, de la dégustation qu'ils m'ont offert.


Au pays du high tech, la technologie est employée un peu partout pour faciliter la vie communautaire. Au passage piéton du carrefour, les feux pour piétons sont munis d'un dispositif lumineux supplémentaire pour connaître le temps d'attente. Au signe du petit bonhomme rouge, une échelle de chevrons également rouges s'égrenne jusqu'au au vert ou plutôt au bleu-vert. Pour certains passages cloutés, les feux comptent entre 7 et 10 chevrons qui s'éteignent un à un au fil des secondes. Et pour les non- ou mal-voyants une petite sirène émet un piallement d'oiseau pour avertir le passage des usagers. Le cui-cui électronique est différent d'un passage d'une route à l'autre route perpendiculaire, histoire d'éviter la confusion. Dans les grandes villes, la technique ultra-moderne omniprésente régit le quotidien en permanence jusque dans les WC. Et sillonner les magasins Sonic, Panasonic et autres marques accentuent le phénomène futuriste, en avance sur son temps.


L'Esta est un immeuble de 8 étages mitoyen à la gare et son illumination la nuit ne fait qu'augmenter son attractivité. Mes chaussures neuves de 13 jours fatiguent un peu plus ma voute plantaire mais ne m'empêchent pas de jeter un regard émerveillé sur les innombrables rayons du magasin qui étalent indécemment des articles perfectionnés, curieux, inovateurs, économiques, et brillants ; car tout ce qui brille au Japon attirent le quidam asiatique. Me croiriez-vous si j'ai vu un ordinateur portable pour 150 euros ? Quand bien même ce cadeau est en rayonnage, il n'est pas pour le visiteur médusé, car il s'agit là d'une offre d'opérateur internet qui propose cette offre pour toute souscription à leurs forfaits (les 2 forfaits, celui qui est scriptural et celui qui est délictueux , non mais ? a-t-on idée de faire souffrir des pauvres gens comme moi qui n'ont qu'une langue pendante face à cette carotte juteuse ?). Voyez donc tous ces écrans qui se déploient dans de multiples angles comme ceux des téléphones portables qui pivotent à 90°, vous comprendrez mieux l'univers fantastique de la technologie japonaise. Mais je remarque l'altruisme de ce peuple vertueux car, de plus en plus, on peut acheter leur produit avec la notice dans la langue de notre choix. Je ne m'étonnerais pas si un jour, ils proposeront un service après vente jusqu'à l'autre bout du monde pour fideliser leur client ou bien mettre à disposition les bons de garanties ; qui sait, peut-être que cela existe déjà.


Ma langue musculaire devient pâteuse (mais pas encore gâteuse!) et il me faut la régaler avec le dîner du soir qui m'attend au... Hanamaru ? C'est ce que j'aurais bien voulu souhaiter. Mais il était dit que je n'en verrai pas la moindre devanture, car à l'adresse indiquée, cette maison de Korroke et de Tempura n'existe pas. Le lonely planet m'aura rendu impétueux un temps soit-il. Les fast-food américains pullulent sur l'artère principale, mais je m'interdis d'y mettre les pieds, non pas pour des raisons de boycottage (aux USA j'ai eu mille fois l'occasion de me goinfrer dans ces lieux aseptisés) mais pour apprécier la remarquable gastronomie locale. La tour du centre commercial ferroviaire m'offre cette possibilité et me console de n'avoir pas pu trouver le premier restaurant. Peu importe, j'aurais mangé japonais, c'est tout ce qui comptait à mes yeux.

L'hôtel d'Eki Kita Guchi dans lequel "je descends" tient une adresse cartésienne par la mention N6O1. C'est une singularité des villes de l'Hokkaido. Le centre ville de Sapporo est parfaitement quadrillé par les rues qui la composent. 2 artères principales servent de base pour les dénominations de quartiers. Du nord au sud, la rivière Sosei divise le plan verticalement et définit par sa gauche l'ouest (O) et par sa droite, l'est (E). D'est en ouest, l'odori-parc, la fameuse esplanade verdoyante, délimite au dessus d'elle, le nord (N) et en dessous d'elle, le sud (S). Les avenues parallèles aux deux axes principaux déterminent par le chiffre croissant, les quartiers de rue. Ainsi donc mon hôtel se trouvant au dessus de la 6ème rue nord de l'odori parc et après la 1ère rue ouest de la rivière Sosei porte l'indication N6 O1.


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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par Invité le Dim 5 Sep - 16:01

J'me demande si Bardak et Lilie sont aussi imbriaques !!

Ben tu vois même le 19 avril tes pieds ont des problèmes !
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imanachnuelohim

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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par imanachnuelohim le Mar 7 Sep - 23:38

Dimanche 20 Avril 2008

En ce matin paisible, j'innove le petit-déjeuner japonais. Celui-ci est constitué de pavé de riz complet, nature et parfumé, suivi de sopa, nouilles, salade de fromage, thé et café. J'avoue être peu téméraire en goûtant seulement au riz et au café. Le reste de mon repas matinal est complété par des biscuits qui me restaient. Une fois astreint à ma corvée d'hygiène buccale, je vais à la reception pour payer la note de la prochaine nuit.



C'est à 40 kms de la préfecture que je passerai ma journée ensoleillée. En 40 minutes, l'omnibus m'emmène au gré des tunnels, des ponts, des monts et marées à un ravissant port côtier de la mer du Japon. Les 146 000 habitants ne font pas d'Otaru une ville sur-développée baignée dans l'anonymat ou dans la désinvolture de la population. Seulement l'afflux touristique oppressant vient ternir cette si jolie localité au style colonial et qui reste gravée dans mes souvenirs grâce notamment à la visite d'une maison de maître située un peu à l'extérieur de la ville.


Descendu du train, je m'achemine vers la gare routière où je demande le numéro de bus qui dessert le "Kihinkan". Es-ce à cause de mon accent franchouillard que la jeune femme ne comprend pas bien l'endroit où je veux me rendre ? Bien des minutes après, elle me tend un horaire du bus n°11 en m'entourant le nom de l'arrêt désiré. Quelle ne fut pas ma surprise quand j'aperçois la fiche détaillée en japonais ? Je relève le défi de m'orienter avec ces écritures barbares et monte dans l'autobus par l'arrière. La fiche dans une main, l'index de l'autre main sur le nom de la prochaine station, j'observe attentivement la forme des caractères pour les retrouver sur les haltes des stations de bus. "Tiens, le bus ne s'arrêtte pas là ? Normal, il n'y a pas de client, il faut continuer le trajet". Avec un peu de lucidité je m'y retrouve aisément et descends au bon arrêt. Presque estomaqué, un relent de marée s'insuffle dans mes narines à la sortie du véhicule de transport en commun. Les filets de pêche jonchés au sol s'assèchent près des maisons sur pilotis, attirant des mouches et laissant échapper ses émanations si particulières à la mer.

Je gravis une montée sur 500 m pour atteindre la demeure édifiée par la famille Aoyama en 1918. Construction érigée avec l'argent du hareng, l'Otaru Kihinkan possède tous les éléments traditionnels japonais : une pièce couverte de 100 tatamis, des boiseries sculptées, de luxueuses laterines en porcelaine d'Arita et un "Uguisubari", couloir avec un plancher qui émet du bruit et permet de répérer un arrivant. Le mobilier fastueux démontre l'extrème richesse de cette dynastie, à l'image de cette armoire en ébène incrustée de nacre "multi coloriée". La valeur intrinsèque de la maisonnée semble hors de prix et on sort de ce tapage mirifique complètement dépité. Je m'arrête encore un peu pour photographier le plafond de l'entrée peint de roses, de bouquets de fleurs et orné de pièces d'or. A l'extérieur du bâtiment les bas-reliefs en porcelaine et l'ornement des faîteaux n'échappent pas à l'admiration des visiteurs stupéfaits.

Je n'ai pas le courage de faire, à pied, les 3 kms qui séparent cette propriété de la ville car mon estomac dans les talons grouille bien qu'il ne soit 11h30. Et c'est une fois de plus un véhicule qui m'est très familier (je suis chauffeur de car) qui me ramène au centre citadin. Sur le bord du canal, une jolie promenade profile des entrepôts de l'ère Meiji et de l'ère Taisho dont des inscriptions sont en anglais et en russe. Si la plupart sont statufiés, quelques-uns bénéficient d'une seconde vie en étant réaménagés en piano-bar, restaurant ou en agence de société.

Je m'arrête dans l'une de ces vieilles pierres, rebaptisées Unga Shokudo, pour me restaurer d'un excellent ramen de 700 yen. Le coeur ne m'en n'a pas dit davantage pour aller à l'échoppe d'à côté (le Kita no ice cream Yasan) et se plaire à des glaces au goût très surprenant comme au natto (graine de soja fermentée), au crabe, à la bière ou même à l'oursin. Cependant, au coin de la rue, un salon de thé attire mon attention. Dans un décor ancien, je prends un chocolat chaud avec 3 gauffrettes en forme de petites cloches fourrées aux haricots rouges et à d'autres farces sucrées que je ne pourrais définir.

En revenant sur mes pas, je retourne sur la petite allée du canal plus achalandée que tout à l'heure. Des artistes de rue s'étaient entretemps installés sur la promenade pour exposer leur talent. Tantôt un qui fait des littographies, tantôt un autre fait de l'aquarelle, et au bout du chemin j'observe un musicien qui joue d'un violon-gramophone. Interpellé par cet instrument peu commun, j'écoute la sérénade qu'il joue puis entame une petite conversation avec cet instrumentiste qui vient de Sapporo. A ma déception, il ne propose pas de CD qu'il aurait pu enregistrer et vendre à la sauvette au public occasionnel. Touché par l'intérêt que je lui porte, il m'informe qu'à l'autre bout des pavés, il a un ami qui, comme lui, joue d'un instrument et vend ses propres CD. C'est dans ces moments là que je vis le plus l'attractivité humaine et que je fais des rencontres des plus intéressantes. Presque sans attention pour les artisans d'un moment, je passe mon chemin pour rejoindre Kenji Komatsuzaki. Bien entendu je ne le connais absolument pas, mais son interprétation sur un Hammer Dulciner me ravit pleinement au point de lui demander de jouer un morceau rien que pour moi. Dans sa tâche musicale, il s'éxécute promptement, heureux de rencontrer quelqu'un qui s'intéresse à sa musique et qui lui achète d'emblée 2 CD différents. L'homme au feutre beige m'explique qu'il fait partie d'un groupe local dont sa femme est aussi présente, puisqu'elle joue du fiddle, un violon irlandais. Malheureusement cet instrument à corde frappée créé en Europe ne tient qu'un répertoire irlandais et je n'aurai pas le plaisir d'entendre un petit air japonais. Il me faudra patienter le retour en France pour auditionner le seul morceau japonais sur 1 des disques que j'ai achetés. Je lui promets de mettre la petite vidéo que j'ai fait de lui sur un site internet nommé "dailymotion" et de lui envoyer le lien par e-mail.


Tranquillement je continue mon après-midi après lui avoir souhaité bonne chance et fait mes adieux. Je porte mes pas sur Ironai-dori, puis sur la Sakai-machi dori, principale chaussée touristique de la ville. Un attroupement bloque le trottoir sur lequel je suis, en face d'un atelier du nom de K's Blowing. Pour 2000-2500 yen, n'importe qui peut souffler SON verre aux modèle, couleur et forme de son choix. Le spectacle des verriers qui accompagnent le plus gros de l'ouvrage de verre capte le regard des passants. Devant un imposant four à 1000°, le touriste en retrait laisse oeuvrer les ouvriers sur la pièce en verre qui prend forme tout doucement. et avec des recommandations judicieuses donnent l'initiative au client de souffler et de former avec des pinces la coupe souhaitée. La patrone à l'extérieur me convainc de profiter de cette expérience unique avec ces ouvriers dont la réputation est de haute renommée. Pour avoir longuement hésité, il m'en coûtera une perte d'une demi-journée, car je préfère continuer ma route en remettant évantuellement à plus tard cette opportunité.


Je garde mon cap à l'est et arrive à l'Otaru Emprium Chapel. C'est une boutique coffre-fort que toutes les petites filles du monde aimeraient visiter car dans ce royaume de verre et de lumière tout n'est que rêverie, féérie, douceur et brillance. Des milliers de pantins de fées d'animaux en verre tourbillonnent dans une danse qui semble être éternelle, au son des musiques métalliques. Au premier étage, les plus belles pièces de boîte à musique en marquetterie sont exposées avec la mention : défense de toucher. La palme d'or revient à une boîte à musique d'une valeur de 1 470 000 yen !! qui joue 4 airs établis par la 6ème symphonie de Beethoven, la marche turque de Mozart, la valse des fleurs de Tchaikowski et la Polonaise "till the end of time" de Chopin.


Comme j'ai 2000 yen à dépenser, je rebrousse chemin pour tenter l'aventure de l'atelier de verrerie. Il est déjà 16h30, la possibilité de faire son souvenir de glace paraît bien mince. La femme toujours aux aguets d'hypothétiques clients est encore là, mais plus pour longtemps. A ma venue, elle esquive un sourire sachant que j'allais être son homme d'affaire et se prépare à m'accueillir dans l'entreprise mais m'informe que je ne pourrais pas retirer aussitôt l'objet réalisé car il sera beaucoup trop chaud. Vu la fermeture du magasin à 17h00, je comprends mon erreur d'hésitation commise 2 heures auparavant. Si je veux faire cette pratique verrière, il me faudra accepter de revenir le lendemain à partir de 10 h du matin pour aquérir mon bibelot d'un jour. Et voilà comment j'ai perdu une demi-journée à revenir chercher, depuis Sapporo, mon ouvrage orangé.


J'ai besoin de m'éloigner des habitations pour reprendre de l'air, et sur le port je m'approche d'une de ses digues pour me vivifier en ce début de soirée. A l'horizon, le soleil couchant exemplifie sur un fond de ciel rose le symbole du drapeau nippon, dissimulé dans les traits noirs des branchages non feuillus. Au bout d'une heure, c'est-à-dire sur les coups de 18h - 19h, la ville est presque vide de ses touristes. Le caractère campagnard apparaît sur la commune avec les lueurs de la nuit étoilée et un flottement d'une sérénité m'envahit au plus profond de mon être. A voir les commerces fermés, j'ai peur de ne pas pouvoir prendre un menu dans un restaurant que j'avais repéré. L'avantage au Japon (et même dans d'autre pays asiatiques), c'est que l'on peut voir ce que l'on va manger. Sur des évantaires de restaurant sont alignés des reproductions en plastique de plats, de mets, de menus pour faciliter le choix du consommateur. Fidèle aux maquettes évoquées dans les vitrines, le chef cuisinier en personne me reçoit dans son établissement pour me proposer ses spécialités. Je ne parle pas le japonais mais l'utilité des dispositions au dehors me facilite bien la tâche pour définir le menu de sushi, sashimi et tempura que je veux prendre. Assis,jambes fléchies sur le tatamis, j'avale goulûment le plateau de poisson copieux dont j'en ai encore l'eau à la bouche. Il est temps pour moi de retourner à Sapporo en prenant un train quasi désertique.


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Wapiti
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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par Wapiti le Mer 8 Sep - 8:30

J'avoue que la lecture de cette épopée olfactive à Otaru, de bon matin, devant mon petit-dèj, a un peu de mal à passer... Mauvais choix horaire pour te lire !

Mais je m'amuse toujours à découvrir tes inventions sémantiques (fautives ou volontaires) et (re)découvrir certains termes de la langue française... (exemplifier en est l'exemple du jour)


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"Nous méritons toutes nos rencontres, elles sont accordées à notre destin et ont une signification qu'il nous appartient de déchiffrer." F. Mauriac
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Re: Sublimes mémoires du Japon

Message par Invité le Mer 8 Sep - 10:08

Où l'on te découvre artisan-verrier mélomane.

Je vais chercher ce qu'est un violon grampophone.

Sympa ton 19 avril.

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Re: Sublimes mémoires du Japon

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