Le Village du Peuple Etrange Voyageur

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    " L'EFFONDREMENT - journal de Paris à Nice - (10 mai - 23 août 1940 )" de Zoltan Szabo

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    geob

    " L'EFFONDREMENT - journal de Paris à Nice - (10 mai - 23 août 1940 )" de Zoltan Szabo

    Message par geob le Mar 2 Nov - 10:31

    Il est hongrois, il a 28 ans, il aime la France. Et il arrive dans notre pays au mauvais moment : quelques semaines avant l'invasion des troupes allemandes en 1940.

    Dans son livre, Zoltan Szabo nous décrit l'attente des Parisiens qui ne semblent guère réaliser ce qui va leur tomber dessus, ou alors ils feignent de l'ignorer. Szabo ne sait trop exactement, mais il s'inquiète, il ne comprend pas, doit-il louer l'attitude des habitants de cette ville qu'il adore parcourir, qu'il magnifie tel un peintre impressionniste? Ce semblant de tranquillité instaure une atmosphère étrange, et pourtant l'ennemi est dans le nord de la France. Les Parisiens espèrent un "remake" de la bataille de la Marne, tant leur confiance dans les élites civiles et militaires est grande.

    Au fur et à mesure que les Allemands approchent, Szabo note des départs, des appartements dont les volets restent clos. Ce compte-gouttes finit par devenir un ruisseau, une rivière, et puis...un fleuve en cru.

    Szabo décide bientôt de partir, trop de gens partent. Il achète une bicyclette, des provisions pour une longue équipée. Il arrive à Denfert Rochereau qui est devenu un gigantesque entonnoir : tout le monde veut en même temps passer par le lion de Belfort et prendre l'avenue d'Orléans ( avenue du Général Leclerc ), et se sauver par la porte d'Orléans. Une coulée fabuleuse, un enchevêtrement inoui de véhicules de toutes sortes, d'êtres humains compressés, hagards, hallucinés, pas le moindre interstice pour laisser passé un vélo : Szabo mettra trois heures pour faire Denfert-Rochereau-Porte d'Orléans. Trois heures !

    Avec Szabo, nous vivons cet exode lamentable, physiquement, psychologiquement ; son livre est donc un document exceptionnel, indispensable, et sa tentative d'analyse pour trouver une explication à la déroute de la société française de 1940, la société dans sa globalité, est plus que remarquable.


    "...Quel exode ! C'est fou ! Quelle bousculade démente et sauvage où les participants n'obéissent pas à la raison, mais à un instinct primitif et impérieux, et ils avancent, ils avancent, peu importe où, n'importe où ! Sans argent et sans but. Ils ne se demandent même pas s'ils vont pourvoir dormir quelque part ni ce qu'ils vont manger. Ils marchent inexorablement, comme les somnambules ou les forcenés, le regard fixe, le visage fermé, exténués, à la chasse de l'essence ou du pain à chaque arrêt, Dieu sait où. C'est une chose insensée et féroce, cette fuite résolue et obstinée, les derniers efforts du corps, quand le cerveau fonctionne à peine mais les muscles et les nerfs continuent à bouger et à sentir. A quoi ça sert, cette course vertigineuse à travers la France. J'ai l'impression de ne pas être en Europe, ou bien d'être en Europe, mais mille cinq cents plus tôt. Ce spectacle rappelle plutôt les rites africains - courir jusqu'à l'exténuation - puisqu'il est régi par de terribles instincts archaïques. C'est Attila que les peuples et les familles devaient fuir de la sorte, ou les Turcs sur les Balkans, ou les séismes sous le Vésuve et l'Etna, ou l'invasion des sauterelles à l'Orient lointain...."
    L'EFFONDREMENT
    Journal de Paris à Nice
    ( 10 mai 1940-23 août 1940 )
    EXILS EDITEUR- 2002
    ( 1er édition hongroise : Nyugat, 1940 )




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