Le Village du Peuple Etrange Voyageur

pour nos pensées, nos petites histoires et nos joutes littéraires autour des voyages


    Un voyage au Ladakh

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    LaMémoire

    Un voyage au Ladakh

    Message par LaMémoire le Sam 4 Déc - 18:35

    Un grand voyage se prépare...



    Gérard se l’était promis dès qu’il avait su qu’il serait papa (pour rappel : là). Il avait prévenu Mado et n’avait supporté aucune objection. Il y tient plus que jamais dans ce monde matérialiste et sinistrosé dans lequel il vit. Sa fille sera baptisée, ou plutôt recevra une bénédiction par son ami Dingzhong, le lama de Phyang.

    Mais si lors de son premier voyage en solitaire en ces contrées himalayennes il s’était laissé guider par l’improvisation, le hasard des rencontres et des itinéraires, cette fois il en était tout autre. Ils sont trois à partir, dont une petite fille qui n’a pas encore soufflé sa première bougie et sa mère qui tient tellement à un minimum de confort. La tâche n’est pas aisée.

    Il a fallu tout d’abord obtenir le passeport maintenant indispensable pour Vigdís, puis faire les démarches de demande de visas auprès du nouvel organisme mandaté par l’Ambassade de l’Inde à Paris. Formulaires à remplir, documents à fournir, photos formelles imposées, frais de visas… délais de réception…
    Heureusement, pas de vaccin ou de médication particulière pour ce voyage en une région « saine ». Mais l’altitude, le soleil, le froid, la poussière et la sècheresse de l’air nécessitaient de prendre un certain nombre de précautions avec un petit bout de chou dans ses bagages.

    Il fallait organiser ensuite les transports.
    Paris-Delhi, sans souci en ligne aérienne régulière. Mais ensuite : comment atteindre Leh et ses 3500 mètres d’altitude sans faire courir de risque à Vigdís ? Si le vol Delhi-Leh paraissait le plus rapide et le plus pratique, il n’en restait pas moins le plus risqué… Mais rallier le Ladakh et la haute montagne tranquillement par voie terrestre se révélait très compliqué, et peut-être même peu sécuritaire en ces temps incertains entre Cachemire, Pakistan et Tibet… Gérard a donc pris l’avis et demandé de l’aide au réputé pédiatre (« le meilleur de Paris et de France » d’après Mado) qui s’occupe de la petite. Celui-ci a donné son feu vert, compte tenu de l’excellente santé de Vigdís et des précautions prises par Gérard avec les trois semaines de vacances précédant le grand départ, dans les Alpes, pour une acclimatation progressive à l’altitude. Finalement le plus « douloureux » a été de supporter la mauvaise foi et la mauvaise humeur de Mado pendant cette mise au vert…
    Ce sera donc bien un vol de moins d’une heure trente pour rallier Delhi à Leh, où ils resteront trois jours pour pouvoir attraper au plus vite un vol retour si un problème survenait. Ensuite, un frère de Dingzhong viendra les chercher en 4x4 pour rejoindre Phyang et leur servir de guide et chauffeur pendant la dizaine de jours restant.

    Contacter Dingzhong pour le prévenir de leur arrivée et organiser le séjour n’a pas été facile non plus. Mais heureusement le tourisme amène son lot de technologie même dans les coins reculés himalayens. Vive Internet et ce même frère qui a servi de facteur entre les deux amis.

    Dernière grande tâche pour Gérard : les bagages. Hors de question qu’il laisse Mado y mettre son nez ! Hors de question qu’elle en prenne autant, et autant d’inutile et de superflu que pour aller en week-end à Annecy ! Elle avait réussi à remplir la voiture pour 2 petits jours en France… Cette fois-ci, c’est lui-même qui s’est occupé du paquetage de tout le monde, celui de Vigdís représentant le double de ceux de ses parents réunis. Elle ne doit manquer de rien, il faut tout envisager, même le pire ; autonomie alimentaire et médicale complète. Un véritable challenge au regard des contraintes aériennes de volume et poids.

    Enfin tout est prêt. Ils sont rentrés hier soir de leurs trois semaines alpines.
    Vigdís se porte à merveille ; Mado aussi, pendue au téléphone à raconter ses malheurs à Anny et Sophie, comme si demain sa vie allait s’arrêter.
    Demain un taxi les emmènera à l’aéroport pour le grand départ vers le Ladakh.


    Original publié par Wapiti le 5 mai 2008 au Livistan : peuplevoyageur.spaces.live.com/blog/cns!D76DAB0F8562EBE1!2054.entry



    Le 5 Mai 2008, Béatrice a écrit:alors là, je dois dire que j'ai vraiment hâte d'y être. Ah, j'aurais adoré avoir un baptême comme ça
    Bisous Wap'lama !!!
    Le 5 Mai 2008, Lahaut a écrit:D'où il sort ce prénom , Vigdis ? abréviation de vigeur-distillerie ? ou une erreur de frappe et tu voulais écrire Virginie ?
    Le 6 Mai 2008,Wapiti a écrit:Mon pauvre Renaud !! Tu as vraiment de la lecture en retard sur ce Peuple Etrange.

    A l'origine, le foetus de Mado et Gérard était masculin (une erreur du Dr Scoumoune) et si cela n'avait tenu qu'à mon frère et moi, il se serait appelé Nathan Pierre Amono (c'est ici notamment : http://voyageforum.com/v.f?post=1453126#1453126)
    Mais une huluberlue avait décidé de n'en faire qu'à sa tête, de nous le transformer en fille (http://voyageforum.com/v.f?post=1470460#1470460) et de l'appeler Vigdís (http://voyageforum.com/v.f?post=1479169#1479169) - avec l'accent islandais s'il-vous-plaît, sinon Lutine se fâche ;-).

    En souvenir de feue Glatch (sur ce récit, cela s'entend !) et pour ne pas perturber plus les rares exilées survivantes du Véfistan que nous sommes, ce terrible prénom a été conservé lors de sa naissance (ici : peuplevoyageur.spaces.live.com/blog/cns!D76DAB0F8562EBE1!1186.entry).

    Maintenant, sache qu'au quotidien sa mère Mado l'appelle plus souvent Didi et que son père Gérard ne parle que de sa "(petite) déesse".
    :-)
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    LaMémoire

    Re: Un voyage au Ladakh

    Message par LaMémoire le Sam 4 Déc - 18:38

    Enfer ou paradis ?


    Inde – Ladakh – Ville de Leh – Hôtel S&S

    Vigdís dort dans son petit lit de toile dans un coin de la chambre.
    Mado aussi récupère du long voyage, étendue sur le grand lit.
    Assis dans le fauteuil, Gérard les regarde, rassuré : pour l’instant tout va bien.
    Les vols se sont déroulés sans encombre, juste avec ce qu’il faut de retard et d’aléas sans lesquels les voyages seraient trop monotones. Vigdís a été adorable comme toujours dans ses bras, et Mado pénible à souhait. Mais n’est-ce pas pour cela qu’il l’aime ? Il le sait, il n’a pas fini de l’entendre le maudire et médire, se plaindre et rechigner. Après leur séjour en Australie*, Gérard savait à quoi s’attendre ; habituée au luxe de voyages comme ceux précédents en Floride*, aux Emirats*, en Islande* ou en Polynésie*, elle se serait plus facilement pliée et plue dans un circuit confortable au Canada… Mais voilà, Gérard voulait absolument revenir goûter cette zénitude du Ladakh, partager avec sa petite famille cette magie himalayenne, revoir son ami lama et faire bénir son premier-né à Phyang.

    Mado, les yeux fermés, fait le bilan de cette arrivée au Ladakh. Au moins est-elle rassurée : il fait beau, il fait chaud et surtout elle se sent bien dans cet hôtel où ils vont passer les trois premiers jours.
    Proche du centre-ville, dans une jolie architecture traditionnelle, c’est tout le confort moderne qui lui est proposé. La chambre est spacieuse et très propre, toute mignonne, l’eau chaude est disponible 24h/24, la nourriture excellente paraît-il, et le personnel très courtois est au petit soin pour ses hôtes. Des soirées animées sont organisées ; il y a même un service de soins « esthétiques et bien-être » dont elle va abuser elle en est certaine, et un médecin rapidement présent sur simple appel... Enfin, le joli jardin est une véritable oasis dans cette ville minérale.
    Quand elle repense à cette arrivée sur Leh ! Elle en est restée silencieuse, ahurie, estomaquée, à la descente de l'avion : elle s'était cru en enfer ! La vision était assez saisissante, avec ce vaste univers minéral, austère et aride, et les environs du petit aéroport qui ne sont que rocailles hérissées des barbelés des camps militaires.
    Certes, la traversée rapide de la ville pour atteindre l'hôtel dans ce quartier plus vert était un peu plus rassurante, mais il lui faudra du temps pour en apprécier les charmes...

    De son côté, franchement, pour l'instant Gérard ne regrette pas son choix d'hôtel, même s'il rêverait de plus de simplicité et d'authenticité dans une petite guesthouse de la périphérie... mais la vie de famille est ainsi faite de compromis.

    Pendant ces trois premiers jours, ils vivront entièrement au rythme de Vigdís.
    Ils en profiteront pour visiter tranquillement Leh et ses proches environs. Gérard tentera d'en faire découvrir à Mado la beauté et les trésors cachés.
    Ils appréhenderont progressivement cette ville tout en dénivelée s’étendant de part et d’autre d’un torrent affluent de l’Indus.
    Ils se promèneront sur la rive ouest, au milieu des saules, des peupliers et des vertes cultures en terrasse d’orge, de colza et de légumes, puis au cœur des nouveaux quartiers touristiques… jusqu’au blanc Stupa japonais de Shanti qui domine la ville. De là-haut, la vue sera belle.
    Sur la rive est, ils arpenteront bien sûr longuement et lentement les vieux quartiers au labyrinthe de ruelles étroites, passages couverts et tortueux escaliers entre maisons de bois et murs blancs, au pied de la colline du Palais. Ils flâneront sur son marché quotidien où les femmes Ladakhi aux coiffes caractéristiques vendent les produits de leur jardin. Sur les étals ou dans les boutiques kashmiries, Mado trouvera forcément plein de bricoles, bibelots et bijoux, à acheter, juste pour se rassurer avec une activité "normale"...
    Gérard l’emmènera aussi devant l’église catholique et deux mosquées, rencontres beaucoup plus surprenantes que celles du temple bouddhiste proche de la rue principale, des moulins à prières ou encore des gompas et chortens des environs.
    Probablement croiseront-ils un troupeau rejoignant le canal pour s’abreuver, des femmes en quête d’eau aux fontaines, des odeurs délicieuses de pain chaud…
    Bien sûr, ils monteront jusqu’aux « monuments » qui dominent la cité et l’écrasent de leur masse imposante : le Palais Royal de 9 étages, version miniature du Potala de Lhassa, mais totalement délabré, et le Fort de la Victoire érigé en commémoration de la victoire des Ladakhis sur les armées balistano-cachemiris au début du XVI° siècle.

    http://leh.nic.in/

    En taxi, sans s’éloigner de plus d’une vingtaine de kilomètres de Leh, ils pourront aussi découvrir les bijoux de cette haute vallée de l’Indus.

    Les gompas de Namgyal Tsemo, Sankar, Shey, Tikse, Stok, Spituk… autant de monastères bouddhistes typiquement tibétains, aux mêmes particularités : perchés sur des éperons rocheux, précédés d’une cascade de maisons blanches, couronnés de guirlandes de drapeaux de prières qui claquent au vent, abritant d’imposantes et éclatantes statues de Bouddha ou de magnifiques peintures lamaïstes, de précieux manuscrits… De leurs terrasses, la vue est splendide sur la large vallée ici fertile de l’Indus, sur fond de chaîne himalayenne, paysage minéral aux sommets enneigés dans le ciel bleu éclatant. Ils seront éblouis par la richesse des intérieurs et la ferveur des lamas en prières, éblouis par les splendides panoramas offerts.

    Ils visiteront aussi Choklamasar le village de réfugiés Tibétains, apprécieront la ribambelle de chortens, petite pyramides blanches, qui égayent la plaine de Shey, et ne manqueront pas le palais royal de Stok et son musée...

    http://ladak.free.fr/ladakest/html/stod.htm


    Original publié le 8 mai 2008 par Wapiti au Livistan : peuplevoyageur.spaces.live.com/blog/cns!D76DAB0F8562EBE1!2077.entry



    Le 8 Mai 2008, Lahaut a écrit:On se croirait à l'émission "Ushuaia nature" dans la séquence "découverte"
    Ils pourront profiter de la belle chambre pour "fabriquer" un petit frère !!
    Le 8 Mai 2008, Loun a écrit:quel beau voyage.....
    Le 8 Mai 2008, Béatrice a écrit:Elle avait pas intérêt à se plaindre la Mado, elle est plutôt cool la chambre. Wapiti finalement ça t'aide à préparer le voyage, surement un texte prémonitoire, je te le souhaite.
    Fabriquer un petit frère ... Renaud comme tu y vas. T'es devenu extrêmiste catho ou quoi ? faudra que je t'explique un jour à quoi d'autre ça peut servir une chambre, ah ah ah
    Le 8 Mai 2008, Wapata74 a écrit:dis petite soeur quand c'est qu'on y va?
    idée cadeau pour mes 35 ans .... ;) :p
    bon we à tous
    Le 8 Mai 2008, Wapiti a écrit:Dis Hermanito, t'exagères pas un peu ?!?! T'en as fait quoi du cadeau pour tes 30 ans ???
    Grrr ! ;-P
    Besos
    Le 8 Mai 2008, Béatrice a écrit:ah ah ah, combat de Waps en perspective !!!
    Le 9 Mai 2008, Wapiti a écrit:Les Wap' ont réglé leurs comptes autour d'un couscous-BBQ...
    Verdict :
    Attendu que le cadeau des 30 ans de Wapata n'est toujours pas consommé,
    Attendu que le niveau de vie d'un routier est deux fois plus élevé que celui d'une prof,
    Et attendu que Wapiti atteindra les fatidiques 35 avant son frérot,
    Finalement, il apparaît légitime que ce soit Wapata qui offre le voyage au Ladakh à Wapiti.
    Ainsi en a décidé la Cour.

    Et puis comme les 35 arrivent très vite, il peut même anticiper et me prévoir ça pour cet été, non ?
    0;-))
    Le 9 Mai 2008, Béatrice a écrit:Bravo Wapiti, tes arguments sont imparables !!!
    Je voudrais bien savoir ce qu'est ce cadeau non consommé quand même ... vous voulez bien me le dire les Wap ? Et Wapata si tu ne consommes pas, le laisse pas au fond d'un tiroir, peut-être que ça peut m'intéresser pour mes 42 ans et demi, ça tombe bien ce sera le 18 juillet
    Bisou la belle

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    LaMémoire

    Re: Un voyage au Ladakh

    Message par LaMémoire le Sam 4 Déc - 18:50

    A la découverte de Phyang


    Phyang n’est qu’à 17 km environ à l’ouest de Leh.
    Délaissant le cours de l’Indus, la route s’enfonce dans des gorges avant de parcourir un vaste plateau rocailleux, zone désertique de sable et de pierres. Dans le 4x4, Mado angoisse : retour en enfer pour elle dans ce qui semble être le bout du monde.
    On quitte alors la route principale de Manali pour bifurquer sur la droite vers un vallon où un torrent et les hommes ont fait pousser un joyau de verdure dans cet écrin minéral. Au-delà des champs, apparaît la colline de Phyang et son imposante structure visible de loin.

    Gérard est convaincu que l’on ne peut apprécier Phyang qu’en s’arrêtant un peu à l'écart avant de l’atteindre, et en y montant à pied. Ainsi a-t-il forcé Mado à le suivre pour cette petite marche, Vigdís confortablement installée dans le porte-bébé contre le torse de son père.
    Ils traversent les champs de la vallée où quelques femmes s’activent derrière les murets, traversent à gué la petite rivière, dépassent quelques maisons aux toits en terrasses bordées de paille, puis s’engagent sur le chemin qui mène au monastère. Ils suivent et contournent (toujours pas la gauche, Mado a fini par le comprendre et le retenir) une longue guirlande de chörtens de taille variable, décorés ou blancs, puis un long mur de mani, ces pierres sculptées de la prière rituelle "Om Mane-Padme-Um".
    Autour d’eux tout n’est que calme pastoral et silence à peine perturbé par quelques cris animaliers. Tout appelle à l’élévation de l’âme, et même Mado a fini par se taire, marcher en silence et sembler plonger dans une certaine méditation sereine.
    Là-haut, devant un mur blanc, la silhouette pourpre d'un bonze contemple la vallée et regarde les voyageurs monter doucement à lui. Sous son calme apparent, dans ses habits pourpre et or, Dingzhong est impatient de revoir son ami et de découvrir sa petite famille.

    Après les retrouvailles et présentations, c’est un festin qui est servi aux invités dans la petite maison traditionnelle sans prétention du lama. Sa femme, Lyne (pour son nom anglicisé, le seul que Mado ait accepté de retenir !) les a régalés d’une toukpa, soupe de farine d’orge et légumes, de momos, ces gros beignets type raviolis-vapeur aux légumes, de mouton grillé et d’excellents abricots issus de la récolte personnelle. Le tout allègrement arrosé de tchang, cette préparation d’orge fermentée proche du cidre et de gurgur tcha, thé salé dit « au beurre de yak ».

    C’est repus, reposés après une délicieuse sieste à l’ombre des peupliers, et aux heures calmes qui suivent le départ des touristes, qu’ils ont visité longuement le gompa, guidés par Dingzhong.
    Après le chörten d’entrée et son beau mandala, à l’intérieur des hauts murs se succèdent plusieurs salles de prière où l’on rencontre diverses statues de divinités bouddhistes parfois effrayantes et de belles fresques murales et autres peintures aux couleurs vives, dans les effluves acres des lampes à beurre et d’encens et au rythme des récitations rituelles d’une partie de la communauté lamaïste résidente.
    Ils ont pu admirer tranquillement les riches collections de bronzes kashmiris et d’armes chinoises, tibétaines et mongoles datant du XIV° siècle. Mado a été stupéfaite et dégoûtée par la partie du musée présentant divers animaux empaillés et autres ossements animaliers qui subsisteraient d’un culte observé depuis près de 900 ans.
    Les 3 chörtens du Du-Khang ont plus longuement retenu leur attention, notamment celui décoré d’une magnifique pierre Dezi aux sept yeux, rapportée du Tibet et symbole de grande chance.
    Enfin, ils n’ont pas manqué la visite de l’école de moines dans ses bâtiments neufs, où ils regardent quelques minutes les moinillons réciter chacun à leur tour une leçon avant que l'ensemble de la classe ne reprenne en cœur chaque ligne.
    Pendant cette visite, Dingzhong a rappelé à Gérard et tenté de faire comprendre à Mado l’histoire et l’importance de ce monastère de la branche du bouddhisme des Bonnets Rouges, non soumis au célibat rappelons-le, dont l’installation ici date du XVI° siècle.

    Enfin, c’est en soirée et entourés des plus hautes instances du gompa réunies sous le grand Bouddha, que Dingzhong a récité une formule de « bénédiction » en aspergeant d’eau sacrée une Vigdís hilare, et baigné les mains de ses parents émus et noyés dans un nuage d’encens. Un lien en coton grenat fut ensuite noué au petit poignet de la fillette.
    Cette « cérémonie » ne pouvait être complète sans faire la fête, et c’est un nouveau festin qui fut servi à la petite communauté monastique et amicale, au milieu de chants et de danses qui sonnèrent comme une répétition pour les deux jours à venir.



    Original publié le 10 mai 2008 par Wapiti au Livistan : peuplevoyageur.spaces.live.com/blog/cns!D76DAB0F8562EBE1!2120.entry



    Le 10 Mai 2008, fabricia a écrit:Bravo et merci, chère Wapiti, pour le beau voyage initiatique aux confins de l'Inde... Je crois qu'après quelques réticences, tout comme Mado, j'aurais suivi l'homme de ma vie et notre bébé pour partager ces moments magiques si bien racontés !
    Bises de Fabricia
    Le 10 Mai 2008, Lahaut a écrit:Tu dis :"Là-haut, devant un mur blanc, la silhouette pourpre d'un bonze contemple la vallée et regarde les voyageurs monter doucement à lui."
    Non! non! je ne suis pas un bonze !!!
    Le 11 Mai 2008, Béatrice a écrit:Entre Bamako et Phyang mon coeur balance : entre rythme, délire des corps et voix de la sagesse, qu'est-ce que je choisis pour mes vacances .... euh ... le deuxième je crois. Allez, je mettrai un walk-man sur les oreilles durant les randonnées qui me conduiront dans les monastères !
    Très beau voyage Wapiti. Mado va t-elle en retourner totalement changée ??? Gérard a une intelligence du coeur et un romantisme que j'apprécie (prenez en de la graine Lahaut et consors !!!)
    Et je suis toujours assez impressionnée par tout le travail de recherche que tu fais à chaque fois pour écrire tes textes.
    Bon alors vous avez décidé quoi avec Wapata ? C'est lui qui paie le voyage ???
    Le 11 Mai 2008, Wapata74 a écrit:rien à été décider .... désolé de te décevoir ;)
    Le 11 Mai 2008, Wapiti a écrit:Merci Fabricia et Béatrice.
    C'est vrai que sur ce voyage ladakhi que je n'ai jamais fait (donc que ceux qui y trouvent des absurdités me pardonnent), cela me demande pas mal de travail de recherche.
    Mais ainsi je rêve, je m'éclate, et... ça me fait bosser mon anglais (bien rouillé), bou diou !!

    Lahaut, loin de moi l'idée de laisser supposer ne serait-ce qu'une seconde que tu pourrais être un bonze !! Avec tes précédents comm (et blagounettes), nul doute que personne ne l'eut cru !! Et même les Bonnets Rouges ne voudraient pas d'un tel énergumène dans leurs rangs !
    lol

    Wapata, je te propose un deal : chacun de nous paie son propre voyage, et en plus on se partage le supplément de poids de bagages pour glisser Béa dedans et l'emmener avec nous... Qu'en penses-tu ?
    ;-P

    Bises dominicales à toutes et tous
    Le 11 Mai 2008, Béatrice a écrit:la Wap'family, j'oscille entre 57 et 60 kgs. Je ne sais pas trop à combien j'en suis en ce moment, surement pas beaucoup vu que je ne peux plus piquer les fingers et les pepito de Renaud !!!
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    LaMémoire

    Re: Un voyage au Ladakh

    Message par LaMémoire le Sam 4 Déc - 18:52

    Jours de fête à Phyang


    Invités d’honneur du gompa, Gérard et Mado ont obtenu l’immense privilège de pouvoir assister au spectacle du haut d’une terrasse. Double avantage : une certaine tranquillité au-dessus de la foule qui se presse dans la grand cour du monastère, et un angle de vue intéressant sur les scènes qui s’y déroulent et l’ensemble du public. Ainsi ont-ils pu profiter pleinement du « Gang sngong Tsedub », le festival annuel de Phyang, considéré comme le deuxième plus grand festival au Ladakh après celui d’Hemis avec lequel il rivalise paraît-il de couleurs et pittoresque.
    Dingzhong est à leur côté pour leur expliquer l’importance et la signification des rituels et animations qui se déroulent durant ces deux journées de festivités.

    Ainsi, dès le petit matin Phyang a commencé à être envahie de Ladakhis venus ici en pèlerinage pour commémorer la fondation du monastère et honorer le fondateur de leur ordre, puis de touristes du monde entier, ce qui a immanquablement créé des embouteillages monstrueux. Le paisible village de la veille avait subitement disparu sous les assauts d’une foule hétéroclite, très colorée, toujours en mouvement, bruyante, festive…

    Si pour les touristes ce sont les danses de l’après-midi qui constituent l’essentiel de l’attraction, pour les fidèles Ladakhis le point d’orgue est le pèlerinage au pied de l’immense thangka exposée durant les deux jours, cette tenture de soie brocardée de 10 mètres de haut de Skyabje Jigten Gombo, le fondateur de l’ordre monastique de Dringungpa.
    Tout festival fournit aussi une excellente occasion de commerce, de socialisation et de fête. Ainsi un marché s’est installé naturellement aux alentours du complexe monastique, et au-delà des « manifestations officielles », la population s’est retrouvée durant ces deux jours pour des pique-niques géants, une folle nuit de chants et de danses et une longue veillée de contes et légendes tibétaines. Mado et Gérard faisaient partie des très rares occidentaux présents dans ce « festival off », aux côtés de Lyne et Dingzhong.

    A cette occasion, les Ladakhis se parent de leurs plus beaux vêtements traditionnels aux couleurs plus vives et belles les unes que les autres, transformant le festival en un carnaval de couleurs.
    Au cours de ces 48h et du haut de leur terrasse, Mado et Gérard ont eu le temps d’apprécier et détailler cette foule locale bigarrée aux costumes et coiffes traditionnels. Ils ont aussi eu l’occasion d’être exaspérés par l’attitude de certains touristes irrespectueux qui n’hésitent pas à brandir leurs appareils photos sous le nez des pèlerins qui doivent faire preuve de beaucoup de sérénité et d’une sacrée dévotion pour parvenir à prier dans ces conditions…

    Dans la chaleur et la poussière, Ladakhis et touristes s’amassent sur trois côtés de la cour, inconfortablement accroupis ou assis, par terre, sur les murs, là où la moindre place peut exister, dans l’attente du spectacle.
    Le spectacle, ce sont les Chaams, ces chorégraphies traditionnelles monastiques.
    Les lamas, vêtus de longues robes de brocart très colorées, ornés de masques richement décorés et effrayants, et porteurs d’objets rituels, exécutent des danses sacrées, des mimes et autres clowneries pour évoquer dieux et démons mythologiques, préceptes de la religion bouddhique, ou encore épisodes historiques ou fables tibétaines. Le tout dans le brouhaha des crépitements d’appareil photo, du crécellement des moulins à prières tournés sans relâche, des discussions effrénées, des rires communicatifs, et surtout dans le fracas cinglant des cymbales, les sourdes percussions des tambours et la profonde résonance des longues trompes tibétaines…


    Mado a goûté avec délice au tournis qui l’envahissait au milieu de ce festival de couleurs et de bruits dépaysants, au cœur de toute cette agitation. Gérard a fait chauffer ses appareils photos, apprécié l’ambiance mais été soulagé quand la folie s’est calmée.
    Phyang a enfin retrouvé son calme. Les moines sont retournés à leur paisible vie monastique emplie de méditation, de prières, d'étude des thankas, de discussions philosophiques et d'enseignement. Leurs femmes sont retournées s’occuper des champs d’orge, des potagers, des animaux, des repas, des jeunes enfants.


    Original publié le 12 mai 2008 par Wapiti au Livistan : peuplevoyageur.spaces.live.com/blog/cns!D76DAB0F8562EBE1!2151.entry



    Le 12 Mai 2008, Béatrice a écrit:Coucou la Wap'lama
    Est-ce que tu sais à quel moment de l'année se passe ce festival ?
    Le 12 Mai 2008, Wapiti a écrit:Hé ! Tu crois que j'ai passé des heures à me renseigner sur le Net à propos de Phyang sans avoir trouvé cette info ?!
    En fait, si j'ai bien tout compris... ce festival monastique de Phyang se déroulait traditionnellement durant ce qu'on appelle l'hiver chez nous, et pour animer la saison touristique et développer la région, il a été déplacé en été. Cette année (2008), il devrait se dérouler les 3 et 4 août.
    On prévoit notre voyage vers ces dates, donc ? ;-P
    Le 12 Mai 2008, Béatrice a écrit:Super c'est juste quand je suis libre ... bon je finis de bosser le 31 juillet, on prend l'avion le 1er dans l'après-midi ou le 02 au matin et on y sera !!! Je déconne là mais ça me titille sérieux. As-tu une idée du prix d'un tel voyage ? je te soupçonne de t'être renseignée, hé hé hé
    Le 12 Mai 2008, Wapiti a écrit:Dis Béa, tu connaîtrais pas un bon forum de voyage pour te renseigner sur cette destination ?
    ;-p
    Sérieusement, j'ai effectivement jeté un oeil sur les circuits et tarifs proposés par mes agences de voyage-trekk habituelles... Avec eux, pour 15 jours au Ladakh, il faut compter entre 2500 et 2800 € (prix bien arrondis par le haut pour englober les frais à ajouter aux tarifs affichés) -dont un trekk, bien sûr-.
    En partant seuls, cela reviendrait bien sûr bien moins cher.
    Autre prix glané, par exemple, la chambre luxueuse d'hôtel de Mado et Gérard à Leh, en demi-pension, pour 41 € /nuit environ.
    ...
    Et tu parles que ça me titille sérieux moi aussi !!!!!!!
    Le 12 Mai 2008, Naly a écrit:C’est beau Wapiti, on s’y croirait…
    J’ai des proches qui ont fait le Tibet, le plus galère c’était le visa (prévoir le voyage bien à l’avance)…
    Le 12 Mai 2008, Béatrice a écrit:alors pour l'instant pour moi, ça va rester à l'état de rêve, bouh! tu me raconteras
    Le 12 Mai 2008, Nachwa a écrit:et pendant ce temps là, Vigdis, ils l'ont laissée où ?
    Le 12 Mai 2008, Jipi Gautama a écrit:Je suis passé 6 fois au Laddakh, écris moi si tu veux des renseignements
    Le 12 Mai 2008, Wapiti a écrit:Rassure-toi Nachwa :
    Vigdís a aussi ponctuellement participé au festival, gigotant dans les bras de son père.
    Et quand son très jeune âge nécessitait du calme, elle était tranquillement installée dans la demeure de Dingzhong, au côté de son petit garçon qui a à peu près le même âge, sous la surveillance de Lyne ou de sa fille aînée.

    Merci de la proposition Gautama.
    Dis-moi simplement : je n'ai pas dit trop de bêtises jusque là ? es-tu passé dans ces coins-là ? Cela ressemble-t-il à mes descriptions ?
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    LaMémoire

    Re: Un voyage au Ladakh

    Message par LaMémoire le Sam 4 Déc - 19:21

    Carte postale

    Bonjour tous !
    J'ai reçu une drôle de carte postale dans ma boîte aux lettres ce matin.
    Comme elle vous concerne aussi, je l'ai scannée pour vous :





    Original publié le 21 mai 2008 par Wapiti au Livistan : http://peuplevoyageur.spaces.live.com/blog/cns!D76DAB0F8562EBE1!2239.entry

    Le 21 mai 2008, Beatrice a écrit:L'idée est trop géniale Wapiti, Bravo
    gros bisous
    Le 21 mai 2008, Wapata a écrit:tu remercieras Mado pour la carte pour moi merci :-p
    Le 21 Mai 2008, Loun a écrit:lol
    Le 22 Mai 2008, Lahaut a écrit:Faut remercier le facteur pour avoir trouver le bon chalet avec cette adresse !
    Le 23 Mai 2008, Béatrice a écrit:Mais ce que tu ne sais pas Renaud c'est que Wapiti est une star dans la région depuis qu'elle a organisé cette rencontre. Le Conseil Municipal d'Annecy l'a remercié de cette initiative, le Conseil général a envoyé une lettre en recommandé à VF pour leur dire que leur attitude est inacceptable, le Conseil Régional lui a remis en cadeau une polenta égale à son poids : d'ailleurs elle s'est empressée d'aller la revendre sur les marchés, c'est pour ça qu'elle va pouvoir se payer des vacances au Laddhak !!! Et le facteur est tombé fou amoureux d'elle. Ah cette Wapiti, tout le monde l'adore
    Le 23 Mai 2008, Wapiti a écrit:8-O
    !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    Non mais j'y crois pas !!!
    Tu dévoiles ma vie publique et privée sur la place, comme ça, Béa ?!?!
    Ha bin c'est malin, ça !!
    ;-p
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    Re: Un voyage au Ladakh

    Message par LaMémoire le Sam 18 Déc - 13:10

    A la bifurcation des chemins ladakhis


    Phyang avait retrouvé son calme monastique après les deux jours de folie du « Gang sngong Tsedub ».
    Il avait bien fallu une bonne journée de repos à tous, et notamment à notre petite famille, pour remettre les pieds dans les bons sabots.
    Une journée, pas plus, avant que Gérard n’ait envie de repartir à la (re)découverte des merveilles ladakhies des environs.
    Mado l’avait alors suivi une journée de plus en excursion dans cette vallée de l’Indus, à la rencontre de ces blancs ou colorés gompas si célèbres et pourtant si secrets, et de ces petits villages isolés, véritables îlots de verdure au milieu d’un monde lunaire de gris et d’ocres.

    Ils avaient commencé par le plus récent et haut perché monastère de Rizong, la « forteresse de la montagne » nichée dans un cirque montagneux grandiose. En redescendant, un bref arrêt s’était imposé devant la nonnerie de Chulichen entourée de sa forêt d’abricotiers où moinillons et nonnes s’affairaient à la récolte des abricots. Dans la plaine, au milieu des champs verdoyants entourés d’abricotiers, l’ensemble remarquable d’Alchi avait mérité une longue visite de ses six temples dont les plus anciens datent du XI° siècle et qui abritent de merveilleuses fresques murales d’influence persane, des statues monumentales et des sculptures sur bois finement ouvragées. Enfin, sur la route du retour, ils n’avaient pas manqué le gompa de Likir, ni la citadelle de Basgo dont il ne reste que des ruines, deux temples et le premier mur à manis ladakhi.




    Rizong-Alchi-Likir-Basgo

    pour en voir plus et mieux :
    Rizong - http://voyages.alarracheproduction.fr/main.php?g2_itemId=665
    Alchi - http://fr.trekearth.com/gallery/Asia/India/North/Jammu_and_Kashmir/Alchi/
    Likir - http://fr.trekearth.com/gallery/Asia/India/North/Jammu_and_Kashmir/Likir/



    Mado avait suivi Gérard une journée de plus… Une journée, mais pas deux. C’en était trop pour elle !

    Certes Dingzhong et Lyne étaient adorables et s’occupaient merveilleusement d’eux, mais la vie à Pyang restait bien rudimentaire et la capacité d’adaptation de Mado avait atteint ses limites. Voilà quatre jours déjà qu’elle avait le sentiment de vivre, ou plutôt survivre, dans la poussière et la saleté, malgré toute la réelle propreté de la maisonnette de Dingzhong. Quatre jours qu’elle n’avait pu prendre de douche digne de ce nom, ni même se regarder dans un vrai miroir… Quatre jours qu’elle avait le sentiment de ne plus avoir d’intimité tant la promiscuité des deux familles lui pesait… L’idée de passer encore plusieurs nuits dans ces conditions l’insupportait. L’idée de devoir vivre encore plusieurs journées à s’accrocher désespérément à son siège du 4x4 dans les lacets escarpés des gorges traversées, ou pire, de randonner plusieurs heures (car Gérard avait cela en tête, elle en était sûre !) que ce soit au milieu des champs ondulants d’orge ou des pierriers acérés, l’angoissait. Elle avait sa dose de gompas et chörtens, sa dose d’« Om Mane Padme Oum », sa dose de sourires d’enfants aux joues brunies et sales, de lamas éclatants de zénitude en rouge et or, de caillasses, de paysages himalayens…

    Une semaine. Il restait une semaine avant le vol du retour. Elle ne pouvait imaginer cette semaine qu’à l’hôtel si moderne et confortable de Leh, une ville où elle aurait le sentiment de pouvoir vivre presque normalement -encore que, cette « normalité » citadine ladakhie soit bien loin de son standard de parisienne !-.

    Alors ce soir là, la discussion fut serrée, presque houleuse, malgré le chuchotement imposé par la présence de leurs hôtes dans la pièce voisine. Têtue comme elle savait l’être, Mado n’avait pas lâché le morceau. Sa décision était prise, et cette fois Gérard n’y pourrait rien. Restait à savoir ce que lui ferait.


    Le lendemain matin Gérard expliqua la situation à son ami : Mado repartait vers Leh avec Vigdís pour l’attendre, lui qui comptait bien profiter plus longtemps de Dingzhong, Phyang, Lamayuru et les kilomètres de sentiers caillouteux qu’il n’avait pas encore pu fréquenter ces derniers jours.
    Après des adieux très chaleureux à Dingzhong et Lyne, Mado et Vigdís ont donc été ramenées par Janghu (le frère de Dingzhong, « taxi » et guide durant ce séjour) et Gérard jusqu’à Leh où elles retrouvèrent par chance et avec bonheur la même chambre dans le moderne et confortable hôtel.

    Dans les jours qui suivirent, Mado retrouva avec plaisir des petites habitudes luxueuses : longue douche chaude aux senteurs parfumées des produits offerts par l’hôtel, grasse matinée sous la couette moelleuse, petit-déjeuner continental servi en chambre, raffinement de la cuisine de l’hôtel et de quelques restaurants précédemment repérés pour leur qualité, délicatesse des soins prodigués par les mains habiles du personnel du centre de bien-être… Entre promenades tranquilles en centre-ville entre marché et boutiques, badinage avec quelques touristes aux conditions de vie similaires aux siennes, pauses lectures ou cartes postales à l’ombre rafraîchissante du jardin, elle ne s’est pas ennuyée.

    De son côté, Gérard non plus ne s’est pas ennuyé.
    Certes était-il un peu déçu de ne pouvoir partager la suite avec Mado, mais finalement ravi d’avoir retrouvé une certaine liberté, et bien décidé à profiter pleinement de ce trop court séjour himalayen…



    Original publié le 11 juin 2008 par Wapiti au Livistan : http://peuplevoyageur.spaces.live.com/blog/cns!D76DAB0F8562EBE1!2449.entry


    Le 11 Juin 2008, Lahaut a écrit:Enfin la suite des aventures de Gérard et de Mado est arrivée !!!... J'ai failli attendre !!!
    Bon la prochaine fois Gérard, tu envoies ta gonzesse au Club Med de la Martinique et tu pars tout seul vivre ton aventure sans boulet aux pieds !!!!!
    Le 11 Juin 2008, Lutine a écrit:Je me demandais si nous aurions une suite avant la première dent de Vígdis !!!
    Voilà comment il faut organiser ses vacances en couple pour que les deux profitent et ne s'ennuient pas.
    Le 12 Juin 2008, Béatrice a écrit:J'adore toujours autant les commentaires de Lahaut, ça c'est avoir su garder son coeur d'enfant. Il est tellement dans le récit qu'il en parle à chaque fois avec les personnages. Je trouve ça beau.
    C'est vrai que c'est une bonne façon de voyager à deux, chacun s'y retrouve et se sent heureux.
    Tu es en train de le préparer tellement bien ce voyage Wapiti que c'est surement du prémonitoire pour toi tout ça !!!
    Le 12 Juin 2008, Wapiti a écrit:"Tu es en train de le préparer tellement bien ce voyage Wapiti que c'est surement du prémonitoire pour toi tout ça !!!"
    Voyager au Ladakh, oui j'espère bien que cela m'arrivera un jour ! (et pas trop lointain de préférence)
    Mais pas dans ces conditions, avec une Mado (ou équivalent masculin) dans mes bagages !! Ha non alors !!
    Non, je préfèrerais un beau brun... aimable... amateur de simplicité, de randonnées, de grands espaces...
    ;-p
    Le 12 Juin 2008, Wapiti a écrit:Ha, au fait, question :
    Pour la suite du voyage de Gérard, vous préférez la version courte ou la version longue ??
    Le 12 Juin 2008, Béatrice a écrit:ben quelle question ... la version longue. Et t'as pas moyen d'un coup de baguette magique qu'il m'emmène avec lui ???
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    Re: Un voyage au Ladakh

    Message par LaMémoire le Sam 18 Déc - 13:34

    Randonnée himalayenne (1/2)


    A l’unanimité de… Béatrice ! ce sera donc la version longue.
    Chaussez vos godillots et vos lunettes de soleil… et Lahaut, n’oublie pas ton bob ! clin d'oeil C’est parti :



    Mado confortablement installée à Leh, Gérard et Janghu sont rapidement revenus à Phyang pour organiser les jours suivants. Gérard avait une féroce envie de randonnée, Dingzhong et un de ses jeunes amis lamas étaient prêts à le suivre. La fin de journée fut occupée à choisir le circuit (tâche hautement complexe au vu des innombrables potentialités des alentours et des contraintes terribles de temps de notre ami Gérard !), prévoir quelques provisions et boucler rapidement les sacs.

    Le lendemain, avant le jour, le 4x4 de Janghu reprit la direction de la verdoyante vallée de l’Indus, puis la route inoubliable entre Alchi et Lamayuru qui serpente à flanc de montagne en une succession de virages serrés, bordés de précipices impressionnants et qui dévoilent à chaque détour de nouveaux chaos aux formes et couleurs variées dans le matin grandissant.

    Janghu a déposé la petite troupe au village de Lamayuru. Gérard et son escorte monastique ont commencé par grimper vers le gompa, l’un des plus anciens et mystérieux monastère du Ladakh, perché dans un cirque rocheux surréaliste de cheminées de fée et de mer de sable pétrifiée aux couleurs irréelles.
    Autour et dans l’enceinte des temples, Gérard a pu contempler les fresques anciennes, les belles statues et sculptures, la collection de manuscrits sacrés en vitrine, les thangkas, les mandalas, les chortens,… sans oublier la grotte où Naropa, le sage Indien, médita plusieurs années avant de devenir le lama du Yuru. Dingzong, pendant la visite, n’a pas manqué de relater à son ami les contes et légendes de la création de ce monastère Bonnets Rouges fondé au XI° siècle par Rinchen Zangpo et qui abrite aujourd’hui près de 200 lamas et moinillons.

    plus et mieux : http://fr.trekearth.com/gallery/Asia/India/North/Jammu_and_Kashmir/Lamayuru/

    Gérard est heureux de cette visite et de constater les rénovations qui ont eu lieu depuis son premier passage. Mais tout comme son ami, il ne peut s’empêcher d’être déçu et agacé devant la bétonisation croissante du site et son invasion touristique poussant immanquablement à la folklorisation de pratiques religieuses ancestrales... Il a hâte de se retrouver sur des sentiers plus naturels et plus isolés, même s’il sait que le circuit qu’ils ont choisi reste un classique des agences et qu’il y croisera probablement pas mal de groupes. Le tout est de savoir décaler les horaires et bivouacs…

    C’est donc avant midi qu’ils partent de bon pied, pour devancer tous les éventuels groupes qui déjeunent généralement avant de débuter leur trek.
    Ils descendent rapidement vers le village de Lamayuru, en prenant néanmoins le temps de se retourner pour admirer la vue sur le monastère, traversent le ruisseau avant d’entamer la montée graduelle dans la petite vallée aride qui mène au col du Prikiti-La où ils s’offrent une pause déjeuner.
    Vient le temps de la descente dans des gorges étroites et labyrinthiques qui mènent au village de Shilla, rapidement traversé, avant de continuer par une large vallée verdoyante qui leur permet d’atteindre Wanla et son gompa qui domine le village, perché sur le flanc de la montagne. Une petite visite et le petit groupe s’éloigne, profitant du temps qu’il leur reste avant le soir pour mettre de la distance entre eux et les camps encore déserts mais qui seront immanquablement envahis pour la nuit.
    Au terme d’un peu moins de 5 heures de marche, la tente est dressée au milieu de nulle part, mais au calme. Il fait bon. Gérard est content des sensations qu’il retrouve, il semble avoir la forme, se réjouit d’avoir arrêté de fumer dès le moment qu’il avait su devenir père, et ne craint pas les problèmes liés à l’altitude, bien acclimaté depuis une semaine. Ce trek commence donc sous les meilleurs auspices.

    ~~~

    Levés avec le jour, les trekkeurs se réveillent autour du petit gaz et d’un thé bouillant accompagné d’une galette d’orge. Ils reprennent leur chemin sur la rive droite de la rivière Yapola, et atteignent bientôt le village de Phanjila, véritable oasis où le jeune lama retrouve un cousin qui les invite à une pause gurgur tcha et abricots.
    Pour ne pas perdre leur précieux décalage avec les groupes et leur sereine solitude, ils ne s’éternisent pas en ces lieux de quiétude, et repartent pour s’enfiler dans une vallée étroite où le sentier coupe sans cesse le torrent et les conduit lentement jusqu’au village de Hinju entouré de champs d’orge.
    A l’ombre d’un saule, assis sur un muret de pierres, ils apprécient de manger enfin un morceau et la présence d’enfants rieurs surpris de cette équipée peu ordinaire : un occidental portant seul son barda, sans ânier mais accompagné de deux lamas.
    Après Hinju, la douce et très longue montée les mène dans un paysage qui devient à nouveau aride et offre des couleurs de roches variées et encore sublimées par les jeux de lumière provoqués par les nuages.
    Ils dressent leur bivouac en amont d’Hinju, espérant que personne n’aura l’idée de monter jusque là. La chance semble avec eux et seuls quelques spécimens de la faune sauvage viendront leur rendre une brève visite. L’atmosphère s’est rafraîchie, faute à l’altitude un peu plus élevée, à plus de 4000 m, et au bref orage qui a crevé le ciel en fin d’après-midi. Mais rien ne peut gâcher le plaisir de Gérard.

    ~~~

    En ce troisième jour de trek les attend leur premier grand col : le Konske-La qui flirte officiellement avec les 5000 mètres d’altitude. En suivant un petit cours d'eau notre trio rejoint un alpage parsemé de géraniums, campanules et autres espèces florales croisées dans les vallées alpines. L'ascension devient alors plus raide pour les mener en plus de 3 heures au col où ils s’offrent une longue pause admirative.
    Gérard se délecte de ce sentiment de côtoyer les nuages de col en col, de dominer ces paysages magnifiques où chaque vallée, chaque montagne offre un spectacle à la fois si différent et aussi grandiose que les précédents. De quoi faire oublier les chemins poussiéreux, le soleil aveuglant et entêtant, les pieds qui butent dans les caillasses, les passages où les cuisses semblent ne plus vouloir monter le moindre kilo, où les genoux grincent dans les descentes, les épaules sont meurtries par la charge, le souffle manque…
    Après avoir profité du joli point de vue, il est l’heure d’une nouvelle descente d’abord abrupte, puis qui se fait plus douce par les pâturages. C’est là que prend naissance un ruisseau qu’ils suivent jusqu’à Sumdachenmo.
    Comme à leur habitude, ils délaisse volontairement les campements installés aux abords et profitent de leurs connaissances locales pour s’installer dans le village même, sur le terrain d’un ami qui leur offre ce soir le couvert. Et, grand luxe, une bassine d’eau chaude pour le débarbouillage, un véritable confort après les ablutions quotidiennes à l’eau glacée des torrents.
    Après la visite incontournable au petit gompa local, c’est une veillée amicale qui débute. Ce soir, on veillera un peu plus tard, à jouer, discuter et rire, les panses remplies et les gosiers bien arrosés de tchang…


    Original publié le 13 juin 2008 par Wapiti au Livistan : http://peuplevoyageur.spaces.live.com/blog/cns!D76DAB0F8562EBE1!2462.entry


    Le 13 Juin 2008, Béatrice a écrit:C'est drôlement chouette Wapiti, j'ai hâte de lire la suite. Mais dis moi, ce n'est pas le genre de randonnées pour moi ça, ça a l'air quand même dur. J'imagine qu'à 5000 mètres, avec ce que je fume, je ne pourrai plus respirer. Pour en revenir à Gérard, c'est un chouette mec, t'en aurais en stock des comme ça ???!!!!
    Le 13 Juin 2008, Wapiti a écrit:En fait, avec une bonne acclimatation, un bon randonneur alpin ne rencontre pas de problème majeur particulier en ces hautes sphères ; il marche plus lentement, c'est tout (et ne s'amuse pas à piquer un sprint pour aller prendre une photo à gauche ou à droite). Qu'il soit fumeur ou pas.
    Mais c'est pour d'autres raisons (plus personnelles et actuelles) que je ne peux que te conseiller d'arrêter de fumer, vite. ;-(

    Quand à Gérard, c'est comme Yann et François : j'en ai des tas en stock... dans mes rêves !!!!
    Sinon, tu crois que je serais là à raconter leurs histoires imaginaires plutôt que d'en profiter pour de vrai ?!?!
    Et Gérard... qu'est-ce qu'il a changé depuis que Glatch l'a créé il y a 6 mois !! Je vous promets, ça vaut le coup de relire ses premières apparitions chez le Peuple Etrange ! 8-o
    Le 13 Juin 2008, Lahaut a écrit:Et heureusement que le Konske-La car si le Konsk n'était pas là ce serait bien plat ce paysage !!!

    Gérard , mais pourquoi est tu parti pendant l'euro de foot ? il y a plein de matches à la télé et avec de la San Miguel c'est parfait ! !!!
    Gérard fait plus de photos aussi car c'est toujours agréable de voir de beaux paysages pendant ton récit !!

    Lahaut (Je n'ai pas oublié de mettre mon bob pendant la lecture !!)
    Le 14 Juin 2008, Mamina a écrit:Encore un bien joli récit... expliques-moi Fredérique, tu y es allée ? tu vas y aller ? ou tu as l'intention d'y aller ?... en tous les cas, nous, c'est comme si on y était !!! bisous
    Le 14 Juin 2008, Wapiti a écrit:Comme vous, Mamina, c'est comme si j'y étais quand je fais les recherches et vous écris tout cela... (enfin, presque !)
    Je n'y suis pas allée, j'ai l'intention d'y aller, donc je vais y aller ! ;-)
    Le 14 Juin 2008, Wapiti a écrit:Quant aux photos, cher Lahaut, sache que Gérard en fait beaucoup, puisqu'il a fait de la photographie son occupation professionnelle, mais...
    1°) il ne me les a pas confiées...
    2°) je n'en ai pas de mon propre cru (et pour cause, je n'y suis pas encore allée au Ladakh !)
    3°) je rechigne à en "piquer" sur le net... et mon honnêteté légendaire me travaille déjà suffisamment au regard des premiers "emprunts" que j'ai effectués précédemment pour mes petits montages...
    Mais vous n'avez qu'à lire, puis fermer les yeux et imaginer !
    ;-p
    Le 14 Juin 2008, Lahaut a écrit:Bon dommage pour les photos !!(pas sympa le Gérard de ne pas te les avoir confiées!)
    Mais bon, si je ferme les yeux , je ne vois rien, il fait tout noir !!!
    Merci pour la version longue et pour la version courte aurais tu seulement fait :Gérard monte sur le Konske -La puis redescend l'autre coté ???
    Le 15 Juin 2008, Wapiti a écrit:pour la version courte, tu n'en es pas très loin Renaud.
    Cela aurait pu être quelque chose du genre :
    En 5 jours de trekk, Gérard et ses deux amis montent, descendent, remontent, redescendent... en passant par le Prikiti-La, le Konske-La et le Dungdunchen-La pour rallier Lamayuru à Chilling. En chemin, ils auront vu et rencontré...
    Mais finalement, si cette rando himalayenne ne vous a pas trop fatigués, c'était mieux en version longue.
    :-))
    Wapiti
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    Re: Un voyage au Ladakh

    Message par LaMémoire le Sam 18 Déc - 13:57

    Randonnée himalayenne (2/2)


    Sumdachenmo, petit village au creux d'une haute vallée ladakhie.

    Après la soirée prolongée de la veille, le réveil des marcheurs est ce matin tardif, tout en lenteur et légèrement douloureux pour Gérard qui accuse un peu le coup en ce quatrième jour de randonnée, ce qui ne l’étonne pas mais ne l’inquiète pas non plus : l’étape du jour sera courte.
    Le temps aussi aujourd’hui a du mal à se lever. De lourds nuages s’accrochent aux sommets environnants et assombrissent la matinée. Heureusement un petit vent va dégager progressivement ce ciel et offrira une belle après-midi ensoleillée.
    En « décollant » vers 11h Gérard, Dingzhong et le jeune lama se retrouvent à marcher de concert avec une famille de Français et son guide-ânier. Leur compagnie est agréable, le jeune lama amuse les enfants, et c’est ensemble qu’ils descendent le long de la rivière, la traversent et entament la montée assez raide. Le rythme est lent et les pauses régulières pour récupérer du souffle et apprécier la beauté de la dentelle d’aiguilles qui s’élancent vers le ciel, des immenses dalles rocheuses et des pierriers sans fin aux variations de violets et de verts. Univers vertical et minéral.
    Enfin le sentier s’aplanit et mène tranquillement la petite troupe au camp de base sous les barrières rocheuses, au pied du prochain col. Chacun trouve alors son espace pour la nuit. C’est le temps du repos au milieu du pré de fleurs sauvages dont les étonnantes edelweiss, avec l’observation des nombreux tahrs de l’Himalaya (chèvres sauvages) qui se promènent sur les versants, et la visite de quelques yacks.
    En soirée le ciel parfaitement dégagé et sans lune offre un spectacle dont Gérard ne peut se lasser. Les myriades d’étoiles sont ici si étincelantes, semblent si proches. L’astronome amateur qu’il est se régale du spectacle dans ce ciel si pur.

    ~~~

    Le ciel s’éclaircit à peine que notre trio plie déjà ses affaires, avale rapidement un thé et se lance dans la montée à l’heure où le campement s’ébroue doucement de la torpeur nocturne, les équipes locales préparant le petit-déjeuner des trekkeurs encore endormis.
    La pénombre est telle au démarrage que Gérard doit commencer à marcher à la frontale pour éviter des rencontres malheureuses avec les caillasses tranchantes à fleur de sentier. La montée est raide et malgré la fraîcheur matinale et la bonne forme physique retrouvée, il leur faudra une bonne heure trente pour atteindre les premiers le col du Dungdunchen La.
    Comme à chaque col, les drapeaux à prières claquent au vent au-dessus et autour du chorten ou de l’amas pyramidal de pierres surmonté d’un mât. Comme à chaque fois, Dingzhong ou son ami en accroche une guirlande multicolore supplémentaire, accompagnant leurs gestes de prières et de ferveur. Que les vents dispersent aux dieux ces prières !
    Dans la clarté croissante de l’Est qui n’a pas encore dévoilé son disque solaire, se dresse un paysage accidenté magnifique, avec une vue portant loin sur les nombreuses vallées et sommets du grand massif himalayen ladakhi, et notamment les arêtes du massif du Kang Yatse, et le sommet du Stok Kangri… A leurs pieds, 1300 mètres plus bas, ils devinent au fond de la vallée encore dans l’ombre la trace lumineuse du fleuve Zanskar qui serpente au cœur des roches. Dans quelques heures ils seront sur ses berges, mais pour l’instant ils goûtent au bonheur de dominer un coin de monde.
    Gérard savoure cette sensation qui le gagne souvent en montagne, une fois le haut sommet atteint : tout ce qui est à ses pieds lui appartient pour un instant, l’instant de récompense de l’effort fourni. Quelques minutes ou heures où il se sent comme détaché du monde d’en bas. Mais en résonance intérieure, une grande humilité le gagne instantanément. Il se sent alors si petit, si faible, si ignorant. Simple être humain, véritable poussière dans cet univers. Créé par une puissance supérieure, Dieu ou Dame Nature, être totalement dépendant des autres forces naturelles. Un électron minuscule parmi les composants d’une construction pluri-millénaire, véritable cathédrale naturelle.


    Om Mani Padme Oum

    L’approche du premier groupe sort les lamas de leur méditation et Gérard de sa contemplation rêveuse. Il est temps de reprendre pied sur terre, de revenir à sa dimension humaine. Sans échanger un mot ils se lèvent, reprennent leur charge et entament la dernière et très longue descente.
    Celle-ci commence doucement par un bon sentier qui court à flanc de montagne, au milieu des fleurs, de l’herbe rase et des roches. Nos marcheurs y croisent quelques belles marmottes et une harde de bharals, ces bouquetins himalayens. En cheminant ils admirent encore l’incroyable variété de roches aux tons noirs, violets, verts et oranges…
    Passés les alpages avec leurs troupeaux caprins et bergeries, la sente se fait ensuite plus raide et s’enfonce dans des gorges, traversant plusieurs fois le torrent qui dégringole vers Chilling. Dans cette longue descente, les genoux souffrent, les pieds butent et glissent, la fatigue se fait sentir. Une brève pause déjeuner sur les rochers au bord du torrent permet de casser le rythme et de reprendre quelques forces.

    Enfin atteignent-ils les rives du large fleuve Zanskar et les abords cultivés et ombragés de saules et abricotiers du village de Chilling. Ils sont en avance sur le rendez-vous donné à Janghu, ce qui leur donne le temps de se reposer un peu et surtout de faire quelques achats. En effet Dingzhong en profite pour approvisionner son monastère auprès des artisans népalais de Chilling réputés pour leur travail des matériaux non ferreux comme le cuivre, l’argent et l’étain, tant dans les ustensiles de cuisine (pots à tchang et théières, bols, cuillères…) que les objets de culte (coupes, clochettes, trompes télescopiques…).

    Quand Janghu arrive enfin, ils les trouve attablés avec un artisan autour de galettes de tsampa, d’un gros panier d’abricots et de bolées de tchang.
    En regardant Gérard, il lui dit dans son mauvais français : « Ton femme pas toi aimera ! » et éclate de rire. Gérard rit aussi de bon cœur, il imagine bien la tête qu’il doit avoir après cinq jours de trek dans la chaleur et la poussière himalayenne. Il se sait hirsute, avec une mauvaise barbe de sept jours, les traits creusés par la fatigue réelle de cette dernière journée de marche, bruni de soleil et de poussière, les lèvres desséchées, les vêtements auréolés de gris et de brun de poussière… Méconnaissable. Quant à l’odeur qu’il doit dégager, il imagine bien qu’elle ne dérange en rien ses amis Ladakhis mais qu’elle ferait hurler d’horreur Mado.

    Il leur faudra environ deux heures de trajet pour rentrer, avec la mauvaise piste qui longe le Zanskar jusqu’à son confluent avec l’Indus où ils retrouvent la route principale avant de s’enfiler dans la vallée de Phyang. Gérard apprécie alors grandement le baquet d’eau bien chaude que Lyne a préparé à son intention, ainsi que de pouvoir se raser et enfiler des vêtements propres.

    ~~~

    Le lendemain matin, Gérard prendra congé de Dingzhong et Lyne en les remerciant chaleureusement pour leur hospitalité si généreuse en leurs si simples et modestes conditions de vie. Ce ne sont pas des adieux, Gérard leur promet et se promet de revenir encore une fois.
    A Leh, il retrouve avec plaisir une Mado impatiente de rentrer à Paris et sa petite Vigdís toute bronzée qui lui fait l’honneur de ses premiers pas accompagnés d’un distinct « papa » pour atterrir dans ses bras pour un gros câlin.
    Alors s’entame le long trajet de retour, via la chaleur moite de Delhi et la fraîche et sèche climatisation du vol international.

    ~~~



    Et puisque me lire et fermer les yeux ne suffit pas, puisqu'effectivement ces paysages sont magnifiques et qu'il serait dommage que vous ne puissiez les entrapercevoir, quelques références photographiques :

    ~ Lamayuru – Wanla : http://www.partirou.com/inde/ladakh/photos_trek_lamayuru-wanla.html et http://www.ona.vu/Documents/detail.php?lieu=Lamayuru&record_compteur=0

    ~ Wanla – Phanjila : http://www.ona.vu/Documents/detail.php?lieu=Wanla&record_compteur=0

    ~ Phanjila – Konske-La : http://www.partirou.com/inde/ladakh/photos_trek_phanijla-camp_konkze_la.html et http://www.ona.vu/Documents/detail.php?lieu=Hinju&record_compteur=0

    ~ Konske-La - Sumdachenmo : http://www.partirou.com/inde/ladakh/photos_trek_camp_konkze_la-sumda_shenmo.html

    ~ Sumdachenmo – Lanak-La : http://www.partirou.com/inde/ladakh/photos_trek_sumda_shenmo-camp_lanak.html et http://www.ona.vu/Documents/detail.php?lieu=Sumdo%20Phu&record_compteur=0 et http://www.ona.vu/Documents/detail.php?lieu=Lanak&record_compteur=0

    ~ Lanak-La – Chilling : http://www.partirou.com/inde/ladakh/photos_trek_camp_lanak-chilling.html et http://www.ona.vu/Documents/detail.php?lieu=Chiling&record_compteur=0

    ~ cliquez sur la 1ère photo de ce carnet pour avoir un petit diaporama du trekk : http://www.ddupuis.info/articles/view.php/266/lamayuru-chilling

    ~ et enfin un espace perso et un site aux photos magnifiques qui vous raviront certainement autant que moi :
    Papillon Voyageur - http://soniacabela.spaces.live.com
    Ladakh, un pays haut perché - http://indeetnepal.blogspot.com





    Original publié Wapiti le 15 juin 2008 au Livistan : http://peuplevoyageur.spaces.live.com/blog/cns!D76DAB0F8562EBE1!2478.entry


    Le 15 Juin 2008, Béatrice a écrit:C'est le genre de rando qui m'a toujours fait rêver. Tu parles du fait de ne pas pouvoir se laver, de se sentir mauvais ... en fait c'est une sensation que j'aime bien. C'est comme avoir tout le voyage encore sur toi, je ne sais pas trop comment l'expliquer mais j'aime.
    Le 16 Juin 2008, Lahaut a écrit:J'ai cliqué sur quelques liens et effectivement cela donne envie d' aller suivre les traces de Gérard !!!
    J'espère que Gerard racontera son périple à Mado et lui montrera ses photos et qu'un jour elle changera d'avis pour découvrir un pays de façon plus rustique !!

    Beatrice!! alors tu ne prends jamais de douche en voyage ? hé bien je n'irai jamais te chercher à l'aéroport quand tu rentres de voyage !!! Aprés 1 semaine de marche, tu ne dois pas sentir le parfum Channel n 5!! Bon l'avantage, tu as de la place autour de toi dans l'avion !!!

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    Re: Un voyage au Ladakh

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