Le Village du Peuple Etrange Voyageur

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Voyage ton reve: extraits d'un journal de bord qui s'etala sur un an

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Message par Lilie le Sam 21 Avr - 22:56

22 mars 2007

Au Pays du Bonheur

J’avais prévu ce matin de partir à huit heures et demi pour Cafayate. Couchée à quatre heures après une veillée autour de la guitare (j’ai entre autre découvert l’existence de la Maitresse d’école de Brassens !), je n’ai pas entendu l’alarme de ma montre et quand j’ai ouvert les yeux, il était dix heures et demi. Merde ! Ça m’a fait chier, je n’avais pas envie de passer une journée de plus à Tafi, bien que joli, mais j’avais envie de continuer ma route.
Greg, le rouleur de sa bosse qui fait route avec moi depuis quelques jours, a loupé le réveil lui aussi. Sans se concerter, on décide tous les deux de prendre le bus de milieu de journée pour Amaicha, un blède qu’on nous a conseillé. Je regarde mon Lonely Planet : ça n’est pas dessus. Tout ce que j’en sais, c’est qu’il y a une cascade et que c’est un endroit plein de « buenas ondas » comme on dit ici. L’Argentin qui jouait de la gratte hier soir nous dit qu’il y va aussi. On part donc tous les trois.

La route qui nous y mène est magnifique, ça grimpe, ça lacète, des champs de cactus à perte de vue dans la vallée. Au bout d’une heure environ, le bus s’arrête. Une tripotée de mômes vêtus de blouses blanches embarquent. C’est la sortie de l’école. Une petite fille s’assied à côté de moi. C’est Veronica, huit ans, la morve au nez, les pommettes roses, le teint brun, de grandes noisettes aussi noires que ses cheveux. Elle s’est faite un tatouage de bonbon à moitié effacé sur la main gauche (elle doit être droitière je présume). Je lui dit que moi aussi j’ai un tatouage. Je lui montre, c’est un « gnomo » je lui dis. Elle me demande d’où ça vient et je lui dit qu’il vient d’une toute petite île, toute petite, très loin d’ici, où il y a plein de gnomos et que si t’arrives à en attraper un, il te porte chance pour toute ta vie. Moi, j’ai attrapé celui-là et depuis il me porte chance. Elle a à peine le temps de me montrer son cahier d’écolière qu’il faut qu’elle descende. Là, je me dis que ma journée, finalement, tourne bien.


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Message par Lilie le Dim 22 Avr - 11:13

On arrive à Amaicha, on va au camping que tout le monde nous a conseillé. Un petit vieux, torse-nu, nous attend, clope en main, assis à sa table posée sur très-tards. Douze pesos pour la nuit, on a une chambre quatre lits, impeccable. Il nous conseille un endroit au coin de la rue où on mange bien pour trois ou quatre pesos : El Cardon. Une très belle demoiselle et sa maman tiennent cet endroit-cantine peint en blanc avec de jolies petites peintures pour décorer les murs.

Buenas ondas il y a dans cet endroit, c’est sûr ! Elles sont adorables ces nanas ; on papote, on papote, on papote avec elles... Ma milanesa con papas est faite maison, un régal ! Le tout pour sept pesos, boisson incluse !

Le ventre bien plein et le sourire aux lèvres, on se pose au camping et c’est vers seize heures trente qu’on décolle pour aller à la cascade, un peu plus haut, à sept kilomètres. Le soleil tape très fort. On avance de bon pas tout de même. Très vite, je m’aperçois que ce blède est bien différent de ce que j’ai vu jusqu’à présent. A des années lumière de Buenos Aires, bien loin d’Ushuaïa, de los Antigos, de la Patagonie chilienne, même de Tafi, le blède où j’étais encore il y a quelques heures. Les gens d’ici sont très typés, descendants des indiens autochtones d’avant la colonisation. Les maisons sont en pierre, très rustiques. Le cheval est dans l’enclos à côté de la maison, avec un abri en toit de paille supporté par des piquets en bois pour le protéger du caniar ; les poules sont sur le seuil de la porte de la maison ; les morveux jouent avec une roue de vélo qu’ils poussent en la tenant par les côtés de l’axe du milieu.

Il y a une camionnette qui se trimballe de chemins en chemins, annonçant sa cargaison de patates, de bananes, de pêches, de salades, de raisins et autres à l’aide d’un gros haut-parleur attaché sur le capot. On lui achètera pour un kilo de fruits, le tout pour deux pesos. On continue notre chemin, bordé de « hola ! » et de « buena’ que tal ? » à toutes les rencontres. On double un petit vieux, lui demande s’il veut de l’eau pour boire. Non merci, hasta luego ! . On arrive à une digue. On s’assoit dix minutes, à l’ombre des saules pleureurs, au pied du bassin, les cactus et les montagnes en face, avec en fond sonore, les chèvres, quelque part, là-bas. Les pêches qu’on a achetées au cul du camion sont délicieuses, les raisins, pareil. On repart, en route pour cette fameuse cascade qui nous attend non loin.

On arrive alors au pied d’un canyon rouge, blindé de cactus sur ses flancs. On aperçoit le cours d’eau. A cet instant-là, Martin, Greg et moi sommes pris d’une sorte d’euphorie soudaine. On ne voit pas la cascade encore, on l’entend seulement. On enlève nos godasses et, les pieds dans l’eau fraîche, on s’enfonce dans ce canyon tortueux qui s’élève tout autour de nous. Il faut grimper par une échelle en fer installée là, descendre ensuite un gros rocher, continuer dans ce couloir, les pieds dans l’eau encore quelques mètres, et là, cachée au milieu de ces immenses rochers polis et suinteux, la Belle. Pas une grosse cascade toute droite de plusieurs mètres, non, une cascade qui dévale ces gros blocs de pierre rouge, gracieuse et tellement forte à la fois. On est fous. On crie, on rit, au pied de cette Enfant de la Terre, tout comme nous le sommes nous aussi. Les gars restent en admiration. Moi, je ne résiste pas longtemps, je jette mon T-shirt sur le côté et vais me jeter, en pantalon et sous-tif, sous l’eau froide de la Belle ! Ah ! Ah ! Je me marre, je suis folle, une enfant ! Un bonheur immense m’envahit alors que l’eau glaciale dévale sur mon visage puis le reste de mon corps. Je vais enlever mon pantalon, et en petite culotte maintenant, j’éclabousse les gars pour les pousser à prendre la douche, et vais me jeter à nouveau sous la cascade ! Quelle force ! Les gars ne tardent pas à m’imiter. Puis, ils grimpent les deux-trois mètres de rocher pour voir plus haut. Ils m'aideront à y monter et, quand Greg sera en train de faire ses petits exercices de yoga, moi, je m’assiérai aux côtés de Martin sur un rocher pour me faire faire un massage des pieds dans l’eau fraîche qui dévale à torrents.

Ah ! Que la vie est belle ! Cet endroit est magique. Certainement la Pachamama qui la rend ainsi, la Terre Mère, que les gens d’ici représentent comme une vieille femme.

Oui, là, on la sentait très fort la Pachamama. Une osmose complète avec la nature, une joie inexplicable nous a envahis dans ce lieu magique.


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Message par Lilie le Dim 22 Avr - 21:52

Le soleil baisse, il faut maintenant partir. On sait que les sept kilomètres qui nous séparent du blède vont être longs, on va le faire de nuit, et bien qu’on espère trouver un camion pour nous ramener, on sait qu’on a très peu de chances parce qu’on n’en a pas croisé un seul, pas une seule voiture à l’aller qui descendait la montagne.

On quitte le court d’eau et on emprunte le petit sentier qui nous ramène en haut, sur le plateau qui domine la vallée. Et là, surprise ! Une camionnette garée là, deux hommes en sortant. Quand ils voient qu’on sort le thermos pour prendre le maté, c’est tout naturellement que l’un d’entre eux va chercher une livre de pain pour nous l’offrir. Ils ont la cinquantaine bien tassée. Ils sont de Tucuman et sont juste ici de passage. Et avant-même qu’on y pense, ils nous proposent de nous ramener à Amaicha ! S’il y a un dieu, il était avec nous aujourd’hui ! La PachaMama n’abandonne pas ses enfants dans ce coin de paradis.
Ils nous demandent d’où nous sommes. Quand je dis que je viens de l’Ouest de la France, l’un d’entre eux me demande comment s’appelle l’endroit d’où je viens exactement. J’ai à peine fini de prononcer le mot « Nantes » que les deux compères s’exclament en ouvrant grand les bras « Nantes !!! » et de se tomber dans les bras en disant « Nantes ! Mi Amigo ! ». Alors nous trois, on se marre, tout hébétés sans savoir la raison de cet engouement plus qu’inattendu. L’un m’expliquera alors qu’il a enseigné un peu à Nantes, au lycée Sacré-Coeur... Ça alors ! Quelle petite planète ! Ils nous parleront aussi un peu de l’histoire de la colonisation et des autochtones d’ici. On finit le délicieux pain (qu’il est bon le pain en Argentine !) et mes deux camarades et moi grimpons à l’arrière de la camionnette, les cheveux aux vents. On n’arrête pas de rire, de joie, sans autre raison, en répétant Ah ! Que linda vida ! et moi d’ajouter

- No puedo ser mas feliz que ahora ! (je ne peux pas être plus heureuse que maintenant)

Et puis, comme des gosses, avec les vibrations du chemin caillouteux, on passera la majeure partie du trajet à imiter les bêlements des chèvres qu’on a croisées en quittant la cascade. On se marre, pire que des mômes. La Lune brille de son berceau de lumière et la mélodie d’Hijo de la Luna de Mecano me vient en tête. Martin, musicos de profession, et Greg, musicos à ses heures, m’accompagnent aux vocalises. Les deux adorables grisonnants nous déposent près de la plaza ; on s’embrasse et on se souhaite bonne chance. Les étoiles brillent au-dessus de nos têtes quand on rejoint le camping. On a tous les trois un sourire continu aux lèvres.

Douche, papotage avec « El Gallego » (« L’Espagnol » parce que son père l’était), le proprio du camping, trois cervezas (en bouteille d’un litre ici) comme emplette et on retourne à notre cantine du midi. Et là, mon Dieu ! Quel moment de pur bonheur ! Juste des choses simples mais les meilleures du monde. Alicia est à préparer des raviolis quand on arrive. Quand je dis préparer, ce n’est pas ouvrir une boîte de conserve et mettre l’eau à bouillir, non. C’est mettre la viande dans la pâte qu’elle a faite elle-même, la recouvrir, l’amincir et couper les raviolis. Il y a des empanadas fraîches aussi qui n’attendent que nos bouches pour les déguster. Ah ! Mama ! De la nourriture comme ça, ça vient du ciel, je vous jure ! Une fée du fourneau cette femme! Et pis, quelle compagnie... elles sont adorables ces femmes. On partage nos bières avec elles, nous sommes les seuls ce soir dans cette cantine familiale. On y passera presque trois heures. Moi, c’est bien simple, juste assise, j’ai dit à Greg :

- J’arrête pas de sourire, j’ai l’impression d’avoir fumé un joint !

Il l’a traduit à Martin, qui a éclaté de rire. C’est vrai, je souriais non-stop, pour rien. Heureuse. Une journée de bonheur, vrai, simple.

Les gars viennent de se coucher ; en rentrant, je leur ai fait un bisou une fois qu’ils étaient dans leurs lits, en leur souhaitant bonne nuit. Martin de dire

- Ah ! Que bueno dia ! Que buena vida !

et Greg de répondre:

- Gracias para la buena compania y el bueno dia.

Aujourd’hui, oui, je peux le dire, j’étais au Pays du Bonheur. Greg avouera que c’est le plus beau jour de sa vie depuis il ne se souvient même pas, moi je dirai que c’est de loin le plus beau depuis le début de ce voyage. Le Pays du Bonheur, pour moi, c’était ici, à Amaicha, et aujourd’hui. Un pays sans frontière et intemporel. Il suffit juste d’être au bon endroit au bon moment et de se laisser guider par la Vie. Le pays du Coeur, de la Joie, et du Bien-être. La Vie quoi !


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Message par Wapiti le Dim 22 Avr - 22:12

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Message par Lilie le Lun 23 Avr - 10:16

Le lendemain


En me couchant hier soir, j’étais naze mais impossible de dormir : toute cette journée, tous les évènements me revenaient en tête, sans arrêt. Je crois même que je me suis endormie avec le sourire !

Ce midi, Martin et moi sommes retournés à El Cardon, avec deux autres mochileros (de "mochila", sac a dos) qu’on avait rencontrés à Tafi et arrivés ce matin à Amaycha. Comme hier, Alicia nous a offert son délicieux dessert au dulce de leche.

Greg est parti ce matin pour les ruines de Quilmes. Il devrait rejoindre Cafayate ce soir, comme nous. J’espère le revoir, je n’ai même pas son adresse e-mail et ne lui ai même pas dit merci pour tous ses conseils et tuyaux de routard, pour les soirées à la guitare, pour tous ces moments partagés.


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Re: Voyage ton reve: extraits d'un journal de bord qui s'etala sur un an

Message par Lilie le Lun 23 Avr - 21:05

Peut-être le 24 mars 2007

Le voyage au Pays du Bonheur continue.

J’ai retrouvé Greg hier soir, par hasard, autour d’une soirée barbecue entre hostels de Cafayate. On s’est écrit chacun un mot et puis quand il a lu ce que je lui avais écrit, il s’est levé : « T’es con, faut pas me faire chialer comme ça ! » et on s’est tombé dans les bras, en larmes, toute la tablée nous espionnant dans ce moment d’intimité publique. Il y a des gens, comme ça, qui croisent nos chemins et qui nous marquent pour la vie. Lui, je le connais depuis quoi ? Une semaine ? Mais comme je lui ai dit, même à quatre-vingt ans, quand je serai un poireau, je me souviendrai de lui. Il a la force tranquille de la vie. A seulement vingt-six ans, il a déjà tellement d’expérience ! Cuisinier de métier, pour moi artiste autodidacte. Trois fois le Pérou, il ma filé tous les tuyaux pour le Machu Picchu sans le faire en excursion touristique mais en longeant la ligne de chemin de fer du train qui mène à son pied. Il m’a parlé du chemin des Incas, des marchés où tu manges frais et tu ressors le ventre plein pour que dalle ; il m’a donné les tuyaux pour négocier. Il connaît la Bolivie aussi, pis la Suisse, le Maroc, l’Espagne où il est basé quand il ne vadrouille pas, le Québec, l’Italie ; il s’est tenté une traversée de l’Atlantique en bateau mais a fini en naufragé ; il m’a parlé de ses expériences de cérémonies au San Pedro avec les chamans au Pérou. C’est un habitué du stop aussi : à douze ans, il en faisait déjà pour rentrer de l’école au lieu de se galérer avec le bus...
Hier soir, quand il a pris la gratte, toute la tablée s’est tu pour l’écouter. Il dégage quelque chose de spécial ce mec. A quatre-vingt pijes, ce sera un sage, pour sûr !

Alors pour l’instant, nos chemins se superposent, je ne sais pas jusqu’à quand mais maintenant, j’ai son adresse e-mail. Et il m’a demandé de le tenir branché de la suite de mes aventures.

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Re: Voyage ton reve: extraits d'un journal de bord qui s'etala sur un an

Message par Lilie le Lun 23 Avr - 22:01

Aujourd’hui, avec Greg, Martin, un Français et une adorable Espagnole rencontrés à l’hostel de Tafi et un Argentin que Greg a rencontré hier, on est parti à la recherche d’une autre cascade. Oui, une autre ! Deux en deux jours !

On ne savait pas trop à quoi s’attendre. Le taxi nous a déposé au bout du chemin, à une cinquaine de kilomètres de Cafayate. On est dans les montagnes rouges et entourés de cactus. Le sentier n’est pas facile du tout, pas une promenade de santé ! Il faut traverser le rio en faisant attention à ne pas glisser sous faute de finir complètement trempé, et ce, je ne sais pas, bien une vingtaine de fois avant d’atteindre la cascade finale. Il y a treize cascades en tout, douze petites et la dernière, Ze Bioutifoul.

On a emmené du pain, du fromage, du jambon, du chorizo, des biscuits et deux bouteilles de vin. On s’arrête pique-niquer au pied d’une cascade qui fait genre jacousie à son pied. On a les chèvres autour de nous. Tous les six, comme ce qui s’était passé pour Greg, Martin et moi la veille, on n’arrête pas de répéter « Ah ! Que linda Vida ! Eso es la Vida ! » . On donne les dernières gorgées des bouteilles de vin à la Pachamama, pour la rivière, en la remerciant. Après le maté, on repart. Là, ça se gâte. Il faut s’aider de ses mains et faire attention à ne pas glisser en escaladant les rochers. Ce parcours peut-être dangereux par endroit, effectivement. Avec le ravin sous nos yeux, la concentration est exigée sur certains passages. On croise quelques personnes accompagnées de guides. Des fois, on envoyait Greg en éclaireur (enfin, il y allait de lui-même...) pour étudier le meilleur chemin. Avec lui, pas besoin de guide, trop fort !

Enfin, après deux ou trois heures d’efforts, la Grande, la Forte ! Là, une vraie cascade, comme dans la pub Thaïti, qui dévale d’une quinzaine de mètres le long d’un mur rocheux vertical pour se jeter dans un bassin, petite crique entourée de hauts rochers, avant de continuer sa course dans la rivière qui nous a menés jusqu’à Elle. On trempe timidement nos pieds, c’est très froid. D’autant plus que, contrairement à la journée précédente, le soleil est caché derrière un champ de coton volant.

Je me balade autour de cette cascade. Et puis, j’avance un peu plus dans le bassin, face à la Belle, l’eau jusqu’aux genoux. Elle m’émeut. J’enlève mon pantalon et retourne m’avancer dans le bassin, un peu plus près d’Elle, l’eau jusqu’à l’entre-jambes. Je sens sa force. C’est comme si elle m’appelait. Comme hier, je ne résiste pas et vais enlever mon haut et d’un pas décidé, sous les yeux ahuris et les cris de mes camarades, je vais prendre la douche sous l’eau pure de la Belle. C’est froid, très froid, mais je n’ai pas froid bizarrement. J’ai du mal à respirer sous la puissance des jets. Je suis maintenant le long du rocher, complètement immergée. Je me retourne, et m’adosse le long de ce gros rocher, les bras en croix, la tête en arrière. Je sens toute la force de l’eau, c’est comme si elle me pénétrait, je ne fais qu’une avec cette cascade, elle me donne sa force.
Quand je sors du bassin, je me sens comme purifiée, propre de l’intérieur. Les autres sont en admiration, ils se marrent aussi, surtout. Topi, l’Espagnole, m’a sortie une jolie photo : j’ai de l’eau jusqu’aux côtes et je suis adossée au rocher, les bras tendus, la bouche grande ouverte, vivant pleinement l’expérience. Martin, je lui ai passé le brin de folie et, comme hier, va m’imiter et les bras au ciel, face au rocher, lui assis, il prendra la douche fortifiante et purifiante.

Des instants uniques, encore et encore. Je me dis que je suis gratifiée, c’est impensable, autant d’expériences si merveilleuses en si peu de temps ! Autant de moments de joie, de bonheur, d’instants merveilleux partagés avec tous ces gens qui croisent mon chemin, j’ai une bonne étoile, et même plus ! Merci la Vie, merci de me donner la mienne, si belle !


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Message par Lilie le Mar 24 Avr - 15:23

Le dernier Lundi de mars

Hier, petite excursion le long de la Cabretta de las Cunchas, dans les alentours de Cafayate. Marche de deux-trois heures dans la jolie sierra, paysage lunaire parfois, peinture aux milles couleurs un peu plus loin. Mes cuisses me faisaient déjà mal en me levant, l’escalade des rochers de la veille jusqu’à la cascade ayant laissé ses marques. Hier soir, je marchais comme une femme prête à accoucher...

A l’hostel, quand je suis rentrée, il y avait ce couple de Québécois cinquantenaires dans le patio. Ils m’ont invitée à m’asseoir à leur table pour prendre un bout de pain, de fromage, et un verre de vin rouge... le cliché du bon (maudit ?) Français !

Jo et Francis, ils s’appellent. En 1999, ils sont partis un an au Mexique, en auto, avec leurs fils alors âgés de treize et dix-sept ans. Lui est peintre en bâtiment, à son compte. Elle, est infirmière. Depuis quelques années, ils ont choisi de vivre moins confortablement pour pouvoir voyager. Elle, est payée à 75%, sans vacances pendant six mois de l’année, ce qui lui permet ensuite de prendre six mois sans travailler tout en étant payée quelques temps à 75%. Lui, c’est surtout l’été qu’il travaille, pour refaire les façades abîmées durant l’hiver. Ils gardent leurs vieilles voitures et n'ont pas trois ou quatre télés comme les autres. Et pendant qu’ils voyagent, ils louent leur maison pendant la saison de ski.

Ils m’ont raconté quelques unes de leurs aventures de voyage. Entre autres, lors de ce voyage, lorsqu’ils étaient à Ushuaïa. Repas festif dans un hostel. S’y trouve ce photographe anglais, un peu timide, mal à l’aise à leur tablée. Au milieu de cette ambiance conviviale, l’homme se met à suffoquer, il est en train de s’étouffer. Les gens ne savent pas quoi faire, ils lui donnent des tapes dans le dos, sans succès. Jo s’est alors souvenue d’une technique qu’elle avait apprise autrefois, se met derrière le grand gaillard qui s’étouffe, et à l’aide de ses deux mains, presse l’estomac de l’homme. Au début, c’est du vin qui sort. Et puis, enfin, le gros morceau de viande presqu’assassin est expulsé de la bouche du presque mort. Ushuaïa, sans Jo, c’aurait été la Fin du Monde pour cet homme, effectivement. Héroïque, cette femme de quarante neuf ans, elle lui a tout simplement sauvé la vie !


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Message par Lilie le Mer 25 Avr - 12:02

Mardi 27 mars 2007

J’ai bien fait de changer d’avis ce matin sur la route à prendre pour me rendre à Cachi. De Cafayate, je voulais m’y rendre directement mais cela impliquait de prendre d’abord un bus, puis un taxi entre deux blèdes, puis un autre bus jusqu’à Cachi. La route est paraît-il très très belle mais cela me revenait à cent pesos: trop cher pour moi.

L’autre solution m’a t-on dit, la plus économique, c’était de prendre le bus direction Salta, de descendre à El Carril, un blède qui se trouve avant Salta. Et de là, essayer de choper le bus en provenance de Salta, direction Cachi. Il n’y a qu’un ou deux bus par jour qui partent de Salta pour Cachi, blède isolé qu’on atteint par des routes non goudronées de montagnes. A Cafayate, les gens m’ont dit qu’il faudrait sans doute que je passe la nuit à El Carril car par sûr qu’il y ait un bus pour Cachi à l’heure où j’arriverais, en milieu d’après-midi.

Quand j'arrive à El Carril donc, le bus me dépose dans la rue principale. Je ne vois rien qui annonce une hospedaje (particuliers qui louent une chambre de leur maison pour la nuit), un hostel ou autre endroit où dormir. Je vais au poste de police, le mec assis au bureau me dit que non, rien pour dormir ici... Je ressors, je demande à deux jeunes qui me disent qu’il y a une pension à huit quadras (blocs de maisons entre deux rues) d’ici. Je m’y dirige, demandant mon chemin à deux ou trois autres reprises. J’arrive devant ce resto-pension, trois hommes assis à l’intérieur. Je trouve le proprio qui me dit qu’il est complet et non, il me confirme que je ne trouverai pas d’autres hébèrgements dans ce blède. Il y a bien un hostel cependant dans un prochain blède, Chicoana, mais c’est à quelques kilomètres d’ici, sur la route de Cachi.

- Tu peux essayer de faire du stop, ou tu marches.

Je pars en me marrant, je me dis que c’est la première fois vraiment que je sors des sentiers battus, et que je n’ai d’autre allié que ma langue pour trouver où dormir cette nuit.


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Message par Lilie le Mer 25 Avr - 14:24

Alors avec mes deux sacs sur les épaules, un devant, un derrière, je me mets en route pour Chicoana.

Je suis hésitante à tendre le pouce au début. Une première voiture qui trace sa route, la deuxième pareil, la troisième une Renault 12 qui me fait signe qu’ils sont complets, ce que je constate facilement aux cinq têtes qui l’occupent. Je continue à marcher un peu, j’entends à nouveau un bruit de moteur dans mon dos, c’est un bus local. Je tends la main, il s’arrête. J’explique mon cas au chauffeur, que je me rends à Cachi mais que je cherche un endroit où me poser pour la nuit, on m’a dit que c’était possible dans le prochain blède. Oui, effectivement. Je monte dans ce bus plein de locaux qui me dévisagent, principalement des femmes et des enfants. Quelques kilomètres plus loin, le bus arrive dans un village ; j’aperçois une pancarte « hostel del Sol », et je descends là.

Je frappe à la porte de le-dit hostel, une femme m’ouvre. Oui, il y a de la place. Elle me fait visiter, c’est vide, pas un occupant. Le dortoir semble propre. Je lui demande le prix de la nuit. Vingt pesos, sans petit déj’. Non mais elle me prend pour qui, elle ?! Ça, c’est les prix en Patagonie, ici, dans le Nord de l’Argentine, j’ai pas tapé au-dessus de quinze pesos. Je lui dis que je vais voir, et je pars. Je rentre dans une boulangerie et je demande s’il y a un autre endroit où dormir ici, autre que cet hostel trop cher pour moi. Oui, elle croit qu’il y a une dame qui loue des chambres dans sa maison. Elle m’indique le chemin, que je redemanderai deux fois avant de frapper à la porte de Soña Dora. Une petite fille m’ouvre ; je demande si je peux dormir ici cette nuit. Elle part en courant et une petite dame d’une soixantaine d’années arrive quelques instants plus tard.


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Message par Lilie le Mer 25 Avr - 21:44

Oui, je peux dormir ici, c’est quinze pesos la nuit. Le prix me paraît raisonnable, je n’ai pas trop d’option dans ce trou perdu de toute manière et pis, au choix, je préfère dormir chez l’habitant que dans un hostel. Je demande à visiter quand même, avant d’accepter. Elle me fait traverser la maison ; il y a une femme assise à regarder la télé et la petite fille, à la table qui fait ses leçons d’écolière. On sort par le jardin et la chambre est une pièce dans le prolongement de la maison. Deux lits, deux armoires, deux chevets, une table et une chaise, et des matelas adossés le long du mur. La salle de bain familiale est à côté. Ça me paraît très correct, je prends. Soña se met alors à faire un peu de ménage dans la chambre, serpillère et désinfectant même dans la salle de bain, c’est impec’ ! Pis elle met de l’eau à bouillir pour mon maté... Je sens que je vais me plaire ici, c’est un de ces endroits où l’on vous fait sentir comme à la maison.

Le jardin, très grand, est très agréable, ombragé par un grand avocatier, des citronniers, d’autres arbres et quelques rangées de hautes vignes sur lesquelles il reste encore un peu de raisins de fin de saison. Deux chiens, le grincheux Jack et la caline Dalila, tiennent compagnie aux poules du fond du jardin, et à moi aussi, un peu. Je dis à Soña que je vais me balader un peu dans le village. « On va se promener, me dit-elle, tu veux venir avec nous ? » D’accord. Vicki, la petite fille, enfourche son vélo et nous partons toutes les trois.


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PS: ce passage doit sentir le réchauffé pour quelques-uns. clin d'oeil
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Message par Wapiti le Jeu 26 Avr - 18:48

Pas grave; c'est tout aussi bon réchauffé ! clin d'oeil


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Message par Lilie le Jeu 26 Avr - 21:15

Wapiti a écrit:Pas grave; c'est tout aussi bon réchauffé ! clin d'oeil

C'est juste encore plus indigeste. clin d'oeil


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Re: Voyage ton reve: extraits d'un journal de bord qui s'etala sur un an

Message par Lilie le Jeu 26 Avr - 21:51

Soña me dit qu’on va à la ferme familiale où on fait du tabac principalement, et du maïs aussi. Vicki est loin devant nous quand sa grand-mère me dit que cette petite fille a un grand frère mais que son papa lui manque. Je ne relève pas le sujet, n’étant pas sûre d’avoir bien compris, et par pudeur aussi, un peu. Vicki est sa petite-fille, et la dame un peu sauvage, qui était devant la télé à mon arrivée, sa fille.

Je remarque un concentré de vieilles voitures ici, encore plus rouillées et cabossées qu’ailleurs. Il y a quatre chevaux attachés à un arbre le long de la route. On leur refait une beauté. Deux hommes sont en train de ferrer l’un d’entre eux, et un autre est à couper la crinière d’un second équidé.

On arrive à la ferme, au coin d’une rue. Ce que je remarque d’abord, ce sont ces petits bâtiments en pierre, assez haut, tous alignés, avec sur la façade, une petite porte en bois. Autour de ces petites portes en bois, les pierres sont carbonisées. Des fours, me dis-je. Une tripotée de minots joue dans la cour. On avance sous un préau soutenu par des rangées de poteaux en bois que des fils de fer relient entre eux. On entend des voix de femmes dans le bâtiment en pierres d’à côté. Soña appelle quelqu’un.


- Si, veni ! veni !


On entre. Il y a quatre femmes dans cet endroit sombre. Rapidement Soña me présente, je suis une touriste française qui dort chez elle pour la nuit.

- Ah ! De Francia !


La dame la plus forte, que je devine être la patronne m’explique ce qu’elles font. Le tas devant moi, ce sont des feuilles de tabac, qu’on a étouffées dans les fours que j’ai vus en arrivant, avant de les mettre à sécher sur ces bâtons en bois qu’on étend ensuite sous le préau d’à côté, comme du fil sur le linge. On trie ces feuilles par catégorie de une à quatre, pis il y a les negros aussi. Les feuilles de catégorie une sont celles qu’on vend le plus cher. Ensuite, cette grosse femme sort, nous passons sous le préau et entrons dans le bâtiment d’en face. Là, ce sont quatre hommes qui travaillent. Ils mettent les feuilles en fagots, les humidifient avant pour ne pas qu’elles s’émiettent, et ces fagots sont ensuite envoyés à la coopérative pour transformer ces feuilles en tabac, qu’on exporte pour les compagnies cancéreuses de poumons. Soña me montre un tas de feuilles de tabac avec une tête désolée.

- Autant de travail pour que ça parte en fumée...

La grosse dame a ficelé des feuilles séchées qu’elle m’offre, le sourire aux lèvres. Je la remercie, en me demandant où je vais bien pouvoir mettre ce gros bouquet d’environ soixante centimètres de haut. Je me demande même l’espace d’une micro-seconde si je devrais l’accepter ; ces feuilles pour moi, ce sont autant de tunes en moins pour les bouches à nourrir. Et dieu sait si on a besoin d’argent dans cette ferme ! Son mari nous rejoint près du champ de maïs, derrière les bâtiments où un homme conduit un tracteur avec une machine attelée à l’arrière. On m’explique que c’est un tracteur qu’on loue. La discussion s’aggrave, on m’oublie. L’homme explique alors à Soña qu’il s’est renseigné pour acheter le tracteur dont on manque cruellement à la ferme. C’est quarante mille pesos, quarante mille pesos qu’on n’a pas évidemment... Je comprends aussi que la coopérative fait ses prix, comme partout dans le monde malheureusement, je me dis.

Sur la route du retour, Soña m’explique qu’ils travaillent beaucoup à la ferme, jours et nuits pendant quatre mois de saison nécessaires à la récolte et au travail du tabac. Un léger malaise me prend, moi, avec mes clopes dans ma poche. Je fais partie de ceux qui exploitent ces gens. Indirectement, certes, mais quand même... Je grillerai seulement deux cigarettes pour le reste de la journée, que je fumerai avec toute la culpabilité du monde en recrachant la fumée nauséabonde de l’injustice et de l’exploitation.


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Re: Voyage ton reve: extraits d'un journal de bord qui s'etala sur un an

Message par Lilie le Ven 27 Avr - 10:43

Plus tard dans la soirée, Josué, dix ans, arrive de bon train, me salue d’un bisous sur la joue et de la main sur l’épaule, tout naturel face à l'étrangère que je suis. Je suis encore surprise par la simplicité et la chaleur des gens d’ici.

Josué est le frère de Vicki. Il me tient compagnie un peu pendant que je mange mon sandwich-dîner du soir, alors que sa maman est devant la télé et que sa grand-mère et sa soeur sont parties à la messe de vingt heures (en France, c’est PPDA qu’on écoute en famille à cette heure là, pas le curé).
Encore un peu plus tard, je suis à lire dans le jardin quand Josué vient me demander si je veux me joindre à eux pour manger. Je refuse gentiment en expliquant que j’ai déjà mangé. Il revient deux minutes plus tard avec une assiette garnie de deux petites galettes de pommes de terre panées. Mal poli de refuser une seconde fois, je le suis et m’assieds à la table où dinent donc Josué, Soña, Vicki et sa maman dont je ne connais toujours pas le nom. Il y a la télé qui joue Disney Channel en noir et vert et il n’y a guère que Soña qui ne semble pas trop intéressée. C’est un film avec Jamie Lee Curtis qui joue la maman d’une ado chanteuse de rock. Et puis vient ce passage, où l’actrice propose un toast en l’honneur de sa fille. Elle dit qu’il y a quelques années, cela n’a pas été facile quand son mari est mort... Vicki sort de table, Josué se penche sous celle-ci et leur mère, assise à ma droite, s’essuie discrètement l’oeil. Oui, il n’y a pas d’homme autour de cette tablée familiale à laquelle on m’a gracieusement invitée... Je goûterai aussi la gélatine verte fluo en guise de dessert, celle-là même qui me répugnait en voyant les paquets dans les supermarchés. Chimique, texture bizarre, mais pas dégueulasse.

Sortie de table, je joue un moment avec les enfants. Ils m’expliquent comment ils jouent aux billes en traçant à la craie un petit triangle dans lequel on dispose trois billes qu’il faut dégommer. Ils me montrent les sauterelles, les papillons de nuits. Et vient dix heures passées, c’est l’heure d’aller au lit, il y a école demain.


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Re: Voyage ton reve: extraits d'un journal de bord qui s'etala sur un an

Message par Lilie le Ven 27 Avr - 12:22

Il est dix heures et demi, plus de lumière dans la maison et mis à part les cigales ou criquets qui chantent dans le jardin, tout le monde est couché. J’ai laissé un mot à la craie, sous le préau, dehors, pour Vicki et Josué, pour les remercier de leur compagnie. Demain, je pars pour Cachi et c’est Rosana, l’autre fille de Soña qui vient me chercher vers sept heures quarante cinq pour m’accompagner jusqu’à la place d’où je dois prendre le bus.

Elle est venue ce soir pendant que sa mère était à la messe. Elle est prof de sport dans les écoles de la région. Ses élèves ont entre quatre et quatorze ans, la plus petite école n’a que dix élèves au total, la plus grande une cinquantaine. La plus loin se trouve environ à une cinquantaine de kilomètres d’ici. Pour se rendre à l’une de ces écoles, elle doit prendre le bus et marcher ensuite pendant huit kilomètres dans les sentiers de montagnes. Pour revenir, elle descend ces mêmes huit kilomètres et rentre en stop. L’école en Argentine est obligatoire jusqu’à quatorze ans. Une journée normale débute soit à huit heures et finit à midi ou bien commence à quatorze heures et finit à dix huit heures. Après quatorze ans, les enfants peuvent faire trois années au collegio mais les parents par ici préfèrent souvent qu’ils arrêtent pour les aider aux champs.

Ça fait seulement deux mois que Rosana n’habite plus chez sa vieille. Elle habite dans cette petite maison que j’ai dû voir au fond du jardin, à la ferme. Sa vieille s’ennuie un peu depuis. Effectivement, Soña me dira plus tard que sa seule sortie, c’est d’aller à la ferme, elle n’a pas d’autre endroit pour sortir. L’hiver, elle tricote, ça l’occupe. Pis c’est aussi pour ça qu’elle loue cette chambre. Même s’il n’y a pas souvent de visiteurs, ça lui fait de la compagnie, et elle aime ça. Et bien, merci Soña. Merci pour ta gentille compagnie et le toit que tu m’offres cette nuit, moi qui, il y a encore quelques heures, était sans abri...


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Re: Voyage ton reve: extraits d'un journal de bord qui s'etala sur un an

Message par Invité le Ven 27 Avr - 17:03



J'ai mis du temps à lire "ton cher journal".
Mendoza, 320 jours de soleil par an parait-il, sûr que ce n'est pas l'Eire.
T'as bien bourlingué lilie.
Que de kilomètres avec tes gambettes.
Comment fais-tu avec le poids d'un kinder dans la poche maintenant ? Ca fond et ça fait fondre je crois.
P'têtre que tu pourrais aussi en faire un journal de bord ?
Pourrais-tu l'appeler "voyage ton rêve n°2 : extraits d'un journal de bord qui s'étale sur la vie" ?
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Solcha

Re: Voyage ton reve: extraits d'un journal de bord qui s'etala sur un an

Message par Solcha le Ven 27 Avr - 17:09

Je me régale ! lecteur je n'ai qu'une crainte : que tu ralentisses réellement le rythme pour terminer ce carnet en fin d'année... buté
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Re: Voyage ton reve: extraits d'un journal de bord qui s'etala sur un an

Message par Lilie le Ven 27 Avr - 17:27

Comment fais-tu avec le poids d'un kinder dans la poche maintenant ? Ca fond et ça fait fondre je crois.
Je reve a d'autres voyages, en attendant de voyager ces autres reves. clin d'oeil


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Re: Voyage ton reve: extraits d'un journal de bord qui s'etala sur un an

Message par Lilie le Ven 27 Avr - 17:28

Je me régale ! lecteur je n'ai qu'une crainte : que tu ralentisses réellement le rythme pour terminer ce carnet en fin d'année... buté
crainte justifiee, Solcha. clin d'oeil


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Re: Voyage ton reve: extraits d'un journal de bord qui s'etala sur un an

Message par Solcha le Ven 27 Avr - 17:37

Oh noooonnnnnn!
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Re: Voyage ton reve: extraits d'un journal de bord qui s'etala sur un an

Message par Lilie le Ven 27 Avr - 17:42

Le lendemain, Mercredi 28 mars 2007

Ce sont les pluies orageuses et le chant du coq qui m’ont réveillée ce matin, alors qu’il faisait encore noir dans ma chambre.

Soña m’a préparé un thé chaud quand je me lève. Un amour, cette femme ! Il pleut toujours quand je grimpe dans le vieux bus qui doit me mener jusqu’à Cachi. En fait, il ne m’y mènera pas. Après être tombé en panne une dizaine de fois en deux heures, il rendra l’âme sur l’une des pistes tortueuses de ces montagnes. La poignée de passagers qui m’accompagnent (je suis la seule blanche) descendent avec leurs cargaisons de marchandises et on attend sur le bord de la piste qu’un autre bus vienne à notre secours. Nous n’attendrons pas longtemps, heureusement.

La route grimpe tout là-haut dans les nuages et puis bientôt, nous arrivons sur le plateau, très aride, entouré de collines couleur rouge, rose, orange, jaune et vert. Le ciel est dégagée quand nous arrivons à Cachi, blède pavé qui me plaît bien dès le premier coup d’oeil.
Après avoir visité un hôtel trop cher pour moi, je demande à des badots où je peux dormir, à pas cher. Un homme se lève et me dit de le suivre. Il frappe à la porte au-dessus de laquelle est cloué l’écriteau « La Mamama ». Une dame ouvre, le monsieur lui dit qu’il lui emmène une cliente, je le remercie et il s’en va. Pour dix pesos la nuit, je suis toute seule dans cette mignonne hospedaje, le luxe ! Il y a deux dortoirs de six et huit lits pourtant, mais les quelques autres touristes que j’ai aperçus plus tôt doivent loger ailleurs certainement. J’ai demandé à la tenancière où je pouvais manger, à pas cher (les locaux sont toujours les meilleurs offices de tourisme, n’est-ce pas ?). Elle m’indique un petit endroit au coin de la rue, sans touriste. Et le rapport qualité/prix est très bon, comme toujours ! Je préfère ces endroits-là que les terrasses où s’amassent les touristes, pas mon truc. Pour moi, pour mon petit budget et de par ma maigre expérience, les petits bouibouis pas tape-à-l’oeil, c’est ce qui me convient le mieux sur ce voyage.

Petite siesta et dans l’après-midi, je suis allée me balader un peu dans le blède, pour le « sentir », comme je dis. Ouai, il me plaît bien. C’est tranquille et tout plein de vie en même temps. Assise sur un trottoir quelques minutes, les mômes qui grouillent de partout me donnent des envies de bancs d’école. C’est alors que je me décide à attendre la sortie des classes pour entrer dans ce sanctuaire de l’insouciance et demander à l’une des maîtresses si je peux assister à une journée de classe. C’est à Veronica que je m’adresse et qui gentiment m’invite à revenir demain à quatorze heures pour passer l’après-midi en classe. J’ai hâte ! Hâte de voir ces bambins dans leur milieu, de voir comment ça se passe ici, dans le Nord-Ouest de l’Argentine.


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Re: Voyage ton reve: extraits d'un journal de bord qui s'etala sur un an

Message par lahaut le Ven 27 Avr - 22:06

Ny a t'il pas eu des sud américains qui t'ont dit :'T'as de beaux yeux , tu sais!" parmi toutes tes rencontres ?
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Re: Voyage ton reve: extraits d'un journal de bord qui s'etala sur un an

Message par Lilie le Ven 27 Avr - 22:59

lahaut a écrit:Ny a t'il pas eu des sud américains qui t'ont dit :'T'as de beaux yeux , tu sais!" parmi toutes tes rencontres ?

Parenthèse rien que pour toi, d'un autre journal de bord :

"Sont bien “rentre dedans” les Colombiens il me semble ! A vingt ans ou à soixante-dix, ils sont pareils, mariés ou non ! Manquent un peu d’originalité cependant... Par exemple, tous les mecs avec qui j’ai parlé, pères de famille ou non, il m’ont tous demandé si j’aimais les Colombiens (les mecs bien sûr). Et le “t’as de beaux yeux”, c’est limite s’il ne suit pas systématiquement le “hola!” de la gente masculine ! J’avais dit que les Italiens étaient des rigolos à côté des Argentins en matière de drague. Je crois que je peux m’avancer et reléguer les Argentins à la place de rigolos à côté d’ici !"
clin d'oeil


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Re: Voyage ton reve: extraits d'un journal de bord qui s'etala sur un an

Message par Lilie le Dim 29 Avr - 19:33

2 avril 2007

Samedi soir, super soirée à Cachi où j’ai retrouvé Greg, Jo et Francis mes adorables Québécois de Cafayate, et Braulio, Espagnol rasta rencontré à Tafi. Soirée bien arrosée ; en sortant du dîner, on est allé dans ce hangar où se tenait une fête locale. Super musique latino, on a rit et dansé avec les gens d’ici. On a tous fini la soirée dans le dortoir de Braulio, à boire du vin rouge, à jouer de la musique en tapant sur le bois des lits, en allumant nos briquets et en créant toutes sortes de bruits avec ce qu’on avait sous la main.

Je suis partie de Cachi le lendemain, hier, avec Braulio. On est arrivé à deux heures du mat’ à Tilcara, on s’est trouvé une hospedaje : bons lits mais pas d’eau chaude et limaces en compagnes de salle de bain.

C’est le festival de la semaine sainte en ce moment à Tilcara. Des centaines de fanfares de grosses caisses et de flûtes de pan défilent dans l’église pour y recevoir la protection de la Vierge avant de se lancer pour six heures d’ascension en montagne où ils y passeront de une à trois nuits. Les fanfares entrent à genoux dans l’église tout en continuant à jouer jusqu’à l’autel. Elles en ressortent en marche arrière, spectacle impressionant à vivre ! Demain, je l’espère, moi aussi je pars avec eux pour monter jusqu’en haut de la montagne.

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