Le Village du Peuple Etrange Voyageur

pour nos pensées, nos petites histoires et nos joutes littéraires autour des voyages


    Les promoteurs sont des salauds

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    Solcha

    Re: Les promoteurs sont des salauds

    Message par Solcha le Mar 25 Sep - 15:07

    Histoire qui fait froid dans le dos mais tellement bien écrite... bravo
    J'attends le dernier épisode (ou l'avant-dernier ou l'avant-avant-dernier clin d'oeil )
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    geob

    Re: Les promoteurs sont des salauds

    Message par geob le Mar 2 Oct - 10:54

    Les promoteurs sont des salauds. (XI)


    Pour ne pas intriguer leurs parents, les gamins finirent par retourner sur ce lieu funeste, sensé être un terrain de jeu et non un cimetière. Dame ! Il faisait beau maintenant, et la chaleur était revenue. Allez ! Ouste ! Prenez vos vélos et allez prendre de l'air ! Mais ils ne furent pas nombreux à y retourner, bon, il y avait les quelques uns qui étaient partis en vacances avec leurs familles, et les plus nombreux qui ne voulaient plus rôder du côté de la remise, là bas, à cinq kilomètres du quartier, donc seulement quatre enfants osèrent revenir sur les lieux de leur énorme bêtise : Petit-Pierre, Gilles, François, et l'Endormi. Ils ne se l'avouèrent pas, mais ils avaient tous la même motivation, à savoir une envie irrépressible de revoir les minettes, sans toutefois refouler ce point commun qui les unissaient : ils n'avaient jamais apprécié la compagnie de Jo - surtout François qui en avait ras-le-bol de le transporter sur son porte-bagages.

    Vers les dix heures du matin, ils prirent la route sous un ciel magnifique.

    Ils ne dérogèrent pas à leurs habitudes : ils posèrent leurs vélos sur le chemin caillouteux, derrière la remise. Ensuite, Gilles ouvrit le chemin, en silence ; ils pensaient tous à Jo, ou plutôt à la tombe, dans quel état se trouvait-elle, était-elle ouverte ? Ouh là ! Peut être que les filles étaient venues fureter dans le coin ? Pierrot se souvenait de Chantal qui, pendant que ça blablatait bruyamment, jetait des regards forts intéressés vers la tombe. Oui, maintenant ça lui revenait, c'était la seule qui semblait quelque peu intriguée, vaguement curieuse de leurs activités, se doutait-elle de quelque chose ? En tout cas, elle n'avait pas mis le sujet sur le tapis.

    A partir de la remise, où ils avaient trouvé le matériel nécessaire pour construire le cercueil et creuser le trou, les enfants observèrent un silence sans se concerter, comme s'ils arrivaient sur un lieu de recueillement, alors qu'en réalité ils ressentaient tous une appréhension, voir une trouille bleue, de découvrir quelque chose qui leur ferait dresser les cheveux sur la tête. En tout cas, ils constatèrent que les fortes pluies avaient balayé le cimetière des petits animaux, on voyait par ci par là quelques bouts de bois, et rien d'autre, à croire que quelqu'un avait tout nettoyé. L'Endormi se précipita pour voir le cimetière élaboré avec la Garçonne, et lorsqu'il revint, essoufflé, il annonça que la pluie avait tout bousillé, rien de plus. Alors, ils décidèrent d'approcher de la tombe. Ils furent paradoxalement très inquiets de ne plus voir le tuyau vert qui entrait dans le trou, et d'ailleurs, à quelques détails près, on avait du mal à croire qu'ils avaient creusé un trou à cet endroit. Assurément, quelqu'un était passé pour effacer certains détails qui auraient pu les nuire - dans la mesure où les gendarmes auraient eu l’idée de commencer leur enquête ici, et dieu merci ce ne fut pas le cas.

    L'Endormi se gratta la tête, signe qu'il devait cogiter méchamment. Quelqu'un est venu faire un nettoyage, il n'y a pas que la pluie et le vent qui ont pu faire tout ce boulot, alors les gars on est sous le projecteur de quelqu'un, à moins qu'un copain est passé ? Mais non, mais non, et puis d'abord nos parents nous ont pas lâché la semelle le lendemain de... enfin, quoi, vous savez. Oui, ils le savaient tous, ils dirent à François de se calmer, cela ne servait à rien de se perdre dans des supputations angoissantes. Maintenant, ils regardaient l'Endormi qui paraissait être ailleurs, il semblait ne rien entendre et être plus préoccupé à se tripoter le crâne.
    - Qu'est-ce que tu en dis, l'Endormi ? implora le grand François.
    - Heu... moi, j'en dis qu'il ne faut plus revenir ici, faut qu'on cherche un autre endroit pour s'amuser.
    - Et moi je dis qu'on pourrait faire deux kilomètres de plus, pour voir si les filles sont encore dans ce camping, dit Pierrot.
    Les garçons affichèrent instantanément leur sourire le plus radieux.
    - Bonne idée ! s'exclama François. La garçonne viendra pas me casser la baraque ! Désolé, l'Endormi !
    - Non, non, moi aussi j'suis content de ne pas l'avoir dans mes pattes, elle est trop envahissante ! En route, les gars, on va découvrir un village où on a jamais mis les pieds !






    Maadadayo
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    Dolma

    Localisation : Je m'balade sur les chemins...

    Re: Les promoteurs sont des salauds

    Message par Dolma le Mer 3 Oct - 9:07

    Eh ben dis donc ! Tu as l'art du suspens mon dieu ! !

    Le petit Jo a-t-il réussi à se sortir de sa boite bravo ?
    Est-il mort pleurs ?
    Les gars vont-ils retrouver les filles bisou ?

    Nous le saurons peut-être -je dis bien peut-être- dans le prochain épisode... Sauf si de nouvelles aventures toutes plus incongrues les unes que les autres se faufilent entre les lignes rire !

    Dolma
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    geob

    Re: Les promoteurs sont des salauds

    Message par geob le Mar 9 Oct - 15:25


    Les promoteurs sont des salauds (XII)

    Pour une fois, les gamins tournèrent à droite en sortant du chemin caillouteux, et s'engagèrent sur la route bordée de platanes qui menait à X..., le village qui possédait un camping où séjournaient peut être encore les filles. Sur cette portion de route ombragée, avec ces champs de coquelicots sur leur gauche, après une centaine de mètres parcourue, ces senteurs ensoleillées et cette impression exaltante de franchir une frontière, de rouler vers l'inconnu, ils éprouvèrent un bonheur qui les laissa sans voix, sans pensées parasites.

    Quelques minutes plus tard, ils entrèrent pour la première fois dans le village. Sur la petite place quasiment déserte, des tilleuls protégeaient du soleil un banc en bois où un vieux monsieur en bras de chemise, un béret sur le crâne, et les mains posées sur le pommeau de sa canne, semblait réfléchir à quelque chose de bien triste. L'épicerie-bar-bureau de tabac était ouverte, les gamins avaient soif, alors ils eurent envie de boire une limonade. Ils fouillèrent les poches de leur short, récupérèrent un peu de monnaie, mais juste de quoi s'acheter chacun un Carambar. L'Endormi, comme d'habitude, surprit ses copains en agitant un billet de 5 francs. Laissez tomber, les gars, se rengorgea-t-il, c'est moi qui paye. Tout d'abord, il s'adressa au vieil homme pour lui demander le chemin du camping. La réponse ne fut pas celle escomptée.
    - D'où vous arrivez les petits ? fit-il d'une voix atone.
    - Ben... de la ville, à 7 klm de là, répondit Gilles.
    Le vieux se redressa, bien difficilement, sa canne lui échappa et elle tomba par terre. L'Endormi la lui ramassa.
    - Merci mon p'tit, merci. Mais dîtes moi, vous connaissez le môme qui a disparu ? Deux gendarmes sont passés ce matin, de bonne heure, pour interroger tout le monde sur ce pauvre garçon. C'est-y pas un de vos camarades ?
    - Oui, monsieur, dit Pierrot. On est triste, vous savez, mais on va vous laisser, on meurt de soif !
    - Allez s'y mes petits, il faut boire avec cette chaleur !

    Ils posèrent leurs vélos contre les tilleuls.

    Comme le comptoir était trop haut pour eux, le ventripotent patron de l'épicerie-bar-bureau de tabac leur permit de s'assoir autour d'un guéridon - à l'intérieur il régnait une fraîcheur agréable, reposante. Il en profita pour leur poser des questions, mais comme ils avaient l'air gênés, indécis, perturbés, quoi, il n'insista pas et il se dit qu'il valait mieux ne pas ennuyer ces enfants, ne pas les inquiéter avec cette histoire de disparition. Pierrot, qui pensait toujours à Chantal, parla du camping. Le patron leur raconta que la moitié des vacanciers avaient déserté l'endroit vers des cieux plus cléments : ces deux, trois derniers jours affreux, ça leur a miné le moral, je leur ai bien dit de patienter, j'ai même loué une chambre à une famille bien sympathique, avec une petite fille vraiment intelligente, très rousse, jamais vu ça ! Ah bon ! s'exclama Pierrot, ils sont partis ? Non, non ! la petite a réussi à convaincre son père, entre parenthèses un commissaire de police de Paris, de rester ici parce qu'elle trouve le coin joli, tranquille.

    Petit-Pierre sentit les regards de ses copains braqués sur lui, et maintenant il se demandait s'il avait eu une bonne idée de venir ici. L'Endormi lui donna discrètement un coup de coude dans les côtes qui signifiait eh ! oh ! faut pas reculer, on y est, on y est !

    - Tiens, tiens, fit le patron. Alors, les enfants, mon petit doigt me dit que vous connaissez cette gamine et que vous avez l'intention de la revoir, j'm'trompe ?
    Ils réussirent l'exploit de devenir plus rouge qu'ils ne l'étaient en entrant !
    Le patron éclata de rire.
    - Ah ces gosses ! Bon, pour aller au camping, prenez la première ruelle sur votre gauche, et au bout de cinquante mètres vous commencerez à voir les champs, et... le camping avec la vieille maison des R..., les proprios qui ont accepté chez eux les campeurs qui sont restés sur leur terrain. Mais Alfred, sous le tilleul, je suppose qu'il vous l'a déjà indiqué ?
    - Euh... merci monsieur, dit Pierrot.
    Lorsque ils eurent tous terminer leur limonade, ils se levèrent comme un seul homme. L'Endormi tendit son billet de 5 francs, le patron rendit la monnaie. Ils n'étaient quand même pas si à l'aise que ça sous le regard du bonhomme, il fallait déguerpir au plus vite, ça devenait étouffant mine de rien !
    - Tout va bien, les enfants ? Oui, on dirait, vous n'avez pas l'air trop traumatisé par la disparition de votre copain. Lorsque vous retournerez chez vous, je vous paierai une limonade... pour la route !
    Et il se remit à rire !
    Ah ça ! Il pouvait courir ! Au retour, ils traverseraient le village à tout berzingue, non mais ! Dehors, ils enfourchèrent leurs vélos, et ce fut à celui qui démarrerait le plus vite. Bon après midi les enfants, dit le vieux qui s'appelait donc Alfred, tandis qu'ils entendirent le patron s'exclamer, sur le pas de sa boutique :
    - Ah ! Ces gosses !

    Ils prirent la première ruelle sur la gauche. Beaucoup de maisons avaient les volets fermés, pas de marmaille à l'horizon : la tranquillité des après midi d'été, à l'heure de la sieste. Ils passèrent devant quelques jardins potagers, et ils arrivèrent au bout du village, de ce côté-ci. Ils virent le camping. Pierrot s'arrêta et mit pied à terre, imités par tous les autres.
    - Qu'est-ce que t'as ? demanda Gilles. On peut rouler jusqu'à l'entrée, le chemin est suffisamment large pour les voitures, regarde les traces des pneus !
    - Non, c'est pas ça, dit Pierrot. On a vraiment pas de bol ! Le père de Chantal, c'est comme qui dirait le commissaire Bourrel !*
    - Bon, on y va dans cinq minutes, le temps de se coiffer, dit François.
    Et il se mit à ricaner. Tout seul.


    *Pour les "djeunes" du Village
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_%C3%A9pisodes_des_Cinq_Derni%C3%A8res_Minutes









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    Re: Les promoteurs sont des salauds

    Message par Invité le Mar 9 Oct - 19:15

    geob a écrit: *Pour les "djeunes" du Village

    Bon Dieu... Mais c'est bien sûr !!! clin d'oeil gag !
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    geob

    Re: Les promoteurs sont des salauds

    Message par geob le Sam 13 Oct - 15:48

    Les promoteurs sont des salauds XIII
    (Le camping)

    Le père de Chantal ne ressemblait pas au commissaire Bourrel. Il était grand, blond, ses yeux bleus plongeaient dans les vôtres avec une acuité limite gênante, comme s'il voulait voir votre âme, et ses mains, bon sang, ses mains rugueuses, larges et épaisses, incitaient à se tenir à carreau pour ne pas en prendre une dans la figure. La mère, elle, une petite brune aux cheveux courts, lançait de grands sourires aux garçons. On avait apporté des chaises supplémentaires qui furent installées sous un auvent en toile, adossé à la camionnette aménagé en camping-car par le père de Chantal. Pierrot, comme les autres, avoua que c'était la première fois qu'il voyait un véhicule de ce genre. Chantal, avec la permission de ses parents, fit entrer Pierrot : ça alors ! une vraie maison, dit-il, visiblement ébahi. Elle lui annonça alors le projet de sa famille, à savoir partir en voyage autour du monde, comme les Mahuzier. Ah oui ! Je connais ! En effet, il avait vu un reportage sur ces gens, à la télévision.

    Dehors, il y avait du monde sous l'auvent, trop, du coup des gens restaient sous le soleil. Des adultes venaient aux nouvelles avec leurs enfants, et il y avait encore quelques filles que la bande avait vu ce jour fatidique, près de la remise aux outils. François tirait une tronche pas possible, Monique, qui regrettait l'absence de Bernard, lui indiqua que la fille qu'il avait repéré n'était plus dans le camping, sa famille avait repris la route hier. Gilles, aux anges, se tenait près de celle qui lui plaisait. L'Endormi, lui, observait deux fourmis qui divaguaient sur la table qui venait d'être dressée quand, soudain, il entendit son prénom : Paul ! Viens voir ! C'était Chantal, alors il en conclut que Pierrot lui avait dit comment il s'appelait en vrai. Il s'aperçut que maintenant Pierrot et Chantal parlaient avec une fille qui n'était pas présente le jour du déclenchement fatidique de l'orage. Il s'approcha. Je te présente Lucienne, dit Chantal. Elle est arrivée le jour de l'orage, et c'est ma meilleure amie. L'Endormi fut ravi, elle était tout le contraire de la Garçonne : elle portait une jolie robe d'été avec de fines bretelles, et surtout elle arborait une longue natte de cheveux qui lui descendaient jusqu'aux reins. Lucienne voulut les inviter chez ses parents, qui avaient planté une grande tente quelques mètres plus loin, mais elle avait peur que ses deux petits frères qui voulaient tout le temps jouer à n'importe quoi. Alors, ils s'en retournèrent vers le camping-car du père de Chantal.

    Jacques L..., le père de Chantal, n'évoqua en aucune manière sa profession, mais il raconta aux garçons la visite des deux gendarmes, et il précisa qu'il aurait bien aimé être chargé de l'enquête car, pour lui, les ravisseurs d'enfants méritaient la guillotine. Les adultes approuvèrent, tout en trinquant avec leurs verres remplis d'un rosé bien frais, tandis que les enfants buvaient du Pschitt orange à grandes gorgées - on ouvrit d'autres bouteilles rapidement.
    - Bon, les enfants, dit Jacques, il faut vous amuser, prenez donc vos vélos, Chantal va vous montrer la rivière où l'on peut se baigner. Pas aujourd'hui, vous n'êtes pas équipés !
    - Bonne idée papa ! fit Chantal, toute excitée.

    Et les voilà partis vers cette rivière que les garçons ne connaissaient pas. François bifurqua afin de contourner le village et rejoindre la route bordée de platanes. Je retourne chez moi, dit-il en faisant la gueule. Bon, ils avaient tous compris qu'il se sentait de trop sans une copine. Bye ! Bye ! A demain ! La fille que Gilles baratinait, Anne, fit un ouf de soulagement, approuvé par les trois garçons toujours en course. (monsieur G... se souvient bien d'elle, surtout que, pour son âge, elle ne ressemblait plus tout à fait à une petite fille, ni Gilles à un petit garçon).

    Gilles et Anne, les plus grands et les plus sportifs, ouvraient le chemin - qui, maintenant, se rapprochait presque d'un parcours de cyclo-cross -, suivis par L'Endormi et Lucienne, Pierrot et Chantal en serre-file. Chantal, bizarrement, se laissait distancer, obligeant ainsi Pierrot à ralentir, et lorsque un écart conséquent fut établi avec ceux qui précédaient, elle lui tint ce discours qui faillit le faire tomber par terre :
    - Tu sais que le lendemain matin de notre première rencontre, je suis retournée avec Lucienne, entre deux averses, pour voir si tu étais revenu sur votre terrain de jeux, oui je sais, pour toi la distance est plus longue, mais je voulais te revoir. J'ai dit à Lucienne qu'elle verrait peut être ton ami, c'est drôle que vous l'appelez l'Endormi, moi je trouve que Paul c'est vachement élégant, enfin, bon, il y avait personne, mais je suis allé jeter un coup au trou que vous avez creusé. J'ai vu ce tuyau vert qui traînait dans la boue. J'ai tiré dessus, il était vachement bien enfoncé dans le trou. Lucienne et moi, on a trouvé ça pas normal. Regarde devant toi ! Fais gaffe ! (elle eut un rire bien mignon, puis elle continua alors que le pschitt orange remontait dans la gorge de Pierrot). Ben, ensuite on a bien vu qu'il y avait pas suffisamment de terre dessus, pour bien égaliser le sol, alors, avec Lucienne, on en a bavé pour remuer cette boue autour et bien aplanir pour qu'on ne s’aperçoive pas trop qu'il y avait un trou ici. On a trouvé tout ce qu'il faut dans la remise, et, le tuyau, on l'a jeté au milieu du fourbis !
    - Pourquoi t'a fait ça ? demanda Pierrot, très inquiet.
    - Mon père est un policier, parfois il me fait faire des jeux d'observation, alors j'ai l’œil ! Je pense aussi que le garçon de votre bande n'a pas disparu, il est sous terre, dans le trou que vous avez creusé. Je ne comprends pourquoi vous avez fait ça.

    Pierrot mit pieds à terre, et il laissa tomber son vélo sur le sol. Chantal s'arrêta à son tour, puis elle posa délicatement son vélo sur l'herbe. Elle se tint tout près de Pierrot, Pierrot qui commençait à avoir mal au cou, il se voyait déjà sous la guillotine promise par le père de Chantal. Brusquement, des larmes coulèrent sur ses joues, mais il s’efforça de contenir ses sanglots parce que les garçons, on lui avait tellement seriné, ne pleurent pas, il n'y avait que les filles qui pleuraient. Alors il décida de raconter ce jeu idiot qui avait mal tourné, sans omettre un détail. Chantal ne fit aucune remarque, en tout cas elle semblait satisfaite de ne pas s'être trompée dans ses déductions.
    - Tu ne vas le dire à ton père ? demanda Pierrot en reniflant.
    La réponse de Chantal fut d'abord un geste qui le fit fondre comme un bonhomme de neige dans le désert : elle le prit dans ses bras, et le serra contre elle. Pierrot ne put faire le moindre geste, toutefois il ressentit une émotion intense, du genre à vous faire flageoler sur vos jambes ( monsieur G... a encore le souvenir de la douceur des bras qui l'enserraient). Et il eut des frisons quand les lèvres de Chantal effleurèrent son oreille pour lui murmurer :
    - Ne t'en fais pas, c'est notre secret.
    - C'est vrai ?
    Chantal recula d'un pas, elle tendit la main, la paume tournée vers le bas.
    - Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer !
    Et elle cracha par terre !
    - Allez, on rejoint les autres !
    Pierrot ne s'était jamais senti aussi léger sur son vélo, et son sourire illuminait son visage : il était amoureux !


    Maadadayo !
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    Dolma

    Localisation : Je m'balade sur les chemins...

    Re: Les promoteurs sont des salauds

    Message par Dolma le Sam 13 Oct - 17:11

    Le gamin est-il enterré ou bien a-t-il réussi à s'échapper ? Sans doute le saurons-nous dans le 175e épisode langue mais ça me fait drôlement marrer ton histoire ! Savoir faire rire alors que nous sommes dans une histoire horrible : très bon "travail" Monsieur Geob bravo

    Dolma
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    geob

    Re: Les promoteurs sont des salauds

    Message par geob le Sam 27 Oct - 4:44


    Les promoteurs sont des salauds (XIV)
    (derniers jours)


    Petit à petit, les gens quittaient le camping pour une autre destination, sans doute le nord de la France car les maris disaient qu'ils devaient reprendre le travail. Au bout de quelques jours, Pierrot et l'Endormi ( non, je bannis cette épithète méprisante de ma mémoire, mon meilleur copain c'était Paul, se dit monsieur G...), Pierrot et, donc, Paul, furent les seuls à se présenter devant le camping, tous les matins. Les autres de la bande étaient furieux, Gilles l'avait mauvaise, de se retrouver rien qu'entre garçons, et il n'y avait que François qui tirait profit de cette situation pour s'ériger en chef parce que, après tout, il était le plus costaud.

    La mère de Chantal les accueillait toujours avec une grande gentillesse : ils prenaient toujours le petit déjeuner ensemble, et avec un grand appétit après ces sept kilomètres à jeun. Ensuite, Lucienne venait les rejoindre avec ses parents, et ces derniers proposaient à ceux de Chantal de les emmener visiter la région avec leur voiture - on aura compris qu'ils utilisaient une caravane - et ils revenaient en fin d'après-midi au camping, et les enfants, bien sages les attendaient. Ainsi, pendant presque une semaine, les quatre enfants furent livrés à eux-mêmes, non sans avoir intégré l'avertissement bourru mais ferme du père de Chantal :
    - Bon, les p'tits gars, on compte sur vous, pas de bêtises, d'accord ?
    - Pas de problèmes, monsieur, dit Pierrot en louchant sur les mains impressionnantes du commissaire.

    Petit Pierre et Paul ne pensaient plus à l'enquête de la gendarmerie, à propos de la disparition de Jo. Un enfant adopté dont on ne savait pas trop les origines, les parents adoptifs qui n'avaient plus la force de rien, tout cela contribua à mettre le dossier au placard, la gendarmerie nationale avait d'autres chats à fouetter durant ces années troubles.

    Alors, vive les vacances !

    Ils partaient tous les matins à bicyclette, comme dans la chanson. Mais là, c'était du vrai, Quel bonheur ! Chantal et Lucienne sentaient le propre, la savonnette, le soleil jetait des reflets lumineux sur la chevelure de jais de Lucienne, et Pierrot s'étonnait du léger duvet sur les avant-bras de Chantal. Ils se baignaient tous les jours dans la rivière, jouaient à se faire boire la tasse, les filles hurlaient et riaient en même temps, puis, chacun de son côté, ils trouvaient leur coin pour se sécher au soleil. Chantal portait un maillot noir, d'une seule pièce, ce qui accentuait sa rousseur, Pierre, lui, était affublé d'un slip de bain de piètre qualité, qui pendouillait quand il sortait de l'eau. Allongé sur une grande serviette, il tendait son bras pour que Chantal vînt s'y reposer, et il n'y avait plus honte du slip que sa mère lui avait acheté. Chantal lui disait, les yeux dans les yeux, que toute sa vie elle penserait à lui, et qu'elle espérait qu'après son tour du monde, avec ses parents, ils se retrouveraient et ne se quitteraient plus. En plus, ajouta-t-elle une seule fois, nous avons un pacte secret qui nous unit. C'était vrai, ça, ils se juraient un amour éternel sur le cadavre d'un gars de sa bande, certes, ça manquait de roses et de marguerites, d'anges frétillants des ailes et s'apprêtant à décocher des flèches, mais bon sang de bonsoir, putain con, ça lui paraissait autrement plus solide à Pierrot.

    Une fin d'après midi, alors qu'ils s'en retournaient chez eux, Petit Pierre trouva Paul tout drôle.
    - Tu es malade ?
    - Non, mais tu ne devineras pas.
    - Allez, dis moi, tu es mon meilleur ami.
    - Ben, Lucienne m'a montré son minou.
    - Tu devrais être content, non ?
    Paul était dubitatif.
    - Et dire que c'est par là que naisse les enfants.
    Pierrot fit un écart, tant il fut surpris par cette nouvelle... oui, bien sûr, il avait des doutes, mais il n'en était pas certain, et puis ce n'était pas sa mère qui allait le lui dire, à cette époque là les enfants naissaient encore dans les choux ! Sauf dans la famille de Paul, lui il semblait savoir beaucoup de choses pour son âge, mais il était comme tous les gamins : il n'osait s'aventurer dans l'inconnu, on verrait plus tard !
    - Et toi, fit Paul.
    - Moi ?
    Pierrot se sentit gonfler d'orgueil, il se prenait pour un homme.
    - Moi, c'est du sérieux ! Elle va m'écrire dans chaque pays où elle passera, puis, quand elle reviendra, on se retrouvera et on se quittera plus.
    Paul s'approcha de lui, lui flanqua une petite tape sur l'épaule.
    - Il est amoureux, il est amoureux !
    Pierrot devenait-il un peu trop vite adulte ? En tout cas, il n'essaya pas de distancer Paul, et il l'encouragea à rester dans sa roue pendant la montée où, habituellement, il larguait tous les camarades de la bande.


    Maadadayo !
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    geob

    Re: Les promoteurs sont des salauds

    Message par geob le Mer 31 Oct - 15:01


    Les promoteurs sont des salauds (XV)
    (La journée des adieux)




    Le dernier jour, les parents de Lucienne et de Chantal leur interdirent de s'éloigner du camping. Alors, ils partirent se balader à pied, main dans la main. Vers les midi, ils revinrent pour le déjeuner, Paul fut invité par les parents de Lucienne, tandis que Pierrot s'attabla chez ceux de Chantal. Le commissaire précisa qu'il avait demandé un an de congé sans solde pour son voyage, et il promit à Pierrot que Chantal lui enverrait une carte postale de chaque pays où ils passeraient. On lui mit sous son nez une feuille de papier et un stylo, mais, bizarrement, Pierrot eut la tentation d'écrire une fausse adresse, ensuite, considérant que beaucoup de gens se connaissaient dans sa petite ville, les facteurs auraient eu beau jeu de remettre la bonne adresse, il écrivit donc la bonne.

    Vers 13h30, Paul s'amena avec Lucienne, ils prirent place et fut alors que la mère de Chantal apporta un gâteau qu'elle avait confectionné dans la matinée. Ce fut très bon, et on leur servit même un verre de cidre très frais. Paul parla de choses dont il ne parlait jamais avec la bande, par exemple de son père, un fonctionnaire au "Quai d'Orsay", qui allait bientôt être nommé à l'ambassade de Madrid, ce qui, du coup, incitait sa mère qui n'avait jamais voulu vivre à Paris à le suivre en Espagne. Dis donc, dit la mère de Chantal, tu as des parents vraiment modernes, toi ! Pierrot était le premier étonné, mais il soupçonna là une magouille pour ne pas qu'il donne son adresse à Lucienne, bien que, effectivement, il n'avait jamais vu le père de son ami, mais il le croyait sous-préfet du département - et ça lui avait paru bizarre que sa mère avait refusé de vivre dans l'appartement officiel.

    Vers 14 heures, ce fut le moment des adieux, et ils furent surtout émouvant pour les parents de Chantal lorsqu'ils virent leur fille fondre en larmes. Ça alors ! Ça alors ! n'arrêtait pas de dire la mère. Pierrot restait sans voix, Paul semblait aussi ému, ils avaient passé de si jolis et agréables moments ensemble.

    Pierrot et Paul reprirent leurs vélos. Ils s'éloignèrent lentement, en se tournant sans arrêt : Lucienne et Chantal restaient à l'entrée du camping et ne cessaient d'agiter leurs bras ! Enfin, ils furent sur la route bordée de platanes, et ils pédalèrent le plus doucement possible, sans se dire un mot, comme s'ils étaient encore dans le rêve de ces journées ensoleillées, en si agréable compagnie. Au bout d'un moment, Pierrot dit à Paul :
    - Je parie que tu as donné une fausse adresse !
    - C'est à dire... (oh qu'il était gêné !) oui. De toutes manières, je ne sais pas où je serais à la rentrée, mes parents ont décidé de revivre ensemble à Madrid. Alors on va vivre là-bas, chez Franco ! Ma mère adore ce type, j'comprends pas pour quelle raison ?

    Pierrot avait le coeur serré.

    A la rentrée, plus de Paul en classe. Pierrot ne se sentit pas pour autant déstabilisé, loin de là, d'ailleurs ses camarades de cour de récréation trouvaient qu'il avait beaucoup changé, que sa voix n'était pas plus celle d'un enfant. Certains se risquèrent à le questionner sur ce changement radical, au cours de cet été magnifique qu'ils venaient tous de vivre dans la région - à part ces quelques orages terribles de sinistre mémoire. Et Pierrot leur lança, un brin frimeur, à ces enfants d'à peu près tous du même âge :
    - Vous pouvez pas comprendre, les gars, vous êtes trop petits !
    - Ouh ! Ouh ! Oh lui alors !

    Les cartes postales de Chantal finirent par arriver, une fois, deux fois, mais il n'y eut pas de troisième fois. Oh elle avait tellement de choses à voir, tellement de choses à découvrir, qu'elle n'avait certainement plus le temps, mais cela ne changea jamais la force de cette union, de ce pacte sordide, entre Pierrot et Chantal.

    Paul était effectivement à Madrid, le cachet des PTT faisait foi. Donc, il disait maintenant la vérité. Au fait, peut être que son père était un espion au service de la France ?

    Les années passèrent, le souvenir de Chantal devenait un vrai château de cristal. Il monta à Paris pour trouver un emploi, se garda de toutes relations féminines stables. C'était plus fort que lui, il n'oublierait jamais Chantal, son seul et véritable amour. Un jour, il eut le tort de se confier à une de ses collègues qui fit une tête pas possible devant cet éloge des amours enfantines, elle qui aurait bien voulu, mais elle se rendit compte que G... était dans son monde irréel, elle lui servait de miroir où il cherchait toujours le reflet de ses souvenirs qui ne la concernait pas. Alors, elle finit pour lui donner ce conseil : "Consulte un psy ! "...



    ... Monsieur G... réalise qu'il est toujours dans sa cuisine, qu'il n'a pas allumé la télévision pour regarder le journal télévisé, il veut encore relire l'article de "La Dépêche du Midi", et puis, dans un geste rageur, il chiffonne le journal et le jette dans la poubelle. Son château de cristal vient d'imploser en mille poussières d'étoiles. Oh ! Ce n'est pas la faute du journal, mais de ces promoteurs qui cherchent le moindre bout de terrain pour construire de hideux lotissements.
    - Décidément, marmonne monsieur G..., les promoteurs sont des salauds : ils détruisent tout, même les souvenirs d'enfance !


    Maadadayo !
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    Dolma

    Localisation : Je m'balade sur les chemins...

    Re: Les promoteurs sont des salauds

    Message par Dolma le Jeu 1 Nov - 9:53

    Eh bien voilà de sacrés souvenirs d'enfance et bigrement bien écrits bravo

    En fait tu as l'art de raconter des trucs horribles avec une telle dose de drôlerie et de feinte innocence qu'on accepte tout sans crier "oh l'affreux jojo qui raconte des monstruosités" et pourtant.... Le gamin enterré par ses copains et qui meurt étouffé ! My god !

    Sacré Geob la star !

    Dolma

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    Solcha

    Re: Les promoteurs sont des salauds

    Message par Solcha le Ven 2 Nov - 14:21

    bravo

    Je partage l'avis de Dolma

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    Re: Les promoteurs sont des salauds

    Message par Contenu sponsorisé


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