Le Village du Peuple Etrange Voyageur

pour nos pensées, nos petites histoires et nos joutes littéraires autour des voyages


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    Solcha
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    Message par Solcha le Mer 17 Avr - 11:20

    triste es-tu repassé par le Pondyspensaire?

    Le bon samaritain c'est bien, allez bien, c'est mieux! clin d'oeil
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    lahaut

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    Message par lahaut le Jeu 18 Avr - 11:04

    Ca va mieux maintenant ? as tu été trop impressionné ou "émotionné" par la beauté de notre capitale ?
    geob
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    Message par geob le Ven 19 Avr - 11:25


    Ce qui m'est arrivé m'incite à repartir le plus vite possible, enfin, dès que les contingences inhérentes à la condition humaine et citoyenne m'auront lâcher les baskets !

    Quand je reviens à Paris, je suis toujours frappé par la saleté des rues, alors qu'en Thaïlande je n'ose pas jeter la moindre chose par terre. Bon, c'est sans doute une question d'éducation, du fameux "vivre ensemble", et surtout de la prise de conscience de l'intérêt commun.
    geob
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    Message par geob le Ven 19 Avr - 11:30


    L’assassinat de J.F. Kennedy

    Le 22 novembre 1963 restera une date importante dans l'histoire de ma famille. En effet, ce jour là, nous étions tous dans un café où il y avait un poste de télévision. Les clients regardaient l'écran en silence, assurément quelque chose d'important était en train de se dérouler. Pour ma part j'étais trop jeune pour comprendre que l'on nous annonçait un évènement historique : l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Mais nous avions d'autres préoccupations, beaucoup plus urgentes, nous étions quasiment dans la rue car, ce 22 novembre 1963, nous venions d'être expulsé de notre appartement, et mon père était en train de de nous chercher un hôtel pour y passer la nuit. Alors la mort de Kennedy, bon, on s'en foutait un peu.

    Plus tard, beaucoup plus tard, je me suis beaucoup intéressé à cet assassinat. Je me rappelle avoir longtemps gardé le numéro spécial de Paris Match avec les photographies extraites du film amateur de Abraham Zapruder, le type qui avait filmé le drame avec sa caméra super 8. Je me souviens aussi des chroniques de Frédéric Pottecher qui avait couvert le procès de Jack Ruby, j'ai lu aussi son livre, il me semble, sans oublier les documents à la télévision, les films, enfin, bref, cela m'avait vraiment passionné toute cette histoire.

    Plus tard, beaucoup plus tard, j'ai découvert à quel point J.F.Kennedy était un sacré salaud. Un érotomane ahurissant, qui n'hésitait pas à partouzer dans le bureau ovale de la Maison Blanche ! Faut dire aussi que j'étais tombé amoureux de Marilyn Monroe. Pauvre Marilyn ! Considéré juste comme un sexe ambulant par les Kennedy, car Robert Kennedy en a aussi profité, elle a été broyé par leur ambition effrénée et leur morale catholique.

    Plus tard, beaucoup plus tard, j'ai eu envie d'envoyer une lettre au maire de Paris pour lui demander de débaptiser l'avenue J.F. Kennedy pour la renommer avenue Marilyn Monroe. Avenue Marilyn Monroe, ça plus de gueule, non ? Au moins, cela rendrait hommage à une grande actrice, et enverrait aux oubliettes ce pauvre type.

    Bien entendu, je n'ai jamais écrit cette lettre, parce que, au fond, je suis un "aquoiboniste"




    Maadadayo !
    Solcha
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    Message par Solcha le Ven 19 Avr - 11:35

    Regarde sur la place des potins, Lahaut a laissé trainé ses brouillons de lettre au président et autre maire, je suis sûre qu'il peut t'aider! clin d'oeil
    fabizan
    fabizan

    Localisation : Pornic (Loire-Atlantique)

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    Message par fabizan le Ven 19 Avr - 13:26

    Ma pensée en lisant ce débriefing du jour rejoint celle de Solcha : je me disais que Lahaut l'aurait envoyée la lettre au Maire de Paris.

    J'en déduis donc que Lahaut n'est pas un Aquaboniste, t'est content Lahaut ? question


    _________________
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    lahaut

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    Message par lahaut le Ven 19 Avr - 21:44

    A quoi bon !!! Debriefing - Page 8 626800
    geob
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    Message par geob le Dim 5 Mai - 15:56



    Le triangle des Bermudes.

    Vendredi, 3 mai

    Bon. Après avoir payé mon café, j'ai mis mon porte-monnaie dans la poche droite de mon blouson, et je suis allé à la bibliothèque "André Malraux". J'ai marché pendant trois cent mètres environ, je suis entré, j'ai pris l'ascenceur pour le quatrième étage. Au fait, je n'étais pas seul, il y avait combien... quatre ou cinq personnes. Tout de même, pas devant tout le monde ! Enfin, passons. Je me suis installé à une petite table pour ne pas avoir de voisins, j'ai mis mon blouson sur une chaise. Une heure plus tard, je me suis levé, j'ai remis mon blouson, et là, là, je me suis aperçu que je n'avais plus mon porte-monnaie. Et merde ! Encore ! J'ai regardé de partout, sous la table, derrière moi. Derrière moi, il y a une table, et la jeune femme qui l'occupait, le nez plongé dans son ordinateur relié à la prise électrique situé derrière ma chaise, juste au dessus du sol, donc, pour brancher son cordon, elle a dû se baisser, et peut être qu'elle a ramassé mon porte-monnaie. Nooon ! Quand même pas ! Il y a des moments où l'on soupconnerait la terre entière ! Mais aujourd'hui, une quarantaine d'euros dans un porte-monnaie, ça ne se refuse pas, surtout si c'est l'inconscience de son propriétaire qui l'offre !

    Cela fait la troisième fois que je perds un porte-monnaie dans le secteur de la bibliothèque " André Malraux " ! Incroyable ! Ca devient un lieu maudit pour moi, rien moins que le triangle des Bermudes où je sème mes billets de banque, comme ça, par une inadvertance primesautière invraisemblable. Mais cette fois-ci, j'ai fait un bras d'honneur à cette scoumoune qui me poursuit, et je me suis précipité aux galeries Lafayette pour acheter un autre porte-monnaie.

    Décidément, ça ne me réussit pas de revenir à Paris ! Je me demande si je ne suis pas revenu rien que pour vivre ces moments pénibles, rien que pour me confronter à l'impolitesse et à la vulgarité que je vois partout, et rien que pour m'inciter à vite reprendre un avion !

    Bon. Il faut dire aussi que j'ai laissé pas mal de choses en voyage... voyons...

    Au Québec, une paire de chaussures.

    A Savannaket, une veste sans manches, avec plein de poches et une capuche. C'était vraiment un vêtement idéal pour le voyage. Je l'ai laissé sur une chaise, dans un café internet. Et je m'en suis rendu compte que deux jours plus tard !

    A Hua Hin, j'ai oublié un appareil photo sur la table d'un bar. Ou ailleurs ! En tout cas, c'était à Hua Hin.

    Je ne compte pas les lampes électriques que j'ai laissé dans des chambres par ci par là !

    Tiens, j'ai oublié deux longhis en quittant Chian House, début avril.

    A 25 kilomètres au sud est de Chiang Mai, j'ai perdu un porte monnaie avec 3000 baths.

    Bon, j'arrête d'égrener toutes les étapes de ma déroute. Heureusement que je ne suis pas un cow boy, parce que j'aurais souvent entendu ça :





    Dolma
    Dolma

    Localisation : Je m'balade sur les chemins...

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    Message par Dolma le Lun 6 Mai - 10:04

    A Hua Hin, j'ai oublié un appareil photo sur la table d'un bar. Ou ailleurs ! En tout cas, c'était à Hua Hin.

    C'était bien à Hua Hin, mais pas sur la table d'un bar (faut faire attention aux mots qu'on emploie quand on parle de la Thailande siffleur ). L'appareil était si bien posé sur la table d'une terrasse charmante qui domine la plage qu'on se demande pourquoi tu ne l'y aurais pas laissé marteau ...

    A 25 kilomètres au sud est de Chiang Mai, j'ai perdu un porte monnaie avec 3000 baths.


    A croire que tout près, entre les rires et les chants de la foule, il y avait une fête alors que c'était un enterrement, on en oublie son porte-monnaie mon dieu ! !

    Si tu n'existais pas tête de linotte, il faudrait t'inventer LoL

    Dolma
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    Message par Invité le Mar 7 Mai - 10:26

    " j'ai mis mon porte-monnaie dans la poche droite"

    Pas pratique, t'es gaucher ?
    geob
    geob

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    Message par geob le Ven 10 Mai - 10:50


    Le bout du tunnel.

    Ce n'est qu'en cherchant autre chose que je suis tombé sur ce document, au milieu d'un fouillis ahurissant. On voit la date : 22 avril 1983 !

    Debriefing - Page 8 Rparis11

    Bon dieu ! Trente ans ! C'était le tournant de la rigueur, deux ans après la première élection de Mitterrand. Nous avions trop chanté le socialisme, le gouvernement fut contraint d'enfiler la carapace vertueuse de la fourmi. Nous avions trop dansé, il fallait nous serrer la ceinture, et on alla même jusqu'à nous interdire de sortir des francs du territoire, en tout cas pas plus de 2000 francs qui étaient notés sur un document bleu que l'on devait présenter à la douane en quittant notre cher et vieux pays. En fait, je ne l'ai utilisé qu'une fois pour partir en Thaïlande, ensuite ce carcan administratif fut abandonné - je ne me souviens plus pourquoi. Tiens, si le gouvernement actuel faisait la même chose, je serais curieux de voir, et surtout d'entendre, les réactions que j'imagine déjà furieuses, outragées, contre cette limite au déplacement des gens qui bafoue les droits de l'homme et du citoyen, le "Figaro" s'insurgerait, sur cinq colonnes à la une, en décrétant que les communistes ont pris le pouvoir, la commission de Bruxelles tancerait la France et la prierait de ne pas contrevenir aux accords de "Schengen".

    En Espagne, au Portugal, en Grèce, les populations subissent actuellement beaucoup plus pire, et bien plus grave que ce que nous avons vécu en 1983. Si les populations de ces pays se déplacent, ce n'est pas pour partir en voyage, se serait plutôt pour fuir leurs patries et trouver du boulot ailleurs. Quant à ceux qui restent, la fatalité, petit à petit, remplace dans les cœurs la colère, la révolte, alors ils s'adaptent : c'est l'homme !

    Dans ce chef d’œuvre de la bande dessinée, "Maus", Art Spiegelman raconte la vie de ses parents qui ont survécu aux camps de concentration pendant la deuxième guerre mondiale. Quand son père lui raconte le quotidien de l'enfer sur terre, comment cela fonctionnait, comment il se débrouillait pour améliorer son quotidien malgré la mort qui planait au dessus de lui, 24h sur 24, Art Spiegelman a dû mal à comprendre cette forme de vie organisée, cette société improbable qui existait dans ce malheur abyssal, effroyable, comme le signe tangible d'une humanité qui refusait d'abdiquer.

    C'est le propre de l'homme, même en enfer il prendrait ses marques ! Il supportera toutes les avanies, les humiliations, mais il voudra continuer à vivre, quitte à vivre dans la boue. En revanche, le dromadaire, à partir d'une certaine charge, refusera d'avancer et préfèrera être battu à mort plutôt que de se relever et de se remettre en marche.

    D'où il appert que le dromadaire est supérieur à l'homme ???

    Pour l'instant, nous nous en tirons pas mal, néanmoins nous avons cette impression parce que les gouvernements utilisent des pincettes pour nous rogner gentiment notre pouvoir d'achat, alors que d'autres sont déjà dans une débâcle sociale déprimante, tant et si bien qu'ils nous inquiètent car ils nous renvoient l'image de ce qui pourrait nous arriver tôt ou tard. Allons ! Allons ! Hauts les cœurs ! Sous Giscard, je lisais " Le Monde " tous les jours - aujourd'hui rarement, dame, 1€50, faut les sortir (putain ! dix francs !). J'achetais un croissant aux amandes, et je m'installais au jardin du Luxembourg pour lire le quotidien. Je me souviens d'un dessin où l'on voyait un homme politique - il me semble que c'était Chirac, alors premier ministre -, affirmant dans un tunnel que : " nous voyons le bout du tunnel " ! Haut les cœurs ! On nous l'a promis, il y a une trentaine d'années, si, si, nous voyons le bout du tunnel, je vous assure, c'est pour bientôt...

    ... aux calendes grecques ???


    Maadadayo !
    imanachnuelohim
    imanachnuelohim

    Localisation : En ville de 'la Maison du Moulin'

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    Message par imanachnuelohim le Ven 10 Mai - 19:14


    Ah ben, tu peux le conserver précieusement.

    Ce sera une vraie pièce digne d'un COLLECTOR !

    Parce qu'on est peut être pas prêt d'en revoir ! (en tout cas ,pas avec la mention en franc)


    _________________
    Il n'y a pas d'homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé,de celui qui a changé 20 fois la forme de sa pensée et de sa vie
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    Message par geob le Mer 5 Juin - 11:23


    Album photos papier

    A force de remuer mon fourbis monstrueux, quelquefois remonte à la surface des objets que je cherchais depuis longtemps, ainsi quelques photos papiers...


    Sumatra, 1993


    Nous remontions vers le nord de Sumatra, avec les transports locaux. Quelquefois, quand la pente était rude, le chauffeur demandait aux passagers de descendre.

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    Ce jour là, nous arrivâmes dans un village de montagne, au milieu d'une végétation luxuriante. Mais la camionnette n'alla pas plus loin, et nous fûmes obligés de débarquer. Nous étions quelque peu déboussolés, en plus nous n'avions rien compris aux explications du chauffeur, peut être nous disait-il d'attendre un autre transport, ou je ne sais quoi, en tout cas, nous avisâmes un endroit pour se reposer : un banc sous l'auvent d'une maison en bois, devant une grande fenêtre -une ouverture rectangulaire- dont les volets ouverts permettaient à un vieil homme, le coude posé sur le rebord, de nous observer d'un air attentif, ou disons plutôt avec une curiosité non feinte. Il nous fit signe de nous assoir, ce que nous fîmes volontiers, histoire de faire le point sur notre situation, non sans avoir jeté un coup d’œil à l'intérieur où l'on vit une grande table rectangulaire avec, de part et d'autres, des bancs de même longueur, et pas d'autres meubles, sauf ce présentoir posé sur une étagère qui protégeait, derrières sa vitre graisseuse, des paquets de cigarettes. Nous étions donc devant le bureau de tabac du village.

    Au bout d'une heure d'attente, on ne vit aucun véhicule passer devant nous. Il était environ 16 ou 17h, l'inquiétude commençait à nous gagner, il n'y avait pas de restaurant ni d'hôtel dans ce village. Le vieux se décida à nous interpeller, il nous fit comprendre qu'il valait mieux que nous entrions nos bagages dans sa maison, et que demain serait un autre jour. Il n'y avait même pas à discuter, les rayons du soleil avaient du mal à se faufiler entre les monts recouverts de jungle, la nuit et la fraîcheur se pointaient sans nous demander notre avis, alors nous acceptâmes avec un grand soulagement cette invitation. A peine entré, les sacs déposés sur le sol, nous vîmes surgir une jeune femme qui portait un bébé sur sa hanche, puis une petite fille, d'autres gens encore. La maison abritait plusieurs générations. Le vieux donna des ordres, une femme plus âgé - sa femme?- ferma les volets, tandis qu'un homme allumait des lampes à pétrole. Nous fûmes ainsi plongés dans une atmosphère d'outre-temps, complètement dépaysés et contents de l'être, au milieu de cette famille d'Indonésiens qui nous recevaient avec une si grande gentillesse. On laissa une lampe sur la grande table, le vieux gardait sa place de chef, et nous prîmes place sur sa gauche. Nous essayâmes de communiquer, les gestes et les dessins remplaçaient les paroles pour une conversation silencieuse. Mais mon estomac n'était pas trop silencieux, j'avais faim. Il nous fallait patienter, après tout nous étions à l'abri, et, comme tout vient à point à qui sait attendre, les femmes apportèrent des plats et nous mangeâmes avec le vieux. Je ne m'en souviens plus très bien, il me semble que la famille dîna au fond de la maison, peut être dans la cuisine. Ce que je me souviens très bien, c'est qu'à 21h, ce fut extinction des feux ! Ils nous avaient donné des couvertures pour dormir le plus confortablement possible par terre. Entre 21h et minuit, tous les membres de cette famille ne cessèrent de se parler, enfin pas en continuité, de temps en temps leurs voix douces glisaient dans cette nuit d'où nous parvenait de l'extérieur aucun son particulier : tous les villageois semblaient s'être barricadés dans leurs demeures. Parfois, les conversations prenaient une tournure beaucoup plus douce encore, avec de petits rires vite étouffés, nous entendions remuer les corps sur le sol : le jeune couple échangeait sans doute quelques tendres agaceries.

    Le lendemain matin, après avoir pris un petit déjeuner frugal, et après avoir fait un tour dans le village, nous sortîmes nos bagages pour attendre une éventuelle camionnette qui remonterait vers le nord. Vers 10h, arriva enfin un transport. Nous fîmes nos adieux à cette sympathique famille, et nous offrîmes un peu d'argent à la jeune femme qui portait toujours son enfant sur sa hanche. On avait lu quelque part qu'il fallait toujours dire dans ces cas là que c'était pour l'enfant. Ce que je fis comprendre. La mère prit les billets de banque, les posa sur son enfant, je confirmais en souriant, et je peux dire que son visage fut éclairé par une joie incandescente. Ouh là ! Un peu d'argent ? En fait, selon leurs critères économiques, ça devait une jolie petite somme! Lorsqu'on se retrouve dans ces situations, on ne sait pas trop comment se comporter, en tout cas nous nous étions entendus par ne partir sans laisser quelque chose car, tout de même, ils nous avaient bien dépannés et offert quelques heures hors du temps, une plongée fantastique dans une atmosphère que seuls nos arrières grands-parents avaient pu connaître, une époque où le dialogue entre les êtres ne souffraient pas de la pollution télévisuelle et des sonneries intempestives des portables - non, ce n'était pas l'idéal, certes, et je n'aurais pas aimé vivre ainsi, mais c'était peut être un peu plus humain qu'aujourd'hui.

    Nous embarquâmes dans la camionnette, en compagnie d'une dizaine d'Indonésiens. Nous le savions pas encore, mais nous allions restés ensemble durant toute la journée, jusqu'à tard dans la nuit. Après environ deux kilomètres, le chauffeur s'arrêta, et nous comprîmes alors pourquoi, la veille, nous n'avions pas pu continuer notre voyage : devant nous, un sacré éboulement obstruait la route.

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    Tout le monde descendit avec les bagages. Des gens arrivaient du nord, ils avançaient sur l'éboulement en portant de lourdes charges sur leurs épaules. Un voyageur nous fit comprendre qu'il fallait franchir l'obstacle, de l'autre côté un transport, venant de la ville où nous devions nous rendre, viendrait nous chercher, enfin si tout se passait bien. Nous étions au mois de novembre, il pleuvait beaucoup, tant et si bien que nous avions acheté des parapluies - pas très encombrant une fois pliés -, et la route était peut être en mauvais état de l'autre côté, enfin, bon, il nous restait qu'à suivre la troupe, et faire comme eux et s'armer de patience. Avec nos sacs sur le dos, nous entreprîmes de grimper sur l'éboulement, et marcher sur un sol meuble, glissant, sur une cinquantaine de mètres - ça m'a paru bien long ! Enfin, nous arrivâmes sur la route. Aucun véhicule nous attendait. Les Indonésiens nous firent signe d'attendre, puis, au bout d'un moment, ils décidèrent d'avancer pour aller à la rencontre de notre hypothétique transport. La pluie nous envoya ses premières gouttes, aussitôt "clac"!, nous ouvrîmes nos parapluies automatiques. Cela surprit nos compagnons de voyages, alors, pour ne pas être en reste, deux hommes descendirent sur une pente où ils avaient repéré des bananiers, et ils coupèrent de grandes feuilles pour se protéger à leur tour. Et nous continuâmes à marcher sur cette petite route à travers la forêt.

    Enfin, une Toyota blanche s'arrêta devant nous et tout le monde embarqua.

    Le véhicule s'engagea sur une piste, bien étroite à mon goût. Nous étions secoués, un peu mal à l'aise, sur la droite il y avait un ravin recouvert de végétation. Tout à coup, la Toyota zigzaga, cris terrorisés des femmes, puis il y eut un arrêt brutal qui nous projeta en avant. Un des deux chauffeurs échangea quelques mots avec les passagers. Il fallait descendre, nous étions embourbés - deux ou trois personnages restèrent néanmoins dans le véhicule. On suivit la troupe, et nous attendîmes un peu plus loin. Il pleuvait toujours.

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    (pour se relayer, tout en conduisant, un chauffeur passait par la fenêtre, montait sur le toit, et rentrait dans le véhicule par la fenêtre de gauche, enfin quand nous eûmes retrouvé le bitume !)

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    Lorsque nous arrivâmes enfin à destination, à la nuit tombée, nous décidâmes de ne pas nous engager plus dans cette région où les islamistes imposent des règles plus contraignantes qu'ailleurs à la société. Et le lendemain, nous prîmes la route vers l'est.


    (je ne me suis pas embêté, j'ai tout simplement re-photographié ces photos !)

    geob
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    Message par geob le Jeu 20 Juin - 15:48

    Album photos papier (II)


      Sapa (2005)


        J'ai entendu des instruments de percussion, alors je suis sorti sur le balcon de ma chambre et j'ai pris cette photo.


    Debriefing - Page 8 Photo_10


    La rue passe devant mon hôtel, elle descend vers le sud. C'était sans doute le cortège d'un mariage, je ne suis pas allé voir de plus près. Le lendemain matin, j'ai décidé de suivre le même chemin, voir jusqu'où je pourrais marcher. Comme je n'avais acheté aucune nourriture, je me suis dis qu'une heure ou deux de balade me suffisait amplement. La matinée était fraîche, ensoleillée, un ciel magnifique rendait ce paysage de montagne spectaculaire, et je me sentais très bien à Sapa.

    Au bout d'un kilomètre, j'ai vu, à ma grande surprise, une guérite en bois et une barrière blanche baissée. Ah bon ! Ils empêchaient donc la circulation automobile, après tout, pourquoi pas ? Place aux randonneurs ! Arrivé devant, j'ai contourné l'obstacle pour passer sur le bas côté, mais une jeune femme a surgi précipitamment de la guérite, m'a crié quelque chose qui me fit arrêter net tant elle m'a paru excité. Elle a exigé tout suite mon permis. Mon permis ? Mon permis de quoi ? J'avais du mal à comprendre son charabia, en plus elle avait l'air tendue, inquiète. A priori, je devais retourner à mon hôtel, demander un permis parce que je n'étais pas accompagné d'un guide - enfin, c'est ce que j'avais fini par comprendre. Ouh là ! Revenir sur mes pas ? Ah non ! Pas envie ! Comme elle a bien vu que je n'avais absolument pas l'intention de lui obéir, elle a hurlé : permis ! hôtel ! Une vietnamienne au bord de la crise de nerfs ! Je me suis énervé à mon tour, je lui ai envoyé une bordée d'injures... en français, j'ai gueulé plus fort qu'elle, et je suis reparti de plus belle vers le sud, prestement.  Bon sang ! Elle hurlait comme une possédée, je l'entends encore. Incroyable ! Je ne m'attendais pas à tomber sur une hystérique de cet acabit !

    J'ai marché rapidement, en me retournant parfois pour voir si elle me suivait, ou si elle avait demandé du renfort. J'étais quand même un peu angoissé, je me voyais déjà dans les geôles communistes, ou dans un camp de rééducation pour les inadaptés sociaux et politiques. Au bout d'un quart d'heure, j'ai quitté cette route et prit un chemin escarpé sur la gauche qui grimpait dans la montagne.

    Je n'avais qu'une idée en tête : surtout ne pas me faire repérer de la route. Lorsque du sentier j'en fus suffisamment éloigné, invisible, je ralentis mon allure : ça montait dur ! Devant moi, sur ma droite, assis sur le rebord d'un ravin, deux Hmongs semblaient méditer devant ce panorama grandiose qui s'ouvraient sous leurs yeux. Je devais être sur le chemin qui conduisait à leur village. Ma déduction s'avéra juste, ainsi, pas après pas, mon ascension m'amena, effectivement, devant un village Hmong, vers ou plutôt entre 11h et midi. Ce fut heureusement le bruit de conversations animées, des cris d'enfants, qui me permirent de prendre le bon sentier pour y arriver - sinon, je ne sais trop où j'aurais pu atterrir.  Il y avait une sacré animation, dûe à un personnage très entouré que tout le monde voulait saluer : le pasteur ! Il venait de terminer une cérémonie, les Hmongs l'accompagnaient pour son départ.

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    Je franchis la palissade, et me voici au milieu de cette ethnie où les enfants portaient leurs habits de fête, et où, à ma grande satisfaction, je pus constater que je tombais bien : vu les gamelles et les marmites, les bâches posées sur le sol, recouvertes de plats et de petits bols, les Hmongs s'apprêtaient à se restaurer et donc, je n'en doutais pas, à m'inviter à partager leur repas. J'avais vraiment faim !

    Je repérai cette jeune fille qui, de toute évidence, ne faisait pas partie de la tribu. En fait, c'était l'institutrice vietnamienne. 

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    Dès qu'elle m'aperçut, elle vint me parler en anglais, me posa les sempiternelles questions, mais son visage s'illumina lorsque je lui dis que j'étais Français car elle me lança : Platini, I love ! Elle adorait nos footballeurs ! Il n' y a pas à dire, pensai-je, la culture française rayonne dans le monde entier !

    Cela avait-il un sens ou pas, à vrai dire je m'en foutais royalement, mais on ne m'invita pas à m'assoir avec les hommes.

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    L'institutrice me désigna l'endroit où nous allions manger en compagnie des jeunes femmes. Manger, et surtout boire leur alcool qui déménage ! Ces demoiselles savaient lever le coude et partir dans de franches rigolades qui laissaient voir leurs dents en or. 

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    Notre cercle devint  à la longue l'attraction du village, et nous eûmes de la visite.

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    Le chef du village, un monsieur aux cheveux gris, portant des lunettes avec une grosse monture en plastique, tout de noir vêtu, tint à nous prendre en photo. (quand je la regarde, je me dis que l'alcool avait fini par dérider tout le monde - voir "potins secrets").

    A la fin, il fallut se lever, des femmes commençaient à débarrasser. L'institutrice m'invita à boire du thé dans sa maison. J'acceptai volontiers, tout d'abord pour voir où elle vivait, ensuite, le thé ne pouvait que me faire du bien après avoir bu leur tord-boyau par politesse.

    La maison de l'institutrice ne se différenciait pas ce celles du village : ça ressemblait plutôt à une cabane, au confort bien sommaire. Bon sang ! Elle avait bien du courage pour vivre là dedans, mais elle n'avait sans doute pas le choix. Bien entendu, elle laissa la porte ouverte. Elle m'indiqua un banc pour m'assoir, tandis que dans le chambranle de la porte apparaissaient déjà des visiteuses, plus ou moins jeunes, certaines avec leur bébé sur la hanche. Ça papotait, et ça papotait, toujours en m'observant avec une grande curiosité.

    Nous eûmes une petite conversation, parfois interrompue par des femmes de la tribu, toujours intriguées par ma présence. Elle me parla encore de Platini, l'institutrice, alors j'en fis hypocritement l'éloge, tout en regardant ma montre. J'étais obsédé par mon retour à Sapa : j'étais obligé de repasser devant la guérite de l'autre cinglée ! On approchait des 16h, il faisait déjà moins chaud - l'institutrice n'a jamais ôté sa veste matelassée.

    Après avoir dit au revoir et merci, je pris le chemin du retour, et je dévalai vite le sentier jusque sur cette route étroite que j'avais empruntée ce matin, en venant de Sapa. Maintenant, je voyais le bourg au loin, mais mon pas n'était pas empressé, je cogitais, l'hystérique devait guetter mon retour, et peut être pas toute seule.

    Debriefing - Page 8 Photo_14

    Soudain, j'entendis quelqu'un qui m'interpellait. Un type venait d'arrêter sa vieille moto sur le côté droit, il me faisait signe de la main. Je ne comprenais pas trop ce qu'il voulait, il montrait la selle derrière lui, puis, il fit le geste du gars qui trinque, tout en se marrant. Un hmong du village, là haut ! Il n'était pas habillé en tenue traditionnelle, il portait une casquette militaire. Mais par où était-il donc descendu ? A l'époque, je n'imaginais pas que l'on pouvait emprunter le sentier qui conduit au village à moto, depuis j'ai fait bien pire en Thaïlande. A coup sûr, il m'avait vu en train de boire, bon, comme quoi il ne faut jamais refuser de trinquer : il m'apportait la solution pour passer devant la guérite ! Et puis, il me paraissait impensable que ce gars fût contrôlé, tous les jours on voyait les tribus dans Sapa, faisant des achats divers, non, cette histoire n'était que l'affaire d'un touriste qui n'avait pas respecté les règles. Je montai derrière lui. En avant ! Au bout de deux, trois minutes, la barrière se profilait au loin. Elle était levée. Sur le bas côté, deux silhouettes immobiles. Je me planquai bien derrière son dos, on approchait rapidement. Oui, c'était bien l'hystérique, avec un homme relativement jeune, en pantalon noir et chemise blanche. Tous les deux regardaient fixement le lointain, dans l'espoir de repérer un occidental qui marchait. Lorsque nous passâmes à leur hauteur, ils ne détournèrent pas la tête. Arrivé de mon hôtel, je dis au gars de stopper. Je le remerciai chaleureusement, et il redémarra pour continuer vers le centre.

    Ce fut une belle journée, fort intéressante.
    geob
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    Message par geob le Mer 17 Juil - 10:53

    Album photos papier (III)

      Méharées

    Ce fut un film qui me donna une envie tenace de désert : "Lawrence d'Arabie". En devenant un adulte passionné de littérature, je me suis instruit sur la vie et l’œuvre de Thomas-Edward Lawrence,  tant et si bien que je n'ai plus supporté de le voir toujours affubler de cette épithète géographique, au demeurant très réductrice en ce qui concerne le vécu de cet homme car, au lieu de le considérer juste comme un aventurier, certes d'envergure, j'ai été surtout conquis par un écrivain magnifique, par une âme torturée, dont le destin fut broyé par des considérations géopolitiques qu'il ne pouvait maitriser. Dès les premiers mots, dès les premières lignes de son épopée " Les 7 piliers de la sagesse ", d'une beauté formelle indéniable, j'ai compris que j'avais en main un chef d’œuvre, un des livres le plus important du XXe siècle - d'après Churchill, et je veux bien l'admettre.

    Bien plus tard, mon attention fut attirée par la photographie de couverture d'un livre, chez "Terre Humaine/PLon", "Le désert des déserts", de Wilfried Thiesiger : il y a un homme aux longs cheveux noirs, luisants, avec des yeux immenses, des yeux qui ont l'habitude de contempler l'immensité du vide, il a en main un fusil, on dirait un apache du Nouveau Mexique, le genre de gars qu'on aimerait pas rencontrer sur son chemin : c'est un bédouin du sud de l'Arabie, un des accompagnateurs de Thiesiger qui n'hésite pas à écrire que c'était aussi un peu un bandit, un sacré lascar !

    J'ai lu aussi Odette de Puigaudeau, Théodore Monod. Mettons à part, sur un piédestal de la littérature mondiale, "Les 7 piliers de la sagesse". Pour moi le plus grand livre sur le désert reste celui de Wilfried Thiesiger. Cet homme hors du commun, cet aventurier de la vie nomade, a intitulé son dernier chapitre - alors que les Wahhabites le chassait d'Arabie, le contraignant ainsi à regagner l'Europe : "L’exil" !

    Première méharée, Rajasthan, le désert du Thar en 1989.

    A partir de Jaisalmer, nous avons pris un tour organisé de deux nuits dans le désert. Voilà, à moins d'avoir les moyens financiers et être soi-même un véritable aventurier, un risque tout patenté, il faut se résoudre à être accompagné par des gens que l'on ne connait pas. En l’occurrence, ce fut par un jeune couple de Grenoble, étudiants en médecine, et un gars sympathique de je ne sais plus quel région : nous étions donc cinq français. Notre guide, et son aide, se comportèrent d'une manière très décontractée : ils n'attachèrent pas les chameaux les uns derrière les autres, ils nous laissèrent le soin de les diriger. Cela me combla. L'animal qui m'échut, haut perché sur ses longues pattes, ressemblait à un dessin de Mordillo : il se révéla fainéant, acariâtre, et je fus souvent à la traine. Pour le faire avancer, je faisais tournoyer la corde qui servait de rêne au dessus de sa tête : le sifflement produit l'incitait à allonger le pas, tout en ne perdant pas une miette de mes gestes grâce à ses yeux globuleux qui ne cessaient de m'observer.

    Je me souviens de la première nuit, sous l'éclatante blancheur de la pleine lune : les lampes électriques s'avérèrent inutiles. En revanche, le cheich fut très utile pour se couvrir les yeux, histoire d'atténuer la luminosité lunaire. Mais que je le dise tout de suite : rien ne vaut de dormir à la belle étoile, dans le désert ! En attendant le sommeil, les mains croisées sous la nuque, on observe le scintillement des myriades d'étoiles, on compte les étoiles filantes, on fait des vœux absurdes ; il peut arriver aussi que l'on perçoive inconsciemment ce que pourrait être ce sentiment taoïste de faire parti d'un tout, d'être habité par cette idée enivrante de ne plus sentir son corps, cette enveloppe humaine humaine bien encombrante,  et de n'être qu'un pur esprit, un atome qui s'envole vers le firmament.

    Le lendemain, l'étudiante ne se sentait pas bien. Elle avait mal dormi, trop mal à la tête. La veille, elle s'était baladée toute la journée tête et bras nus. On vient pas dans le désert pour bronzer. Déjà, le soleil cognait dur. Elle nous demanda de l'aspirine, ou autre chose, alors, excédé, je lui balançai :
    - Couvre toi ! Nom de dieu !
    Elle eut un mouvement de recul. Son ami m'approuva. Elle ouvrit son sac, sortit des tee-shirts, des châles, et, bientôt, il n'y eut plus que ses lunettes de soleil de visible. Une heure après, elle allait beaucoup mieux, et elle me remercia de l'avoir quelque peu bousculée.

    Dans cette méharée, il y avait un passage obligé, un endroit où se reposaient tous les tours organisés dans le désert du Thar. En début d'après-midi, nous vîmes sur notre droite six, sept chameaux attachés les uns derrière les autres, montés par des touristes qui nous avaient eux aussi aperçu. Notre guide nous conseilla de presser le pas pour arriver avant eux au croisement de nos chemins. Nous nous fîmes pas priés ! Nous poussâmes des cris stridents, des "you you" intempestifs, nos chameaux, à force de coups de pieds, trottinèrent et nous passâmes devant les autres, éberlués par ce "rezzou"  de fadas !

    Nous fûmes bien tristes de revenir à Jaisalmer. Je me retourne dans le passé, et je vois encore l'étudiante qui avait du mal à quitter son chameau : elle lui caressait la tête, tandis que son copain essayait de l'entraîner vers leur hôtel.

    Je suis tombé sur cette photographie. Je ne me souviens plus si c'était pendant ma première ou deuxième méharée dans                          

    Le Grand Erg Tunisien...

    Debriefing - Page 8 Luxemb10

    (j'écris chameau au lieu de dromadaire... par commodité !)

    Maadadayo !
    geob
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    Message par geob le Jeu 8 Aoû - 15:51

    Méharées


          L'air est pur dans le désert, cristallin : on voit très loin avec une grande netteté. L'air est sec, il convient à tout le monde, personne ne tombe malade. Et puis n'est pas tous les jours que l'on peut vivre des moments rares, se mouvoir dans des espaces infinis, loin des villes aux innombrables pollutions, sans autres horizons que des buildings et des magasins. Alors, l'inconvénient d'être accompagné est bien minime par rapport au bonheur de pouvoir rêver sous la voute céleste étincelante, en comptant les étoiles filantes qui vont se perdre dans des galaxies imaginaires.

    On pourrait penser qu'une méharée en Tunisie ne fait pas très authentique. J'ai comparé avec une méharée en Mauritanie, dix jours dans le désert, loin de tout. C'est la méharée tunisienne qui m'a paru la plus proche de la marche d'une caravane dans le désert - mais je reviendrais sur la Mauritanie.



    Une journée dans le Grand Erg Tunisien

    Bon sang ! Qu'est-ce que j'ai aimé ce rythme de vie !  

    La méharée s'arrête vers 17h, les chameliers déchargent les chameaux - il faut récupérer son bagage -, ensuite ils organisent le campement : ils font un cercle avec les selles et ils préparent le repas. Pour ma part, je m'éloigne vite avec mon sac à dos pour me trouver un endroit où je dormirai tranquille, loin de tout le monde, souvent entre deux dunes. Après avoir étalé mon sac de couchage, je regagne le campement. La plupart des gens s'installent juste à côté, certains dormiront dans la tente berbère, les uns sur les autres - bien la peine de venir dans le désert ! Les chameliers ont entravé les pattes de leurs bêtes pour éviter qu'elles s'éloignent trop durant la nuit. Malgré cela, le vagabondage nocturne des chameaux oblige leurs propriétaires de courir au diable vauvert pour les récupérer le lendemain matin !

    Le matin, un chamelier malaxe la farine avec de l'eau pour un pain sans levain, puis il le fait cuire sous le sable. Le pain s'avère excellent, un peu dur, certes, mais cela ne gêne personne. Il y a du café, du thé que l'on boit dans des gobelets en plastique. Avant que la caravane se mette en route, s'il reste du café ou du thé, il sera versé dans des bouteilles en plastique. Vers 1O ou 11 heures, on fait une petite halte, et cela permet de boire à nouveau les boissons récupérées. Et ce, dans les gobelets redistribués au hasard, du coup on ne sait plus qui a bu la dedans le matin même. Personne ne fait des remarques, bien au contraire, tous bien contents de se désaltérer avec autre chose que de l'eau. Je me rappelle la femme d'un notaire, accompagnée par sa fille, qui m'a dit qu'elle se découvrait dans une situation qu'elle n'aurait jamais accepté en d'autres circonstances. Et elle était ravie de se savoir capable de passer outre ces questions d'hygiène. A propos de l'eau, les chameliers pouvaient creuser un trou dans le sable et trouver une source, mais la plupart du temps on remplissait nos gourdes à des puits. Ce qui m'amusait beaucoup, c'est que pratiquement tout le monde utilisait des pastilles de chlore ! Malgré la chaleur, ils devaient attendre une heure avant que de pouvoir se désaltérer ! Par curiosité, j'avais demandé à quelqu'un de goûter son eau : impression de boire de l'eau de javel ! Principe de précaution, me disait-on, principe de précaution ! En attendant, je buvais une eau fraîche sans me soucier de ce redoutable principe, car je ne voyais pas trop comment elle aurait pu être contaminée !

    Vers 13h, la caravane s'arrête pour un déjeuner froid, les chameaux restent bâtés. Dès le premier jour, les chameliers nous avaient montré comment nettoyer nos plats avec du sable. Durant la première méharée tunisienne, je l'ai fait au bout du quatrième jour, parce qu'un participant s'est aperçu que mon chamelier nettoyait d'office mon plat, tandis que les autres s'escrimaient à faire briller le leur. Je me souviens que le gars, travaillant dans une entreprise privée, m'avait considéré de haut parce que j'étais fonctionnaire à l'époque, mais il ne l'a fait qu'une fois et il est vite passé à autre chose, seulement, le fait de constater que mon chamelier me déchargeait de cette corvée, naturellement, cela l'avait chagriné. Alors, avec cet esprit de boy-scout qui le caractérisait, et prenant tout le monde à témoin, il m'a demandé en rigolant, non sans aigreur, que je ne faisais pas comme tout le monde. Allez ! Sois sympha ! ajouta-t-il.  Pour le rassurer, j'ai répondu en remerciant mon chamelier et en lui disant que demain c'est moi qui m'occuperait de mon plat. Les deux derniers déjeuners, je pouvais le faire - le soir, c'était les chameliers qui lavaient tous les ustensiles.

    Vers 15h, la méharée redémarre pour environ deux heures de marche. Les chameliers ramassent du bois mort, en prévision du bivouac de la nuit. Vers 17h, le chef choisit l'endroit. Nouvelle installation.

    Le serpent

    L'après midi, il arrive parfois que l'on fasse halte près d'une ancienne bergerie, une bâtisse en pierre, très sommaire : juste un toit et des murs. Mais c'est un endroit où il fait frais, et il y est bon de s'y reposer, en évitant bien de s'allonger sur des crottes de moutons. Comme il y a souvent des cailloux à l'intérieur, plus ou moins gros, ils peuvent servir de cache aux serpents. Ainsi, cette fille qui a crié : un serpent ! J'ai vite ramassé une pierre, pris mon bâton pour tuer le reptile. Elle m'a arrêté. Non, non, il ne faut pas ! Une écologiste, sans doute. Un chamelier est arrivé en courant, attiré par les cris. Qu'est-ce qui se passe ? On a vu un serpent, Mohamed, dit la fille. Tu l'as tué ? dit Mohamed. La fille m'a regardé, je n'ai pu qu'esquisser un sourire. Et elle a crû se rendre sympathique en signalant qu'elle m'avait empêché de le faire. Il fallait le tuer, s'est énervé le chamelier, il faut penser aux gens qui viennent mettre leurs animaux à l'abri.

    Dès que quelqu'un signale un serpent, la question fuse de la part des chameliers :
    - Tu l'as tué ?
    Ils tiennent à leurs bêtes !


    Tempêtes


    Je savais très bien qu'il y aurait une tempête de sable, mais le fait qu'elle survienne la première nuit, je ne l'ai pas acceptée, ça m'a gâché le plaisir de me retrouver dans le désert après la méharée mauritanienne. Oh quelle nuit ! Les chameliers ont bataillé pour nous préparer un repas, il y avait du sable de partout. Manger devenait un supplice, et d'ailleurs je n'ai pratiquement rien mangé, j'avais trop de sable dans la bouche ! Je suis allé près d'un arbuste, croyant me protéger du vent, mais il n'a cessé de tourner durant toute la nuit. J'ai essayé de faire un rempart avec mon bagage, je mettais sur mon visage le chech, puis je l'enlevais, j'avais peur d'étouffer. Quelle nuit blanche ! Il m'arrivait la même chose qu'en Mauritanie : à chaque fois que j'attends trop d'un voyage, d'une rencontre, ou d'un quelconque évènement, eh bien tout se passe de travers, et je réagis comme un enfant déçu ! Il ne faut rien attendre, il ne faut rien espérer ! C'est pourtant si simple à comprendre, mais que c'est difficile d'être un adulte ! Deux jours plus tard, nous étions dans une région de rares arbustes, de caillasse, loin de l'image d’Épinal du désert recouvert de dunes. Un vent violent s'est déclenché à la tombée de la nuit. Cette fois-ci, je ne me suis pas révolté contre cette tempête, je l'ai acceptée. Alors, j'ai choisi soigneusement l'endroit pour dérouler mon sac de couchage, bien à l'abri dans un creux que j'avais élargi avec une grosse pierre. Et j'ai passé une nuit fantastique. Jamais entendu le vent hurlait si fort ! Phénoménal ! Jamais vu le ciel aussi brillant et ni nettement. Le sommeil m'est venu tardivement dans la nuit, je m'en foutais, je ne voulais rien rater de ce furieux spectacle offert par la nature. Parfois, je voyais passer à toute vitesse des couvertures de survie, des vêtements, tels des fétus de paille, mais je n'ai vu personne essayer de les rattraper en raison de la violence du vent - il valait mieux rester couchés.

    Baraquer

    En lisant "Le désert des déserts" de Wilfried Thiesiger, j'ai été surpris de découvrir que les Bédouins du sud de l'Arabie Saoudite émettaient le même son qu'en Tunisie pour faire baraquer un chameau : "crrrrrr" ! De même en Mauritanie ! J'ai vite appris. Je n'attendais pas le chamelier pour faire agenouiller mon chameau.

    J'ai encore imprimé dans ma mémoire cet arrêt, en début d'après midi. Je suis arrivé un peu à la traîne, avec deux chameliers qui avaient ramassé du bois mort. Les gens nous attendaient, ils étaient debout, impatients. Ouh là ! Il ne faut pas me rater, me suis-je dit, sous peine de me couvrir de ridicule. Alors j'ai fait "CRRRR", et j'ai réussi impeccablement à faire baraquer ma monture devant eux, eux qui appelaient toujours un chamelier pour pouvoir descendre. Bon, j'avoue, j'ai eu la vanité de me prendre pour un grand méhariste, un compagnon de T.E. Lawrence ! Deux jours plus tard, ils se sont mis à deux pour m'aider à baraquer mon chameau, une vraie carne ! D'ailleurs, c'était le seul à porter une muselière. Néanmoins, j'avais réussi à lui faire faire pas mal de choses. Ces animaux sont dressés à avancer les uns derrière les autres, à la limite on pourrait dire qu'il n'y a vraiment pas besoin de les diriger. Pourtant, j'arrivais à lui faire doubler celui qui le précédait, au grand dam de son chamelier, et aussi, quand nous cheminions sur deux colonnes, séparées d'une cinquantaine de mètres, j'aimais bien lui faire changer de file. Dans mon esprit, lorsqu'on s'engage dans une méharée, il faut s'intéresser au chameau, tenter de le comprendre, essayer de le piloter, mais j'étais le seul à être fasciné par cet animal.

    Et puis, il y a eu cette méharée de 10 jours en Mauritanie - d'abord deux jours de 4X4 pour arriver au point de départ, et autant pour retrouver une route bitumée à la fin. J'en attendais tellement, trop, et cette méharée s'est vite transformée pour moi en randonnée.

    Il faudrait que j'en dise quelques mots...
    geob
    geob

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    Message par geob le Sam 24 Aoû - 10:27

    Quelques mots sur une méharée en Mauritanie

    Voilà, j'en attendais trop, alors elle a très mal commencé. Rien que de vouloir revenir sur ce qui s'est passé, une sourde colère monte en moi, j'enrage encore à l'idée qu'un imbécile ait confondu son sac avec le mien. L'aéroport de Nouakchott ressemble à un hangar, et la salle où on récupére les bagages est vraiment petite, avec juste deux tapis poussifs sur lesquels défilent les bagages sortis des avions. Pas de quoi s'y perdre, enfin ! Les cinq personnes qui composaient mon groupe ont vite trouvé leurs sacs, et j'ai commencé à angoisser en ne voyant pas le mien. Celui qui allait être notre guide, un noir mauritanien, m'a dit que c'était certainement une personne d'un autre groupe qui avait embarqué mon bagage, on ne pouvait plus s'attarder, il fallait rejoindre les 4X4 qui nous conduiraient à notre premier bivouac. Pas le temps de faire la tournée des hôtels pour retrouver mon bagage, je l'aurais à mon retour. Oh bon dieu ! Je m'apprêtai donc à partir pour une virée de 14 jours, dont dix jours de méharée en plein désert, juste avec une trousse de toilette dans mon petit sac à dos, que j'avais heureusement gardé avec moi, sans oublier un slip, un tee-shirt, une gourde, bref, le minimum.

    Je ne vais pas m'attarder sur les cinq personnes avec qui j'ai partagé, malgré nos antagonismes, de grands moments. Ah si, il ne faut pas que je rate une ancienne institutrice de 70 ans, une vraie carne ! Une épouvantable bonne femme que j'aurais giflé, plutôt deux fois qu'une ! Au cours d'un repas, vers le 7e jour de la méharée, elle nous a parlé d'une petite fille qu'elle avait eue dans sa classe. Bon sang ! Je m'en souviens comme si c'était hier, elle a dit cette phrase incroyable :
    - Cette petite n'était pas intelligente. La pauvre, ce n'était pas de sa faute, c'était génétique !
    Aujourd'hui, je me dis que j'ai manqué d'humour, de distanciation, j'aurais dû la ridiculiser, ne pas la prendre au sérieux, au lieu de ça je me suis bêtement mis en colère, tandis que les autres approuvaient sa remarque effrayante, sans doute pour conserver une cohésion au groupe - à moins que ce ne fût une totale adhésion intellectuelle. En tout cas, je lui ai balancé, à la Goebbels du désert :
    - Si j'avais eu un enfant, je ne te l'aurais jamais confié ! Quelle horreur !

    Mais je reviens au 2e jour, en fin d'après midi. Nous sommes enfin arrivés au campement des chameliers. On a entendus des "you you" de bienvenue, une femme est venue à notre rencontre avec une grande écuelle en bois, rempli d'un liquide blanc : du lait de chamelle. Il a fallu boire, c'est la tradition de l'accueil. Bon, personne n'est mort, surtout pas ceux qui ont à peine trempé leurs lèvres - principe de précaution ! D'ailleurs, j'ai tout de suite entendu invoquer ce funeste principe. En effet, j'avais fait part à notre guide de mon désir de conduire moi-même mon chameau. Il n'en ait pas question, m'a-t-il répondu, c'est moi le responsable et je ne veux aucun problème. Ah bon ? J'ai informé les autres participants, eux aussi m'ont dit que ça pouvait être dangereux, et que, par mesure de sécurité, nous devions écouter notre guide. Nous avions donc payé pour une méharée qui se transformait en randonnée chamelière. Principe de précaution, tu comprends Geob, m'a répondu l'orthophoniste qui voyageait avec son copain. En fait, j'ai passé dix jours dans le désert avec la reine de Saba tant elle a tenu à être le point de mire, l'absolue personnalité qui en impose aux autres. Ah celle là ! Je l'ai énervée quand elle a essayé de me faire partager son enthousiasme pour une grande dune. C'est magnifique ! s'est-elle exclamée. N'est-ce pas, Geob? Moi, je ne voyais qu'une dune, et rien d'autre. Devant mon air neutre, elle a explosé : oui, oui, on sait que tu as voyagé, et tu joues au blasé ! En fait, je ne pensais pas, je me laissais imprégner par l'environnement. Sa remarque m'a fait remis les pieds dans la mélasse du conventionnel. J'ai horreur d'entendre ou qu'on me dise : oh ! quel beau paysage ! On tombe alors dans la description d'un décor, on perd le lien qui nous fait comprendre, ressentir la totalité du monde, le Tao, dirait-on ailleurs, et on devient un spectateur qui accumule des décors interchangeables qui finissent par se confondre dans notre mémoire, bref, tel un touriste lambda.

    Zut ! Moi qui ne désirait pas parler des autres ! Du coup, je reviens à l'institutrice, le jour où elle m'a glacé le sang. Nous étions sur le retour, deux 4x4 nous avaient rejoint pour nous conduire à Nouakchott - ce n'est que le deuxième jour où nous avons retrouvé une route bitumée. Je me rappelle cet arrêt, en plein désert. Le guide discutait surtout avec les deux chauffeurs, ces derniers, bien sympathiques, mangeaient tranquillement, jetant les détritus sous le regard courroucé de l'institutrice. A un moment donné, l'un d'entre eux balança un sachet en plastique. Le vent le poussa vers l'institutrice qui, rageusement, l'intercepta pour le mettre dans une poche.
    - On ne peut pas garder le désert propre ! maugréa-t-elle.
    Tout le monde ignora cette colère de propriétaire. Personnellement, je fus une nouvelle fois stupéfait par cette femme infernale. C'est là que j'eus réellement cette terrible sensation que mon sang s'était glacé. Cette réflexion absurde fut pour moi une révélation, comme une illumination qui m'ouvrit les portes de la compréhension de ce qu'allait devenir le tourisme du XXIe siècle : nous, les nantis, nous avons le désir que rien n'évolue pour nos destinations exotiques, qu'elles restent figées dans l'idée que nous nous en faisons - celle qui nous fait rêver dans notre grisaille quotidienne -, nous espérons que les gens veuillent bien ne pas abandonner leurs costumes traditionnels si colorés, leurs coutumes si fascinantes, leurs maisons si typiques, eh quoi ! on ne va pas faire des milliers de kilomètres pour rencontrer des êtres qui vivent comme nous, s'habillent comme nous, nous, on veut de l'authentique ! En somme, nous, les nantis, nous désirons que certaines parties du monde deviennent comme des réserves naturelles pour nous permettre d'oublier notre vie confortable, protégée,  de nous ressourcer dans la contemplation d'une nature "sauvage" et de la misère des petites gens que nous photographierons avec de puissants télé-objectifs, nous rassurer enfin sur notre mode de vie que nous finissons par le juger pas si mal que ça !

    Bon sang ! Je ne voulais accoucher que de quelques mots, juste pour parler de la journée la plus dure de la méharée, enfin, d'après ce qui nous en avait dit notre guide, mais j'ai l'impression que je retarde ce moment comme si cela me gênait quelque part de m'attarder là dessus, alors que cette journée fut pour moi une expérience enivrante, inoubliable, et pourtant, des années plus tard, elle ne cesse de me troubler, de m'interroger. Absurde ! Je ne suis coupable de rien, et je ne dois rien à personne ! Ce sont les circonstances qui ont décidé, et mon orgueil aussi !

    Revenons au début de cette méharée en Mauritanie...



    Maadadayo !
    geob
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    Message par geob le Ven 20 Sep - 11:15


    Méharée en Mauritanie (suite)

    Le guide ne voulait rien entendre : pas question de me laisser conduire un chameau ! Principe de précaution ! Le lendemain, première journée de marche. J'ai sympathisé avec un chamelier, un ancien sergent de l'armée française. A un moment donné, j'ai voulu savoir s'il me laisserait seul sur une de ses bêtes. Il m'a répondu qu'il n'y voyait aucun inconvénient, seulement il m'a dit d'aller voir le Noir pour en être autorisé. C'est ainsi qu'il désignait le guide : le Noir ! Les autres aussi, mais ce mauritanien de peau noire les avait engagés, et c'était lui qui commandait. Il n'y avait donc rien à faire, du coup j'ai décidé de faire cette traversée du désert entièrement à pied.


    Surprise, la méharée s'est arrêtée vers 13h. Ils ont dressé la tente, la cuisinière - car il y avait une cuisinière !- a préparé le repas. Je me suis adressé au guide.
    - Pourquoi on s'arrête ? Je pensais qu'on aurait continué l'après-midi.
    - Non, parce que l'après midi il fait chaud dans le désert.
    - Ah d'accord ! Dans le désert il fait chaud, bien, bien...
    Le lendemain matin, je lui ai fais une autre remarque. Le pain qu'ils avaient fait cuire sous le sable m'a paru bien épais. Lorsque j'ai eu mon morceau, j'ai compris pourquoi : il y avait beaucoup de mie.
    - Pourquoi il n'y a pas de pain sans levain ?
    - Parce que, me dit le guide, la mine décomposée, les touristes n'aiment pas le pain dur.
    - Les touristes n'aiment pas, bon, bon, d'accord...
    Nous étions de sacrés aventuriers dans le désert !


    Le troisième jour, le guide m'a invité à monter sur un chameau, il commençait à s’inquiéter de me voir toujours à pied. Si je ne conduit pas, il n'en est pas question, ai-je répondu. Alors, excédé, il s'est mis à gueuler :
    - Geob, après demain il y aura la journée la plus dure et la plus longue, et tu verras que tu feras COMME TOUT LE MONDE !
    A chaque fois que j'entends une phrase où surgit ces mots : "tout le monde", je pense toujours à une scène de "One, two, three", de Billy Wilder, où l'on voit un personnage s'exclamer :
    - Mais tout le monde est donc pourri ?
    Et l'autre de répondre, en écartant les bras :
    - Je ne connais pas tout le monde !
    Ma réponse au guide a donc été rapide :
    - Ça tombe bien, je ne suis pas tout le monde !

    Alors est arrivée cette fameuse journée. Elle a commencé très tôt, et c'est vrai que au fur et mesure que les heures ont défilé le soleil incandescent, l'environnement aride de collines nues et de pierres blanches brûlantes, loin de l'image d’Épinal du désert sablonneux aux dunes sculptées par le vent, c'est devenu très difficile. N'empêche, cela ne m'a empêché de mettre un pied devant l'autre. Quand j'ai constaté que les gens qui m'accompagnaient ont cédé, chacun à leur tour, à l'envie de monter sur les chameaux, bizarrement je me suis senti de mieux en mieux ; Je me suis mis devant la colonne et j'ai pris de l'avance. En me retournant peu après, j'ai vu que même les chameliers étaient maintenant sur les chameaux, seul le guide, qui affichait une mine chagrine, a continué de marcher en, sans doute, me maudissant pour l'éternité. Il n'y avait qu'une seule possibilité comme monture, alors il a attendu que je craque. J'ai vu la fatigue sur son visage, il mourrait d'envie de se reposer de cette marche éprouvante, mais il ne fallait pas que l'un d'entre nous perde la face.

    Au bout d'un moment, je me suis à nouveau retourné. Le guide était sur le chameau ! Nos regards se sont croisés, oui, il devait me maudire. Déjà que je me suis senti de mieux en mieux au fur et mesure que les autres avaient abandonné la marche, comme si je les avais, tel un vampire, vidé de leurs forces, voir ainsi le guide abandonner à son tour la partie me procura une joie incommensurable, inouïe, inoubliable, transcendante, tant et si bien que je crois n'avoir jamais ressentie une telle légèreté dans mon être, j'ai même eu ce geste d'écarter mes deux bras comme si j'avais voulu m'envoler comme un oiseau. J'ai pris une grande avance sur eux, je courrais parfois rien que leur prouver que la fatigue ne me contraignait en rien : je planais dans un bonheur inattendu. Je me sentais libre, victorieux.

    Sauf, que j'ai mis du temps à comprendre que je n'avais éprouvé qu'une émotion, certes extraordinaire, mais rien que ça, et que j'en étais le seul responsable. Les autres n'y étaient pour rien, mon émotion ne parlait pas d'eux, mais de moi, et elle me disait à quel point j'avais été frustré, comme un enfant devant un arbre de Noël devant lequel il découvre un jouet qu'il ne désirait pas, à quel point je me suis senti floué, et cette émotion me disait aussi tout ce travail psychologique qu'il m'a fallu entreprendre, envers et contre tous, pour ne pas sombrer dans une déroute mentale.

    Maintenant, je sais ce que c'est une émotion, et c'est fort utile de le savoir, de ne pas se tromper dans sa nature en refusant de la voir telle quelle, dans sa réalité.

    Maadadayo !
    geob
    geob

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    Message par geob le Mer 25 Sep - 16:12

    Crises de nerfs à l’ambassade de Thaïlande

    Aujourd'hui, debriefing à chaud.

    Ce matin, je suis allé à l'ambassade de Thaïlande, au service visas. Stupeur : une longue file d'attente ! C'est la première fois que je vois ça ! Il me faudra du temps pour comprendre, en discutant avec les gens, que pas mal d'entre eux étaient déjà passés la veille. Pour quelle raison? Un changement dans les règles d'obtention d'un visa ! Comme tout le monde, j'avais regardé le site internet de l'ambassade, et ils n'annonçaient aucune particularité nouvelle. Au guichet, j'ai entendu des gens qui élevaient la voix, qui s'énervaient : c'est pas marqué sur votre site ! Ouh là ! Qu'est-ce que se passe? En général, ce sont des gens qui connaissent le pays, ils savent très bien que élever la voix est un signal d'agression. Pas mal de gens s'en vont avec leur passeport dans la main, complètement furax. Un type, portant trois boitiers d'amulettes bouddhistes atour du cou, a qui quitté la salle en disant haut et fort : ah bravo le pays du sourire ! Quel idiot ! Il a cru qu'il aurait eu un passe droit parce qu'il singe les Thaïlandais !

    C'est quoi, cette nouvelle particularité? L’ambassade demande un relevé de compte bancaire. Bon, je savais très bien qu'il était demandé pour ceux qui vont vivre en Thaïlande, logique, faut vérifier que les gens ont les moyens. Nom de dieu ! Ils demandent un relevé bancaire, avec un minimum de 500 € en compte, même pour ceux qui désirent un visa touristique de deux mois ! Et moi qui demande un visa de 3 mois non résident, il me faut aussi un relevé !!! Je serais curieux de savoir quels sont les autres pays qui demandent un relevé bancaire à ceux qui viennent en touriste les visiter?  En tout, j'ai dû agir rapidement, je suis parti, et en deux parcours en taxi, je suis revenu à temps pour déposer mon passeport : j'étais l'avant dernier à passer.

    Précédemment, dans la file d'attente, la discussion que j'avais lancé allait bon train. Il avait suffi  d'allumer la mèche pour que les gens s'ouvrent un peu. Tout à coup, une dame, habillée bourgeoisement, avec un brin de virilité, s'est mis à engueuler un employé thaï, derrière son guichet. Bon sang, elle ne s'est pas contrainte : qu'est ce que c'est que ces méthodes ! je vais me plaindre en haut lieu, au gouvernement à Bangkok, moi, monsieur je connais des hommes politiques thaïs hauts placés, vous allez entendre parler de moi ! Pendant ce temps là, derrière son guichet, le bonhomme thaï hochait la tête en affichant un grand sourire. Cause toujours, tu m'intéresses. Mais quand elle est partie, il est devenu blême : il avait perdu la face, mais bon, il est en France... heureusement pour la dame en colère !

    Il y avait de la tension dans la file d'attente.

    Un monsieur, face rougeaude, le brave gars, demande confirmation sur cette histoire de relevé bancaire aux gens avec qui j'étais en train de parler. Un homme, aussi furieux que les autres, confirme et ajoute que, considérant qu'ils n'avaient pas eu le temps de mettre à jours leur site internent, ils auraient pu au moins mettre une affiche à l'entrée pour éviter que les gens attendent pour rien ! Le brave gars à la face rougeaude est k.o car il a enfin assimilé qu'il doit prouver qu'il a 5000 € en compte. Et les petites gens ! s'exclame-t-il. Mince ! Je suis partagé entre l'éclat de rire et la compassion !

    Il y a une blonde, avec son fils et son petit chien, un corniaud qui courre de partout. Je discute avec une dame tandis que son mari fait de même avec une Anglaise. On est intrigué par la langue parlée par la blonde, recouverte de tatouages et habillée comme une punk. Je mise sur le russe, elle est d'accord, mais, parfois, me dit-elle, j'ai l'impression que c'est une italienne. Non, c'est une russe, dis-je, elle est trop vulgaire pour être italienne !

    Au guichet. Un type, grand, élégamment vêtu, se met à gueuler avec un accent arabe.

    Il s'en va avec son portable collé sur son oreille.

    Lorsque je suis revenu, la russe était toujours là. Les fonctionnaires de l'ambassade étaient de plus en plus blêmes, tendus. Le corniaud gambadait, le gamin courrait en criant. Bon sang ! Je n'avais jamais vu ça à l'ambassade de Thaïlande ! La Thaïlandaise qui s'occupait du guichet de l'information vint lui dire qu'il fallait tenir le chien parce qu'il pisse de partout ! Alors la russe prit son corniaud à pleins bras, lui donna de gros baisers sur son ventre, ensuite, ensuite... elle colla un gros baiser à fils ! Oh nom de dieu ! Pas loin d'être écœuré par cette nana ! Quand son tour fut venu, à cette russe, elle fit entendre la rengaine : mais ce n'est pas marqué sur votre site ! Elle s'agitait, insistait qu'il lui fallait déposer maintenant son passeport, comme si c'était la dame derrière son guichet qui avait dicté les nouvelles règles. La préposée à l'information intervint à nouveau et demanda à la russe de partir et de ne pas oublier de nettoyer les saletés de son chien.

    Bon, la russe n'a pas intérêt à revenir. L'ambassade a droit de lui demander toutes les pièces administratives qu'elle jugera nécessaires, et les fonctionnaires thaïlandais peuvent faire preuve d'une très grande imagination.

    Bon sang ! Moi, grand lecteur de Prajnanpad, j'ai agi comme d'habitude, et le fait de rester dans ma routine a failli me causer de gros embêtements à l'embarquement à Roissy. Voilà, écris le dans ton cerveau : NE PAS AGIR COMME D'HABITUDE ! Quand j'ai déposé mon passeport, avec tous la paperasse exigée, la Thaïlandaise, après avoir jeté un coup d’œil, m'a remis un reçu

    Répète le cent fois, mille fois, pour que ça devienne un... réflexe !

    En tout cas, la Thaïlande me sort par les yeux. Déjà que ça me turlupinait, maintenant, depuis ce matin, je me dis qu'il me faudra un autre endroit pour mon hivernage ! Il me faut à tout prix changer d'air, je commence aussi à m'inquiéter de mon pays déstabilisé, angoissé par 20 000 Roms ! Nous sommes devenus bien faibles, à bout de souffle, mais nous en gardons un peu pour hurler avec les loups et bêler avec les moutons de Panurge qui rêvent de revenir à la loi de Lynch. Si Andorre nous envahissait, il n'aurait aucun problème pour gagner. D'ailleurs, si cela arrivait, je prends la décision, aujourd'hui même, de faire comme tout le monde :

    JE COLLABORERAIS


     
     


    Qui va doucement, va longtemps
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    Message par geob le Lun 14 Oct - 11:30

    L'adresse de mon concierge.

    Qui l'eût cru?  Maintenant, j'écoute les bonnes adresses de mon concierge en Thaïlande ! Après un vol éprouvant avec Kuwait Airways, une des rares compagnies aériennes qui ne sert pas d'alcool à bord,  j'ai dormi une nuit dans la guest house qu'il m'a conseillé. Je n'en reviens pas, il a séjourné trois semaines dans cet endroit, ce qui ne m'arrivera jamais parce que le nécessaire pour y vivre est tout juste suffisant, enfin... selon mes critères consubstantiels à l'idée que je me fais d'un lieu agréable.

    Nous avons chacun nos lieux dans lesquels nous nous sommes investis par nos souvenirs, jusqu'à en faire quelque chose d'unique, et même de mythique tant nous y avons vécu des moments inoubliables ou parfois cuisants, mais toujours sans y laisser de regrets, de rancœurs et de frustrations.

    Mon concierge m'a dit que les femmes qui s'occupent du ménage et des chambres font toujours la gueule, si vous leur dites bonjour elles restent de marbre, mais bon, vu le prix, pas de quoi en faire un plat, après tout on ne fait que passer. Ma chambre se trouvait au cinquième étage de ce bâtiment... sans ascenseur ! Après toutes ces heures en classe économique, ce que j'appelle dorénavant "la bétaillère", assommé par la fatigue, mon arrivée à Bangkok m'est apparue bien peu avenante. Alors j'ai pris ma valise fermement, et j'ai entamé la montée de mon Golgotha. Je n'avais pas gravi trois marches, quand je l'ai sentie devenir tout à coup plus légère, je me suis retourné : une femme de chambre avait pris en souriant la grosse poignée sur le côté. Et c'est ainsi qu'elle m'a aidé jusqu'au cinquième, alors que je n'avais demandé aucune aide.

    Voyez vous, monsieur le concierge, en fait, on a du charme ou en n'en a pas.

    Après tout, vous m'avez permis de découvrir un nouveau quartier, avec un entrelacs de ruelles où deux voitures auraient du mal à se croiser.

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    En tout cas, bienvenue à Bangkok, le 2octobre 2013 !

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    Sur le balconnet de la chambre, j'ai pu photographié un Bangkok que je n'avais jamais vu ainsi, juste avant un orage carabiné !

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    Le parisien qui sommeille en moi a été intéressé par cette station "vélib" thaïlandaise. Où sont les vélos, les cyclistes ? On les cherche peut être encore, ou ils ont imprégné l'asphalte - j'ai déjà vu des galettes de chien sur les routes, alors...-,  mais, bien que rarement, on peut  apercevoir quelques téméraires s'aventurer dans l'infernale circulation automobile de Bangkok : ce sont en général de plus ou moins jeunes bourgeois, vu l'équipement coûteux qu'ils utilisent.


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    Moto taxi.


    Je n'avais jamais pris de moto-taxi à Bangkok. Ce fut la première fois, et se sera la dernière. Un peu trop stressant, à mon goût. En tout cas, mon pilote avait un compas dans l’œil ! Avec quelle dextérité il se faufilait entre les files ininterrompues de voitures, avec quelle vitesse il changeait de file quand ça bloquait ! Il m'a semblé mettre un point d'honneur, comme tous ses confrères, à être constamment  dans la progression, et à ne consentir de se faire bloquer que par un feu rouge ! Ce qui m'épate le plus, ce sont les femmes qui s'assoient en amazone, qui passent entre les voitures sans se faire cogner les genoux !

    Qui va doucement, va longtemps
    la star ! 
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    Localisation : Pornic (Loire-Atlantique)

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    Message par fabizan le Lun 14 Oct - 14:12

    Fait pas très beau en Thaïlande désappointé 


    _________________
    Fabienne
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    Message par Invité le Lun 14 Oct - 18:41

    Ahhh, Geob prend ses quartiers d'hiver !
    Nouveaux horizons à découvrir mais, euhhh, pas trop de moines orange d'ac ?
    geob
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    Message par geob le Ven 18 Oct - 10:14

    DEUX MOINES


      Il a quarante ans, n'empêche, il est connu en Thaïlande depuis au moins une vingtaine d'années. Comme il écrit beaucoup, on voit son portrait dès qu'on entre dans une librairie, et ici dans le message n°92. Ce moine voyage beaucoup, ouvre des centres de méditations à travers le monde - Bordeaux, par exemple -, je l'ai vu en photo en compagnie du Dalaï Lama et de la première ministre de Thaïlande... à ses pieds ! De par son aspect d'éternel adolescent, cela fait une drôle d'impression de voir les gens se prosterner devant lui.

    A notre dernière visite, il semblait s'ennuyer ferme, mais, bon, il faisait le "job", il faut qu'il se donne en représentation pour attirer des dons. La dévotion à son égard ne semble pas l'emballer, ce qui l'intéresse le plus c'est son investissement dans "l'économie bouddhiste". Alors quand il s'est aperçu qu'il y avait deux farangs qui l'observaient, il nous a invité à venir le rejoindre, peut être aussi qu'ils nous avaient reconnu, en tout cas son attachée de presse qui s'est avancé vers moi s'est souvenu de mon passage. Il nous a prié de nous asseoir à ses côtés, sur les fauteuils. Il en a pris un pour le mettre près de lui, de profil, pour que je puisse mieux participer à la conversation, ce que je fis modérément durant les premières minutes, avant que de décrocher pour deux raisons : 1e, mon anglais est resté très scolaire, donc sommaire, 2e l'agriculture biologique est un thème qui ne m'enthousiasme guère. Ce qui n'est pas le cas de l'ami Belge qui écouta le moine et alla même jusqu'à lui donner des idées, en passant toujours par l'attaché de presse, assise à nos pieds, qui faisait la traduction.

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    (Lostdo, passionné par l'agriculture !)

    Pour ma part, j'étais complètement sidéré par la situation. J'observais tous ces thaïlandais agenouillés, ou assis les pieds en arrière, qui espéraient un mot du moine, un geste. Nous étions donc deux blancs, sur des fauteuils, en compagnie d'un moine réputé, avec des Thaïlandais installés sur les nattes, plus bas que nous, j'insiste, quand on sait ce que pense les gens de ce pays des étrangers à la peau blanche. Ils devaient se demander mais qui sont ces étrangers auxquels le moine a permis de venir près de lui, ou je ne sais quoi encore, sans doute des gens importants autrement ce serait incompréhensible une telle faveur, en tout cas, ce qui est sûr, ce que nous avons été pris maintes fois en photo, avec des tablettes ou des Iphones.

    J'ai vu aussi  des gens, lassés d'attendre, se lever, partir en balade dans le domaine. Quand le moine, profondément concentré sur son sujet, sa passion, disait les mots à traduire à son attachée de presse - qui travaille gratuitement pour lui -, il jetait de temps à autre des coups d’œil furtif aux gens sur les nattes. De temps en temps, une personne s'aventurait à s'approcher de nous, agenouillée, alors il recevait un CD, une compilation de musique sacrée ou des mots édifiants du moine. Bon sang ! Je n'oublierai jamais ce bourgeois, en polo Lacoste, avec sa femme aux cheveux décolorés et qui portait de pesants bijoux en or, je le revois encore à genoux devant nous, le moine qui lui tend un disque, du genre prends ça et va jouer avec les buffles, avant que de reprendre, sans un autre regard pour le gars qui s'était traîné jusqu'à nous, son discours sur l'économie bouddhiste, l'agriculture biologique, la critique du gouvernement thaï qui incitait à la pratique d'une agriculture intensive et de mauvaise qualité.

    Tout à coup, je me suis souvenu de ce que m'avait dit un moine, à propos des ficelles qu'il attache autour du poignet des gens agenouillés devant eux : nous, les moines, nous y accordons aucune importance, cela n'a rien à voir avec Bouddha, mais les gens, dans leurs superstitions, y tiennent beaucoup, alors nous leur faisons plaisir, cela nous dérange pas.

    Notre interlocuteur joue donc le jeu, ce met à la portée des gens, il nous avait sans doute instrumentalisé, pour montrer aux dévots qu'il reçoit la visite du monde entier, peut importe, je m'en fous,ça restera pour moi un souvenir incroyable et sidérant de voir ces Thaïlandais si fiers à nos pieds !



                                           ...............................................



    C'est bizarre, il semble que le wat Huay Plakang échappe encore aux employés de Lonely Planet ou du Guide du Routard.

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    J'aime bien y passer, pour voir les nouveautés.

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    (et hop ! Deux nouvelles statues pour accompagner la plus grande !)



    Mais on ne peut pas dire que c'est, pour l'instant, un grand centre de spiritualité - d'ailleurs, les Thailandais n'ont que faire de la spiritualité, ce qui les intéresse, c'est l'efficacité d'une protection du Bouddha, la réalisation d'un souhait. En fait de spiritualité, ici, on vous parle surtout des centaines de millions de baths qui ont permis la construction du temple, les statues en bois de santal, et puis maintenant la statue de 69 mètres de haut qu'ils sont en train d'ériger.

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    Le coût de cette dernière est partagée en part égale par Singapour, la Malaisie et la Thailande - pas besoin de nous faire un dessin pour comprendre que c'est la diaspora chinoise qui finance tout ça ! Cet lieu devient de plus en plus extraordinaire, et va concurrencer tous les autres temples, un peu, comme chez nous, les grands parcs d'attraction qui se concurrencent entre eux ! Car il est clair que le projet c'est que cela devienne une pompe à fric le plus efficace possible, et ça l'est !

    A ma dernière visite, je n'ai pu échapper au moine en chef : il m'a reconnu ! Je l'appelle Sa Précieuse, parce qu'il n'hésite pas à s'afficher en long, en large, et en travers - sur la route qui conduit à Huay Plakang, il y a plein d'affiches avec son portrait, difficile de le rater ! Sur la grande statue en bois de santal, je me demandais ce que c'était ce rectangle blanc que l'on devine, alors j'ai zoomé et...

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    Encore lui ! En plus, avec des chiffres correspondant certainement à des dons ! A l'intérieur du temple, on voit carrément des coffres forts à tous les étages : visiteurs, n'oubliez de glisser vos billets dans la fente prévue à cet effet !

    Bon, il s'occupe des orphelins, ouvre des hôpitaux, distribue des billets de 20 baths - une fois, j'y ai échappé de justesse ! J'ai déjà montré des photos ici où on le découvre en compagnie de monsieur Somchay, ancien premier ministre, et beau-frère de Taksin - celui qui avait été renversé par les militaires-, on dit même qu'une fille du Roi est venue lui demander conseil.

    Un employé du temple, habillé en blanc, m'a dit que l'on peut manger gratuitement au restaurant. Je l'ai remercié du renseignement, comme si je ne le savais pas, et, après avoir mangé, je suis allé voir le chantier de la statue, juste à côté, sur la petite colline....

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    Bien entendu, le chantier était interdit aux passants, il était interdit de prendre des photos, il était interdit de porter des tongs !!!

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    geob
    geob

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    Message par geob le Sam 26 Oct - 16:12

    La fête des Thaïyay.

    Les Thaïyay sont thaïlandais, leurs parents, leurs grands ou arrières grands parents viennent de Birmanie. Ce sont donc des thaïlandais issus de l'immigration. Les Thaïyay du nord de la Thaïlande se sont réunis pour quelques jours dans un petit temple chinois de Chiang Raï. Lorsqu'on les voit ensemble, ils laissent l'impression d'une grande famille qui se retrouve après une longue séparation tant ils se donnent l'accolade, tant ils ressentent ce besoin d'un contact physique, exactement le contraire des Thaïs qui, en public, ne montre jamais leurs sentiments, et encore moins ne se prennent par l'épaule, ou se serrent la main.

    Le premier soir où je me suis arrêté dans ce temple, j'ai été surpris d'en voir certains habillés ainsi

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    Non, ce n'est pas une soirée de carnaval, ils portent le costume traditionnel birman, mais endimanché, chamarré, rutilant. Ils ne sont pas tous habillés ainsi, un bon nombre d'entre eux, hommes et femmes, sont revêtus de blanc. Après les offrandes...

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    (le lendemain, la dame, à droite, va s'alcooliser sans se ménager !)

    ... la cérémonie de prière, où comme partout dans le monde ces dames ont du mal à se passer de leur Iphone...


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    ... me permettra d'assister à quelque chose d'inattendue pour moi : voir des femmes tout à coup se mettent en transes comme des shaman archaïques ! J'ai eu des frissons, à vrai dire je me suis demandé où j'étais tombé !

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    (regardez la 1e à droite)

    Soudain... elle est entrée en transes !

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    Sans perturber les autres, qui sont restés dans leur méditation une fois qu'elle a eu repris ses esprits...

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    ... tandis que dans un coin, des hommes fumaient et buvaient..

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    Et ça c'est terminé par une danse sous une musique endiablée -excellents musiciens !

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    Je n'ai pas réussi à la photographier correctement. Auparavant, elle avait prié avec une telle intensité que tout son corps tremblait comme si elle avait la maladie de Parkinson !

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    Le lendemain après midi, dernier jour. Tout le monde danse, tout le monde boit jusqu'à s'anéantir... voir, beaucoup sont en train de mâchouiller quelque chose. On m'en a proposé, j'ai pensé au bétel, mais ça n'était pas ça, c'était comme un goût d'olives acides, la mastication de ces feuilles vertes foncées produit un jus pas désagréable, mais au bout de quelques minutes j'ai arrêté et jeté cette bouillie verte à la poubelle, j'ai commencé à me sentir plus tonique, et j'ai eu aussi l'impression que ça agissait au niveau du cœur.

    Petit à petit, des Thaïyay ont quitté leurs habits traditionnels, puis on les a vus partir avec leurs valises...

    A l'année prochaine !


    La dernière journée, les jeunes femmes n'étaient plus là, et pour cause : ce fut le sommet des libations !

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    (la dame qui essayait de s'envoler de sa chaise en plastique, la veille. On ne verra jamais des Thaïs se parlaient ainsi en public, avec ce contact)


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    Maadadayo !
    geob
    geob

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    Message par geob le Sam 26 Oct - 16:27

    Encore quelques photos de la fête des Thaïyay...

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    (elle officiait la veille, à côté de l'imposant personnage)

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    Après maintes tentatives désespérantes, je suis arrivé enfin à mettre cette vidéo sur DailyMotion, sur Youtube, échec et mat !
    C'est la dernière journée, la musique à ce moment là n'est pas très rythmée, mais ils sont tous à bout de course !

    https://www.dailymotion.com/video/x16heos_fete-des-thaiyay-dans-un-temple-a-chiang-rai_travel

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