Le Village du Peuple Etrange Voyageur

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Debriefing

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geob

Re: Debriefing

Message par geob le Lun 17 Mar - 10:52

Népal, le pays des coupures d'électricité.


C'est invraisemblable ! Personne ne m'avait parlé des coupures d'électricité ! Ou alors vaguement, comme quelque chose d'anecdotique. Je ne crois pas que les Népalais considèrent cela comme anecdotique, que cela leur confère une spécificité enviable. J'entends surtout une vive critique de leur gouvernement. Nous sommes au 21e siècle, vous vous promenez dans la capitale de ce pays, Katmandou, il est bientôt 19h, et hop ! plus d'électricité ! Le black out ! Combien de fois ai-je dû demander mon chemin dans cette nuit juste éclairé par le passage des voitures, des motards exités, et par de rares boutiques où les taches jaunâtres des ampoules nues n'éclairaient que le peu de marchandises  sorties sur les trottoirs. Il n'y a que le quartier touristique de Thamel où l'on peut se balader sans se fouler la cheville dans ses ruelles incertaines, grâce aux lumières des boutiques, cafés, hôtels qui possèdent des groupes électrogènes, et des batteries.

Ils sont malins, ces Népalais, l'électricité fonctionne toujours vers minuit, quand tout le monde dort, et au lever du jour,  alors que l'activité domestique et sociale en aurait besoin, plus rien ! En moyenne, il y a donc une quinzaine d'heures de coupure d'électricité par jour ! Mais je peux comprendre que les touristes trouvent ce pays génial, après tout ils ne viennent pas ici pour vivre au quotidien et râler parce qu'ils ne peuvent pas se chauffer de l'eau pour leur thé, ou recharger leurs appareils de communication, non, pour eux c'est la nature, les montagnes, les treks qui les amènent au Népal, et quand ils rentreront chez eux, quand ils reprendront leur travail, ils raconteront qu'ils ont fait le Népal pendant leurs vacances, un pays génial ! Reconnaissons aussi que les Népalais sont des gens extrêmement aimables, jusqu'à dans leur tentative de vous faire payer le plus cher possible lorsqu'ils font commerce avec les étrangers. En outre, à la différence des Thaïlandais, si vous ne vous baladez pas déjà en tee shirt déjà colorés, ainsi que le visage et les cheveux bien poudrés de multicolores façons, ils vous laissent tranquilles, Népalais ou touristes, touristes qui sont ravis de participer à cette fête et arborer des arcs en ciel de poudre des pieds jusqu'à la tête !



Première matinée à Katmandou
































lahaut

Re: Debriefing

Message par lahaut le Lun 17 Mar - 12:16

J'avais bien aimé Katmandou en ....1996 mais me rappelle pas qu'il y avait autant de coupures électriques !as tu visité le temple avec plein de singes un peu au dehors de la ville (me rappelle plus du nom )?
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geob

Re: Debriefing

Message par geob le Mer 19 Mar - 11:45


C'est aussi le pays qui n'a pas encore trouvé le manche à balai !
Je reviens à Katmandou pour plus longtemps vers le 15 avril, et j'irai voir ton temple ! ( je ne suis vraiment pas un touriste consciencieux !

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geob

Re: Debriefing

Message par geob le Mar 25 Mar - 12:22

Un guide de haute montagne, bien fatigué.

Lorsqu’il m'a proposé de venir chez lui, j'ai tout de suite penser à une planche de Reiser dans "Charlie Hebdo" - il y a belle lurette !

...Dans la première case, deux hommes se rencontrent sur un trottoir, ce sont deux amis, et l'un d'entre eux demande à l'autre s'il ne pourrait pas lui rendre un service. L'autre, dans sa bulle avec des petits ronds qui le désigne,  imagine tout de suite un billet de banque. Le demandeur continue en précisant qu'ils se connaissent depuis longtemps, alors on voit deux billets de banque dans la bulle de son ami. La balade continue, le solliciteur marche dans le caniveau, en précisant de plus en plus à quel point ils sont proches, et de dessin en dessin les billets de banque s'entassent dans la bulle du sollicité. A l'antépénultième case, le solliciteur qui, je le rappelle, marche dans le caniveau, dit : " voilà, est-ce que tu ne....", et dans la bulle de l'autre il y a un énorme tas de billets de banque. Avant dernière case, une voiture écrase le demandeur, et dans la dernière case on voit les billets de banque qui se sont évaporées dans la bulle du sollicité qui fait : ouf !...

Lorsqu'on se balade là où il n'y rien à voir, il faut accepter ce que le hasard propose. Et je le fais souvent à Pokhara. Ce matin là, ce népalais quelque peu rondouillard, coiffé d'une casquette, et portant des verres teintés, promenait sa petite fille de trois ans. Il m'a arrêté, posé les questions conventionnelles, et moi aussi d'ailleurs comme, par exemple, à propos de son travail : c'est très simple, il ne travaille plus. Il a été guide de montagne pour les touristes estampillés de grandes marques de vêtements et de chaussures, mais il y a eu beaucoup de problèmes aux yeux, ensuite une dépression dans laquelle il patauge toujours. En l'écoutant, je faisais "hum, hum", histoire de lui montrer que je  l'écoutais attentivement, alors que je prévoyais déjà comment cette rencontre allait se terminer, surtout quand il m'a proposé de venir chez lui - et un billet de banque dans ma bulle, un !

Pourquoi ai-je accepté? Pour une raison très simple : la curiosité. Comme je l'ai déjà écrit, c'est la curiosité qui m'aide à vivre, qui me fait avancer, et non pas l'espoir de quoi que se soit - loin de moi ce ridicule dicton "l'espoir fait vivre" qui projette dans un ailleurs qui n'existe pas. Et puis j'aime bien suivre une situation jusqu'à son terme.

Sur le chemin de son logement, j'ai surtout observé la petite fille tandis que l'ex guide de montagne ne mégotait pas dans le pathos en me listant tous ses malheurs. Elle est incroyablement vive, intelligente, amusante, elle parle clairement sans hésiter sur les mots. Mais quel âge a-t-elle donc?  Trois ans ! m'a-t-il dit, tout fier, et il y a de quoi. Il me semble l'avoir interrompu entre la narration d'une visite chez un psy et la difficulté d'obtenir certains médicaments, en tout cas il n'a pu reprendre le fil de ses lamentions, on arrivait enfin chez lui.



Deux longs bâtiments sommaires se font face, alignant des appartements identiques qui se composent juste d'une pièce, avec des barreaux aux fenêtres Alors il m'a fait entrer dans l'un d'entre eux, et j'ai eu tout de suite envie d'en sortir. Un grand lit adossé au mur du fond, un autre sur le côté droit, sur la gauche une grosse armoire en fer, et près de la fenêtre un évier où s'entassaient de la vaisselle en inox. Il m'a fait assoir sur le lit du fond, il a pris place sur celui où il dort. Et il a continué cette chanson de geste de ses malheurs : docteurs, cliniques psychiatriques de Pokhara à Katmandou, difficulté pour acheter les médicaments, eh oui, ça coûte de l'argent tout ça, d'ailleurs, pour me le prouver, il s'est levé et il a ouvert l'armoire pour en sortir une pochette en plastique contenant des documents, ainsi qu'une boite contenant les anti-dépresseurs. J'ai vérifié, il ne raconte pas des blagues, alors j'ai pensé qu'il a vraiment un mauvais "karma" : non content d'être pauvre, il est dérangé !
- Vous voulez du thé, quelque chose à boire?
- Non, non, rien, ah si ! Il y a-il des toilettes ici?

Évidemment, les toilettes sont à l'extérieur. Un bâtiment pas fini, juste des blocs de pierres assemblés et pas de toit. Il y a un petit couloir avec, de chaque côté, des réduits  sinistres qui servent de w.c. à la turque - je devrais dire à la népalaise vu l'étroitesse de ces lieux. Au fait, lui ai-je dit, je n'ai pas de papier toilette ! Il est vite parti m'en chercher, et il est revenu au pas de charge.



Une fois que j'ai eu fini, je me suis demandé comment évacuer ce résultat malodorant. Il n' y avait qu'un petit seau en plastique avec un peu d'eau, sous un robinet qui coulait goutte à goutte. J'ai versé de l'eau, suffisamment pour constater que j'avais bouché les w.c. Il a attendu que je sorte, et je lui ai fait part de ma désolation, j'étais gêné à vrai dire, mais il a tenu à voir de quoi il en retournait. Il est resté quelques secondes, un peu hébété, et puis il a dit que ce n'était pas grave, alors nous sommes revenus chez lui.

L'ex-guide de montagne a poursuivi sa tentative de chantage émotionnel, et cela a commencé sérieusement à m'irriter. Il a enfin posé la question que j'attendais :
- Vous pouvez m'aider?
Je l'ai regardé droit dans les yeux, et je lui ai dit un "non" ferme. Il a semblé surpris, stupéfait même, j'ai eu comme l'impression qu'il subissait un refus pour la première fois. Je me suis levé, mais il a tenu à me donner son "mail". Bon, je lui ai pris, ensuite je suis parti sans me retourner.


Maadadayo !


codicille pour le texte : Népal, le pays des coupures d'électricité

En relisant la dernière phrase, qui commence malencontreusement par "En outre" je me suis rendu compte à quel point le Népal me fatigue ! Le parallèle avec les Thaïlandais est incompréhensible. J'explique. La fête de "Holly" consiste donc à se badigeonner et badigeonner les autres de poudres colorés - c'est l'élément visible de cette fête.  J'ai crû que j'allais ne pas y couper et que j'allais me retrouver avec des vêtements bon à jeter à la poubelle. A mon agréable surprise, il n'en fut rien. Les Népalais repéraient ceux qui étaient habillés simplement, avec des vieux tee-shirts par exemple, ou ceux qui ressemblaient déjà à des patchworks colorés. Et ma comparaison avec le comportement des Thaïs est survenue rapidement en pensant au nouvel an Thaï, "Songkran", qui consiste à s'asperger d'eau... que vous le vouliez ou non ! Et à moto, ce n'est pas marrant de recevoir un seau d'eau glacé dans la gueule, c'est plutôt dangereux. L'année où je l'ai vécu, il y a eu plus de 250 morts sur les routes en quatre jours. Vraiment, en comparaison avec les Thaïlandais, les Népalais sont des gens bien sympathiques

lahaut

Re: Debriefing

Message par lahaut le Mer 26 Mar - 12:08

J'ai retrouvé le nom du temple c'est le Swayambhunat à Khatmandou !! et il faudra monter un long escalier !
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geob

Re: Debriefing

Message par geob le Ven 11 Avr - 7:00

Cartes Postales.

Chers tous,


Je suis toujours à Pokhara...



... tout va bien... enfin... à peu près !
Bon, j'écris peu c'est parce que je me sens fatigué.  Je ne sais si je dois accuser le temps qui passe, un virus sournois, où le manque d'intérêt que je ressens ici, en tout cas j'ai toujours envie de dormir. A part ça, je vois beaucoup de touristes qui déambulent avec des chaussures à plus de 150€ aux pieds, ils reviennent sans doute d'un trek dans les Annapurnas, d'autres partent dans des véhicules tout terrain pour aller faire du parapente - quand je suis au sommet d'une colline, je les entends crier "whaou !", ça doit être chouette de s'éclater au dessus des pauvres ! -, et il y a aussi des gens qui sont habillés comme les décérébrés de Hari Krishna -sauf qu'ils sont en bleu-, ils se baladent avec une barbe drue, leurs mains tripotent de longs chapelets fait des graines de je ne sais trop quoi, et les filles qui les accompagnent, très jolies, ont le teint diaphane des fanatiques de la nourriture macrobiotique - bien entendu, elles ont cette "pastille" rouge sur le front -, ah je n'oublie pas cet occidental vêtu comme un moine tibétain qui marche avec l'air pénétré de celui qui a vu le yéti, et sans doute Matthieu Ricard.  A propos, il faudra que je vous dise un jour combien le Tibet m'ennuie, et le Dalaï Lama aussi. Ne manquent pas les occidentales tatouées, avec une épaule dénudée s.v.p., ceux ou celles qui arborent des dreadlocks, des piercings -bon, ce n'est pas ça qui va étonner les Népalais-,...



et ils paradent dans des tenues ridicules, voir négligées et sales - non, non, arrête de juger, tu dois écrire... cools, ou bien "roots"!- et dégagent par la même occasion d'aigres senteurs sui generis parce qu' elles ou ils ont dormi dans les villages de montagne, vécu comme les autochtones qui les ont accueilli les bras ouverts, enfin quoi, pour aller au plus court, ils ont fait le Népal et pas toi, toi qui n'est pas parti faire un trek, encore moins du parapente, ni descendu des rapides en kayak, par contre tu pourras affirmer oui, effectivement, je n'ai pas fait le Népal, c'est le Népal qui m'a défait.

Demain, c'est le nouvel an Népalais. Ils vont être en 2071, et ils n'ont toujours pas découvert le manche à balai !

Je vous envoie une carte postale d'un coucher de soleil sur les Annapurnas, vu que ce n'est pas tous les jours qu'on peut le saisir, c'est même rare en ce moment. Et puis, des cartes postales sans coucher de soleil, on va croire que je passe de mauvaises vacances !!!




Quelques autres avec pour thème le lac Fewa


(je ne m'attendais pas à trouver ce ravin dans le quartier de Damside, à côté du lac - c'est l'eau du lac qui passe -, il m'a suffi de prendre une ruelle qui s'est transformé en étroit sentier)









(cérémonie pour l'âme d'un défunt... qui s'est peut être déjà réincarné !)


(tiens, il faudra que je vous dise un jour comment j'ai mis en fuite un buffle qui s’avançait vers moi, menaçant... si si !)














Bises à tous !


Maadadayo !
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Wapiti
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Re: Debriefing

Message par Wapiti le Ven 11 Avr - 8:55

Belle carte postale, Geob. rêveur

Et oui, on attend l'anecdote du buffle avec avidité... clin d'oeil


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"Nous méritons toutes nos rencontres, elles sont accordées à notre destin et ont une signification qu'il nous appartient de déchiffrer." F. Mauriac
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Re: Debriefing

Message par fabizan le Ven 11 Avr - 13:02

geob a écrit:
Demain, c'est le nouvel an Népalais. Ils vont être en 2071, et ils n'ont toujours pas découvert le manche à balai !


 rire 

Les montagnes enneigées sont splendides mais ce qu'il y a dessous ne me fait pas rêver  pensif 


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Lilie

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Re: Debriefing

Message par Lilie le Ven 11 Avr - 21:43

Un bail que je n'étais pas venue par ici!  mon dieu ! 

Depuis quand tu traînes tes bottes au Nepal, Geob? question  Je te croyais toujours en train d'hiverner plus au sud...


Lilie
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tcvoyageur

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Re: Debriefing

Message par tcvoyageur le Mar 15 Avr - 10:32

NEPAL Découverte d'un carnet de voyages...ou voici la lecture que j'en ai faite

geob a écrit:Je vous envoie une carte postale d'un coucher de soleil sur les Annapurnas...
 top !  sourire Le Népal me fait rêver depuis des années. Moi qui aime le relief ne peut qu'être attiré par le pays qui possède la plus grande dénivelée au monde (entre son point le plus bas et son point le plus haut) et cette carte postale ne fait que renforcer cette envie. J'en ai plusieurs fois été très proche (en distance ou en projets), mais cela ne s'est pas encore fait. Cependant le rêve continue.

Hélas, le rêve ne s'est pas prolongé longtemps lors de la lecture de ce post.
Qu'y ai-je découvert ?

Tout d'abord une forte critique du tourisme
geob a écrit:...je vois beaucoup de touristes qui déambulent avec des chaussures à plus de 150€ aux pieds,... ça doit être chouette de s'éclater au dessus des pauvres...
...je peux comprendre que les touristes trouvent ce pays génial, après tout ils ne viennent pas ici pour vivre au quotidien et râler parce qu'ils ne peuvent pas se chauffer de l'eau pour leur thé...
puis l'évidence que ce tourisme apporte des devises et que cet apport rend les locaux intéressés et serviables.
geob a écrit:...Il n'y a que le quartier touristique de Thamel où l'on peut se balader sans se fouler la cheville dans ses ruelles incertaines, grâce aux lumières des boutiques, cafés, hôtels qui possèdent des groupes électrogènes, et des batteries...
...Reconnaissons aussi que les Népalais sont des gens extrêmement aimables, jusqu'à dans leur tentative de vous faire payer le plus cher possible lorsqu'ils font commerce avec les étrangers...
Mais toi, Geob, où te situes-tu dans cette population ? Pas comme un touriste selon ton jugement

geob a écrit:...elles ou ils ont dormi dans les villages de montagne, vécu comme les autochtones qui les ont accueilli les bras ouverts, enfin quoi, pour aller au plus court, ils ont fait le Népal et pas toi...

Pourtant, tu en es bien un selon la définition de ce terme. Et c'est certainement comme tel que te voient les locaux
geob a écrit:...Les Népalais repéraient ceux qui étaient habillés simplement, avec des vieux tee-shirts par exemple...
Ton T Shirt ne vaut peut-être pas 150 euros, mais les népalais te considèrent apparemment comme un "riche occidental" qu'il faut épargner (ne pas salir ses vêtements) et ayant probablement les moyens de leur donner une "petite" aumône.

Cette introduction faite, passons à la grande aventure : un guide de haute montagne, bien fatigué
geob a écrit:...Lorsqu’il m'a proposé de venir chez lui, j'ai tout de suite penser à une planche de Reiser dans "Charlie Hebdo" ... les billets de banque qui se sont évaporées dans la bulle du sollicité qui fait : ouf !...
...c'est très simple, il ne travaille plus...il...a eu beaucoup de problèmes aux yeux, ensuite une dépression dans laquelle il patauge toujours...et un billet de banque dans ma bulle, un !
Les acteurs sont dépeints
- d'un côté un chômeur népalais dépressif qui fait l'aumône
- de l'autre un touriste pas naïf du tout, qu'on ne roulera pas facilement

geob a écrit:Pourquoi ai-je accepté? Pour une raison très simple : la curiosité...
Il est clair que ce n'était pas la générosité à en croire la suite de la lecture  flop ! 
geob a écrit:...et puis j'aime bien suivre une situation jusqu'à son terme...
Terme auquel je ne m'attendais effectivement pas  surpris et qui m'a, je dois l'avouer, choqué.

J'aurais pourtant dû m'y attendre en voyant comment tu décris ses "complaintes"
geob a écrit:... En l'écoutant, je faisais "hum, hum", histoire de lui montrer que je  l'écoutais attentivement, alors que je prévoyais déjà comment cette rencontre allait se terminer, surtout quand il m'a proposé de venir chez lui...tandis que l'ex guide de montagne ne mégotait pas dans le pathos en me listant tous ses malheurs...Il me semble l'avoir interrompu entre la narration d'une visite chez un psy et la difficulté d'obtenir certains médicaments, en tout cas il n'a pu reprendre le fil de ses lamentions, on arrivait enfin chez lui...
...Et il a continué cette chanson de geste de ses malheurs : docteurs, cliniques psychiatriques de Pokhara à Katmandou, difficulté pour acheter les médicaments, eh oui, ça coûte de l'argent tout ça, d'ailleurs, pour me le prouver, il s'est levé et il a ouvert l'armoire pour en sortir une pochette en plastique contenant des documents, ainsi qu'une boite contenant les anti-dépresseurs. J'ai vérifié, il ne raconte pas des blagues, alors j'ai pensé qu'il a vraiment un mauvais "karma" : non content d'être pauvre, il est dérangé !......L'ex-guide de montagne a poursuivi sa tentative de chantage émotionnel...

Que dire de la description de sa luxueuse demeure, preuve que nous avons affaire à un riche escroc voulant profiter d'un pauvre touriste innocent. Ah pardon, surtout pas touriste ! Ethnologue peut-être ?
geob a écrit:...Deux longs bâtiments sommaires se font face, alignant des appartements identiques qui se composent juste d'une pièce, avec des barreaux aux fenêtres Alors il m'a fait entrer dans l'un d'entre eux, et j'ai eu tout de suite envie d'en sortir. Un grand lit adossé au mur du fond, un autre sur le côté droit, sur la gauche une grosse armoire en fer, et près de la fenêtre un évier où s'entassaient de la vaisselle en inox...
...Évidemment les toilettes sont à l'extérieur. Un bâtiment pas fini, juste des blocs de pierres assemblés et pas de toit. Il y a un petit couloir avec, de chaque côté, des réduits  sinistres qui servent de w.c. à la turque - je devrais dire à la népalaise vu l'étroitesse de ces lieux...
Pas de doutes, en te lisant, on devine ton dégoût à la découverte de ces lieux. Je dois l'avouer, moi aussi, j'ai été dégoûté en te lisant...mais plus tard.  dégout  beurk ! 

Malgré cette pauvreté, je retrouve l'accueil et le sens du service que j'ai pu observer tant de fois en Inde
geob a écrit:...Il m'a fait assoir sur le lit du fond, il a pris place sur celui où il dort...
- Vous voulez du thé, quelque chose à boire?
- Non, non, rien, ah si ! Il y a-il des toilettes ici?...
...Au fait, lui ai-je dit, je n'ai pas de papier toilette ! Il est vite parti m'en chercher, et il est revenu au pas de charge...
...suffisamment pour constater que j'avais bouché les w.c. Il a attendu que je sorte, et je lui ai fait part de ma désolation, j'étais gêné à vrai dire, mais il a tenu à voir de quoi il en retournait. Il est resté quelques secondes, un peu hébété, et puis il a dit que ce n'était pas grave, alors nous sommes revenus chez lui...


La conclusion (ou chute devrais-je écrire car jamais ce terme ne m'a paru aussi évident que lors de ce récit)
geob a écrit:...Il a enfin posé la question que j'attendais :
- Vous pouvez m'aider?
Je l'ai regardé droit dans les yeux, et je lui ai dit un "non" ferme...Je me suis levé...je suis parti sans me retourner...
J'avoue l'avoir relu plusieurs fois, pour être certain que je ne m'étais pas trompé. Je m'attendais même à ce que la réplique suivante soit "Poisson d'avril !". Mais non, j'ai bien lu

geob a écrit:...Il a semblé surpris, stupéfait même
On le serait à moins, non ?
geob a écrit:...j'ai eu comme l'impression qu'il subissait un refus pour la première fois
Peut-être pas, mais de cette manière certainement.

Morale de cette histoire ??
geob a écrit:...non, non, arrête de juger...
J'essaie, mais vraiment là, je ne peux pas.
Résumons
1) Quelqu'un t'aborde dans la rue, tu sais qu'il va te demander de l'argent que tu lui refuseras, mais comme tu t'ennuies, tu le laisses faire son speech, t'inviter chez lui. Et cela ne te gêne même pas de ne pas lui rembourser au minimum ce que ta venue lui a coûté ?
2) Tu méprises les "riches" touristes qui viennent se distraire au Népal en dépensant leurs devises ? Ces sal.. de touristes sont probablement ceux qui le faisaient travailler (puisqu'il était guide de haute montagne) et qu'il préférait probablement cette époque où il pouvait gagner sa vie dignement plutôt que devoir mendier aujourd'hui. Entre ces 2 types de touristes (puisque tu en es également un), sais-tu celui que, moi, j'aurais tendance à mépriser ??
3) Selon ta description, cet homme pauvre n'a plus de travail, est dépressif et doit s'occuper d'une petite fille de 3 ans. Tu acceptes son invitation, lui fais espérer une aide qu'il te demande et qu'au dernier moment tu lui refuses en le laissant tomber. En France, cela s'appelle "non assistance à personne en danger" et c'est répréhensible au regard de la loi. Rassure toi, je crois que tu ne crains rien au Népal. Si quelqu'un devait être poursuivi, c'est ce mendiant pour avoir osé harcelé un touriste français.

geob a écrit:...je n'ai pas fait le Népal, c'est le Népal qui m'a défait...
Finalement, peut-être des circonstances atténuantes ? Le Népal n'était pas fait pour toi et tu étais fatigué.
Mais en y repensant, je me dis que dans tes "debriefing" en Thaïlande, il arrive très souvent que tu nous décrives la générosité des locaux qui t'invitent systématiquement (ou presque), pour un repas, une boisson, pour partager un moment, une conversation, une cérémonie, mais je ne me souviens pas que tu nous aies jamais décrit ce que tu leur apportais en échange.
Mais là, je m'avance. Peut-être que ce n'est que par timidité ou pudeur (ce que je peux comprendre) que tu mettes plutôt en évidence la générosité des autres que la tienne.

Néanmoins, je pense que tu avais, pour une fois, avec ce guide, l'opportunité de rendre la pareille. Selon moi, tu l'as gâchée.  flop !  gnon 

geob a écrit:...non, non, arrête de juger...
Oui, tu as raison, je m'en vais.

Une dernière pour rire
geob a écrit:...il faudra que je vous dise un jour comment j'ai mis en fuite un buffle qui s’avançait vers moi, menaçant...
En fait, je sais déjà. Il t'a demandé de l'aide et tu lui as crié au visage NON !! Ca l'a fait fuir, car aucun buffle népalais n'a jamais entendu cela.


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Re: Debriefing

Message par Skyrgamur le Mar 15 Avr - 12:50

tcvoyageur a écrit:En fait, je sais déjà. Il t'a demandé de l'aide et tu lui as crié au visage NON !! Ca l'a fait fuir, car aucun buffle népalais n'a jamais entendu cela.
 mort de rire ! mort de rire ! mort de rire ! mort de rire ! mort de rire ! mort de rire ! mort de rire ! mort de rire ! mort de rire ! mort de rire ! mort de rire ! mort de rire ! mort de rire ! mort de rire !


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Re: Debriefing

Message par geob le Mer 16 Avr - 18:43

Excellent, le coup du buffle !!!!

 mort de rire ! mort de rire ! mort de rire ! mort de rire ! mort de rire ! mort de rire ! mort de rire ! 
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Re: Debriefing

Message par geob le Mer 7 Mai - 10:56

Le Tibet m'ennuie, et le Dalaïlama  aussi.  (I)  []Pokhara

Dès le matin, je les voyais arpenter la promenade du lac pour rejoindre leurs places habituelles, là où il y a de nombreux passants. Alors elles disposaient avec soin sur un chiffon leurs babioles bariolées, quelquefois elles restaient debout sous leurs parapluies, guettant l'occasion d'ouvrir un petit sac à dos  qui contenaient leurs colifichets, bracelets, boucles d'oreille et autres choses encore, et elles interpellaient les chalands, inlassablement, surtout s'ils étaient blancs, histoire de réussir une première vente qui leur porterait chance pour toute la journée.  Quant aux touristes Népalais ou Indiens, volontiers badauds,  ils ne rechignaient pas à s'arrêter pour y jeter un coup d’œil.

Elles commençaient toutes par demander d'où vous veniez, puis elles disaient vite qu'elles étaient Tibétaines car elles savaient très bien combien le sort du Tibet émeut les Occidentaux, à tel point que ces derniers n'ont pas d'états d'âme lorsqu'ils passent leurs vacances la bas, sous les néons scintillants des karaokés et des bordels chinois. Au bout de quelques jours, pour avoir la paix, dès que l'une d'entre elles m'abordait en me disant "namasté", je lui répondais aussi sec : vous êtes du Tibet, je sais ! Je me souviens de l'une d'entre elles qui m'avait rétorqué : vous n'aimez pas le Tibet? Bien entendu, je lui  répondis que je préférais la Chine. Après tout c'est une toute autre immense histoire et grandiose civilisation, non?

Comme le Guide du Routard me signalait " le camp de réfugiés tibétains de Tashiling ", dont l'intérêt, d'après Lui,  ne mérite qu'une silhouette de routard, et me remémorant les conseils de mon médecin qui me disait que la marche c'est excellent pour lutter contre le cholestérol, un matin j'ai quitté le quartier de Lakeside pour rencontrer ces victimes de la Grande République Populaire De Chine...

... Alors, bien sûr, beaucoup de drapeaux de prières, multitude de fanions multicolores sur les toits - ah que c'est joli !





Les réfugiés habitent dans de longs bâtiments de plain pied, les moines certifiés du Tibet ont l'air très affairé sur leurs portables. Comme je débrouille toujours pour arriver en plein cagnard sur les lieux que je veux visiter, je ne m'étonne pas trop que cela soit désert, après tout les enfants doivent être à l'école, les parents travailler quelque part. J'erre au hasard. Une grande affiche sur un mur m'attire, avec plein de photos, des portraits exactement, sous un gros titre rouge : Tibet Burning.  





Je me suis approché pour bien regarder tous ces visages, ces êtres humains qui se sont  immoler par le feu, pensant stupidement déstabiliser les dirigeants de la Chine où il y a eu, en 2013, l’exécution de 770 condamnés à mort, ou sans doute aussi alerter le monde occidental sur le sort fait aux Tibétains - ce qui, bis repetita placent, fait verser des larmes de crocodile aux occidentaux qui ne veulent qu'une seule chose : faire le Tibet ! J'aurais voulu  avoir une pensée pour tous ces pauvres gens, ressentir une émotion devant toutes ces vies perdues, mais je n'ai même pas eu la décence d'un crocodile car, tout de suite, c'est le manque d'analyse politique de ces sacrifiés qui m'a interpellé, cette naïveté effarante de croire qu'une petite flambée ferait bouger un pays qui, tout au long de son histoire, a montré que l'être humain n'est qu'une variable d'ajustement d'une finalité politique.  Mao Tsé toung ne craignait pas une guerre atomique, il se disait que s'il y avait 100/200 millions de morts, il lui en resterait quelques centaines de millions encore à gouverner ! La Chine n'est pas un pays chrétien, un suicide spectaculaire pour des raisons politiques n'aura sur elle que le même effet d'une goutte d'eau qui tombe dans l'océan - à moins qu'il se déroule dans un grand centre commercial à Shangaï, devant des centaines de consuméristes forcenés... et encore ! Sans doute ces Tibétains ont-ils voulu agir comme ces moines bouddhistes à l'époque des Américains au Vietnam, en oubliant totalement que les U.S.A. sont une démocratie, que leurs télévisions faisaient pénétrer l'horreur dans tous les foyers, et que la valeur d'une vie n'y est pas la même qu'en Chine.

Le Dalaïlama  considère lui même que ces suicides n'ont peu d'effet sur les autorités chinoises. Bien vu. Mais dans cet article paru sur le site du "Monde"...

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2013/06/13/les-immolations-au-tibet-ont-peu-d-effet-admet-le-dalai-lama_3429131_3216.html


... il confère à la femme une capacité de compassion plus importante que celle d'un homme, à tel point qu'il verrait bien une femme lui succéder. Pourquoi pas, d'ailleurs je m'en fiche complètement, seulement décréter que la femme est la reine de la compassion, ça me fait bien rire, et pas que moi : j'ose imaginer Margaret Thatcher se tordre de rire dans sa tombe ! C'est bien connu, madame Thatcher a étouffé de sa compassion les mineurs en grève et les prisonniers politiques de l'Irlande du nord occupé qu'elle a laissé mourir de faim, à commencer par Bobby Sands, alors qu'à cette époque François Mitterand relâchait rapidement un terroriste iranien qui avait entamé une grève de la faim à la prison de La Santé à Paris. La comparaison est saisissante, c'est pourquoi je ne peux m'empêcher d'admirer Margaret Thatcher qui a eu ce monstrueux courage politique de ne pas céder, considérant avant tout et logiquement les intérêts fondamentaux de l'Angleterre, sans parler de sa détermination à reprendre aux Argentins les Malouines - elle a fit aussi la guerre à la classe ouvrière et aux syndicats de son pays, avec une rage froide, maléfique, et je comprends pourquoi aussi beaucoup d'Anglais ont sablé le champagne à l'annonce de son décès.

Oh Lumineuse et Himalayenne Sagesse, la femme est aussi capable qu'un homme de commettre des actes horribles... en toute sincérité !...


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geob

Re: Debriefing

Message par geob le Mer 4 Juin - 11:35

...(II)  Katmandou


Tout de même, j'étais à Katmandou, je ne pouvais partir sans avoir vu le fameux stupa de Bodhnat, si vénéré dans le monde bouddhiste, situé à environ cinq kilomètres de l'endroit où je séjournais. En plus, le quartier de Bodhnat est moins bruyant, moins pollué, m'avait-on dit, et c'est l'endroit où l'on croise de nombreux Tibétains - il y en aurait 10 000 ! -, où l'on voit aussi de nombreux monastères, et où on entend  les trompettes, les tambours, et les voix graves des moines qui récitent les soutras au cours des cérémonies qui attirent quotidiennement des gens en général assez âgés,  avec leurs moulins à prières et leurs longs chapelets qu'ils tripotent à longueur de journée.

Le taxi m'a laissé devant l'entrée principale de la place où trône ce gigantesque stupa. Sur la droite, il y a la guérite où l'on doit s'acquitter d'un droit d'entrée, mais j'ai préféré m'adresser directement à un type qui m'a semblé avoir un rôle officiel pour lui demander où se trouve la guest house du monastère de Sechen.  Une fois le renseignement obtenu, j'ai continué mon chemin sans quitter des yeux le regard du Bouddha. J'ai tourné sur la gauche, ravi de me trouver là et d'observer un monde qui m'avait tant fait rêver. Bien que l'idée parasite d'arriver trop tard m'ait une nouvelle fois traversé l'esprit, cette fois-ci je ne me suis pas laissé envahir par des regrets absurdes, et je les ai vite balayés tant le plaisir de marcher sur un si grand espace,  sans motos et voitures qui vous klaxonnent à tout va, m'a procuré sur le coup un soulagement euphorique... enfin, pendant quelques instants.

Ah la "guest house" du monastère de Sechen, en fait une annexe : "rokpa guest house" !   Le "manager" qui m'a accueilli était habillé chic, portait cravate et chemise blanche. J'ai été un peu étonné par le tarif d'une nuit, 25 $, mais attention, m'a t-il précisé, une grande partie de la somme est consacrée à leur orphelinat, l'éducation des enfants et patati et patata, d'ailleurs il m'a mis dans les mains une revue luxueuse qui répertorie toutes leurs actions illustrées, ça va de soi, par des portraits d'enfants à la face rougeaude et aux joues rebondies, avec de grands sourires sur des dentitions parfaites, d'une blancheur exaspérante - ah la chance qu'ils ont, ces pauvres, de ne pas avoir besoin d'aller chez le dentiste ! J'ai demandé à voir la chambre. Dès l'entrée du bâtiment, j'ai été surpris par le luxe du lieu, le marbre sur le sol, les lourdes portes des chambres, et en entrant dans la chambre je me suis dit allez, paye toi un peu de confort, tu en as besoin : parquet sur le sol, un vrai bureau, de l'espace, deux prises électriques fonctionnant 24h/24h, salle de bain spacieuse et nickel,  serviettes de toilette bien épaisses, douche amovible au large pommeau, et non pas ces crachoirs de gouttelettes d'eau plantés dans les murs dont j'avais eu l'habitude jusque là, enfin, bref, c'était comme un retour à la civilisation ! ... Je n'en reviens pas de m'attarder sur des détails pareils! Retour à la civilisation !  N'importe quoi ! Faut dire que ces névralgies oculaires, qui corrodent mon mental depuis trois mois, aujourd'hui encore, surviennent en fin de matinée avec une régularité de métronome , et me laissent groggy pendant quelques heures, le temps que le paracétamol fasse son effet. Bon, une nuit, de toutes façons il y avait une réservation pour le lendemain, alors j'ai accepté.  Par la suite, j'ai constaté que ce genre d'adresse affiche toujours complet, toute l'année m'a-t-on précisé,  en raison de nombreux touristes qui viennent à Bodhnath pour étudier et s'accomplir dans le bouddhisme. A vrai dire, cela devient de plus en plus pénible de voyager puisque tout le monde voyage, on en arrive à un stade où il faut même réserver des chambres à 5 $ car celles ci sont difficiles à obtenir à Bodhnat, ou ailleurs,les meilleures adresses sont quasiment squattées !!! J'ai été surpris aussi par pas mal d'immeubles modernes, apparemment luxueux, fréquentés par des Tibétains aisés et des occidentaux qui le sont sans doute pas moins. J'ajoute que j'ai eu comme l'impression qu'il y a une hiérarchie sociale chez les moines : certains mangent dans des restaurants populaires, d'autres dans des plus huppés, et j'en ai même vu se régaler avec de la viande ! Au fait, en ce moment je suis en train de lire "La perte en héritage", de Kiran Desai (Livre de poche).  L'histoire se déroule dans le nord-est de l'Inde, où l'auteur nous montre avec réalisme la société indienne, celle qui ne fait pas rêver les voyageurs. Dans le chapitre trente et un,  nous suivons deux sœurs âgées, Lola et Noni, qui ont l'habitude de vivre à l'abri de la misère du monde. Elles se rendent à Darjeeling en compagnie d'un membre de leur famille et de l’héroïne du roman, Sai ; elles vont découvrir une réalité politique, en l’occurrence une revendication autonomiste des Népalais,  et elles dresseront par la même occasion un constat fort inattendu... qui ne l'est plus pour moi...

"Ils s'arrêtèrent pour laisser passer deux jeunes moines qui franchirent le portail d'une grande maison récemment acquise par leur ordre
- L'argent de Hollywood, dit Lola, il fut un temps où les moines étaient reconnaissants à l'Inde d'être le seul pays à les accueillir ! Maintenant, ils nous méprisent. Ils pensent que les Américains vont les emmener à Disneyland. Ils peuvent toujours courir...
... - Les gens n'arrêtent pas de plaindre ces pauvres Tibétains, poursuivit Lola, mais se sont des brutes ; c'est à peine si un dalaï-lama a réussi à survivre, ils ont tous été zigouillés avant leur heure. Ce Potala à Lhassa... le dalaï-lama actuel doit remercier le ciel tous les jours d'être en Inde plutôt que là-bas, meilleur climat et, soyons francs, meilleure nourriture. Bonnes boulettes de mouton bien grasses.
- Mais lui, il est forcément végétarien, intervint Noni.
- Ces moines ne sont pas du tout végétariens. Tu as déjà vu des légumes pousser au Tibet, toi? Et puis Bouddha est mort parce qu'il aimait trop le porc.
- Quelle situation absurde ! dit l'oncle Potty. Une armée (indienne) végétarienne et des moines qui s'empiffrent de viande..."


En fin d'après midi, à peu près en bon état, j'ai commencé à me perdre dans les ruelles pavées de Bodnath, au milieu de ces réfugiés du Tibet qui semblaient tous se rendre à un rendez-vous tant ils marchaient d'un pas pressé. J'ai entendu les trompettes d'un monastère, j'ai suivi le son, et je suis arrivé dans la cour de l'un d'entre eux où une centaine de tibétains étaient assis à même le sol devant le temple, d'autres à l'entrée, la plupart comptaient les graines de leur chapelet ou agitaient leur moulin à prière, ou parfois les deux en même temps ; de la fumée acre s'élevait en lourdes volutes d'une vasque en bronze,  j'entendais les voix des moines qui psalmodiaient les sutras, accompagné par la rythmique des tambours et des cymbales qui annonçaient toujours le son puissant des longues trompettes tibétaines. Enfin ! J'y étais ! Je suis redevenu l'adolescent qui lisait "Tintin au Tibet" ! J'ai ressenti un petit "satori, ce merveilleux oubli de soi, cette transcendance qui nous élève au dessus des contingences trop humaines. J'ai vite enlevé mes tongs et je suis entré dans le temple.


















Ensuite, j'ai été voir le bâtiment annexe. Là, il n'y avait aucun moine, rien des que des hommes et des femmes plongés dans leur rêve d'un retour impossible au Tibet. J'ai un peu hésité, je ne voulais pas les déranger, et puis je me suis dis s'ils me font signe de dégager, eh bien j'irais voir ailleurs. Alors, je me suis frayé un chemin au milieu de ces gens assis, le plus discrètement possible...





... et j'ai vu sur ces visages que de la gentillesse et des sourires, et aussi de l'indifférence, où plutôt une concentration dans la prière qui isole complètement de l'extérieur.














Je n'ai pas voulu m'attarder, je ne voulais pas les gêner, quoiqu'ils étaient tous en communion avec leur univers à jamais perdu, alors je suis sorti.




En voyage j'ose accomplir des actions que je n'oserais jamais faire en France. Ainsi, je ne me vois pas aller photographier des gens en train de prier dans une église. Même pas en rêve ! Ceci dit, je photographie très vite, je n'utilise pas le flash malgré la faible lumière, juste pour être le plus discret possible. Dehors, j'ai continué à observer, à fureter à droite à gauche. Autour de l'annexe du temple principal, il y a des moulins à prière. Des Tibétains pressés passaient en les faisant tourner, lorsque j'ai repéré cette femme qui le faisait en ne quittant pas son téléphone portable. Sur le coup, j'ai bien ri, et je suis vite revenu sur mes pas pour me poster sur la droite du bâtiment, histoire de la photographier en pleine action. Bonjour la spiritualité ! me disais-je. Ah ! La voici ! Et j'ai vu alors son visage de face, et je n'ai plus souri: avec ses lunettes sur le front, son air concentré, décidé, je me suis dit que c'était peut être une femme d'affaires, et que j'avais devant moi l'avenir du Tibet.





Oui, l'avenir du Tibet ne peut se résumer à faire tourner des moulins ou tripoter des chapelets, ou à s'immoler en Chine, cette femme m'a montré que l'on pouvait entretenir et respecter une tradition, une religion, mais aussi être dans son siècle, faire des affaires, s'enrichir pour, j'en suis sûr, aider sa communauté. D'ailleurs, on peut constater que les Tibétains ne semblent pas crier misère à Bodnath, bien au contraire, et c'est tant mieux si cela permet de maintenir l'espoir dans l'exil. Mais, comme dans les temples en Thaïlande, je n'ai pas vu des jeunes gens, juste des personnes relativement âgés, et surtout des femmes. Les jeunes Tibétains ne doivent pas être fondamentalement différents des autres jeunes du monde entier : ils ne rêvent que de porter des habits à la mode, tripoter des iphones et autres au lieu du long chapelet, et  les garçons de draguer des jolies Népalaises au lieu de se transformer en torche vivante.
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geob

Re: Debriefing

Message par geob le Jeu 12 Juin - 15:57

Quartier de Bodhnat, à Katmandou (III)


Bodhnat.










Mine de rien, ce quartier m'a bien plu, tant et si bien que j'ai eu envie de louer une chambre face au stupa. D'après ce que j'avais lu, une intense activité y régnait dès le lever du soleil. Bon, pour moi il n'y avait qu'une seule solution pour y être de bonne heure : dormir sur place !

Le premier matin, j'ai été émerveillé par le spectacle que m'offrait la place où il se trouve .  Environ 6h du matin, l'enceinte du stupa n'était pas encore ouverte, les pigeons seuls profitaient des premiers rayons du soleil. En bas, les gens tournaient déjà dans le sens des aiguilles d'une montre, certains actionnaient les moulins à prières, et ceux ou celles qui voulaient les faire tous avaient beaucoup de patience.









Tout à coup, une scène surréaliste, étant donné ce lieu vénéré, vers 6H30 : un couple en tenue de... mariage ! Ils ne ressemblaient pas à des Népalais. Ou alors, c'étaient des bourgeois fortunés ! Peut être des Chinois? En tout cas, les femmes tibétaines ne manquaient de s'attarder devant ce couple détonnant.

J'aimais bien, en fin d'après midi, franchir l'enceinte du stupa et me balader sur cette sorte de plateforme, de là, j'avais une vue plongeante sur les espaces protégés  par l'enceinte, et sur l'extérieur aussi. Côté nord-est, il y a l'endroit réservé à ceux ou celles qui font cette prière très sportive, face au regard de Bouddha, et que l'on montre souvent dans les documentaires : mains jointes au dessus de la tête, puis au niveau du cœur, puis, on s'agenouille en posant  les mains sur des patins pour mieux glisser et s'étaler entièrement sur la planche, ensuite revenir à la position de départ, se relever, et à nouveau... une... deux... trois, et hop ! Quelques mètres plus loin, j'ai vu des jeunes népalais qui semblaient s’intéresser à d'autres prieurs. Toujours mû par mon exigeante curiosité, je me suis déplacé, d'ailleurs volontiers badaud. Sous leurs regards, encore des planches les unes à côtés des autres, et là, stupeur, j'ai vu un occidental, assez jeune, pratiquer cette intense gymnastique dans laquelle je n'y voyais, de sa part,  aucune spiritualité. Mais il allait à une telle vitesse,  encadré par des Tibétains relativement âgés, qui paraissaient vraiment handicapés dans leur lenteur et la difficulté de se remettre debout,  que j'ai fini par trouver cela ridicule, inesthétique, comme s'il voulait en faire un maximum par rapport aux personnes qui l'entouraient. A quelques planches de lui, il y avait son amie qui priait tout aussi prestement - je les ai croisés plusieurs fois au cours de mon séjour, je crois qu'ils étaient Français. Un peu plus loin, il y avait une tibétaine qui faisait... les cuivres? J'ai essayé de comprendre, et comme je ne suis qu'un dilettante, j'ai abandonné : elle prenait des petits cailloux, ou des graines de je ne sais trop quoi, puis les frotter sur son récipient apparemment en cuivre, ensuite elle les jetait sur sa droite, puis elle recommençait.





Parenthèse pour Claudine
Comme tu passes par ici quelquefois, je tiens à te préciser que je me moque pas de ceux qui sont sur un chemin spirituel, mais, après avoir vu ces deux blancs à l’œuvre, je me suis remémoré des propos du Dalaïlama, très pertinents cette fois-ci, sur ces occidentaux qui se tournent vers le bouddhisme : surtout, disait-il, ils ne doivent pas oublier d'où ils viennent, leur culture, il n'est même pas nécessaire qu'ils abandonnent leur religion, alors le bouddhisme leur ouvrira toutes les portes. Alors voilà, n'oublie pas qui tu es, d'où tu viens, pas besoin de te raser le crâne et de te vêtir comme Matthieu Ricard, car tu le sais très bien, que cela soit en Thaïlande ou ailleurs, tu seras toujours l'étrangère puisque ce n'est pas ta culture. Au fait, j'ai vu une blanche, crâne rasée, portant la robe bordeaux, snober royalement un mendiant qui lui présentait sa sébile. Je me suis dit qu'il y avait belle lurette qu'elle séjournait dans le quartier, bref, qu'elle avait tout compris ! Un soir, j'ai vu une occidentale d'une cinquantaine d'années, habillée comme une occidentale, très chic d'ailleurs, très bien coiffée aussi : elle se tenait debout sous un porche d'immeuble, les mains jointes au niveau du cœur, les yeux braqués sur ceux du Bouddha, vers le stupa. Que dire? Son visage reflétait une lumière, une joie... divine qui me laissa pantois, et envieux. Là, c'était évident, il y avait une profonde sincérité, sans artifices ni déguisements, sans gymnastique effrénée ni tripatouillage de chapelets. Bon sang ! me suis-je dit, ils ont de la chance ceux qui croient en quelque chose qui les transcende et qui les aide à vivre, qui leur sert de béquille dans une société dure et âpre aux gains ! Putain ! Moi, je ne crois en rien,  je n'ai  pas la consolation d'un au delà paradisiaque où les ailes des anges font office de ventilateurs quand il fait trop chaud, je dois donc vivre sans espérance et sans pleurnicher sur ce qui m'arrive. J'ai imprimé dans ma mémoire, en lettres de feu,  ces mots de Flaubert à Louise Collet :

... Quel est ton devoir? L’exigence de chaque jour !

-------------------------


P.S... retour en Thaïlande...


Quand j'y pense, ce fut un voyage bizarre, inattendu. Et ce fut aussi l'année des Françaises, plus une Espagnole qui parlait couramment le français.  Jamais nous n'avions vu autant de Françaises, plus une Espagnole, aussi intéressantes, charmantes et généreuses dans "la fosse aux fossiles". Ah la Fosse aux Fossiles !!! Un Belge de mes connaissances a nommé ainsi "Chian guest house" où séjournent des individus, disait-t-il, à bout de course. Seulement, il ne s'était pas inclue dans cette trouvaille gouailleuse et lucide, à tort, d'autres s'en sont chargés pour lui avec beaucoup de malice et d'humour. A vrai dire, Professeur, nous le sommes tous, mais nous, nous le savons déjà, nous ne faisons plus d'illusions. Année après année, nous observons avec intérêt tous les petits détails qui parasitent notre volonté de mettre un pas devant l'autre, nous mesurons nos défaillances quotidiennes, nous pesons nos faiblesses qui s'accumulent à l'aune d'une jeunesse à jamais évanouie, bref, les progrès de l'état de notre fossilisation. N'empêche, ces Françaises, plus une Espagnole,  nous ont apporté, ne fut-ce qu'un instant, un rayon de soleil par leur charmante présence, parfois partagé une grande émotion et des fous rires, alors, mesdames, mesdemoiselles Caroline, Cecilia, Claudine,  Maïlys, Manoucha, Vanessa,  et Elvire, permettez à un fossile de vous embrasser affectueusement...

... En souvenir !
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geob

Re: Debriefing

Message par geob le Sam 14 Juin - 16:00

ARRÊT TECHNIQUE EN RAISON D'UN ÉTAT DE FOSSILISATION AVANCÉE !


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fabizan

Localisation : Pornic (Loire-Atlantique)

Re: Debriefing

Message par fabizan le Dim 15 Juin - 0:00

Peut-être mais après tu vas être tout neuf Geob (si ce que je vois est bien ce que je pense) !


_________________
Fabienne
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geob

Re: Debriefing

Message par geob le Mar 15 Juil - 16:38

L’œil écoute.

"L’œil écoute" est le nom d'une librairie située sur le boulevardd Montparnasse. Je la fréquente souvent, surtout le dimanche après midi, et quelquefois j'achète le livre que je ne trouverais jamais dans un grand supermarché de la culture. "L’œil écoute". Bon sang ! Cette appellation m'a toujours fasciné ! Aujourd'hui, je sais pourquoi. Puisque lire d'un seul oeil me fatigue, je passe plus de temps à écouter la radio. Je pourrais donc intituler les lignes qui suivent...
                               .... Mémoires de l’œil qui écoute...

Juin 2014. Paris.

Bob Maloubier, ce nom me disait vaguement quelque chose. J'ai écouté son interview, un matin sur France Inter, par Patrick Cohen. Quel sacré bonhomme tout de même ! Quel aventurier ! Il a parlé de la deuxième guerre mondiale avec un ton enjoué, avec beaucoup d'humour, et je sentais bien que Patrick Cohen semblait être désarçonné par ce personnage hors norme, jusqu’à sombrer dans la stupeur quand, après lui avoir demandé ce qu'il retenait de ces années de guerre, il reçut cette réponse :
- Ce fut les plus belles années de ma jeunesse !

Patrick Cohen a eu l'air choqué, pas moi. En effet, Maloubier s'est volontairement engagé dans la résistance, il a pris d'énormes risques pour rejoindre De Gaulle à Londres, ensuite il a participé à des actions secrètes sous l'occupation, vu plusieurs fois la mort de près, bref, en si peu d'années, il a vécu cent milles vies ! Et il a continué jusqu'à très tard à vivre dans un milieu interlope, secret. Bien entendu, pour 99% des gens ce furent les années noires, les années des tickets de rationnement, des files d'attente interminables pour avoir un morceau de pain ou peu de charbon, les années de la peur, du froid et de la faim. Rares furent ceux qui entrèrent dans l'action, rares furent ces aventuriers, j'écris aventurier car il fallait l'être sacrément pour oser affronter l'occupant nazi. J'admets donc que ceux qui ont agi puissent avoir des souvenirs différents de ceux qui ont attendu quatre ans la libération. Pour ma part, j'aurais fait comme tout le monde : j'aurais attendu le débarquement des américains. Comme le chante si bien Kent :
Et quand ça chie
On est pas nombreux dans le maquis !

          ***********************************************
La nuit s'installait.

Je recommence à sillonner le supermarché de la culture, la FNAC. On ne peut pas ignorer le dernier roman de Marc Levy,  c'est vraiment la tête de gondole ! Comme je ne suis pas bégueule, je l'ai pris et je l'ai ouvert au hasard, et en clignant d'un œil. Je suis tombé sur un paragraphe où un personnage fait sa valise... pendant tout le paragraphe ! Car l'auteur nous fournis la liste complète de tous les vêtements que son personnage emporte ! Bien joué, Marc ! Il doit sans doute fournir son roman avec un nombre de mots prévu dans son contrat. Ensuite, j'ai refermé le bouquin et je l'ai rouvert au hasard. Et je suis tombé sur cette phrase :
La nuit s'installait...

J'ai refermé le livre aussitôt, définitivement. Je n'ai pu poursuivre pour une raison très simple : j'ai vu la nuit qui s'installait!!!...

... Elle est arrivée tranquillement, avec son manteau, son chapeau et son cache col noirs ; elle a posé ses valises, noires, sur le sol, enlevé lentement son cache col, son chapeau, et ses gants en cuir noirs, quand, soudain, le jour s'est énervé. Vas-y ! dit-il. Prends ton temps pour t'installer, fais comme chez toi ! J'ai pas qu'ça à faire, moi, faut que j'aille de l'autre côté ! Oh ça va ! s'est écriée la nuit ! Faut pas me bousculer ! C'est écrit que je m'installe, alors laisse moi m'installer, enfin, quoi !...

Sans doute que je me fais une autre idée de la littérature, n'empêche, je suis très content que Marc Levy vende des milliers de livres. Peut être que cela encouragera ses lecteurs à essayer d'autres auteurs. Qui sait?
"C'est ma frangine en noire, celle qui s'appelle bonsoir..." fredonnai-je en sortant de la Fnac.

                                 ************************
28 juin

France Inter, en direct de Sarajevo, avec Patrick Cohen, pour le centenaire de l'assassinat de l'archiduc. En 1982, je me trouvais dans cette ville, mais c'était encore la Yougoslavie. Je ne pensais absolument pas à cet acte qui a déclenché - c'est plus compliqué que ça - la première guerre mondiale, quand je suis arrivé, par hasard, à l'endroit précis où G. Principe a tiré sur l'autrichien. J'ai visité le musé, très simple, basique, consacré à l'évènement. A l'extérieur, sur le trottoir où Principe a attendu le cortège, j'ai mis mes pas sur l'empreinte de ses semelles dans le ciment. Pour ma part, je me souviendrais toujours du mois et de l'année de ma visité à Sarajevo, pour une raison très simple : c'est le seul souvenir que je garde de Gordana.



                                    ******************

Réflexions au dessus de l'abime : djihadistes et "brigadistes".

Associer djihadistes et guerre d'Espagne, je pousse un peu loin le bouchon, me dira-t'on, pourtant, bien avant d'avoir écouté l'interview de Maloubier, je me disais que, d'un point de vue psychologique, je pouvais comprendre ces jeunes qui partaient se battre en Syrie, vu que la plupart d'entre eux ne sont pas nés avec une cuillère d'argent dans la bouche, qu'ils se sentent acculturés, ou du moins rejetés dans un espace qui demande une certaine énergie pour sortir du lot. Après tout, on nous serine sur tous les médias que Assad est un atroce dictateur, qu'il est l'incarnation du mal, qu'il faut l'abattre, et personne ne bouge ne serait-ce que son petit doigt. En 1936, le général Franco, incarnation du Mal, a déclenché une guerre civile effrayante contre le gouvernement républicain, incarnation du Bien.  Comment lutter contre ce fléau fasciste, puisque les gouvernements démocratiques de l'époque ne voulaient s'en mêler?  Alors il y a eu la création des Brigades Internationales ! Qu'est-ce qui se passe en Syrie? La même chose ! De nombreuses nationalités se trouvent impliquées dans la guerre civile syrienne, des volontaires accourent, cherchant quelque chose qui va au delà du simple fait de lutter contre le dictateur - d'ailleurs la plupart d'entre eux choisissent plutôt les deux groupes islamistes qui n'hésitent à se tirer dessus  : "al Nostra", la branche syrienne d'Al Quaïda, ou celle de "L'état islamique de l'Irak et du Levant" dont la violence monstrueuse donne des émois à la première citée. L'opposition à Assad n'est donc pas unie, polluée par ces radicaux qui se battent entre eux, et qui finissent par attaquer l'opposition officielle, celle qui a pris les armes après les manifestations. Tous ces jeunes décervelés ou pas qui partent en Syrie, qu'ont-ils comme avenir sinon le chômage ou un emploi sous-payé, juste de quoi faire comme tous les autres jeunes, c'est à dire de pianoter sur son smartphone à longueur de journée, ou alors s'ennuyer des journées entières, dans les cités, à attendre je ne sais quoi. Quel avenir, quelles perspectives, quels grands projets notre société peut elle leur proposer alors que certains d'entre eux rejettent complètement les valeurs d'une société laïque? En partant, ils espèrent connaître l'aventure, la griserie d'un combat, pour d'autres la désillusion, le lavage de cerveau qui les transformera en grenade dégoupillée, pour d'autres encore un sens à leur vie, et pour tous des problèmes - à juste titre - quand ils reviendront en France. Au fait, les "Brigadistes" qui ont lutter contre Franco, ils ne revenaient pas dans leurs pays en héros, ils se voyaient surveillés, emprisonnés, tels ceux originaires des pays communistes qui furent poursuivis et éliminés par Staline. Les anti-franquistes ne montraient pas aussi un front uni durant la guerre civile d'Espagne, bien au contraire, et les règlements de compte entre communistes, troskistes, anarchistes, républicains, faisaient de nombreux morts. Oui, me dira-t-on, seulement tous ceux qui je viens de citer luttaient contre le fascisme et pour la démocratie. Bien sûr, bien sûr, mais que l'on m'explique l'utilité de massacrer des curés, et des religieuses après les avoir violées, pour défendre la démocratie? Ainsi, en Syrie, tous les opposants au dictateur Assad n'hésitent pas à torturer, à trancher dans le vif des soldats qu'ils font prisonniers. Bon, ce sont de petites analogies entre la guerre civile d'Espagne et celle de Syrie, que l'on pourrait d'ailleurs comparer à la plupart des guerres civiles, mais il y a une certitude commune à toutes : le "bien", le "mal", et la religion quand elle s'invite au carnage , ne sont que les cache-nez d'un enjeu primordial, à savoir la prise du pouvoir. Ceci dit,  y a néanmoins une énorme différence entre les brigadistes et les djihadistes : lorsque les premiers ont quitté l'Espagne, ils n'ont pas continué leur combat politique en tuant des innocents ! Ce qui m'effraie le plus, c'est que ces djihadistes commettent leur effroyable forfait en toute... sincérité ! En croyant que c'est utile pour leur combat ! Ce serait tellement plus rassurant de les voir en monstres assoiffés de sang, cela nous réconforterait dans l'idée que nous ne faisons de notre nature humaine, une nature humaine que leur monstruosité réfuterait à notre grand soulagement aveugle. Mais non, ce sont des êtres humains comme nous. On refoule l'idée que n'importe quel être humain peut se transformer en machine à tuer. Ainsi, lorsqu'on interroge les voisins d'un assassin, ils disent toujours "ah ! je ne comprends pas ! Pourtant il était poli, il disait bonjour, et il aidait à monter les courses de madame Duchmol !" Prenons la pire incarnation du "mal", au siècle dernier, je veux parler d'Hitler. Imagine-t-on qu'il se levait le matin en hurlant devant son miroir : ah ! je suis un monstre ! je vais faire le mal sur la terre !? Non, bien sûr, là encore, le plus déstabilisant, le plus horrible, c'est qu'il pensait agir pour le "bien" de l'Allemagne !

Ecce homo !


Tout jugement moral est faux à la base. Le bien et le mal n'ont aucune réalité intrinsèque ; c'est qu'ils sont précisément des jugements. L'abstention est une manière d'impératif pour quiconque réfléchi à ces choses.
                     
                                           Cioran

                 *********************************

Coupe du monde de football.

Je n'en croyais pas mon œil ! Même Malik Bouthi, député socialiste,  dit que les joueurs de football de l'équipe de France doivent être un modèle pour les jeunes ! Bon, ce souhait ridicule n'est pas nouveau, cela montre tout simplement dans quel état de déréliction se trouve notre société pour ne proposer que des footballeurs à ériger en parangons aptes à transcender notre belle jeunesse !
                                       Hier
- Papa ! Papa ! Y'a Kevin, à la récré, qu'a dit des méchancetés sur maman !
- Quoi??? J'espère que tu lui as mis un coup de tête comme Zidane !

                                   Aujourd'hui

- Papa ! Papa ! Y'a Kevin, à la récré, qu'a dit des méchancetés sur maman !
- Quoi???? J'espère que tu l'as mordu, comme Luis Suarez !

A propos de Luis Suarez, j'ai appris que 167 parieurs se sont partagés la somme de 50 000 € parce qu'ils avaient misé que ce joueur allait mordre un adversaire pendant la coupe du monde ! Comme quoi, il y en a qui s'y connaisse vraiment en football. Tiens, j'ai entendu à la radio que le gardien de l'équipe allemande à Séville, en 1982, celui qui avait agressé ce pauvre Battiston, avait avoué que ce soir là il était dopé, complètement "speede", sous amphétamines. Après tout, je me demande si Zidane ne l'était pas aussi, pendant la finale de la coupe du monde en 2006. D'ailleurs, il était dans l'équipe de la Juventus de Turin dans les années 90, avec le déifié Didier Deschamps, lorsqu'ils ont été fortement ennuyé par des problèmes de dopage. Heureusement pour eux, les footballeurs ne sont pas traités comme des vulgaires coureurs cyclistes : la Fifa a plus de pays adhérents que l'O.N.U., plus d'argent et plus de pouvoir !
Touchez pas aux footballeurs !
Ils nous font rêver !... oh putain le cauchemar !

                                   ********************

juillet 2014 - Paris.


- Alors, cette opération à l’œil?
- Elle m'a coûté un bras !
- Ah ça ! Pour les dépassements d'honoraires, les chirurgiens ne sont pas manchots !

                                  ***************



Lutter contre les djihadistes.

Notre ministre de l'intérieur nous annonce que l'on empêchera ces jeunes de quitter la France pour aller en Syrie. Au nom de quoi? De leur éventuelle et dangerosité potentielles ! Ouh là ! J'ai intérêt à me raser régulièrement, je ne veux pas que l'on me considère potentiellement comme un apprenti djihadiste. Principe de précaution ! Bravo ! Cela a été déjà évoqué dans les médias : petit à petit, nous nous dirigeons vers une société comme celle qui est décrite dans le film "Minority Report". On a déjà oublié que notre cher Sarkhozy avait eu ce projet de déceler, dès la maternelle, les enfants au comportement inapproprié. Prévention anticipé ! J'espère qu'un jour, avec le progrès, on arrivera à déceler les comportements suspects dans le ventre des femmes enceintes. Ainsi, les policiers se posteront dans la salle de délivrance et passeront les menottes au bébé dès qu'il aura, l'idiot, quitté le ventre de sa mère ! En fait, ça va plus vite que je ne le croyais : un couple a été empêché d'embarquer à Orly, avec ses trois enfants en bas âge, alors qu'ils s'apprêtaient à se rendre en Syrie. Cerise sur le gâteau, la femme est enceinte. Bravo la maréchaussée ! Faut arrêter les terroristes avant qu'ils ne sortent du ventre de la mère !
Je crois que nous sommes dorénavant prêt à tout pour pouvoir vivre dans....

Un bonheur insoutenable
! (Ira Levin)

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Mourir dans sa niche.

Entendu sur RTL une nouvelle qui n'a rien d'originale, chaque année nous en offre quelques semblables, en tout cas elle est rare en raison du temps qu'elle a mis pour se mettre en évidence. En effet, au cours d'une intervention pour un dégât des eaux dans un immeuble, les pompiers ont découvert dans un appartement le corps d'une dame âgée qui a trépassé en... 2008 ! Les voisins n'ont rien senti, ne se sont inquiétés de rien, la société non plus car cette dame avait tout mis en prélèvement automatique. Certes, d'accord pour son loyer, mais le relevé de gaz et d'électricité? Il faut au moins qu'une fois par an un employé vienne relever les compteurs. A partir du moment où tous ces organismes et sociétés qui nous ponctionnent peuvent, sans anicroches, puiser l'argent dans notre compte en banque, tout va bien, pas de soucis ! Les morts doivent aussi payer leurs traites, c'est la crise ! Ce ne sont pas eux qui vont râler parce que le gaz et l'électricité augmentent !...  
Mourir, mourir au milieu des vivants, seul dans sa niche, sans emmerder quiconque. Je me souviens qu'un jour, en prenant l’ascenseur, j'ai ouvert la porte au rez de chaussée à un homme d'une trentaine d'années : il sortit de la cage avec un long paquet dans les bras, recouvert d'une bâche blanche qui se fermait avec une fermeture éclair, cela ressemblait à ces sacs dans lesquels on rapatrie les soldats morts à l'étranger, et visiblement cet homme avait un cadavre dans les bras, oh certes, pas grand, pas lourd, mais un cadavre tout de même. J'avais entendu parler d'une vieille dame qui vivait seule au dernier étage, je ne l'avais jamais vue. J'ai appris plus tard que c'était la grand-mère de cet homme qui, arrivant de province, était venu la chercher pour la transporter dans sa camionnette et l'enterrer dans le cimetière de son village. Et si ça m'arrivait? Au bout de combien de temps s'apercevrait-on que je n'existe plus? Deux, trois semaines? Autrement, je dirais au maximum deux mois.
C'est con, je n'aurais pas le temps de me momifier comme la vieille dame morte en 2008 !


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Maadadayo !
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Skyrgamur

Localisation : une île : Île de France

Re: Debriefing

Message par Skyrgamur le Mar 15 Juil - 18:01

Les relevés se font par télétransmission.
Plus de releveur de gaz, électricité, eau.


_________________
Skyrgamur, le lutin Islandais
 
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geob

Re: Debriefing

Message par geob le Mer 30 Juil - 10:45

Sur le chemin de Sarangkot...    (Népal)

... j'ai rencontré un chevrier, un couple de Français, un gamin volubile, trois écolières, et un buffle au comportement bizarre.

Pokhara se trouve à 800 mètres d'altitude, le village de Sarangkot perche à 1500 mètres. Le moyen le plus agréable de sortir de Pokhara, c'est de prendre la promenade du lac Fetwa pour rejoindre une route étroite, poussiéreuse, et pleine de nids de poule. Au bout de deux, trois kilomètres, j'ai repéré un panneau qui indique "Sarangkot-6 kilomètres", à l'entrée d'un chemin caillouteux qui commence à grimper gentiment. Du coup je me suis dis qu' en deux heures et demi j'atteindrai mon objectif. Quel manque de réalisme ! J'ai mis plus de trois heures, et même...bon, enfin, passons.

Car au bout d'une heure, j'ai eu l'impression que je n'avançais pas beaucoup, je voyais toujours en bas la route que j'avais emprunté...




...le lac, les motos qui passaient en soulevant de la poussière, bref, la déclivité du chemin me ralentissait beaucoup, me rappelait mon peu de goût pour les sports qui font transpirer, et puis, tiens, que je n'avais plus vingt ans !

Pas à pas, patiemment, le buste parfois parallèle au sol dans les forts pourcentages, avec des arrêts pour me désaltérer et manger une barre de céréales, j'ai fini pour ne plus voir cette route qui m'avait conduit devant le panneau de Sarangkot.




Vers onze heures du matin, j'ai aperçu ...


     ... Le chevrier...


... assis sur un rocher. Il a dû me repérer depuis fort longtemps. La tête tournée vers moi, il m'a regardé approcher  en souriant. Arrivé à sa hauteur, j'ai soufflé un peu, et je lui ai demandé si j'étais loin de Sarangot. Il a réfléchi, puis il m'a indiqué deux kilomètres. Oh nom de dieu ! Encore deux kilomètres !  Je n'arriverai jamais ! Tout à coup, il a fait le signe d'allumer un briquet avec son pouce et son index. Je n'avais pas vu la cigarette qu'il tenait dans sa main gauche. Eh non ! Je ne me balade jamais avec un briquet, et à ce moment là je l'ai regretté, je lui aurais bien filé le mien !


(Le chevrier)


J'ai repris mon chemin de croix.

Quelques minutes plus tard, surprise, j'ai vu...


...Un couple...


...qui descendait du village. Je les ai arrêtés, histoire de comparer leurs renseignements avec celui du chevrier. J'ai commencé à parler en anglais, mais le gars m'a dit de parler en français, on se rend très vite de ma nationalité dès que je parle anglais. C'était donc un couple de français, lui, habillé d'un tee shirt et d'un short noirs, il avait une belle tignasse de cheveux gris blancs, un sourire à 10 000€, et un brin de morgue ; elle, elle portait aussi un short noir, et un tee shirt blanc, sans doute par esprit d'indépendance, alors qu'elle m'a paru être juste une suiveuse - elle semblait même cavaler après son mari tant celui-ci marchait vite. Lui, après m'avoir jauger des pieds jusqu'à la tête, avec commisération, il a considéré que je n'étais pas près d'arriver. Ouh là là monsieur, dit-il avec un sourire entendu, vous en avez encore pour quatre kilomètres. Oh merde ! Elle, histoire de me casser le moral, elle s'est tournée et a levé son bras pour désigner la boucle, la haut, d'où ils avaient surgi. Attention, après le deuxième tournant, vous allez avoir une montée très sévère, vous avez de quoi boire? bon, très bien, bon courage. J'étais arrivé à un un niveau d'engagement physique qui m'interdisait de faire demi tour. Plutôt crever !

J'ai repris mon chemin de croix.

Effectivement, la pente que m'avait signalé la dame m'a paru assez difficile au départ, mais, au bout de cent mètres, j'ai constaté qu'elle avait exagéré. Certes, la déclivité était forte mais régulière, et ce n'était tout de même pas de la varappe. En tout cas, mon pas régulier m'a permis d'avancer efficacement, je me suis senti de mieux en mieux, à tel point que je me suis dis que j'aurais passé ici sans problèmes avec ma moto de Thaïlande.

J'ai été surpris d'arrivé aussi vite devant Sarangkot, enfin aux premières maisons, et ces ailes volantes qui polluent le ciel !







En fait, c'est bien entendu le chevrier qui avait eu raison. Comme mon cœur battait trop vite, j'ai choisi un endroit à l'ombre, au pied d'un arbre, pour me reposer un peu plus longtemps, reprendre mon souffle. J'ai crû que j'allais être tranquille, regarder le paysage sans penser à rien, respirer goulument l'air de ces hauteurs, au dessus du bruit et de la poussière, quand a surgi de je ne sais trop où, un véritable moulin à paroles...

...Le gamin volubile ...
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geob

Re: Debriefing

Message par geob le Mer 20 Aoû - 16:10

Sur le chemin de Sarangkot (2)

Le garçon volubile


Habillé d'un pantalon, d'une chemise en nylon et d'un blouson en toile,  chaussant des baskets bleues avec le sigle imité d'une grande marque, ce gavroche népalais passerait sans nul doute totalement inaperçu dans la  rue de n'importe quelle ville occidentale. Pas de boutons sur son visage, une peau qui reflétait une santé rayonnante, un sourire qui me montrait des dents parfaites et blanches - salauds de pauvres ! -, voici le gamin volubile qui m'avait abordé,  une main dans la poche de son pantalon, décontracté, à l'aise. Son anglais impeccable s’insupporta tout de suite, il avait un débit incroyable, une "tchatche" phénoménale,  et moi qui ne ne désirait qu'une seule chose : reprendre mon souffle ! J'eus cette impression désastreuse d'avoir mis une pièce dans un jukebox, un jukebox aussitôt détraqué, je ne savais plus quoi faire pour l'arrêter, je ne comprenais même pas le quart de ce qu'il me disait, alors, en désespoir de cause, je finis par hocher la tête, en émettant de ci de là quelques "mmm" ennuyés.

Quand il me proposa d'aller voir sa mère et sa maison, à côté d'une autre très ancienne, je refusai. J'avais envie d'être seul. Mais c'était comme si je lui avais dis qu'il faisait beau aujourd'hui, et, toujours à l'aise dans ses baskets, toujours souriant, il ignora complètement mon refus, et il parlait, et il parlait... comment le débrancher ce "Hal" népalais?  Au bout d'une minute, la curiosité revint au grand galop. Je le regardai en esquissant un sourire en coin : au moins, lui, il ne me fera pas le coup de la dépression, comme le guide de montagne bien fatigué. Je finis par comprendre aussi qu'il m'indiquerait un raccourci pour arriver au dessus de son village, et rejoindre le chemin qui continue jusqu'au sommet du promontoire avec son  point de vue spectaculaire sur la région de Pokhara. Il suffisait de passer par le champ où je venais de prendre en photo la paysanne.(5e photo, message précédent) Ce que nous fîmes, ensuite je le suivis sur un sentier escarpé qui grimpait à flanc de colline, au milieu des quelques maisons disséminées sur la pente.

Bien entendu, en trois ou quatre pas, il était déjà bien devant moi. Il continuait de parler, de parler, sans s’essouffler, une logorrhée qui me passait au dessus de la tête,  je préférais surtout rester concentré plutôt qu'essayer de le comprendre. Moins de deux minutes plus tard, je l'entendis parler cette fois ci à quelqu'un d'autre. Il s'était arrêté, et, tourné vers moi, il me désigna la maison de sa mère. Comme j'étais en pleine ascension, un peu plus bas que lui, je ne voyais que juste un toit, mais c'était celui de l'ancienne.





Le gamin quitta le sentier sur la gauche, je le suivis. Il y avait deux maisons de plain pied, adossées à la colline, elles reposaient sans doute sur une ancienne culture en terrasse. La première baraque avait plus d'un siècle, sous son auvent une vieille dame assise sur le sol, devant des épis de maïs, me regardait avec un sourire d'une telle douceur, d'une telle grâce,  que j'en fus tout retourné. Une soudaine mélancolie me gagna, je pensai alors à ma grand mère maternelle - ce qui ne m'était pas arrivé depuis au moins quarante ans ! J'eus l'impression de voir devant moi sa réincarnation. J'étais ému, et je restais planté là sans savoir quoi faire. Le gamin s'impatientait, sa mère aussi, et puis il y avait un autre enfant, plus jeune - je n'ai jamais pu déterminer si c'était une fille ou garçon -,  ils étaient tous là à attendre que je fasse les quelques pas pour les rejoindre.

Je m'arrachai enfin de ce contact muet avec la vieille dame. La mère du gamin, habillée comme une paysanne du 19e siècle en France, m'accueillit tout sourire édenté. Leur maison était à l'évidence plus récente que l'autre, il y avait des vitres aux fenêtres, et même des rideaux. Sous l’auvent cimenté reposait un divan défoncé, recouvert d'un tissu troué. On m'invita à m'assoir, le garçon prit place près de l'accoudoir pour me laisser le plus d'espace possible. La mère me proposa de boire quelque chose, je refusai poliment. Avec le recul, je me rends compte que ce jour là je n'étais pas disposé à me faire contraindre en quoi que ce soit , d'ailleurs, à peine assis,  j'eus tout de suite envie de déguerpir, mais, en regardant le paysage, cette impression traversa mon esprit : bon sang ! quel vue magnifique !

Ce fut alors que le gamin me présenta sa note fantasmée, tandis que sa mère entra dans la maison. Voilà, me dit-il, l'école ça coûte cher, il me faudrait 3000 roupies pour tous les frais. Je lui fis mon plus large sourire, mais oui, mon bonhomme, c'est comme si c'était fait, t'inquiète ! Sur ce, la mère sortit en trombe de la maison, son portable collé sur son oreille, elle avait l'air enthousiaste, excitée, elle parlait très fort. Oh nom de dieu ! Un téléphone portable ! La dernière chose que je m'attendais à voir ici ! My husband, me dit-elle. Je fis signe que je n'avais pas envie de parler avec son mari, bon sang !  Elle insista. Bon, allez, et je pris l'appareil. Le mari avait l'air, lui aussi, très enthousiaste. Il se trouvait à Pokhara, il conduisait des touristes, je n'avais compris trop où. Maintenant, je ne m'étonnais plus de cette famille, j'imaginais qu'ils avaient dû aussi accueillir des étrangers dans leur maison. Il m'invita à demander du thé, il n'allait pas tarder à remonter sur Sarangkot, oui, mais moi, je ne voulais surtout pas l'attendre des plombes, je voulais juste reprendre ma marche.

Le petit frère ou la petite sœur du gamin essayait d'attirer mon attention en faisant des grimaces, des pirouettes, enfin plein de choses qui commençaient à me gonfler, alors que je ne pouvais décemment lui balancer une paire de claques. Sur un coup de sang, je me levai brusquement, et je fis comprendre que je devais m'en aller. Le visage de la mère afficha aussitôt une grande déception. Elle s'adressa à son fils, il se leva à son tour et il me fit signe de le suivre. Lui aussi, il avait l'air très déçu. Toute la famille voulait me conduire sur le chemin qui mène au promontoire, au dessus du village. J'écris toute la famille car, à ma grande surprise, l'autre enfant et la mère nous suivirent. Nous passâmes devant la vieille dame, toujours en train de trier ses épis de maïs. Non, son visage n'exprimait pas de la douceur, mais une grande bonté irradiante. (Je n'ai pris aucune photographie d'elle, pourquoi? aujourd'hui je n'en sais fichtre rien, ou alors, peut être, je n'ai pas voulu tomber dans la banalité, figer un instant que je ne pourrais revivre, mais surtout je me suis rendu compte de l'impossibilité de photographier quelque chose qui se passait en moi, et qui ne parlait que de moi : une émotion, mon émotion)

Nous reprîmes donc le sentier escarpé, très étroit, qui grimpait à flanc de colline. Vite essoufflée, la mère abandonna  l’ascension, et, avant de faire demi tour, elle n'oublia pas de donner  ses dernières consignes au gamin. Décidément, elle prenait à cœur ma sécurité... qui ne risquait rien.

Nous retrouvâmes bientôt sur le chemin que j'avais abandonné en bas du village. Le gamin s'apprêtait à faire demi tour, quand je l'appelai. J'avais sorti mon porte feuille, je lui tendis un billet de 50 roupies pour m'avoir indiqué ce raccourci. Oh quelle joie ! Et même quelle fierté !  Il repartit tout heureux, il n'avait pas perdu son temps.

Zut ! J'aurais dû ne lui donner que 20 roupies !





Cette dame de 83 ans, rencontré dans un village akha en Thaïlande, m'a stupéfait par sa classe, je dirais même par sa noblesse naturelle. C'est rare chez les Akhas.
Maadadayo !
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geob

Re: Debriefing

Message par geob le Mar 9 Sep - 10:46

Sur le chemin de Sarangkot (3)



Après avoir quitté le "gamin volubile", j'ai repris ma marche avec peu de motivation. Le soleil au zénith noyait tout le paysage dans une brume de chaleur, et mettre un pas devant l'autre devenait de plus en plus pénible. Vers 13 heures, bien au dessus de village de Sarangkot, j'ai décidé de faire demi tour pour reprendre le sentier qui descend jusqu'au lac de Pokhara.

J'ai d'abord vu ce vieux bonhomme, habillé comme un "coolie" indien, les cuisses nues, le crâne recouvert d'une sorte d'un turban sale, qui parlait à...

...trois écolières...

...portant l'uniforme de leur école. Elles semblaient se reposer à l'ombre parcimonieuse de deux arbres rabougris, un peu à l'écart du sentier. L'une d'entre elles, adossée sur un tronc, lui répondait, m'a t-il semblé, avec un mélange de respect et d'autorité. D'ailleurs le type n'a pas insisté et il est reparti sans se retourner. Je me suis approché, elles sont venues à ma rencontre. La qualité de leur uniforme m'a surpris, elles devaient être dans un bon établissement, mais, bien sûr, pas au village. A mon avis, elles descendaient à Pokhara par la voie nord, beaucoup plus rapide, à peu près une trentaine de minutes de marche. Deux fois par jour. En tout cas, c'était bon signe de les voir scolarisées. Il y a des régions au Népal où les filles sont mariées très jeunes, pour des raisons évidentes de pauvreté, alors que la loi n'autorise pas le mariage avant l'âge de 20 ans.

J'ai été aussi agréablement surpris de constater le niveau de scolarisation des enfants népalais. Ils portent tous un uniforme, spécifique de leur école, ils sont propres, bien élevés. Il y a beaucoup de bus de ramassage scolaire, et les parents m'ont paru très fiers de leur progéniture.  Je ne parle que de Pokhara où j'ai séjourné 5 semaines,  A Katmandou, j'ai eu la même impression positive. A la différence de l'Inde, les garçons et les filles marchent ensemble dans la rue, ils ne sont pas séparés par une morale qui n'est pas de leur culture - quant aux classes, je ne saurais dire si elles sont mixtes ou pas.

A Pokhara, j'ai fini par voir ce panneau étonnant. Pas besoin de savoir lire le népalais pour comprendre cette adresse aux parents, destinée à encourager la scolarisation de leurs enfants, plutôt que de les contraindre à travailler.





Celle qui a tenu tête au vieux a quinze ans, un charisme qui la détache déjà du monde où se trouve la petite, à ses côtés, qui a treize ans, et qui est sans doute la première de sa classe : elle seule parle anglais. L'autre, quatorze ans, exprime une joie de vivre communicative.









J'ai vite repris ma marche, de noirs nuages commençaient à se pointer dans mon horizon restreint.





Je ne me suis plus arrêté jusqu'à ce que se dessine enfin, tout en bas, le fin ruban gris de ce semblant de route qui conduit à Pokhara. Et j'ai ralenti, la crainte d'un orage s'éloignait. Sur ma droite, dans les champs en contre bas du sentier sur lequel je me trouvais, il y avait deux ou trois buffles au milieu des aigrettes, toujours difficiles à photographier, en fait beaucoup moins qu'en Thaïlande. Un dénivelé en terre d'environ deux mètres me séparait du champ, j'ai préféré rester sur le sentier, près d'un bosquet. Alors j'ai pris une photo, comme ça, juste pour voir si j'arrivais à maitriser mon appareil avec cette lumière qui changeait vite.





Nada ! Je n'ai rien contrôlé ! Le flash s'est déclenché ! Mécontent de la photo, j'ai passé le bosquet, marché une trentaine de mètres, cela descendait en pente douce maintenant, et je me suis dit que j'allais refaire une photo parce que devant moi, oh de très loin, le paysage me faisait penser un peu à l'Irlande.



Cette fois-ci, pas de flash, j'avais changé les paramètres. En remettant l'appareil dans son boitier accroché à ma ceinture, sur la droite, mon angle de vision a pris en compte le bosquet où je me trouvais tout à l'heure, et c'est là que j'ai vu juste la tête du buffle, le corps caché par le bosquet, donc arrêté sur le dénivelé, les pattes avant pas encore sur le sentier, et... il semblait m'observer ! On s'est regardé quelques instants. Tiens, c'est bizarre comme comportement, me suis-je dit, mais rien de plus, et j'ai continué à descendre tranquillement vers la route de Pokhara. En écrivant ces lignes, je me demande encore aujourd'hui pourquoi je me suis retourné au bout de quelques instants. Bon sang ! Le buffle était derrière moi à moins de dix mètres, plutôt cinq que dix dirais-je, il marchait la tête baisse, aux aguets, comme s'il préparait une attaque. Bizarrement, je n'ai ressenti aucune peur, aucune émotion. Sans réfléchir, naturellement, je me suis baissé pour ramasser une pierre, et, quand je me suis retourné complètement pour faire face, j'ai constaté à ma grande stupeur que le buffle était déjà au niveau du bosquet, cavalant comme s'il était poursuivi par un fauve !

Évidemment, j'ai réagi comme si j'avais eu affaire à un chien. Dans n'importe pays du monde, quand un chien s'approche, menaçant, il suffit de faire le geste de ramasser une pierre, même s'il y en a pas, pour que le chien fasse demi tour. Eh bien ça fonctionne aussi avec les buffles, mais, après avoir visionné de nombreux petits documentaires animaliers, sur les buffles et les lionnes par exemple, je peux avancer cette explication : il faut être le premier à faire un geste inattendu pour qu'il soit considéré comme une agression, une réponse. Cela n'a absolument rien à voir avec le fait de ramasser un caillou ou pas.

J'ai continué à descendre le sentier, un plus rapidement cette fois-ci, et je me suis même retourné deux ou trois fois.





Maadadayo !
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Re: Debriefing

Message par geob le Mer 10 Sep - 10:47


Le compteur qui a la phobie des chiffres.

Vers la fin aout, après seulement 245 interventions, le compteur de "Debriefing" a dépassé les 10000, et puis il s'est arrêté pendant deux ou trois semaines à 10007. Comme on me l'avait signalé, j'ai testé, et, effectivement, le compteur ne prenait plus en compte les visites, sauf si je mets une autre intervention, comme ce fut le cas hier, alors le compteur revêche à consenti à aligner d'autres chiffres, mais, comme la précédente fois, pas plus de cinq unités.
En mettant ces mots, il devrait passer de 10013 à 10014, puis se bloquer à nouveau vers 10018. Etonnant, non?

Donc, veuillez ne plus tenir compte du compteur.. qui n'aime pas compter !
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geob

Re: Debriefing

Message par geob le Mer 17 Sep - 10:49

Leny Escudero, un homme debout


J'ai commencé à lire l'autobiographie de Lenny Escudero, "Ma vie n'a pas commencé" - éditions Cherche Midi-, vers 20h30  et je l'ai finie à 1h30 du matin... complètement bouleversé par cette vie d'un homme toujours debout, digne, d'un courage moral et physique stupéfiant. Ce n'est pas pour rien qu'il a mis en exergue cette phrase de Elisée Reclus, à graver en lettres de feu dans notre cerveau :


L'histoire nous dit que toute obéissance est une abdication, que toute servitude est une mort anticipée.



Lenny Escudero, réfugié espagnol après la guerre civile, un sans papier, un prolétaire qui restera toujours debout, quoiqu'il arrive, apprendra tous les métiers du bâtiment pour survivre dans cette France en reconstruction des années quarante, se forgera une éthique qui étonnera le milieu artistique qui n'en a aucune.

Leny Escudero a croisé beaucoup de gens connus dès qu'il s'est lancé complètement dans la chanson, sans pour autant vendre son âme et sa fierté de gitan : Edith Piaf, Michel Simon, Michel Drucker, Juliette Greco, Jacques Brel, Raymond Devos, Fernand Raynaud, Jean Pierre Melville, etc, etc. Oui, il n'a pas vendu son âme, et le milieu artistique le lui a fait payé, mais il s'en est foutu royalement.

Bien que je conserve une immense admiration pour Jacques Brel, j'ai découvert à quel point c'était une tête de lard dans sa détestation de Lenny Escudero. Sans doute était-ce lié au fait que lui, étant fils de bourgeois, il ne voulait pas croire que Lenny venait du monde ouvrier et qu'il gardait cet esprit, son éthique de la parole donnée au lieu de coucher sa signature sur un contrat en bonne et due formle. Quant à Charles Aznavour, un type âpre au gain, un sale type même ! Un petit mot aussi sur Diane Kurys, à qui Lenny Escudero a offert gracieusement sla chanson "La balade à Sylvie", pour son film "Diabolo Menthe", juste ceci : quel manque de savoir vivre !

Comme tout être humain, Lenny Escudero a vécu des drames épouvantables. Par trois fois, j'ai été obligé d'arrêter ma lecture : je ne voyais plus rien.

Dans cette société où la modernité consiste à réduire les salaires des plus pauvres, à supprimer des jours de congé, à faire travailler les gens jusqu'à ce que mort s'ensuive, je me dis, bon dieu ! quelle merveille de constater qu'un homme comme Lenny Escudero existe.

LONGUE VIE A TOI A TOI, LENY !
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geob

Re: Debriefing

Message par geob le Mer 1 Oct - 14:38

Le mandat d'Algérie


En 1961, mon père se trouvait toujours en Algérie, exactement dans le sud, aux portes du Sahara. Ce fut une position idéale pour observer de loin la tentative de putsch militaire de ce "quarteron de généraux en retraite", ainsi estampillé d'une manière cinglante par le général De Gaulle. Au cours d'une discussion avec mon père, je lui ai demandé un jour comment il avait réagi, s'il avait eu la tentation de rejoindre le mouvement, enfin, bref, qu'est-ce qu'il avait pensé de tout ça ? Alger, c'était loin. Dans le régiment auquel il appartenait, il y avait plus d'appelés que de militaires de carrière. Alors, avec tous ses collègues, mon père attendit de voir ce que sortirait de ce foutoir, il n'était pas question pour eux d'impliquer les troufions dans une aventure hasardeuse - d'ailleurs les appelés ne pensaient qu'à  rentrer en France vivants, ils vécurent cette pitoyable mascarade les oreilles collées sur les transistors. Bien entendu, cette prudence se révéla judicieuse.
Il fit aussi le bon choix en nous laissant en France. Tous les mois, il envoyait à ma mère un mandat de 550 francs, ce qui nous permettait de vivre sans trop de soucis. Je me rappelle que la place du cinéma coutait 1fr50 ; seuls mon frère et moi en profitions, et le Palace, l'Odéon, ainsi que le Palmarium, n'avaient plus aucun secret pour nous ; les ouvreuses nous aimaient bien. Mais aujourd'hui, je suis incapable de me remémorer le prix d'un baguette de pain ou d'un bifteck.  Il est vrai que nous n’interrogions jamais notre mère sur ce sujet, nous mangions à notre faim. C'est drôle,  je me souviens très bien de ces bandes dessinées en petit format qu'elle nous achetait régulièrement, comme "Buck John", "Kit Carson" et "Oliver" : 25 centimes ! Nous n'avions rien, notre monde c'était le quartier Drouot et tous ses habitants, la télévision ne trônait pas encore dans notre salle à manger, le téléphone, bien difficile à obtenir dans ces années là, ne nous troublait pas par son absence, nous vivions bien sans lui, en revanche notre vie s'enrichissait par la présence de notre mère, notre indéfectible totem à l'ombre duquel nous trouvions protection et amour, en plus notre vie s’émerveillait par ces éclats de rires libérateurs qu'elle provoquait involontairement chez nous en raison de son comportement baroque, sa façon de perturber une scène banale du quotidien et de la rendre homérique. Avec elle, la routine n'avait qu'à bien se tenir.

Nous n'avions rien, et pourtant nous traversions ces longs étés des vacances scolaires sans nous ennuyer, comme si l'éternité d'une vie insouciante nous adoubait en glorieux chevaliers d'un univers interdit aux adultes. Nous n'avions rien, certes, mais nous avions tous une bicyclette, et surtout beaucoup d'imagination, ainsi que je l'ai dépeint dans "les promoteurs sont des salauds".

Il y a eu un mois où notre mère ne reçut pas le mandat de 550 francs. Juste un mois, en janvier 1960 d'après ma sœur ainée.  Elle ne se souvient plus pour quelle raison, en tout cas, moi,  je ne garde pas le souvenir d'une période difficile. Bizarrement, je me souviens toujours de ce morceau de graisse que ma mère jetait  dans la poêle en remplacement de l'huile en bouteille qui coûtait cher. N'empêche, les frites étaient quand même bonnes.

Nous étions dans le mois de la chandeleur, nous nous devions de ne pas rater la journée des crêpes. J'étais celui qui en mangeait le plus, j'étais capable d'en avaler une trentaine, copieusement sucrées avec du sucre en poudre blanc et diverses confitures, dont ma préférée aux cerises. Ma mère avait préparé la pâte dès le matin. En fin d'après midi, dans la chaleur de la cuisine, alors que dehors les flocons de neige dansaient nonchalamment sous la lumière d'un réverbère déjà allumé,  nous nous réunîmes pour faire sauter les crêpes. J'adorais ça, et je me débrouillais très bien.

Ma mère avait dégotté un peu d'huile, un chouia,  qu'elle mit dans un bol. Ensuite, elle accrocha un morceau de coton compact avec une épingle à linge, elle posa le tout dans le bol. Elle commença à faire chauffer une poêle légère et plate, puis, après avoir, comment dirais-je, essoré le coton pour éviter un surplus d'huile, elle badigeonna le fond de l'ustensile, enfin elle se décida à y verser une demi louche de la pâte bien reposée. Attention mesdames et messieurs ! Dans quelques instants, le numéro va commencer ! Nous fîmes semblants de nous écarter, et nous l'encourageâmes pour son premier lancer de crêpe, en vue de la retourner. La première, ça colle toujours, la poêle n'étant pas assez huilée, alors ma mère la secoua énergiquement et, au moment propice, emportée par son énergie, son coup de poignet fut trop brusque et la crêpe monta trop haut : elle se colla au plafond de la cuisine ! Nous tombâmes par terre, comme foudroyés par un rire incontrôlable qui nous fit mal aux côtes ! Elle fit semblant de râler, oui, c'est ça les enfants, moquez vous de moi, je vais recommencer. Et elle recommença. Et ce fut le sommet. Cette fois ci, elle n'eut aucune difficulté à remuer la crêpe. Elle s'éloigna un peu de la gazinière, histoire d'établir un périmètre de sécurité avant que de tenter le retournement. Seulement voilà, elle se plaçait sous la crêpe qui était collé au plafond et arriva ce qui devait arriver : la crêpe lui tomba sur la tête ! Oh mon dieu ! Ce jour là, nous avons compris ce que voulait dire mourir de rire ! Que ce fut difficile et long pour se remettre à l'ouvrage !

C'était si bon de rire tous ensemble.

Le mandat d'Algérie était quand même vite dépensé. Nous allions souvent aux "Établissements Ramonède" pour nous vêtir, ma mère y avait un compte. D'ailleurs on lui faisait crédit un peu de partout, au grand dam de mon père. Non content de cela, elle obtenait des ristournes, marchandait chez des commerçants stupéfaits qui finissaient toujours par lui céder. Et je me souviens aussi qu'elle avait fait baisser le prix d'une course de taxi.

Elle était vraiment incroyable !

Ce n'est qu'après avoir lu le merveilleux livre de Romain Gary, "La promesse de l'aube", que j'ai eu envie d'écrire ces modestes quelques lignes.





Maadadayo !

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