Le Village du Peuple Etrange Voyageur

pour nos pensées, nos petites histoires et nos joutes littéraires autour des voyages


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Debriefing

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Lilie

Localisation : Pieds sur Terre, tête dans les étoiles

Re: Debriefing

Message par Lilie le Mer 12 Déc - 10:22

Albatros, je vais compliquer la chose: la personne dont je parle a la tri-nationalite. langue


Lilie

PS: J'avais ecrit ma reponse avant la tienne, j'ai seulement clique sur "envoyer" quelques minutes plus tard. Et aucune tempete dans mon verre d'eau, ou d'autre, en ce moment. clin d'oeil
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Re: Debriefing

Message par Invité le Mer 12 Déc - 11:18

Une personne à la... Tri-Nationalité ! Han!!
mon dieu ! Lilie ! Tu n'avais rien de plus simple sous la main ?! clin d'oeil rire


Lilie a écrit:En voyage, meme si je passe 2 mois ou plus dans un pays, voire un endroit, je ne suis que de passage. Me semble bien que ce que je lis de Geob, ressemble plus a cette situation, de passer quelques mois dans un pays, sans s'y etablir pour duree indeterminee, car c'est bien ca dont releve l'expatriation a mon sens.

Comme je l'ai répondu à Geob, j'étais intimement persuadé qu'il habitait "provisoirement" dans ce Pays à l'année !!! clin d'oeil

Pour moi, un expatrié est bien celui qui habite (avec ou sans emploi sur place) pour une période (définitive ou temporaire) dans un autre Pays que le sien (sans opter pour la Nationalité du Pays d'adoption) et pour une période beaucoup plus longue que la moyenne communément admise des séjours touristiques ! sourire

A bien y réfléchir et suivant les cas...
Il me semble d'ailleurs parfois assez difficile, de faire le distinguo entre un "expatrié" et un "résident" ! pensif


Lilie a écrit:Quant au "etre ne quelque part" et de "se re-rapatrier", je vais te citer le cas suivant: une personne nee en Irlande, de pere australien de mere francaise. Elle a quitte le pays ou elle est nee tres jeune, si jeune qu'elle n'en a aucun souvenir. A priori, rien ne l'y attache si ce n'est sa naissance. Et si, 20 ans plus tard, elle revient vivre dans le pays qui l'a vue naitre. Pour toi, elle sera "re-rapatriee"? question

Ne connaissant pas du tout les lois Irlandaises en la matière clin d'oeil Je vais essayer de te répondre en utilisant une logique calquée sur les Lois Françaises.

Dans le cas (assez spécial tout de même pensif merci Lilie ! rire ) que tu évoques, il me semble qu'en toute logique, cette personne puisse (comme en France) choisir si elle le désire, une SEULE Nationalité au moment de sa majorité !

Cette "Nationalité choisie" fera en sorte, lorsqu'elle reviendra en Irlande:

. Qu'elle pourra être considérée comme "rapatriée" si "Irlandaise" est la Nationalité choisie !
. Qu'elle sera considérée comme "expatriée" si "Française" ou "Australienne" est la Nationalité choisie !

Maintenant, si elle désire conserver sa "Triple Nationalité"...
Je pense que toutes les options restent ouvertes !!! gag !


Lilie a écrit:"Etre ne quelque part, pour celui qui est ne, c'est toujours un hasard", dit-il. clin d'oeil


Lilie

Dans la chanson... Oui, c'est un hasard ! sourire
Mais dans la réalité... Faudra demander à "Papa-Maman" clin d'oeil Si cela n'est dû qu'au hasard !!!!! rire
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geob

Re: Debriefing

Message par geob le Jeu 13 Déc - 10:22


A la recherche du Bouddha


Depuis le début de l'année, cette affiche collée sur le mur d'un restaurant que je fréquente, non loin de la guest house, ne cessait de m'intriguer : on y voit un grand bouddha assis sur un socle où l'on devine une entrée. Cette fois ci, j'ai demandé au patron plus de précisions, il m'a même donné un prospectus avec cette statue. Alors, je suis allé sur la route de Mae Salong, à 40 kilomètres au nord de Chiang Rai, et j'ai été obligé d'interroger cinq ou six personnes pour enfin trouver l'endroit. Il se situe sur une colline, au milieu de la végétation. J'ai garé la moto près du temple, et je n'ai rien vu que de l'ordinaire, à savoir quelques statues à l'extérieur, et des bâtiments sommaires sans ornements particuliers, une impression de construction en kit ! Une dame est venue à ma rencontre, je lui ai montré le prospectus où l'on voit le bouddha, mais écrit rien qu'en thaï, avec numéros de téléphones et quelques chiffres. Oui, c'est bien là, mais moi je ne voyais rien. Alors elle m'a invité à entrer dans le bâtiment qui fait office de temple, et me montre une superbe maquette. Bon sang ! Ce n'est qu'au stade de projet !



Ensuite elle m'a conduit, cinquante mètres plus loin, pour me montrer cette fois-ci des bâtons plantés dans le sol : c'est ici que sera construit, que s'élèvera le bouddha ! Revenez le 5 décembre, m'a-t-elle proposé, il y aura une grande cérémonie pour le démarrage des travaux. Une cérémonie pareille, ça ne se rate pas, me suis-je dit, on n'en voit pas tous les jours !

Le 5 décembre, je suis revenu. Il y avait environ au moins deux cents personnes, et un "farang" ! La dame qui m'avait accueilli précédemment m'a tout de suite repéré. Cette fois-ci, elle était habillée en blanc comme la plupart des femmes présentes. J'intriguais tout le monde, comment se faisait-t-il que ce touriste se trouvait là à un moment pareil ? D'ailleurs la dame, alors qu'elle m'escortait vers le trou déjà creusé où il y avait une structure métallique, s'est retourné parce quelqu'un l'avait interpellé. Elle m'a indiqué à voix basse que c'était un important officier de police, puis elle a répondu au flic que j'arrivais de Chiang Rai à moto - et, petit à petit, à chaque fois que je passais près des gens j'entendais "farang, Chiang Rai...".

Au cours d'une cérémonie bouddhiste, on fait grand usage de la ficelle blanche : elle sert à relier tout le monde au bouddha. Un homme a mis de la ficelle de partout, autour des gens, puis cela devint un fil conducteur pour les moines vers le centre où le bouddha était déjà présent si l'on considère avec quel respect les gens s'approchaient de la structure métallique ! Je me suis tenu un peu à l'écart avec les ouvriers, mais le type a rajouté une ficelle pour nous relier aussi. Du coup, j'ai fait comme tout le monde, j'ai tenu la ficelle, et j'ai attendu, sous un soleil ardent, la fin de la psalmodie des mantras. J'ai trouvé le temps long, mais, pour ne pas perdre la face, je suis resté jusqu'au bout. Les moines l'ont remarqué, et certains levaient le pouce en me croisant.

Mais quelques photographies de cette cérémonie valent mieux qu'un long discours !














L'officier de police et la dame qui m'avait accueilli











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Re: Debriefing

Message par geob le Jeu 13 Déc - 10:52


A la recherche du Bouddha (suite)








La troisième, en partant de la gauche, c'est la restauratrice de Chiang Rai (le mari avait sans doute autre chose à faire... comme la plupart des hommes !). Je ne l'aurais pas reconnue si elle ne m'avait pas interpellé ! Le lendemain, je suis allé au restaurant, on m'a donné un e-Mail, et je leur ai envoyé quelques photos. Les remerciements par courriel sont vite venus !







Les femmes ont attendu chacune leur tour pour pouvoir déverser, après prière, un seau de ciment sur la structure métallique !








Elle a laissé sa petite à un vieux monsieur pour se mettre dans la file d'attente




Vers les 13 h, je m'apprêtais à partir quand une dame toute petite dans sa tenue blanche m'a proposé de m'attabler (bon, je ne compte plus, c'est vraiment un séjour bizarre !).




J'ai goûté à d'excellents plats de la cuisine thaïe ! J'ajoute que je sais très bien que l'on peut dormir dans les temples, mais ça été la première fois que l'on propose de dormir, en plus, dans ce temple ! Peut être s'inquiétait-elle de me voir reprendre la moto ? En tout cas, après avoir bien mangé, j'ai repris la moto :

On the road again !
















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Message par geob le Ven 14 Déc - 12:43


CODICILLE PHOTOGRAPHIQUE AU WEEK END DANS LA MONTAGNE





La perspective ne donne pas une bonne idée du pourcentage de la pente ! Je m'apprête à passer droite !




Les photos sont de Lostdo, que les Villageoises/geois ont lu ! Ah c'est malin ! Il m'a envoyé des photos qui ne peuvent être agrandies !!!




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Re: Debriefing

Message par geob le Sam 15 Déc - 12:02


Corvée administrative, ou l'horreur du voyage.

Dorénavant, quand je vois la file d'attente devant le commissariat de police du XIVe à Paris, je souhaite bien du courage aux étrangers qui attendent l'ouverture des portes pour leurs formalités administratives. Je leur souhaite aussi de tomber sur une fonctionnaire sympathique qui les aide à remplir les formulaires, comme cela m'arrive à chaque fois au bureau de l'immigration de Mae Sai, à environ soixante kilomètres au nord de Chiang Rai, vers la Birmanie - hier, je suis tombé sur la même dame qu'au mois de mars ! Entendons nous bien, je ne critique en rien le fait que chaque pays s'assure de la régularité des étrangers sur leur territoire, mais cela m'ennuit de plus en plus, cela m'entraîne aussi dans ma détestation du voyage qui, quelquefois, me taraude et me fait fantasmer sur un gain fantastique au loto pour ne plus avoir à m'occuper de mon bagage... et de toutes ces formalités !

En fait, ce fut assez rapide, à vrai dire, le plus important pour les fonctionnaires thais du bureau de l'immigration ce fut d'encaisser mes 1900 baths (1€=40 baths)pour qu'ils m'octroient un mois supplémentaire de séjour.

Sur le retour, j'ai pris le temps d'aller voir, pour la première fois, des grottes près d'un temple. Pas de touristes en individuel - il faut avoir son moyen de transport-, mais des voyageurs en organisé, dont des Israéliens. Personne n'a grimpé les 200 mètres de l'escalier abrupt qui conduit à une grotte, tous les touristes ont préféré donner à manger à des singes très exigeants - c'est comme quand on donne une pièce à un mendiant, il veut ensuite votre carte bleue !

Bon, une bonne chose de faite, je suis tranquille jusqu'au 14 janvier, ensuite qui vivra verra !

Quelques kilomètres avant Mae Sai



rencontre inquiétante dans l'escalier



il y en a un qui a une sacrée blessure



j'ai laissé traîner ma boisson, il en a bu jusqu'à la dernière goutte !






Tiens, j'oubliais ce jeune moine qui écoutait de la musique sur son ordinateur portable, au temple envahi par les singes. Avant hier, au "Big C" de Chiang Rai, j'ai vu deux moines adultes, une cinquantaine d'années chacun, accompagné d'un moinillon, et d'un jeune homme qui portait un panier pour eux. Ils s'attardaient, vous ne devinerez jamais, devant le rayon "Men's Care", où l'on trouve tous les produits pour homme de Nivéa, L'Oréal, et marques vernaculaires. Ils ont pris un tube, et l'ont mis dans le panier. Après tout, ils le valent bien !

Le bouddhisme thailandais est bien installé dans le XXIe siècle !





Maadadayo !
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Re: Debriefing

Message par geob le Mar 18 Déc - 12:43


La douceur du visage de la femme enceinte


Au crépuscule, les restaurants ouvrent sur l'avenue qui conduit à ce monument, on n'y voit que rarement des "farangs". Les gens viennent brûler de l’encens, prier, envoyer des lampions, acheter des billets de loterie.










Et puis j'ai vu le visage de la femme enceinte






Alors, je me suis souvenu de Colette. Ah Colette ! Quel abattage ! Quel tempérament ! Elle me me rappelait la comédienne de théâtre Jacqueline Maillan, mais en plus jeune. J'ai travaillé deux ou trois ans à ses côtés, on peut dire que je ne me suis pas ennuyé ! Un jour, après un voyage, j'ai repris le travail, c'était début juin, une belle journée. On nous indiqua qu'il nous fallait changer d'étage en cours de vacation, ce que nous fîmes tranquillement. Très tranquillement ! Je voyais bien qu'elle montait les marches avec difficulté, mais elle était rayonnante, elle semblait juste essoufflée ; ce qui me frappait surtout c'était son calme, sa sérénité, alors qu'habituellement c'était une forte gueule, une boute-feu. Et puis ce jour là elle portait une robe d'été, ça la changeait de son sempiternel jean, seulement je ne constatais rien de particulier chez elle, si ce n'était son visage qui affichait une belle douceur, et ses yeux qui brillaient. A la deuxième halte, je lui demandai :
- Ne serais-tu pas enceinte ?
- Ah ça c'est trop fort ! s'exclama-t-elle, en se marrant. Toi qui est célibataire tu l'as remarqué, et les autres, tous pères de famille, personne ne s'en est aperçu !

Si je l'avais perçu, c'est pour une raison très simple : je ne regarde pas les gens avec mon nombril, mais avec mes yeux. Ainsi le portrait de cette vieille dame souriante, la bouche rougie par le bétel. Je l'ai montré à Lostdo et aux deux frères français, pendant ce week end dans la montagne.



Ce visage m'avait attiré parce que je percevais, derrière l'apparence, une extraordinaire jeunesse et une joie de vivre communicative !


Ils m'ont demandé, étonné, où avais-je bien pu prendre cette photo, alors que nous étions passé au même endroit, à savoir un petit marché dans une enceinte militaire, non loin de la frontière birmane, où les ethnies viennent vendre leurs produits.

En général, je ne photographie pas les gens en cachette, je trouve les portraits plus réussis quand il y a un contact, ou alors je photographie très rapidement pour éviter une gêne.

A Paris, je déambule toujours en étant attentif aux gens que je croise, mais je n'ose pas faire des photos, difficile de se faire passer pour un touriste. Dommage, un jour je n'ai pas osé prendre une photo de Laetitia Casta. Je l'ai tout de suite reconnue : son visage prenait la lumière, une belle carnation de peau.

Elle marchait au milieu des gens dans une indifférence générale. les gens sont bien trop occupés par leurs activités bien plus importantes.
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Message par geob le Mer 19 Déc - 6:15


Fantasmes


"Il faut réaliser ses fantasmes" ! Quelle expression stupide ! C'est l'expression préférée de ceux qui n'ont aucune imagination car ils ne voient dans le fantasme qu'une idée sexuelle. Pour ma part, un fantasme ne doit pas se réaliser, et il doit être hors normes autrement ce n'est qu'un rêve les yeux ouverts. Comme je suis sur la pente descendante, mon fantasme favori, après celui de monter au ciel dans le rot du tigre de Mandchourie, est devenu bien banal et sans envergures : gagner à l'euro millions ! Que ferais-je de tout cet argent ? Tout d'abord, je me créerais une pièce où personne n'aurait le droit d'entrer : mon bureau bibliothèque ! Les murs seraient tapissés d'étagères en bois verni où s'aligneraient toute la collection de la Bibliothèque de la Pléiade, ainsi que d'innombrables livres reliés plein cuir. Je m'assiérais sur grand fauteuil aussi en cuir, couleur tabac, devant mon immense bureau et je lirais, et j'écrirais. Je consentirais à voyager, mais comme Flaubert : avec mon drogman ! Il s'occuperait de mes bagages, réservations d'hôtels et d'avions. Pour me raser, j'aurais mon barbier mexicain, avec son coupe-chou qu'il aiguiserait sur une lanière de cuir. Bon sang ! Je n'ai jamais été aussi bien rasé qu'au Mexique ! Après un long parcours en car, j'allais toujours chez le barbier, et je ressortais toujours défatigué, avec une peau de bébé. Je me rappelle celui de San Blas, il était énorme, unijambiste, et tournait autour de moi, avec ses béquilles, en soufflant comme une baleine ! Je me disais pourvu qu'il ne glisse pas, il pourrait m'égorger par inadvertance ! Bien entendu, un sybarite se doit d'avoir une masseuse, alors elle serait indonésienne ou malaisienne : elles connaissent le massage à l'huile sur le bout des doigts ! Mon chauffeur serait un grand noir, larges d'épaules, rien que pour faire peur aux mendiants qui auraient l'outrecuidance de venir me demander un euro ! Tout à coup, je prends conscience que mon fantasme créerait pas mal d'emplois... je faiblis, je faiblis, il serait temps de me choisir un autre fantasme, beaucoup plus excitant et antisocial !



Maadadayo !
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Re: Debriefing

Message par geob le Ven 21 Déc - 10:30


Cecil Taylor à Montréal

Je suis incapable de dire en quelle année j'ai pris le "Boeing bleu de mer" pour aller à Montréal, mais je suis certain de deux choses : premièrement, j'avais un aller/retour sur un charter pour un voyage de deux semaines, deuxièmement la neige tombait sur Paris le jour de mon départ, le 8 mai ! C'est dire que j'étais inquiet, je me demandais si je n'allais pas trouver un hiver rigoureux à Montréal. A mon arrivée, il faisait 26 degrés. Je me suis rendu à l'office du tourisme, et, à ma grande surprise, l'employée m'a d'emblée tutoyé. Elle m'a expliqué que le voussoiement n'existait pas au Québec.

De mes quinze jours au Québec, avec une parenthèse d'une nuit à Ottawa, je n'ai gardé que des souvenirs en pointillé. Tiens, cette fille qui arborait un badge sur lequel il y avait le dessin d'un rhinocéros, elle m'a dit que cela représentait un parti politique - qui existe toujours - et son programme était fort intéressant avec des propositions comme, par exemple, supprimer le pont St Marie pour éviter les suicides ! Je me souviens aussi que j'avais sorti mon passeport rien qu'une fois, au débarquement, ensuite on ne me l'a plus jamais demandé, même pas pour changer un chèque de voyage.

J'ai toujours été un touriste peu consciencieux, j'aurais dû prendre des notes, et je n'avais même pas d'appareil photo. Bon, la ville souterraine et ses galeries marchandes ne m'ont pas profondément marqué. Habitué à voir l'entrée évidente des stations de métro à Paris, il m'arrivait quelquefois de demander où diable se trouvait l'entrée d'une station à Montréal ! En général, les Québecois m'ont paru toujours d'un rapport agréable, et à la longue je me suis habitué au tutoiement.
Je m'attendais à payer très cher les nuits d'hôtels, ce ne fut pas le cas, j'ai même dormi dans une auberge de jeunesse, "L'auberge du nord" - ou du nord du nord ? enfin c'était bien au nord du Québec ! J'ai rencontré là-bas des routards de la "Belle Province" qui avaient beaucoup d'humour, ils aimaient bien me dire : " Ah les maudits Français qui viennent manger le pain des Québécois !". Ce n'était pas tout à fait une plaisanterie, la plupart des voyageurs qui avaient pris le même avion que moi se rendaient au Québec pour trouver un emploi (1979 ?). Je les ai retrouvés dans l'avion du retour, et beaucoup souriaient car ils avaient obtenu un contrat.

Les derniers jours à Montréal, je suis allé assister à un concert de Cecil Taylor dans un cabaret de jazz. J'ai été stupéfait de voir que des Québécois se roulaient des joints devant tout le monde, en toute décontraction. Sur la petite scène trônait un piano, et sur la droite la batterie et une guitare posée debout sur un support. Cecil Taylor est arrivé en tenue de parfait musulman, en robe blanche et la calotte ajourée sur le crâne. Il s'est installé devant son piano et il a commencé à jouer. Mince ! Le batteur et le guitariste étaient en retard ou quoi ? Mais très vite, je n'ai plus fait attention à la batterie et à la guitare qui semblaient être proposées à la vente. Le guitariste est arrivé, peut être au bout de dix minutes, et il s'est intégré à la musique de Taylor tout naturellement. Difficile à dire, c'est si loin, combien de minutes plus tard le batteur est arrivé à son tour et, lui aussi, il s'est mis à jouer comme s'il avait été toujours là. Je me souviens que cette musique m'a beaucoup plu, mais de là à dire le titre de cette unique composition, et en citer l'auteur... Si j'écris "unique", c'est parce que le concert n'a pas proposé plusieurs compositions, Taylor a pianoté depuis le début sans s'interrompre ! Vers la fin du concert, le batteur et le guitariste sont partis chacun à leur tour tandis que Taylor continuait sa partition. J'avais trouvé cette mise en scène, cette mise en musique, vraiment originale et je n'ai jamais revu ça !

Je me souviens aussi que j'avais acheté des 33 tours de Gato Barbieri, et de Art Tatum avec Roy Eldrige.
Ecoutez la virtuosité de Art Tatum au piano :




Dans l'avion du retour, j'ai retrouvé à peu près tous les passagers de l'aller. Ambiance joyeuse, mais après une demi heure de montagne russe ! Bon sang ! Quels trous d'air ! Pour fêter la fin de cette épreuve, mon voisin, un Polonais, a ouvert une bouteille de Chivas. J'ai compris ce que voulait dire exactement l'expression "saoul comme un polonais", d'ailleurs j'ai vécu l'atterrissage à Paris comme dans un rêve. Je ne sais pas comment j'ai fait, en tout cas j'ai réussi à prendre un taxi pour me rendre le plus vite possible chez moi. A peine entré, je me suis précipité dans mes toilettes et j'ai vomi.

Les vacances étaient terminées !










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Message par geob le Sam 22 Déc - 6:57


En Thaïlande, les Nagas des temples bouddhistes se transforment en personnages de Tex Avery devant une jolie fille !



lahaut

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Message par lahaut le Sam 22 Déc - 11:29

De temps en temps j'aimerai être un naga de temple bouddhiste !!
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Message par geob le Lun 24 Déc - 10:17


Album d'un mariage


Bon, comme d'habitude c'est le hasard, mais aussi l'expérience du pays qui m'ont permis de voir qu'il se passait quelque chose. Le cortège du marié était en train de se former....












Après quelques photos, je me suis dit je vais reprendre la moto, c'est alors qu'un type me fait signe de suivre. N'écoutant que ma curiosité qui me disait "vas-y !", j'ai suivi. Des gars se régalent à allumer des pétards, ça fait du bruit... ils adorent ! La tradition, quoi ! Le cortège s'arrête devant une maison. Il y a de l'agitation devant, des cris, des rires. Je me faufile devant et je comprends que c'est la famille de la mariée qui garde l'entrée du jardin, les amis du marié doivent forcer le barrage, enfin ils entrent et les gens se saluent avec effusion...
















Ensuite, c'est la cérémonie de l'union. Ce qui m'a stupéfait, ce sont les 90% de la noce : ils sont restés devant leurs tables disséminés dans le jardin, tandis que d'autres personnes se servaient au buffet ! J'ai fait parti de ces quelques personnes qui ont photographié l'union de ces tourtereaux qui semblaient ne pas en mener large ! Personne ne m'a fait une remarque, juste quelques regards surpris, puis j'ai pris mes cliques et mes claques... bizarrement soulagé de quitter ces
lieux !



Argent et bijoux en cadeau, sans compter les enveloppes !







La mère du marié



Bon, moi je m'en vais !















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Re: Debriefing

Message par geob le Dim 30 Déc - 15:23


La passionaria rouge

Elle habite à Chiang Khong, elle tient une superbe auberge dans une immense maison tout en teck, et elle aime Thaksin, l'ancien premier ministre thaïlandais chassé par les militaires et l'oligarchie financière. Tout un espace tient lieu de petit musé, avec d'innombrables photographies où cette dame apparaît aux côtés de Thaksin ou bien de sa sœur qui est devenue premier ministre. Assurément, elle a fait preuve de beaucoup de courage car on la vit sur certains clichés à Bangkok au milieu, et même en première ligne des partisans de Thaksin, tous habillés en rouge. Le rouge est la couleur du nord du pays, la couleur des petites gens méprisés par la classe bourgeoise.

Ce matin, elle disait aux clients Thaïs combien elle est heureuse de voir la sœur de Thaksin, premier ministre, aux commandes du pays.












Avec la sœur de Thaksin, premier ministre actuel



Du balcon de l'auberge, une vraie carte postale : en face, le Laos.




Au mois de mars, le pont qui reliera Chiang Khong à Houexay sera ouvert, fini les navettes fluviales, on passera au dessus du Mékong. Cela devrait booster l'économie des deux villes de part et d'autre du fleuve, créer encore plus d'activité.



Et comme dans toutes les petites ou grandes villes, ou à la campagne, le marché de nuit à Chiang Khong










Maadadayo !
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Re: Debriefing

Message par geob le Mer 2 Jan - 5:37


Une femme anglaise



Chian House est comme une auberge espagnole, avec une clientèle d'habitués qui viennent hiverner, ou faire une étape. Ainsi, j'ai revu le Russe, rondouillard et affable, toujours en short ; ce Français discret, jusqu'à n'être qu'une ombre qui passe rapidement, il semble ne vouloir parler qu'en anglais, porte tous les jours son polo bleu, et il reste planté des journées entières devant son ordinateur ; il y aussi le Belge d'origine arménienne, il est revenu depuis deux semaines de Birmanie... et ça s'entend ! Je n'oublie pas cet Australien très brun, d'origine Calabraise, on pourrait le prendre pour un homosexuel mais il vit avec une Thaïlandaise dont la principale activité consiste à regarder la télévision et à manger, d'ailleurs elle paraît toujours avec un paquet de "chips" dans les mains, parfois un yaourt, et je l'ai même vu une fois grignoter sur le scooter derrière l'australien, bref, il semblerait que ses mandibules ne cessent de s'activer. Il y a aussi un type avec qui je ne communique jamais, d'ailleurs j'ai bien fait comprendre que je ne pratique pas l'anglais, ce qui me laisse du temps de libre, mais, tout de même, c'est fort dommage de ne pas parler anglais couramment.

Je l'ai vue pour la première fois au mois de mars, elle prenait le soleil devant la piscine de Chian House, en compagnie d'un vieux monsieur. Comme je l'entendais parler anglais, je lui ai jamais adressé la parole. Vers la fin octobre, quelle ne fût pas ma surprise de la revoir : le vieux monsieur était toujours avec elle, et il y avait en plus... cinq enfants !!! Tous aussi beaux les uns que les autres ! Bon, faut dire qu'elle n'est pas moche, loin de là. Elle a quatre filles et un garçon, dont l'âge s'échelonne (au jugé) de trois à douze ans. Quelle âge peut elle avoir, cette Anglaise... ? Je dirais dans les quarante cinq printemps, je dis printemps car son corps ne porte pas les marques de ses cinq grossesses : elle reste une charmante jeune femme pleine d'allant, énergique, incroyablement courageuse car il en faut du courage pour partir à l'étranger avec ses cinq enfants, de véritables piles électriques, et veiller sur eux en permanence.

La femme Anglaise a fini par quitter Chian House. En effet, elle a loué une grande maison avec cinq chambres et toilettes pour 7000 baths par mois (1€=40 baths). Avant qu'elle ne parte, je n'ai pu m'empêcher de lui dire mon admiration au cours d'un petit déjeuner, le seul moment de la journée où je côtoie les résidents car la plupart du temps, pour le reste, je me retrouve au milieu des Thaïs. La femme Anglaise m'a regardé avec ses beaux yeux bleus, et moi j'ai bien remarqué sa fatigue sur son visage. Alors je lui ai dit que de la voir en voiture, à moto, toujours sur la brèche avec ses cinq mômes, eh bien cela m'épatait ! Elle m'a remercié avec un grand sourire, un vrai, pas un sourire à la thaïlandaise, et peut être que cela lui a donné de l'énergie pour la journée.

Ce que je sais de la femme Anglaise, je le dois au Belge d'origine arménienne qui a pour elle, il ne l'admettra jamais, le béguin. C'est lui qui nous a annoncé que le vieux monsieur est son père. Oui, mais le père des enfants ? Il travaille en Chine, il ne va pas tarder à rejoindre sa famille.

La famille anglaise a quitté Chian House début décembre, et le Belge ne joue plus avec les enfants. Tu as raté ta vocation de père, lui ai-je dit.

On commence à voir le mari de l'anglaise, il a la tête d'un fonctionnaire international avec ses fines lunettes métalliques et ses cheveux gris coupés court. Car, de temps en temps, ils passent à Chian House, surtout pour la piscine, mais aussi pour sans doute demander des conseils et entendre des suggestions de la part de la patronne à propos de leur installation en Thaïlande. Ainsi, l'autre jour, c'est d'abord l'Anglaise qui est venue avec ses trois plus grandes filles, puis son mari est arrivé avec le garçon et la petite dernière. Les trois filles ont de l'énergie à revendre, elles ont couru, hurlé, elles se sont envoyées de l'eau dans la figure, elles ont plongé dans la piscine jusqu'à la faire déborder. Ce jour là, j'ai pris la moto en même temps que l'Anglaise prenait la sienne pour repartir vers sa maison. Quand je suis arrivé, les deux grandes filles étaient installées derrière elle, la plus petite qui arborait une fleur rouge dans ses cheveux était devant, comme une enfant thaïlandaise. L'Anglaise avait déjà mis son casque, ses lunettes de soleil, et dès qu'elle m'a vu elle a souri, elle a souri parce que je devais afficher un air ébahi de la voir en un tel équipage. Elle a dû pensé qu'elle m'avait encore bluffé par sa capacité d'adaptation, oui, certes, mais il y avait plus que ça, et je suis sûr qu'elle n'imaginera jamais ce qui m'a incité à lever le pouce : une grande émotion esthétique !

Les visages de ses filles resplendissaient de santé, de joie de vivre, leurs cheveux mouillés brillaient sous le soleil, et la mère épanouie, prête à démarrer sur sa moto jaune, était comme un ange bienveillant, protecteur, avec qui rien de grave ne pourrait arriver. Cette famille anglaise m'offrait l'image solaire du bonheur, une vision de toute beauté, exactement comme dans un film ou une publicité, alors, en les voyant ainsi, je n'ai pu que faire, en levant le pouce : "wahou !" ! Oh la fierté de l'Anglaise ! Son sourire radieux ! Comme le dernier coup de pinceau d'un grand peintre sur ce tableau idyllique ! Et elle a signé son oeuvre avec un accent charmant :
- Ô reûvoirrr ! m'a t-elle dit




Maadadayo !
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Re: Debriefing

Message par geob le Ven 4 Jan - 15:04

La Faucheuse conduisait un 4x4 !


Hier, juste 90 kilomètres à moto... mais 50 kilomètres de piste dans la montagne et les vallées. Une descente vertigineuse d'au moins 800 mètres sur une piste pas stable du tout, des passages avec du sable, bref, comme un exercice "zen" tant cela exigeait une concentration extrême et une adéquation permanente. Pas question de rêver ou de regarder le paysage, et impossible de s'arrêter pour prendre une photographie ! Épuisant ! Mince ! A nos âges ! Il est vrai que les "vrais" voyageurs, ceux qui "ont fait" l'Asie, enfin tous les "djeunes", les routards, eh bien on n'en voit jamais s'aventurer hors des sentiers battus !

Ouh ces quelques kilomètres le long de la rivière Kok, sur une piste humide, avec ces ornières, ces trous qui ont permis à mes vertèbres lombaires de jouer aux osselets ! Nous nous sommes arrêtés dans un village "lahu". On en pouvait plus ! Pour ma part, j'avais la tremblote !

Les dix derniers kilomètres de piste, avant que de retrouver un semblant de route goudronné, furent plus facile. Seulement, cette piste, ces dernières années, a été considérablement élargie, du coup les 4x4 peuvent passer - et même des petits camions ! Habituellement, celui qui ouvre le chemin klaxonne pour avertir la moto qui suit d'un éventuel danger. Ce que n'a pas fait le Belge qui roule avec moi. J'ai pris un tournant sur la droite - au lieu de rouler à gauche -, quand j'ai vu ce 4x4 rutilant surgir à moins de 10 mètres devant moi. Oh putain ! Heureusement, j'ai eu le temps de passer à gauche, mais tout de suite, en arrivant près du Belge qui s'était arrêté, je me suis mis à hurler : Nom de dieu de nom dieu, oh nom de dieu ça a failli oh putain de nom de dieu nom de dieu !!! Je ne sais plus combien de fois j'ai dit nom de dieu, mais c'était comme le point d'orgue de cette puissante décharge d'adrénaline, cette exaltation d'avoir involontairement tenté et réussi quelque chose d'extraordinaire : défier la Faucheuse qui, ce jour là, roulait en 4x4 !



( le matin, les 10 premiers klm de piste, assez facile, mais attention à la terre dure et humide)

Quelquefois, à un carrefour de pistes, on attend le passage d'une moto avant de décider laquelle prendre. Les gens des collines, des tribus, se révèlent de sacrés artistes de cirque sur leur motos !!! On ne prendra pas celle ci...



... mais celle là !



Après la vertigineuse descente dans la vallée, une remontée !









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Re: Debriefing

Message par fabizan le Ven 4 Jan - 23:35

2013 commence bien pour toi Géob ! sourire


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Message par geob le Lun 7 Jan - 16:29


Pépinière de riz.


Il n'y a pas de route, mais une piste suffisamment large pour les voitures et les camions. A moto, il ne faut pas se faire surprendre par des passages sablonneux. C'est non loin du domaine qui appartient à une fondation créé par un moine célèbre en Thaïlande : il a une émission de télévision, il écrit des livres - dont une biographie sur Steve Jobs, il prétend même qu'il était son maître spirituel, c'est du moins ce qu'il nous a dit.




Ces gens, autour de ce plan d'eau, que font-ils ? Ils ont l'air de s'amuser.



Approchons nous. Aussitôt, les sourires se dessinent sur les visages. Tiens ! Des "farangs" qui s’intéressent à ce qu'on fait ? Ils sont en train de jeter dans ce bassin des petits plants de riz qui ont poussé dans des alvéoles. Vous pouvez les lancer n'importe comment dans l'eau, ils tomberont droits, la racine la première. La femme à la casquette m'en a mis dans les mains, alors je me suis pris à cette sorte de partie de fléchettes, et mes plants sont tombés bien droits dans l'eau !













Un camion est arrivé pour remplir d'eau un trou aux mêmes dimensions de cette pépinière de riz.



Mais comment ça pousse, ces plants de riz ?


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Quelques semaines plus tard, à une centaine de kilomètres de Chiang Rai, au nord est, en passant dans village nous avons vu le début du processus. Ils remplissent d'une matière qui ressemble à de la cendre des bacs qui sont arrosés copieusement. Ensuite, ils passent la semeuse automatique de grains de riz sur les bacs, un aller retour. Ils recouvrent d'une nouvelle couche de cendres, nouveau arrosage, enfin ils sont déposés dans un bassin rempli d'eau tiède. La germination se fait en 20/30 jours, puis ils seront vendus aux riziculteurs. Une nouvelle fois, les gens ont été très contents de voir des "farangs" s'arrêter et s'intéresser à leur travail.
























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Re: Debriefing

Message par geob le Jeu 10 Jan - 4:17


La mère de Geob n'aimait pas Jacques Brel

Soudain, la mère de Geob lui prit la main et l'entraîna vers la sortie du bus. Elle demanda au chauffeur de descendre, elle avait manqué le dernier arrêt. A d'autres ! Une fois sur le trottoir, elle se mit à marcher vite, vite, mais Geob, lui, il trottinait et commençait à s'inquiéter. Pourquoi courir comme ça, il avait du mal à suivre, il était trop petit, et puis son bras gauche en l'air, sa mère qui lui tenait fermement la main, ça lui faisait mal maintenant ! Regarde ! Regarde ! cria-t-elle. Regarde ! Devant eux, une femme et une jeune fille pressaient le pas après s'être retournées plusieurs fois. C'était en plein centre de Poitiers, il y avait du monde, les gens s'écartaient devant cette dame en colère et son enfant qui ne comprenait rien à ce qui se passait. Regarde ! continuait la mère, c'est la putain qui veut t'enlever ton père ! Pour Geob, c'était incompréhensible, il ne voulait qu'une chose : rentrer à la maison ! Il sentait bien que sa mère n'était pas dans son état normal, et puis ce mot "putain" qu'il entendait pour la première fois, ça voulait dire quoi ?

Quelques années plus tard, Geob alluma la radio. Le speaker annonça une chanson de Jacques Brel : "Madeleine" ! Dès les premiers mots, la mère de Geob surgit de la cuisine et s'empressa de fermer la radio. Avec son frère, Geob exigea une explication, et ils la reçurent : " Madeleine était le nom de cette putain qui voulait vous enlever votre père !" Mais pourquoi ? firent les garçons, peu au fait des relations entre un homme et une femme. Parce que c'était sa maîtresse ! dit la mère.

Avec le temps, cela devint un sujet de plaisanterie pour Geob et son frère. Et puis la mère n'éteignit plus la radio, elle baissait juste le son, jusqu'au jour où elle haussa les épaules.

Le père était toujours là.

Maadadayo !


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Re: Debriefing

Message par Invité le Jeu 10 Jan - 8:58

top !
J'aime beaucoup cette anecdote, l'atmosphère dans laquelle elle baigne, et ta façon de les raconter.

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Re: Debriefing

Message par geob le Dim 13 Jan - 7:15


La journée des enfants

Hier, c'était la journée des enfants, l'enfant roi ! Dans de nombreux quartiers, sono tonitruante, peluches, boissons, gâteaux, animations, danses. A quelques kilomètres de Chiang Rai, il y a la "Mirror Foundation" (et une O.N.G., une !) qui s'occupe des tribus pour leur apprendre à être "civilisés", et, bien entendu, veille à l'éducation des enfants, à les normaliser.

Alors, un petit tour à la "Mirror Foundation".




























Les enfants s'amusent sagement, sérieusement, se mettent en file indienne pour recevoir un cadeau, assistent au spectacle avec un enthousiasme similaire à celui d'une vache qui regarde passer un train. Ceux qui semblent s'amuser le plus, se sont les volontaires - la plupart du temps anglo-saxons -, souvent des jeunes filles qu'on dirait de bonnes familles, et qui raconteront qu'elles auront fait la Thaïlande authentique lorsqu'elles retrouveront leur environnement habituel.

Mais je connaissais déjà la "Mirror Foundation". L'hiver dernier, j'ai visité ce lieu. J'ai été accueilli par une grande jeune fille brune, habillée d'une parka militaire et chaussée de chaussures de marche. Malgré cet accoutrement pas très sexy, mais adapté à l'environnement, j'ai été tout de suite frappé par la beauté lumineuse de ma cicérone. Une italienne ? Une espagnole ? Peut être une libanaise ? Elle avait les cheveux frisés, la peau sombre, des yeux verts brillants, elle me faisait penser un peu à Sigourney Weaver - et je lui arrivais juste à l'épaule, mais bon sang quelle belle plante ! Elle m'a dit qu'elle était australienne, puis je l'ai suivi dans tous les rouages de cette fondation. J'ai été modérément intéressé par ses explications, comme le tableau où il y avait un planning avec l'occupation de chacun, moi je voulais en savoir plus sur elle, pourquoi elle était là, quel était son but, quand retournerait-elle en Australie ? Privilège de l'âge, elle a répondu à mes questions parfois indiscrètes - la seule chose qu'elle n'a pas voulu me dire, c'est combien lui allouait le gouvernement australien pour son détachement !

Cette australienne a eu un dépit amoureux, alors elle a préféré changer d'air, mettre beaucoup d'espace entre elle et son copain aussie ! Je lui ai demandé si les garçons australiens étaient aussi bêtes que ça, elle m'a confirmé - j'y reviens dans une seconde. Et maintenant, toujours pas de boy-friend ? Non ! m'a t-elle dit. Alors je n'ai pu m'empêcher de lancer :

- Je ne comprends pas !

Elle m'a regardé en dodelinant de la tête, avec un sourire qui me laissait voir sa dentition parfaite :

- Moi non plus !

Nous avons éclaté de rire !

A la fin de la visite, je lui ai souhaité bonne chance pour son retour en Australie.



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A propos des Australiens.


A Chian House, j'ai rencontré un jeune couple de Français. Jeune, et déjà avec un sacré vécu. Lui, il est cuisinier, il peut donc travailler partout dans le monde. Ils ont séjourné et travaillé pendant une année en Australie, alors les australiens... ils connaissent ! Tout d'abord, l'Australie est un pays magnifique, ensuite, socialement il est très facile de trouver un emploi, pas besoin de diplômes, on vous laisse votre chance. Ils ont eu d'excellentes relations avec les australiens, mais seulement ceux d'origine émigrée : chinois, arabes, indiens. Les autres, les jeunes bien blancs, des racistes, des alcoolos ! Le couple a vécu durant cette année dans un camping car, ils ont eu le sentiment d'être traités comme des romanichels, quelquefois ils ont trouvé leurs vitres brisées, leurs pneus crevés. Au fond, ils n'ont fait que me conforter dans l'opinion que j'ai des australiens après les avoir vu, dans une vidéo filmé à l'intérieur d'un bus, comment ils se sont comportés vis à vis d'une touriste française. (Il parait que cela a déclenché un grand scandale dans le pays). (Je n'oublie pas aussi les considérations de Michael Larsen sur l'Australie, dans son roman : "Le serpent de Sidney")



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Re: Debriefing

Message par geob le Mar 15 Jan - 5:00


Corvée administrative (bis)

Hier, une soixantaine de kilomètres pour me rendre à Mae Sai, à la frontière birmane. Les formalités thaïes prennent du temps. Non content de vérifier soigneusement tous vos tampons, transférer les informations sur ordinateur, on vous dit de regarder la petite boule noir sur une tige métallique qui repose sur un socle, on dirait presque une petite lampe de bureau mais c'est un appareil photographique ! Aux postes de frontière thaïlandaise, vous êtes systématiquement pris en photo à votre entrée dans le pays, et à... votre sortie !

Passons le pont qui sépare la Birmanie (Myanmar) et la Thaïlande.



Le local pour les formalités birmanes... on change de planète ! Après avoir écarté le rideau bleu qui sert de porte d'entrée, une impression étonnante de pénétrer dans un débarras, sans fenêtres, avec juste deux bureaux. Tiens, par rapport à l'hiver dernier, ils n'affichent plus le portrait du général en chef, d'ailleurs plus aucune photo officielle.

Ensuite, il y a ce petit escalier qui mène directement dans le marché qui attire beaucoup de monde, surtout des thaïlandais. Tout de suite, les propositions plus ou moins incongrues fusent de la part des conducteurs de tuk tuk - un farang égale de la monnaie en perspective -, et il y a ces jeunes à la gueule de voyou qui veulent vous fourguer leurs cigarettes de contrebande et même - ils le font encore aujourd'hui, j'en reviens pas !- leurs pilules de Viagra. Au fond, s'ils continuent à vendre ces pilules, c'est qu'il y a des imbéciles et des débiles mentaux qui en achètent. Pour me débarrasser d'eux, ainsi que les marchandes ambulantes qui sillonnent le marché, je sors mon appareil photo et ça les fait déguerpir !



Dans le marché :







Une heure plus tard, bien content de revenir en Thaïlande, et me voici pourvu de deux semaines supplémentaires.

Pour ne pas reprendre l'autoroute, j'ai pris la portion de la petite route qui longe la frontière birmane. Toujours trois postes de contrôle de l'armée thaïlandaises. Comme je suis un "farang", pas de problèmes, juste quelques échanges basiques. Par contre, si la personne qui passe à une tête qui leur revient pas, une tête de birman ou d'habitants des collines - les tribus -, là ça devient plus sérieux. Le délit de "sale gueule", ça existe aussi en Thaïlande !

La petite route grimpe assez haut. J'ai croisé trois voitures durant le parcours, dont un pick up qui transportait des moines qui allaient au Doi Tung. Ils se sont arrêtés pour voir le côté birman.










Côté thaï :






En redescendant sur Chiang Rai, dans la plaine, j'ai croisé un paysan thaï à moto qui m'a fait signe de mettre le casque. Je l'ai fait. Trois kilomètres plus loin, barrage de police, un flic lève le bras tout de suite, mais dès que j'arrive à quelques mètres de lui il m'invite à continuer, en se marrant, il m'avait pris pour un thaï. Même si je n'avais pas porté le casque, il m'aurait laissé passer. En dehors des villes, les policiers thaïs ne veulent pas se compliquer la vie avec un "farang". Peut être qu'ils sont moins âpres aux gains. En tout cas, le paysan thaï a été bien sympathique à mon égard, il aurait pu s'en battre les mains !





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Re: Debriefing

Message par geob le Mer 16 Jan - 4:46


Rien de nouveau sous le soleil.

Je reste fasciné par cette scène mémorable où Jean Gabin, dans le film de Henri Verneuil "Le président", fait un discours extraordinaire devant les députés de l'Assemblée Nationale. Cinquante deux ans après la sortie de ce film, ce discours est toujours d'actualité. J.M.T. m'a écrit qu'au fond cela montre l'éternel combat dans le choix de deux sociétés, de l'intérêt du peuple ou de ceux qui détiennent les capitaux, deux façons de voir l'avenir de l'Europe - l'Angleterre et les U.S.A veulent la Turquie en Europe car ils ne veulent surtout pas que l'Europe devienne une puissance politique, ils préfèrent une Europe ouverte et sans contraintes pour le business. Dans ce combat historique, on sait toujours qui gagne, ce sont toujours les mêmes, et nous autres, pauvres rêveurs, nous retrouvons l'espoir d'un changement, tous les cinq ans, en déposant un bulletin de vote dans une urne. Pourtant nous avons acquis de l'expérience après toutes ces votations, nous savons que les mêmes causes produisent les mêmes effets, qu'il y a le discours de campagne électorale puis celui de la réalité dont les hommes politiques nous font accroire qu'ils la dominent alors qu'ils en sont les esclaves, et pourtant nous y croyons toujours parce que, pour nous, le changement consiste tout simplement à espérer plus d'argent tous les mois : voici donc notre seule et unique idéologie politique ! Alors on comprend pourquoi ce sont et ce seront toujours les mêmes qui gagneront. Je le sais déjà, vous le savez, et cela se sait depuis des siècles, il suffit d'ouvrir l'Ecclésiaste :

Ce qui a été, c'est ce qui sera, et ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera, il n'y a rien de nouveau sous le soleil.

Non, il n'y a sur la terre point d'homme juste qui fasse le bien et qui ne pèche jamais.

Alors j'ai vu des méchants recevoir la sépulture et entrer dans leur repos, et ceux qui avaient agi avec droiture s'en aller loin du lieu saint et être oubliés dans la ville. C'est encore là une vanité.



( à l'époque de la traduction, vanité était employé dans le sens de "vain")
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Re: Debriefing

Message par geob le Ven 18 Jan - 5:29


LE SABRE ET LE GOUPILLON


Quelques kilomètres au nord de Chiang Rai, un temple au bord de l'autoroute. Hier matin, en passant devant, j'ai remarqué la fanfare, les gens qui attendaient. Alors je me suis arrêté, juste pour voir.








On m'a dit qu'un moine ne devrait pas tarder, alors j'ai pensé que, vu le cérémonial, il devait être important. En attendant, j'ai fait comme le vieux assis sur son tigre : j'ai patienté ! Mais le bonhomme en a eu marre, et il est parti promener son fauve.






De l'autre côté de l'autoroute, direction nord-sud, un convoi de pick-ups, précédé d'une voiture de police, a attiré mon attention.



Les voilà ! J'ai compris en voyant des silhouettes en uniformes blanc, et j'avais déjà vu le cérémonial qui allait se dérouler dans le temple : des officiers militaires venaient déposer des reliques bouddhistes ! L'orchestre a commencé à jouer.



Ils ont débarqué avec leurs reliques, et ils sont entrés en marchant sur des fleurs que les dames jetaient à leur passage.








Après la cérémonie, photo souvenir, photo souvenir du sabre et du goupillon.


(le roi a sa photo en moine dans tous les temples, sauf celle que l'on voit au fond)



Puis les gens se sont précipités dehors pour... le repas, bien sûr ! On m'a invité, j'ai fait le type qui ne comprenait pas et je suis parti. En effet, des gens amenaient des grands plateaux ronds en inox, avec des cavités contenant diverses nourritures. il fallait donc s'attabler à plusieurs autour, faire la conversation, ouh là ! Pas envie ! (je commence à faire le difficile).


Au mois de février de l'année dernière, j'ai vu une forêt d'arbres à fric autour de ce temple dont les façades sont recouvertes de marbre. C'était à l'occasion de l'inauguration de cette magnifique statue de Bouddha.













Maadadayo !
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Re: Debriefing

Message par Wapiti le Ven 18 Jan - 7:14

Un Tigre aussi sage que celui-là, ça me plairait bien à moi ! rire

Merci Geob de ce debriefing coloré et dépaysant. sourire


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Re: Debriefing

Message par fabizan le Ven 18 Jan - 13:27

Ou va tout ce fric sur les arbres ? ou plutôt à qui va t-il ?


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