Le Village du Peuple Etrange Voyageur

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    " Mais le fleuve tuera l'homme blanc ", roman de Patrick Besson

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    geob

    " Mais le fleuve tuera l'homme blanc ", roman de Patrick Besson

    Message par geob le Dim 10 Jan - 15:21

    Après avoir terminé la lecture de "Mais le fleuve tuera l'homme blanc", le formidable roman de Patrick Besson, je me suis souvenu d'un critique qui prétendait, dans les colonnes de son hebdomadaire, que l'auteur aurait dû contenir son histoire en 150 pages ! Il me parait évident que le journaliste n'a pas lu le livre entièrement, qu'il l'a seulement parcouru, par-ci par-là, juste pour lui permettre de donner ce passage, un dialogue entre un prêtre hutu et une ancienne agent de la DGSE :

    - Vous êtes de ces Hutus qui prétendent avoir été massacrés par les Tutsis qu'ils ont massacrés?
    -...En 1994, il y eut deux génocides, et chacun d'eux fit grosso modo le même nombre de victimes.
    - C'est du négationnisme.
    - Non : c'est de l'arithmétique.

    Et le prêtre hutu continue ainsi...passage non cité par le journaliste car oh combien genant, et qui va à l'encontre d'une "vérite" oriente, manipulee,que l'on nous avait assenée, matraquée, et qui consistait à simplifier cette tragédie africaine ainsi : d'un côté, il y a les gentils, de l'autre les méchants, pleurez sur ces victimes, mais ignorez les autres.... (1)

    "1,1 million de personnes sont mortes lors du génocide de 1994, dit Rwabango. Il y avait 7 millions de Rwandais, dont 800 000 Tutsis. 70 a 75 % des Tutsis du Rwanda ont été tués. Cela fait de 500 000 à 600 000 personnes. Un enfant d'une école primaire - même une école primaire d'Afrique - n'aurait aucune peine à calculer qu'en 1994 la moitié des victimes étaient des Hutus....."

    De nombreux personnages traversent cette histoire d'espionnage qui repose sur cet
    épouvantable drame rwandais, et les conséquences sur les relations entre le Rwanda et la France. Ces personnages deviennent tour à tour le narrateur qui donne son point de vue, une couleur différente à une scène déja évoquée par un autre, raconte sa vie, son rapport d'amour/haine avec l'Afrique, ce qui fait qu'en lisant ce livre en diagonale, à la va-vite, comme un critique littéraire, on n'y comprendra rien ! Et lorsque le narrateur est un hutu ou un tutsi, le livre de Besson prend une dimension vertigineuse : nous sommes au coeur du drame. ( je pense au personnage de la tutsie, nommée Tendresse Unazara....la plus jolie créature déposée sur terre par le Dieu Tout-Puissant...dit un hutu qui veut la "découper"), et quand le pretre hutu parle des bebes tutsis qu'il tue, cela glace le sang.

    Il est évident que c'est aussi le roman de la passion africaine de l'auteur. Il n'hésite pas à mêler dans son histoire les vrais noms des présidents, comme Sassou Ngesso, Paul Kagamé dont l'ambition pour le pouvoir des tutsis est clairement indiquée - si on suit bien l'actualité, par exemple l'ahurissante proposition que fit Sarkozy à Kagamé, à propos du Kivu, on constate que Patrick Besson n'invente pas grand-chose dans son roman. Il dresse aussi un portrait psychologique des tutsis qui laisse pantois tant leur orgueil est phenomenal, jusqu'a vouloir eradiquer de leurs souvenirs ce genocide dont ils ont ete victimes parce qu'ils ne peuvent admettre que les hutus, qu'ils considerent comme des "sous-hommes", aient pu les detruire ainsi !

    "Mais le fleuve tuera l'homme blanc" est vraiment à lire, ce n'est pas un roman qui raconte le nombril de son auteur - spécialité française -, mais il vous fera comprendre ceux qui aiment l'Afrique.
    Lisez ce livre, Patrick Besson vous désillera les yeux sur le drame rwandais, et vous decouvrirez les racines profondes de ces effroyables carnages.

    Patrick Besson- < Mais le fleuve tuera l'homme blanc> Fayard (2009)

    En voyage, l'endroit où l'on dort, ne serait-ce que deux jours, devient son foyer. C'est parce qu'on y retourne comme chez soi. ("Mais le fleuve tuera l'homme blanc")

    1)....depuis la chute du mur de Berlin l'opinion s'est trouvée tellement abusée qu'elle n'a pas vu comment, derrière la buée des bons sentiments, se cachaient des opérations de reconquête anglo-saxonnes... (Pierre Péan. "Le monde selon K")




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