Le Village du Peuple Etrange Voyageur

pour nos pensées, nos petites histoires et nos joutes littéraires autour des voyages


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Promenade Magique

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bardak

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Promenade Magique

Message par bardak le Mer 24 Fév 2010 - 4:55

Bonjour, Bonsoir à tous

Il est presque quatre heures du matin et je ne sais ce qui me pousse à poster ce texte. Je ne sais même pas ce qui m'a poussé à l'écrire. C'est arrivé il y a quelques années déjà et j'avais depuis longtemps relégué cette aventure au rang des souvenirs incertains. Ce soir, pourtant, pour je ne sais quelle raison, j'ai eu envie de me raconter à moi-même ce que j'avais vécu ce jour là. Comme si, au moment où ma vie prend une autre tournure, j'avais besoin de me persuader que tout cela pouvait arriver.

Pourquoi le poster alors, s'il ne s'agit que de se rappeler à soi-même des souvenirs ? Je ne sais pas. Je suis revenue faire un tour au village, ce village que j'avais déserté à peine y avais-je mis les pieds. Je me suis soudain souvenue pourquoi j'avais eu tant envie d'y poser mes valises et je me suis dit que s'il y avait bien un endroit où poster cette histoire, c'était ici. Parce que je sais, ou tout du moins je crois, que certains d'entre vous, comprendront ce qui m'a habité ce jour là. Ce n'était qu'un délire dû à la fièvre, mais il paraissait si vrai...

Restait la question de savoir où poster ce récit. Pouvais-je parler de voyage vécu? Oui, pour une partie. Quant au reste, cela ne relève pas vraiment de l'imagination. Plutôt du délire. Mais d'un délire involontaire, dont il m'est difficile aujourd'hui de comprendre l'origine. Etait-ce un signe ? Etait-ce la fièvre ? Je ne sais pas. J'aime à croire que quelque chose s'est réveillé en moi ce jour là et, pour aussi improbable que cela puisse paraître, cela fait bel et bien parti de mon vécu. Un instant d'égarement, ou un instant de vérité, j'ai encore du mal à faire le tri.

Je vous livre cette histoire, brute, sans relecture, telle qu'elle est ressortie de mes souvenirs. Je n'espère pas qu'on me comprenne, ni même qu'on me lise réellement. Je n'espère même pas avoir su transmettre ce que j'ai ressenti à cet instant. J'ai juste envie de le partager, pour l'éloigner un peu de moi et qu'il prenne soudain une réalité extérieure, pour pouvoir m'en amuser plus facilement par la suite.

Pardonnez-moi ma mélancolie de ce soir mais hier, je me suis couchée avec le vague à l'âme et ce matin, j'avais le mal de mer... Il faut bien evacuer parfois. Je suis heureuse d'être revenue au village... ce soir, ou plutôt cette nuit, j'ai envie de partager quelque chose, en toute innocence, sans cynisme et sans ironie, juste pour le plaisir...




Promenade magique… L’Oural…

L’Oural. Frontière officielle entre l’Europe et l’Asie, chaîne de montagne qui ne ressemble qu’à une succession de collines jaunies par le soleil. Je me trouve dans les environs de Perm et ai décidé de visiter aujourd’hui un grand lieu de pèlerinage dans la région. Il fait chaud et le soleil darde férocement ses rayons sur la terre. Quelques oiseaux entonnent des chants pleins de vie, je n’ai pas ressenti autant de liberté depuis longtemps et je me sens emportée dans un monde merveilleux. Autour de moi, s’étend la steppe à l’infini. Vaste étendue d’herbes hautes, bruissant des chants de liberté entonnés par Dogoda, le dieu de la brise douce et du temps clair. Un jeune homme aux joues roses, aux vêtements bleu argent et aux ailes en pierres précieuses, portant une couronne de bleuets sur la tête et une branche d’églantine dans la main. Dogoda vole au dessus de la terre et je sens son sourire et son regard bienveillant se poser sur moi.

La colline n’est pas haute, mais il faut tout de même la gravir. Le soleil resplendit au zénith. Il est presque midi. Je lève les yeux vers le ciel. Quelques nuages épars s’étirent paresseusement. Mais n’est-ce pas la grande robe blanche de Poloudnitsa, qui apparaît chaque jour afin de rappeler aux hommes que midi est l’heure de se reposer, que j’aperçois là ? C’est impossible, bien sûr, mais, pendant un instant, je crois reconnaître sa magnifique chevelure. Je secoue la tête et reprend ma route. Ma raison me hurle que tout ceci ne relève que des légendes anciennes et qu’il s’agit certainement d’une hallucination, mais dans cet instant merveilleux, j’ai envie de le croire. Si j’attrape un coup de soleil, je saurais que c’était bien elle. Poloudnitsa aime à punir ainsi ceux qui continuent à s’agiter, alors qu’elle a ordonné le repos.

Quelques moucherons bourdonnent dans l’air immobile et je ne suis pas fâchée d’être enfin arrivée en haut. Il y a du monde, surtout pour un après-midi de semaine. Mais on ne peut prétendre être seul à aller admirer la grande église de la colline blanche. Ou plutôt le morceau d’église qui trône fièrement étendant son ombre bienvenue sur les pèlerins. Elle n’est qu’à moitié reconstruite et porte encore les stigmates de sa destruction durant ces périodes sombres dont l’histoire russe regorge. Les bulbes, symboles des églises russes, ne sont pas encore installés au sommet des clochers. Ils trainent pêle-mêle sur le sol et je découvre la minutie des techniques de fabrication. J’ignorais, jusque là, qu’ils étaient fait en bois. L’intérieur de l’église n’est qu’un vaste chantier et l’iconostase vient à peine d’être attaquée. Quelques ouvriers s’agitent mollement, sous les regards des visiteurs. Bien qu’il n’y ait rien à voir, aucune icône à embrasser, les pèlerins restent longtemps à l’intérieur. Je les soupçonne de chercher davantage la fraicheur réparatrice que la Grâce divine.

Pour ma part, je ressors aussitôt. Je n’aime les églises que lorsqu’elles sont vivantes des prières des pénitents. Je contourne l’église et me dirige vers le point central de tout pèlerinage en ce lieu, la fontaine miraculeuse, censée guérir les maladies et assurer une longue vie. Il faut faire la queue pour approcher et je prends ma place sans rechigner. La steppe apprend la patience. Autour de moi, il n’y a presque que des vieux claudiquant, au regard sombre et à la démarche voutée. Ils attendent en silence, mais ne se gênent pas pour donner quelques coups de ventre et espérer ainsi faire avancer la file plus rapidement. La piété n’interdit pas la hâte. Je repère quelques jeunes mères, qui doivent avoir à peine plus de dix-huit ans. Elles amènent leurs bébés ici afin de les plonger dans l’eau et de les protéger contre les accidents de la vie. Pourquoi pas ? Après tout, une protection de plus ne peut pas faire de mal.

Lorsque vient enfin mon tour, je suis déçue. En guise de fontaine miraculeuse, je ne trouve qu’un mince filet d’eau qui s’échappe d’une crevasse entre deux rochers. Un officiel désagréable ne cesse de vociférer. Je ne comprends pas vraiment ce qu’il dit avec son très fort accent mais je sais que j’ai intérêt à me dépêcher. A voir son visage rouge d’énervement, j’ai presque envie de repartir tout de suite. Je n’ai jamais vraiment cru à ces histoires de fontaines miraculeuses et celle-ci me laisse aussi indifférente que les précédentes. Néanmoins et puisque j’ai attendu jusque là, je me décide à avaler une grande gorgée d’eau. Elle est fraiche et a ce goût de fer que j’adore. Je ne sais si cette eau me protégera mais elle m’aura au moins désaltérée. Poussée par une babushka acariâtre, armée de dizaines de bouteilles en plastique qu’elle entend bien remplir, je cède ma place et laisse aux autres le soin de perpétuer la légende de cette source.

Alors que je redescends de la colline, je ne peux cependant m’empêcher de penser à cette eau si pure que je viens de boire. Et si… et si jamais… cette croyance était vraie… Je suis dans l’Oural, terre de tous les possibles. Une vieille légende Bashkyr me revient en tête. Une légende de ces temps préhistoriques où tous les miracles étaient possibles. Celle de ce héro, Oural-Batyr, Oural le Preux, qui se rend à la recherche de la Mort pour débarrasser le monde de sa puissance. Il cherche la source de l’eau vivifiante qui peut donner la vie éternelle aux hommes et à la nature. Au cours de son long voyage, il lutte contre l’injustice et le mal partout où il les rencontre. Sur sa route, il combat mille dangers, met à bas le puissant roi Katyl et délivre le peuple de ce tyran, vainc les dragons et en particulier le roi Kakhkakha, un dragon à douze tête qui veut envahir le royaume céleste de Samraü, roi des oiseaux. Enfin, il engage la guerre contre les divs, esprits malins d’une grande puissance. Puis, après avoir vaincu toutes les forces du mal, il met le monde en ordre et sauve la terre des conséquences du déluge organisé par les divs. Des corps des divs tués, il fait des montagnes auxquelles il donnera son nom – Oural. Peut-être viens-je de boire à la source de l’eau vivifiante qu’Oural-Batyr a tant cherchée ? J’ai soudain envie d’y croire…

Alors que je rentre tranquillement chez les amis qui m’hébergent, le souvenir de cette journée m’envahit et se répand dans tout mon corps. N’ai-je pas entendu Dogoda murmurer des paroles douces à mes oreilles ? N’ai-je pas aperçu Poloudnitsa, cachée dans les nuages ? N’ai-je pas communié avec Oural-Batyr en buvant l’eau de la fontaine ? Le retour en ville me fait l’effet d’un coup de semonce. Le monde est de nouveau là, dans tout son cynisme et ses sarcasmes. Ces vieilles croyances, ces vieilles légendes ne sont que contes de bonnes femmes. Pourquoi croire encore à ces balivernes qui ne servaient aux hommes que pour se rassurer sur le monde qui les entourait ? Ce ne sont là que des histoires, du folklore que nous aimons connaître, mais pour mieux s’en moquer. Malgré moi, je me persuade que tout cela n’était qu’un rêve, un égarement momentané de l’esprit.

Je retrouve mes amis et les quelques doutes que j’avais encore sur cette journée pleine de magie se dissipent dans les effluves de la vodka que nous partageons ensemble. J’oublie même ce que j’ai ressenti là-haut. Nous parlons de politique, de l’avenir, de cinéma… nous rions, sûrs de notre bon droit sur cette terre. Nos débats enflammés sur la valeur du dernier film de Lounguine achèvent de couvrir les voix des génies, des héros et autres créatures célestes. En regagnant ma chambre, le soir, j’ai déjà tout oublié et ne me souviens que des faits tangibles dont j’ai été témoin aujourd’hui. J’envoie quelques mails, me replonge tout à fait dans ce monde concret, je raconte ce que j’ai vu, parle des bulbes, des babushkas, des mères et de leurs bébés. Mes souvenirs eux-mêmes sont désormais envahis par ma raison.

Je m’apprête à aller me coucher, après avoir préparé mon plan de bataille pour le lendemain. Je compte aller me promener dans le Nord pendant quelques jours. Le Nord, c’est le domaine de la forêt, prémisses de la Grande Taïga. J’essaie de m’organiser un peu, afin de préparer ce petit périple. Je sais à quel point la forêt peut être dangereuse et qu’on peut s’y égarer facilement, il n’est pas question de prendre des risques inutiles. Seuls les fous peuvent encore croire que Mat’Syra Zemlia, la Mère terre humide, dont les herbes, fleurs, buissons et arbres, sont les cheveux, les rochers, ses os, les racines des arbres, ses veines et l’eau sortant des profondeurs de la terre, son sang, les guideront sur les chemins tortueux du monde. Je fais davantage confiance à ma boussole et à Vitia, un ami qui doit m’accompagner, pour me guider. Le reste ne compte plus dans un monde organisé, rationnel et plein de rigueur scientifique. S’il fallait encore y croire, on ne s’en sortirait plus. Malgré moi, je ricane à la pensée de ces idées obscurantistes. Je suis du peuple de Descartes, le « cogito ergo sum » est ma seule religion.

Je m’endors épuisée, et pressée de partir le lendemain. Le sommeil m’entraîne et je plonge dans le monde des rêves et des ombres. Je suis dans la forêt, sans aucun point de repères. Autour de moi, il n’y a que des arbres qui semblent se moquer de moi. Les rayons du soleil dansent entre les bouleaux argentés et les chênes majestueux. A travers l’écran de leur feuillage, je n’aperçois plus que des fragments de ciel, comme s’il s’était brisé en mille morceaux. Une bouffée de vent fait frémir les feuilles et la forêt expire un soupir douloureux. J’avance, mue par un souffle que je ne maîtrise pas. Ni bête, ni homme ne semble avoir déjà foulé l’herbe sous mes pas. De tous côtés, des rangées infinies de troncs d’arbres. C’est sans espoir, sans issue.

A ma droite, j’aperçois soudain un tronc foudroyé qui expire un dernier râle et s’abandonne aux bestioles qui se jettent avec avidité sur sa carcasse. Et soudain, dans un éclat de lumière, je vois jaillir Péroun, le dieu de la foudre et du tonnerre, sur son char tiré par des chevaux ailés, noirs et blancs. Ses cheveux noirs et sa barbe d’or flottent dans l’air et son arc aux flèches-éclairs m’aveuglent tant que je le vois à peine disparaître dans l’immensité du ciel. Je ne sais ce que cet arbre lui avait fait, mais Péroun le lui a fait payer.

La peur me tord l’estomac et je me mets à courir pour fuir cette apparition. Péroun pourrait se venger de s’être ainsi laissé voir. Je sais que rien ne pourra se mettre entre moi et sa colère mais je continue à courir, inutilement. Je ne m’arrête que lorsque la douleur au côté m’empêche d’avancer davantage. Péroun ne semble heureusement pas vouloir me prendre pour cible. Devant moi, un lac magnifique étend sa surface moirée. Je décide de m’arrêter un instant et de profiter de ce magnifique paysage.

Je suis à peine assise, pourtant, que la forêt toute entière résonne de rires démoniaques. « Dans l’étang immobile demeurent les démons » dit le proverbe et je sais, avant même que cela ne se produise, que je suis entrée sur le territoire des roussalki et qu’elles savent que je suis là. Ces monstrueuses divinités des eaux pourraient jaillir à tout instant. On dit qu’elles chatouillent leurs victimes jusqu’à la mort et si l’idée de mourir de rire aurait pu m’amuser en d’autres circonstances, je préfère prendre mes jambes à mon cou et m’éloigner au plus vite. Mon cœur bourdonne à mes oreilles, tandis que je cours à travers la forêt, m’enfonçant dans ses bois denses, à la recherche frénétique de quelque lieu de paix. Je les sens, derrière moi, leurs rires accompagnent chacun de mes pas. Je crains, à chaque instant qu’une de leurs mains ridées par le malheur ne m’attrape par la cheville, mais heureusement, elles ne peuvent s’éloigner de leur habitat et abandonnent la poursuite.

Je suis de nouveau au milieu de nulle part, le souffle court et les sens embrouillés. Je poursuis ma route, pourtant, hésitant à chaque pas. La forêt exhale une odeur de terre et de feuilles écrasées, une odeur de tombe. Un lézard vert d’une taille monstrueuse file entre les arbres, à quelques mètres de moi. C’est Iachtcher, le dieu du Royaume souterrain, personnification des forces du mal. Sa voix fait trembler les forêts et son haleine empoisonnée fait dépérir l’herbe et les feuilles sur les arbres. Je sais que Iachtcher exige des sacrifices humains, pour laisser les hommes tranquilles mais je n’ai personne à sacrifier pour me débarrasser de lui. Je l’entends rire et soudain, dans un bruit de végétation froissée, je vois apparaître autour de moi, tous ces esprits du mal auxquels je ne voulais pas croire. Des Oupyrs, ces génies se considérant comme l’incarnation du mal et qui donneront naissance, à force de déformations dans la prononciation, aux vampires que nous connaissons bien. Volkodlak, le loup-garou, dont on dit qu’il est capable d’avaler la lune. Baba Yaga, la sorcière et sa maison perchée sur des pattes de poulet, dont le portail est fait d’ossements humains, fermé avec des mains et une bouche pleine de dents acérées qui lui sert de cadenas. Mara , la puissante et effrayante déesse de l’hiver et du mal, qui essaie de tuer le soleil tous les matins. Posvist, l’aîné des frères-vents, dieu de la tempête. Les pluies battantes coulent de sa barbe, les brouillards sortent de sa bouche et quand il secoue ses cheveux, la grêle tombe sur la terre. Et Viy, créature immonde, couverte de terre, dont les longues paupières vont jusqu’au sol. Il ne peut pas les relever seul et ses serviteurs sont obligés de les tenir avec leurs fourches. Son regard est mortel et je crains de le croiser.

Ils sont tous là et m’entourent dans une ronde macabre. La forêt danse au rythme de leurs rires et de leurs grimaces. Leurs mains décharnées me frôlent et je sens leur souffle jusqu’au plus profond de mon âme. Je tombe à terre et me met à songer à Soud, le dieu du destin qui décide de celui de chaque homme dès sa naissance. Pourquoi donc m’a-t-il envoyé Nesretcha le malchanceux ? Pourquoi a-t-il laissé Lechi, l’esprit malfaisant de la forêt, m’égarer en embrouillant les sentiers ?

Je me sens partir, malgré moi, et je sais que je suis en train de quitter Iav, le monde visible, pour Nav, le monde invisible. Je songe à toutes ces divinités bienfaisantes et espère qu’elles entendront ma prière. Dajgod, le dieu du soleil et de la lumière diurne, source de tous les biens de la nature. Agounia, le dieu du feu terrestre, qui sert d’intermédiaire entre le monde des hommes et le monde des dieux. Dana, la déesse de l’eau, jeune fille au visage clair qui panse les blessures des guerriers. Jiva, la déesse de la vie, du printemps et de la naissance, tenant dans ses mains une pomme et une grappe de raisin. Zmei Ognenniy Volkh, le dragon-loup de feu, qui vient en aide aux hommes. Je regrette de ne pas savoir parler aux arbres, et d’avoir ri des anciennes légendes. Un busard, les ailes tendues, tournoie au dessus de moi. Si seulement, j’avais appris l’ancien langage, le langage muet que parlent tous les arbres, toutes les plantes et parfois les animaux. J’aurais pu leur demander mon chemin et j’aurais pu fuir ce lieu maléfique.

Puis soudain, un éclair aveuglant envahit la forêt. Une lumière vive aux reflets rouge, argent et or. La lumière scintillante semble me faire signe, m’inviter. L’oiseau de feu est près de moi. Un oiseau au plumage de mille couleurs, lançant des feux même dans le noir. Il s’approche, j’attrape une des plumes de sa longue queue. Je suis sauvée. L’oiseau de feu, désormais, satisfera tous mes désirs. Je m’agrippe à la plume comme s’il s’agissait de ma vie, je souhaite ardemment retrouver la tranquillité de ma vie et soudain, je m’éveille dans ma chambre, dans un sursaut violent, les sens aux aguets et le cœur battant à tout rompre.

Autour de moi, la chambre est calme et seuls les éclats intermittents d’un néon rappellent la vie qui continue. Je suis de retour chez moi, dans mon monde. Une voiture passe bruyamment sous mes fenêtres et me fait sursauter. Je me lève difficilement, tremblante sous la fièvre qui s’abat sur moi. Je songe qu’il ne s’agissait là que d’un rêve, un cauchemar provoqué par une insolation. L’eau fraiche que je fais couler sur mon visage me fait du bien. J’observe mon reflet dans le miroir de la salle de bain. Je suis malade, cela ne fait aucun doute. Trop de soleil, trop de fatigue ont quelque peu échauffé mon esprit.

Une marque rouge qui va de mon épaule à mon cou attire mon regard et je découvre un magnifique coup de soleil. Je pense soudain à Poloudnitsa, dont j’ai ignoré les commandements aujourd’hui et je sens peser sur moi son regard réprobateur. J’ai du mal à respirer. La réalité du monde, soudain me parait plus obscure et le « cogito ergo sum » bien inutile. Je me sens oppressée dans mon propre corps et je voudrais hurler à Poloudnitsa de me laisser en paix. Pourquoi fallait-il donc qu’elle pose son regard sur moi ?

Et, soudain, comme un voile qui se déchire, les choses me paraissent plus simples. Le monde semble prendre une nouvelle réalité et la vie elle-même m’apparaît transformée. Je me vois et je vois l’indicible. Je sais désormais ce qu’il me reste à faire, comme une certitude murmurée par les ombres du passé. Je retourne me coucher, toujours malade mais le coeur plus léger, j’ai retenu la leçon. Ce soir, quand je dégusterai une nouvelle ration de vodka, je n’oublierai pas de boire en l’honneur de Kvassoura, dieu de joie et d’ivresse. Car je sais à présent que s’il est permis de se moquer des légendes, les ignorer peut nous conduire sur des chemins dont nous ne sommes pas sûrs de revenir indemnes.


Dernière édition par bardak le Mer 24 Fév 2010 - 11:56, édité 1 fois


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Re: Promenade Magique

Message par Lilie le Mer 24 Fév 2010 - 10:33

C'est marrant comme, quelque soit l'endroit de la planete ou nous passons, d'un endroit a l'autre, seuls les noms propres sont differents...


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Re: Promenade Magique

Message par Wapiti le Mer 24 Fév 2010 - 11:58

Merci Bardak pour ce beau cadeau que tu nous fait, et qui a tout à fait sa place dans les carnets de voyage.


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Re: Promenade Magique

Message par Invité le Mer 24 Fév 2010 - 13:38

Adeline, un plaisir incroyable à te lire.

Ce n'est pas seulement ta promenade qui est magique, c'est aussi la lecture.

"Volkodlak, le loup-garou, dont on dit qu’il est capable d’avaler la lune"

J'ai senti la terre, j'ai senti l'humidité, j'ai senti la peur surtout lorsqu "qu’une de leurs mains ridées par le malheur ne m’attrape par la cheville...".

Superbe.

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Re: Promenade Magique

Message par Lilie le Mer 24 Fév 2010 - 13:43

Adeline, un plaisir incroyable à te lire.

Ce n'est pas seulement ta promenade qui est magique, c'est aussi la lecture.

"Volkodlak, le loup-garou, dont on dit qu’il est capable d’avaler la lune"

J'ai
senti la terre, j'ai senti l'humidité, j'ai senti la peur surtout
lorsqu "qu’une de leurs mains ridées par le malheur ne m’attrape par la
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Le Village il est 'ach'ment bien: y a tous mes contemporains preferes dessus!

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Re: Promenade Magique

Message par bardak le Mer 24 Fév 2010 - 17:36

Merci à tous pour vos messages. J'ai toujours adoré les légendes, même si je ne les prends jamais complètement au sérieux. Et comme tu le soulignes, Lilie, ce qu'il y a de bien avec les légendes, c'est qu'elles sont presque les mêmes partout. En Irlande, tu ne dois pas être en reste de ce côté là... tiens ça me donne l'envie d'aller faire un tour d'Irlande des légendes... pas très original, mais ça peut être marrant... j'aime bien les terres pleines de mystères et l'Irlande est bien positionnée à ce niveau là.
Enfin, j'ai quand même bien flippé ce jour là... même si c'était pas mon premier cauchemar, ni le dernier.... C'est dingue comme on peut être impressionné par des petites choses... depuis des bouquins sur les légendes du monde entier ont largement trouvé leur place dans ma bibliothèque... je préfère me prémunir contre toute éventualité à présent...
Ah! Je suis contente d'être revenue au village... ça change un peu... je crois que cette fois-ci, je vais y rester un peu plus longtemps.... c'est vrai qu'il y a tous les gens sympas ici....


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