Le Village du Peuple Etrange Voyageur

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    Le mariage de Marthe ( chronique sociétale )

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    geob

    Le mariage de Marthe ( chronique sociétale )

    Message par geob le Mer 8 Sep - 10:38

    Le 2 janvier, Marthe téléphona à mon mari pour lui souhaiter la bonne année, elle ajouta aussitôt qu'elle se mariait avec Lucien le deuxième samedi du mois d'août, et, n'ayant personne en vue pour être son témoin, elle se demandait s'il pouvait l'être. Vlan ! Elle était ainsi, Marthe, elle passait du coq à l'âne sans reprendre son souffle. Pierre, mon mari, hésita. C'est embêtant d'être un témoin, de quoi que ce soit d'ailleurs, mais Pierre subodora les possibilités de charivari que décelait cette cérémonie matrimoniale annoncée, alors il accepta. Mon mari aime bien que tout part en branle, que cela devienne incontrôlable, sauf si cela concerne sa propre vie qu'il règle à la seconde près. En ce qui le concerne, il a horreur des surprises. En fait, c'est un anarchiste bobo ! Remarquez, ceci me convient très bien, moi aussi j'ai horreur du... comment dirais-je... n'importe quoi ! Quant à mon humble personne, Marthe eut le bon goût de ne rien me demander, c'est dire si elle me connaissait !

    Marthe, c'est la cousine de mon mari (il ne l'a pas fait exprès !) Son unique cousine ! En tout cas, un sacré numéro ! Et son futur époux ne nous était pas inconnu. Au cours de plusieurs visites en province, elle nous avait aimablement accueilli chez elle où Lucien semblait s'être déjà installé tel un pacha à qui tout est dû, un chef de famille imbu de ses responsabilités qu'il n'assumait jamais, et en plus avec un comportement macho de sanatorium tant il nous a paru, d'emblée, complètement à la ramasse - si j'ose m'exprimer ainsi.

    Lucien, je le reconnais, était beau gosse, oui, et, puisque les contraires s'attirent, Marthe bien sympathique. Ils s'étaient rencontrés dans la fanfare municipale. Lui, il jouait du clairon, elle, elle frottait ses cymbales avec vigueur comme si elle voulait allumer un feu sonore. Notez qu'il portait en permanence un sonotone défectueux, les flèches de Cupidon atteignirent donc les bonnes cibles. Lucien et Marthe, le couple de l'année ! Accompagner mon mari relevait du sacerdoce, impossible de le laisser seul avec ces gens qui ne pensaient qu'à boire et à fumer. Horrible ! Si je ne suis pas là, Pierre a vite la tentation de se défouler, alors je veille toujours, vous comprenez, même si c'est sa parenté - mon dieu ! - je me dois de ne pas faiblir. Mais, nonobstant les particularités familiales de mon cher époux, j'apprécie beaucoup cette petite ville de province où Lucien et Marthe sévissaient. Surtout la rue principale où l'on trouve de charmantes boutiques appropriées pour un shopping réconfortant, et là, les filles, je dégaine ma "gold" plus vite que mon ombre ! D'ailleurs, je ne regarde même pas les prix. Le "chipotage" de mes amies me déprime trop, et je ne vous dis pas au moment des soldes. Atroce ! Est-ce que j'ai une tête à faire les soldes? Je vous jure !

    Revenons à Lulu (dorénavant, j'appellerais ce pauvre Lucien Lulu, je trouve que cela lui va mieux) La dernière fois, à peine arrivée, Bébert nous a sauté dessus, heureux, postillonnant aussi, et nous indiqua qu'il revenait de l'hôpital. Bon, nous, nous arrivions de Paris, Pierre était fatigué par la conduite de notre berline - une allemande, bien sûr -, moi les nerfs à vif dès que j'eus reniflé cette odeur de tabac qui imprégnait les murs de leur appartement, mais Lulu était si gentil, si enfantin, que nous nous demandions ce qu'il allait nous sortir encore. Marthe (c'est fou ce que ce prénom lui va bien) n'hésitait pas à se fiche de lui. Elle rigolait déjà de ce qui nous attendait.
    - Oui, oui, montre leur ta radiographie de ta tête !
    Pierre se tourna vers moi
    - Mon dieu ! soupira-t-il
    - Heureusement que ce n'est pas une I.R.M., lui murmurai-je, il y aurait rien à voir.
    Il me donna une claque sur les fesses. Je poussai un cri de jeune fille outragée, ce qui eut le don de faire pouffer Marthe.
    "Pouffe, pouffe ! ma chérie" pensai-je in petto.

    Lulu revint avec un cliché de moyen format et nous le présenta pareil à une oeuvre d'art, en tendant bien le bras pour mieux l'admirer. (avec le recul, je me dis que c'était vraiment une oeuvre d'art que n'aurait pas renié Duchamp). Effectivement, cela représentait le crâne de Lulu, avec un détail supplémentaire qui nous laissa cois quelques secondes, puis qui nous fît exploser de rire, si bien que je...enfin, vous me comprenez.
    - Nooon ! s'exclama mon mari, plié en deux.
    Lulu nous acheva aussitôt.
    - Si ! Si ! C'est moi !
    Imaginez le crâne d'un squelette avec une monture de lunettes, et vous réaliserez alors ce que nous vîmes. L'effet était saisissant ! Les hospitaliers s'étaient bien fichu de Lucien. Jamais de ma vie je n'avais autant ri, j'en pouvais plus, Pierre suffoquait, n'arrivait plus à respirer, et Marthe, eh oui, riait aussi aux larmes, tandis que Lulu, toujours bras tendu, se contemplait avec tendresse.

    Pour mon mari, séjourner une nuit ou deux chez sa cousine lui permettait de décompresser, de se défouler, lui qui, tous les jours, devait à cette époque gérer des comptes importants dans une banque d'affaires, et subir tous les desiderata de ses clients qui ne cessaient d'exiger une combine pour payer moins d'impôts. Quel stress ! Quelle angoisse à l'idée de faire perdre le moindre centime d'euro à tous ces rentiers qui auraient donné leurs votes au premier maréchal venu. Attaché aux valeurs républicaines, avant celles de la Bourse, mon mari s'efforcait de les satisfaire pour éviter que ces fortunés aillent ailleurs, sous des cieux fiscaux plus hospitaliers, soi-disant, alors que chez nous, je vous parle en connaissance de cause,ils sont plus que choyés. Lorsque je le récupérais le soir, il était dans des états...mon dieu ! Je le voyais souvent se précipiter aux toilettes pour vomir avant que de passer à table. Marie Louise, me suis-je dit un soir, cela ne peut durer. Je contactai alors le plus grand psychanalyste de Paris - j'évite de donner des précisions beaucoup plus sociales sur ma vie privée, mais sachez que décrocher un téléphone et accéder à un haut niveau, même politique, n'est pour moi qu'une formalité anecdotique. Mon mari ne rencontra ce psychanalyste qu'une fois, et sa guérison fut complète. Assumer sa condition sociale ne présentait pas de difficulté à partir du moment où le malade se voyait offrir, pour être heureux, de choisir entre le caviar ou le topinambour. Pierre démontra une nouvelle fois son intelligence et choisit le caviar. Ceci précisé, nous avions une fée à la maison : Margharita, notre cuisinière, notre bonne à tout faire, qui nous préparait des repas invraisemblabement délicieux qui renforcaient mon mari dans sa conviction qu'il suffisait d'un rien pour que le monde aille mieux, et, comme je la payais à sa juste mesure, c'est à dire juste le nécessaire (après tout c'est une sans-papiers), effectivement tout allait bien dans notre foyer - Margharita ne s'avisait jamais de créer un conflit social chez moi. Ni notre chauffeur, d'ailleurs, enfin surtout le mien, (Pierre utilisait celui alloué pour son usage personnel par la banque). J'aimais beaucoup Marcel, il conduisait bien, sa largeur d'épaules, sa mine patibulaire, et sa couleur de peau noire réduisaient à leurs plus simples expressions les éventuels constats à l'amiable.

    Pour faire plaisir à mon mari, je m'efforcais de saisir le fonctionnement intellectuel des pauvres. Ainsi, Marthe et Lucien étaient racistes. Pourquoi? Parce que les immigrés profitaient de tous les avantages et qu'eux ils n'obtenaient rien. Combien de fois avais-je entendu Pierre dire à sa cousine : tu n'as qu'a te comporter comme eux, écrire, solliciter, te bouger nom de nom ! Leur réaction, leur seule action, voter pour le Front National ! Mon Dieu ! J'avais essayé en vain de leur faire comprendre qu'ils seraient les premiers à en pâtir si ces gens là arrivaient au pouvoir, mais, Lulu, qui se croyait plus intelligent que moi, me répondait en levant le pouce de sa main droite, et en arborant fièrement un pims du FN qui clignote : Jean Marie, il est comme ça ! J'abandonnai, sous le regard narquois de mon mari qui sait mon lourd secret.

    Ma mère. Ma mère que j'aimais beaucoup, intelligente, belle, cultivée, riche, trop blonde, avait couché avec un officier allemand pendant l'occupation. Le pire, elle en était tombé amoureuse ! La scandaleuse ! Elle affichait un bonheur qui faisait mal aux bourgeoises du XVI ! Alors, en 1944, un résistant de la dernière heure lui tira une balle dans le cou, ce qui lui évita de se faire tondre par un résistant de la dernière seconde. Il parait qu'elle resta presque une demi-heure allongée sur le trottoir, dans l'indifférence générale, quand un soldat allemand, allez savoir pourquoi, se pencha sur elle, constata qu'elle était encore vivante, et la porta dans ses bras jusqu'à l'hôpital le plus proche. Et elle fut sauvée. Ma chère maman...
    Quant à mon père, il avait eu la bonne idée de miser sur le Général, ce qui nous permit de conserver tous nos biens à la "libération", il délégua mon éducation à une anglaise rougeaude, et je ne le vis qu'entre deux portes ou deux avions, il ne me prit jamais dans ses bras, il m'ignora ...ouh la ! Je plombe l'atmosphère, j'arrête, je vais finir par pleurer sur moi-même, je m'égare, je m'égare, il faut que je vous raconte enfin ce mariage.







    Dernière édition par geob le Sam 18 Sep - 10:25, édité 1 fois
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    Wapiti
    Admin

    Localisation : Annecy et Thonon (74) France

    Re: Le mariage de Marthe ( chronique sociétale )

    Message par Wapiti le Mer 8 Sep - 23:05

    Geob a écrit:... je m'égare, je m'égare, il faut que je vous raconte enfin ce mariage.
    J'attends cela avec impatience.


    _________________
    "Nous méritons toutes nos rencontres, elles sont accordées à notre destin et ont une signification qu'il nous appartient de déchiffrer." F. Mauriac

    lahaut

    Re: Le mariage de Marthe ( chronique sociétale )

    Message par lahaut le Mer 8 Sep - 23:41

    89 lignes ! dégout Je crois qu'Imamachinchose a contaminé Geob !! triste
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    mamina

    Localisation : Près de Pau, sur le chemin de St Jacques...

    Re: Le mariage de Marthe ( chronique sociétale )

    Message par mamina le Jeu 9 Sep - 12:03

    Lahaut ! tu es indécrottable !!!! lis au lieu de compter !!!

    Geob, vite la suite !
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    Dolma

    Localisation : Je m'balade sur les chemins...

    Re: Le mariage de Marthe ( chronique sociétale )

    Message par Dolma le Sam 11 Sep - 10:48

    Je me marre mort de rire ! ça promet... SwingBanana

    Dolma
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    imanachnuelohim

    Localisation : En ville de 'la Maison du Moulin'

    Re: Le mariage de Marthe ( chronique sociétale )

    Message par imanachnuelohim le Sam 11 Sep - 22:21



    Quel récit hilaro-dramatique!!


    _________________
    Il n'y a pas d'homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé,de celui qui a changé 20 fois la forme de sa pensée et de sa vie
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    geob

    Le mariage de Marthe (2)

    Message par geob le Mar 14 Sep - 15:32

    La veille du mariage, nous roulions gentiment sur la Nationale 20, guère pressés d'atteindre notre destination. C'était une journée ciel bleu de carte postale, nous avions le coeur léger, des envies de chanter, et, malgré notre respectable condition sociale, des velleités de pratiquer des choses inhabituelles en ces circonstances. D'ailleurs, vers les onze heures, nous prîmes un chemin de traverse qui nous conduisit près d'un champ de blé. Il nous restait plus qu'à retourner sur nos pas, mais Pierre arrêta le moteur, descendit, s'empara d'un plaid et de ma main, et nous allâmes nous étendre au milieu de ces blonds épis, ensuite... zut ! Je rougis rien qu'en écrivant ces lignes !

    A midi et demi, nous mangeâmes dans un restaurant de Magnac Bourg. Le menu nous stupéfia : hors d'oeuvres, entrées, plats, fromages, dessert, le tout pour un prix dérisoire. Nous fûmes les derniers clients, alors qu'il n'y avait que quatre à cinq personnes attablées. Le patron héla sa barman, dans la salle du café :

    - Francoise ! Dites que le restaurant est fermé, je ne prends plus personne !

    Pierre et moi, nous affichions une mine inquiète. Dame ! Les restaurants que nous fréquentions ne refusent du monde que lorsqu'ils sont pleins ! Où étions nous tombés? La suite nous prouva que nous avions fait le bon choix. En effet, nous fûmes servis par un bonhomme qui aimait son métier, qui traitait ses clients comme ses invités. Oh la fraîcheur des produits et les parfaites cuissons, légèreté des sauces, oh ce Bleu des Causses dont nous lui chantâmes des louanges - heureux, le patron nous fit une salade aux noix qui n'était pas prévue dans le menu, mais nous dit-il, elle vous préparera à la dégustation du dessert, après avoir bu un petit verre d'un vin de ma cave personnelle !.

    " Ce sont les charmes de la province !" me souffla Pierre.

    Nous quittâmes Magnac Bourg le coeur encore plus en fête, et Pierre s'ingénia à respecter scrupuleusement le code de la route, vu tout ce que nous avions bu. A côté de mon mari, je soupirai d'aise. Vraiment, tout allait bien. Ma galerie d'art, fort réputée au demeurant, m'avait apporté beaucoup de satisfactions sonnantes et trébuchantes, grâce à des peintres étrangers encore inconnus, il y a peu, mais qui, pour moi, étaient fort remarquables et originaux. Oui, dans ce milieu très fermé, on loue mon flair providentiel. Quant à Pierre, il avait vendu ses stocks-options et engrangé des plus values phénoménales. Tu es un vrai goinfre, lui ai-je dit rien que pour le taquiner.

    Vers 18 h, nous arrivâmes devant l'immeuble où logeaient les futurs mariés. Pierre tambourina sur la porte de l'appartement de Marthe, et il cria :
    - Lucien ! Ouvre ! C'est la police !

    Il est comme ça, Pierre, il s'adapte vite au milieu ambiant ! On entendit des chaises remuées, quelque chose qui tomba sur le sol, puis la voix de Marthe :
    - Mais non ! Va ouvrir ! Ils sont arrivés !

    Et ce brave Lulu nous atterrit dans les bras, nous fit des bisous mouillés - je m'essuyai discrètement les joues avec mon mouchoir d'une exquise finesse ( je les achète en Suisse, et pas ailleurs !)

    Marthe surgit, sa tignasse envahie par des bigoudis muticolores. Bon, je vous passe les détails, jusqu'à ce que Pierre posa une enveloppe sur la table de la salle à manger où trônait la bouteille de vin et le verre qui accompagnaient Lucien entre les repas.

    - C'est notre cadeau de mariage Lucien, dit Pierre.

    Ahuri, Lulu nous regarda comme un chien abandonné. Il ne comprenait pas, et son sourire niais nous appitoya. Marhe vint à sa rescousse :

    - Mais ouvre, Lulu !

    Alors, il s'empara de l'enveloppe. Il sortit ce qu'elle contenait, à savoir une grosse liasse de billets de 500 Francs. Ce fut un choc pour lui. Tout à coup, il s'affaissa sur sa chaise. Nous nous précipitâmes pour, disons, le secourir. Marthe lui administra quelques claques bien senties, et Lucien reprit ses esprits vite fait afin d'éviter un k.o. définitif ! J'étais catastrophé de me retrouver dans cet univers, mais Pierre semblait ravi, il se croyait sans doute dans la comédie italienne qui marchait bien : "Affreux, sales, et méchants". Maintenant, Lucien nous souriait, et, franchement, j'étais émue malgré la vision de ses chicots jaunis par la nicotine. Quel brave garçon, tout de même, un peu niais, certes, brave en tout cas. Il se tourna vers Marthe, en dressant son pouce, poingt fermé :

    - Ton cousin, il est comme ça !

    - C'est mieux que Jean Marie, hein Lulu?

    Qu'est qui m'avait pris de lui dire ça? Je n'en savais fichtre rien, peut être voulais-je faire peuple. Cette remarque, qui se voulait humoristique, fut un nouveau choc pour Lucien. Il ne dura pas longtemps. Cette fois-ci, il utilisa son index, le fit tourner sur sa tempe, et lança à Marhe, avec un rire horripilant :

    - Qu'elle est bête, Marie-Louise !


    Vers 22h, nous leur souhaitâmes une bonne nuit, et, dans notre horrible chambre, sur ce lit au sommier à ressorts - mon dieu ! - je prenais cet engagement devant mon mari :
    - Chéri, c'est la dernière fois que je viens ici !
    - D'accord, rassures-toi, encore demain, et puis en route vers Malaga.
    - J'en ai marre de ne pas être dans mon élément ! J'en peux plus de voir Lucien, je ne comprends pourquoi ta cousine l'épouse, ce type qui prend une douche par semaine, et qui, en guise de brossage des dents, avant de se coucher, avale cul-sec un dernier verre de vin !
    - De Margnat Villages, le velours de l'estomac ! déclama Pierre.
    - Vas-y, moques toi de moi.
    Il me prit dans ses bras pour me consoler, et voulut progresser dans les calins, mais le sommier faisait bzing bzing, alors il abandonna vite.
    Il éteignit la lumière.
    - C'est horrible, dis-je complètement abattue.
    Quelques secondes plus tard, le sommier recommença sa sérénade discordante : nous étions secoués par un irrépressible fou rire.
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    Dolma

    Localisation : Je m'balade sur les chemins...

    Re: Le mariage de Marthe ( chronique sociétale )

    Message par Dolma le Mer 15 Sep - 13:40

    Voilà un texte aéré LoL ! Faut dire que pour compter les lignes c'est plus facile n'est-ce pas Lahaut clin d'oeil ?

    J'ose espérer que les situations et les gens ne sont que le fruit de ton imagination débordante parce que si tout ça c'est du vécu eh bien dis donc mon dieu ! ! Non je ne peux pas le croire ! En tous cas, je me marre, j'ai presque l'impression d'être dans une BD des Bidochon... C'est détestablement drôle bravo
    Dolma
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    geob

    Re: Le mariage de Marthe ( chronique sociétale )

    Message par geob le Mar 21 Sep - 10:27

    3) LA JOURNEE DU MARIAGE

    La mairie

    Je vous passe tous les évènements matinaux de cette journée cruciale pour Marthe et Lulu, j'évite de vous dire mon opinion sur la robe de mariée que Marthe m'avait montrée, étalée sur son lit, sachez seulement qu'elle provenait des " Etablissements Ramonède ", le fournisseur vestimentaire des familles nombreuses, avec crédit sur trois mois sans frais ; pas un mot aussi sur Marcel, le frère de Lulu - trompette dans la fanfare -, sa femme aux joues aussi couperosées que celles de son mari - attendez la mairie pour faire connaissance avec le reste de la famille -, parce que ce matin là, Pierre et moi, nous nous sommes éclipsés pour aller déjeuner dans un superbe restaurant que nous avions sélectionné dans le "guide bleu".

    Nous nous retrouvâmes, en début d'après midi, derrière la mairie qui jouxte le jardin public dessinée par Le Notre. Les présentations se succédèrent, les bises dans le vide devinrent interminables, mais ce qui m'horripilait le plus c'étaient les sourires niais, vicieux, de toutes ces provinciales endimanchées, empressées autour de mon Pierre qui, franchement, portait beau avec une classe d'une sobriété jamais vue chez ces braves dames et jeunes filles.
    Je m'ingéniais discètement à défroisser la veste de son costume. Doux Jésus ! Elle le prenait pour le pape pour le toucher ainsi, ou quoi?

    Avant d'entrer dans la salle des mariages, nous fîmes connaissance avec Paulette, la soeur aînée de Lulu, qui paraissait normale, habillée avec goût, son mari et ses deux filles idem. Quel soulagement ! Marthe nous avait dit que, après la cérémonie à l'église, nous nous dirigerions tous vers un endroit campagnard où se dressait l'orgueilleuse villa de cette branche familiale. Orgueilleuse, disais-je, mais d'après Marthe ; seulement elle ajoutait que la facade, visible de la route, ne semblait avoir été dessinée que pour en mettre plein la vue. Et le chien des Pyrénées, qui déambulait poussivement sur la pelouse impeccablement taillée, accréditait cette propension de la soeur de Lulu à se la jouer famille heureuse et bourgeoise. Ceci dit, méfiance, je ne préjugeais de rien, surtout avec Marthe.

    La salle des mariages était ma foi fort jolie, et les lustres au plafond fort imposants. Bientôt, la cinquantaine de personnes - eh oui ! - trouva sa place. Pour ma part, je me débrouillai pour rester à côté de la soeur de Lulu, craignant trop le dépaysement, Pierre, lui, était assis sur une des quatres chaises alignées devant le bureau derrière lequel madame le maire allait officier. Au centre de cette disposition, les futurs mariés, sur les ailes les témoins - pour Lulu, Paulette désigna Marcel, le trompettiste aviné, comme volontaire.

    Enfin, madame le maire survint, ceint de son écharpe tricolore, et tout le monde se leva, sauf Lulu, mais qui s'éxécuta aussitôt que son frère lui eut flanqué une claque discrète derrière la nuque. Il ne manqua pas de faire tourner rapidement un index sur sa tempe pour lui signaler ce qu'il pensait de son geste incongru.

    Madame le maire, une gentille dame d'une soixantaine d'années, jeta par dessus ses bésicles un morne regard qui balaya toute l'assistance ; elle s'éclaircit la gorge pour nous saluer, entamer un discours convenu, mais très policé, puis, sans doute avait-elle d'autres mariages sur le feu, elle attaqua bille en tête la cérémonie officielle comme un camelot pressé de vendre tous ses gadgets inutiles. Enfin, elle porta son attention sur Pierre et resta bizarrement décontenancée. Ma parole ! Elle rougissait ! Mon Dieu ! Le charme de Pierre opérait sur la première magistrate qui finit par dire :
    - Hmmm...excusez moi, monsieur Lucien P...
    Sa voix prenait une intonation officielle, mon mari l'arrêta net.
    - Vous vous trompez, le marié est de l'autre côté.
    Rires, ricanements, se firent entendre sous les lustres, néanmoins sans faire trembler la verroterie. Madame le maire retomba vite sur ses pieds, enchaîna, et la cérémonie fut vite expédiée tandis que Pierre, l'air gourmand, commencait à portraitiser à tout va, au grand dam de certaines qui s'imaginaient être photographier sous leur mauvais profil. Mon mari préviligiait les clichés instantanés. A le voir si à l'aise au milieu de ces gens, et de même dans n'importe quelle situation, je me demandais si je n'aurais pas dû l'inciter à faire de la politique. En fait, Pierre est trop brillant, et il ne m'a jamais fait regretter d'avoir miser sur lui lorsque nous nous sommes rencontrés à la Sorbonne, alors que mes amies me conseillaient de l'éviter : "tu te rends compte, le fils d'un cheminot" ! Ce qui nous a permi, durant notre folle jeunesse, de voyager partout en Europe à peu de frais...si j'ose m'exprimer ainsi.

    Ensuite, la noce se dirigea vers l'église pour la bénédiction de cette union improbable. Nous embarquâmes un couple avec leur enfant anorexique. Je ne me souviens plus de la nature de leurs liens avec Marthe et Lulu, mais je n'ai pas oublier que leur gamine réussit l'exploit de vomir je ne sais trop quoi sur la banquette arrière en cuir pleine fleur. Les parents rougirent, s'excusèrent, nettoyèrent tant bien que mal. Pierre les rassura maladroitement :
    - Pas de problèmes, je changerais de voiture plus tard !
    En fait, il paraissait passablement irrité, et moi, Marie Louise, au lieu encore une fois de me taire, je fis une incise qui les laissa bouche bée :
    - Ne soyez pas troublés ! Il est comme ça, mon mari ! Tenez, l'autre jour un des clignotants de la voiture est tombé en panne, alors, derechef, il a décroché son téléphone. On lui a livré la même, toute neuve, dans les heures qui suivaient tandis que l'employé du concessionnaire repartait avec l'autre pour la remettre en vente dans le rayon occasion.
    Je vis dans le large rétroviseur la stupeur sur leurs visages.
    - Maman, demanda la maigrichonne, ça veut dire quoi derechef ?
    - Tais toi ! hurla le père.
    Alors la pauvre petite se réfugia dans les bras de sa mère.
    - Calme-toi ma chérie, sinon papa t'obligera à manger de la pièce montée !

    " Horrible ! me suis-je dit. Maintenant on punit les enfants en ne les privant pas de dessert ! " J'imaginais l'attitude de ma gouvernante dans un tel contexte. Vite ! Je me pinçai fortement le dos de ma main droite pour éviter d'éclater de rire. Mon Dieu ! En fin de compte, je ne m'interrogeais plus sur ma présence chez ces provinciaux : jamais de ma vie je n'avais eu autant d'occasions de rire, et seule mon éducation m'avait retenue de ne pas me lâcher devant nos passagers.

    Toujours ravi par ce qu'il voyait, entendait, Pierre, tout guilleret, nous déposa devant l'église, et alla se garer.
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    Re: Le mariage de Marthe ( chronique sociétale )

    Message par Invité le Mar 21 Sep - 15:23

    Pas de mariage sans pièce montée, celle-là est parfaitement ficelée.
    Pas très -chou- mais plein de caramel filé.
    J'apprécie +++
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    geob

    Re: Le mariage de Marthe ( chronique sociétale )

    Message par geob le Jeu 7 Oct - 15:41

    [b]L'église


    L'église possède un charme certain avec ses tableaux édifiants accrochés dans les petites chapelles, ses vitraux aux couleurs lumineuses réputés dans tout le département, et, lorsque j'y entrai en ce mois d'août que je n'ai jamais oublié, il y régnait une fraîcheur des plus agréables, un silence de bon aloi, à peine effleuré par la cavalcade d'un enfant poursuivi par sa maman. A ma grande surprise, toutes les chaises étaient occupées, sauf celles du premier rang situées à gauche de l'autel. Sans doute ces places devaient être réservées pour Pierre et moi, alors, le plus naturellement du monde, je m'installai bien au centre, devant tout le monde - après tout, c'était ma position habituelle.

    Mon mari vint s'asseoir enfin à côté de moi, tout excité. Il me raconta que la fanfare s'installait pour faire une haie d'honneur à la sortie de la cérémonie. Ca risque d'être loufoque, m'assura-t-il, puis il me demanda, tout en souriant au rang derrière nous, tenu par la famille de Lulu, dont sa mère, une petite dame toute croquignolesque, pourquoi personne ne s'asseyait à côté de nous? Je lui chuchotai dans l'oreille que ces gens voulaient sans doute nous montrer leur respect. Il sursauta, apparemment stupéfait par ma remarque. Vexée, j'eus l'impression sur le coup d'avoir épousé un crypto-communiste. Il me tapota alors la main, et j'oubliai vite car l'orgue entamait la Marche Nuptiale.

    Le prêtre apparut et vint, avec deux enfants de choeur, se positionner devant l'autel pour attendre les mariés. C'était un homme large d'épaules, il arborait une coiffure en brosse et une monture de lunettes en plastique noir. D'après ce que j'avais entendu, c'était un ancien de la Légion. Ma foi, il me paraissait bien sympathique.

    Lulu avancait dans l'allée centrale, accroché au bras de sa soeur aînée, le visage transfiguré par le bonheur que la vie lui octroyait. Aux abords de l'autel, Paulette le laissa en plan et prit place à côté de leur mère. Voici Marthe, impressionnante de décontraction, distribuant ses sourires à droite et gauche, elle marchait au bras d'un homme que je n'avais pas vu à la mairie, un type mince, au visage émacié et aux yeux d'un bleu azuréen, avec des cheveux aussi blonds que le champ de blé dont je vous avais parlé. Mon Dieu ! Je voyais clignoter sur le revers de sa veste quelque chose, mais oui, c'était horrible, un pim's du Front National ! Un pim's clignoteur ! Pierre me souffla que le type s'appelait Carl Martin, ci-devant secrétaire de la section locale de cette engeance. Pierre ajouta qu'il jouait de la flûte dans la fanfare. Ca ! Je n'en doutais pas !

    La cérémonie débuta. L'ex légionnaire se révéla sympathique, patient devant l'inertie de Lulu. L'instant primordial, celui qui engage toute une vie, enfin si c'est possible, arriva au grand plaisir de l'assistance. Au fond de mon coeur, j'espérais que le prêtre éviterait un laïus sur une progéniture à venir. Mon Dieu, priai-je, faites que Lulu ou Marthe soit stérile !

    Le prêtre tendit un carton à Marthe. Elle lut un petit texte, vous savez, celui qui engage les époux à se soutenir et patati et patata, ensuite elle claironna les mots fatidiques :
    - Lucien, veux-tu être mon époux? ( sur la fiche, il y avait marqué époux au cas où, anesthésié par l'émotion, les protagonistes seraient en panne de vocabulaire )
    Lulu, toujours sur son nuage, regardait tout le monde comme un enfant qui découvrait un monde inconnu mais inoffensif. Il ne répondait pas, sans doute n'avait-t-il pas suffisamment poussé son sonotone dans son conduit auditif, bien encombré en raison de son hygiène restreinte.
    - LUCIENNNN ! chanta le prêtre
    - Oui?
    - Parfait ! Il a dit oui !
    Un brouhaha amusé emplit l'église. Mon Dieu ! Qu'allait-il se produire encore? Je me préparais au pire avec, j'ose l'avouer, une gourmandise qui me surprit.
    - Bien, maintenant, Marthe tu vas passer la fiche à Lucien.
    Le pauvre Lulu avait l'air bien embêté lorsqu'il se mit à découvrir la fiche ; pourtant ils avaient répété dans le bureau du curé, pas plus tard que la semaine dernière.
    Avec une voix forte, rien que pour se donner du courage, Lulu, tout en trébuchant sur quelques mots, finit de nous rappeler le préambule avant la question fatidique :
    - Marthe ! ( il ne la regardait pas, toujours concentré sur sa fiche qui tremblotait ) Veux-tu être mon époux?
    Franchement, tout le monde s'esclaffa, et Pierre et moi nous ne fûmes pas les derniers. D'ailleurs, même derrière nous, personne ne s'était contenu. Sans oublier le prêtre, bien sûr, qui, avec une grande gentillesse, expliqua à LuLu son erreur.
    - Lucien, voyons, c'est écrit époux, mais tu ne dois pas dire pareil, Marthe ce n'est pas un homme, tu n'es pas sa future, alors tu dois mettre époux au féminin, tu as compris?
    - Oui?
    - Oui ! Très bien, alors nous t'écoutons, reformule la question, là ( il posa un doigt sur la ligne, pour que Lulu ne s'égare pas ).
    Et d'une voix tonitruante, Lulu lança :
    - Marthe ! Veux-tu être mon époux?
    Ce fut une explosion de rires, un raz-de-marée sonore qui déferla dans ce lieu de prières. Pierre faillit tomber de sa chaise tellement il se pliait en deux, et moi, oui moi...j'étais dans tous mes états, j'étouffais, je me lâchais complètement, secouée par une hilarité incontrolâble. Au secours ! Je regardais Pierre, et je repartais de plus belle ! Je pleurais de rire, j'avais le visage inondé de larmes, c'était horrible ! Et Marthe, pas discrète du tout, hurlait de rire ! Le curé, et surtout les enfants de choeur, n'en parlons pas !

    Petit à petit, tout le monde retrouva son calme. Je reniflais discrètement. En ouvrant mon sac à main Dior, zut, je maudis mon étourderie : pas de mouchoir ! Alors, une petite voix m'interpella derrière moi, je me retournai et je vis la maman de Lucien qui me tendait un mouchoir en tissu. Oh merci madame, dis-je, troublée. C'était un mouchoir à carreaux, un mouchoir de prolétaire, qui pouvait, à l'occasion, servir de taie d'oreiller tant il me paraissait large. Peu importe ! A la guerre comme à la guerre ! Je me tamponnai les yeux sans vergogne, puis je le passai à Pierre, Pierre quelque peu gêné par les traces de mascara qui troublaient l'agencement des lignes du mouchoir ; il me le repassa aussitôt. Je la restituai à sa propriétaire, enrobé de mes plates excuses qui glissèrent sur sa bonté personnifiée.
    - Ce n'est rien, madame, me dit-elle, demain je fais une machine. Et puis, nous aussi nous avons bien ri, vous savez, ce n'est de la faute à Lucien il est ému et il est sourd.
    Je me mordis la lèvre inférieure pour ne pas trop sourire à l'évocation de ce coktail incongru qui venait de déchaîner cette hilarité générale. Alors, je la remerciai en essayant d'être la plus humble possible - un véritable exploit !

    Le prêtre attendit que le silence, hôte de ce lieu consacré, s'emparât de tous. Il tenta une nouvelle fois d'expliquer la procédure pour Lulu et, afin de s'éviter d'autres déconvenues, il indiqua le mot que nous attendions :
    - Lucien, tu dois dire épouse...tu m'entends Lucien? Epouse, on est d'accord?
    Lulu réfléchissait le regard posé sur sa fiche. Il semblait marmonner, comme s'il apprenait par coeur tous les mots. Tout à coup, l'illumination survint...bonté divine !
    - Ca y est, j'ai compris ! fit-il, les joues rosies par je ne savais trop si c'était l'émotion ou la gêne d'avoir perturbé la cérémonie. Bref, nous entrevoyions le bout de ce tunnel. J'en profitai pour devancer la sortie de la noce, à la grande stupeur de Pierre ; je me devais de me refaire une beauté, car, vu les regards amusés qu'il m'avait octroyé, j'affichais certainement une mine pitoyable, inconvenante. Je ne fis ni une ni deux, je me dissimulais à l'abri d'un confessionnal, et, grâce à mon poudrier muni d'une minuscule lampe, qui s'allume dès l'ouverture du boitier, je pus rémédier rapidement aux conséquences des bourdes de ce pauvre Lulu.

    Dehors, les membres de la fanfare municipale formaient deux lignes qui se faisaient face. Pourvu qu'ils ne jouent pas, pensai-je, les oreilles de Marthe risquaient un traumatisme - bon, Lulu, lui, il ne risquait rien.

    Les gens commencaient à sortir, voilà Pierre conversant avec Paulette, derrière eux le secrétaire de la section locale du FN - mon dieu ! -, et puis la famille de Lulu au complet, les connaissances des membres de la fanfare, bref, du monde ! Mon mari s'apprêtait à photographier la sortie des jeunes mariés, Carl Martin tournait autour de moi et cela agaçait visiblement Paulette. Elle coupa court à son manège
    - Marie Louise, je vous présente Carl Martin qui, je crois, tiens à ce que je vous présente.
    Il rougit, dessera le noeud de sa cravate.
    - Carl, voici Marie Louise N..., la femme du cousin à Marthe.
    - Enchanté madame, fit-il en s'inclinant avec une raideur ridicule.
    Il me prit la main droite et...oh le sagouin ! il déposa un baiser humide au lieu de s'arrêter à une distance convenable qui aurait signifié, de sa part, le respect de cette bienséance qui est la marque des gens bien éduqués. Je la lui retirai prestement, comme si j'avais été piqué par un moustique. Heureusement, le sieur Martin ne s'attarda pas à nos côtés.
    - Il s'appelle vraiment Karl, avec un K? demandai-je.
    - Non, dit Paulette, avec un C. En réalité, il se prénomme Camille, mais il trouve que ça fait homosexuel...ce qu'il est d'ailleurs ! Une bonne nouvelle, il ne pourra venir à la réception, sans doute prépare-t-il une campagne de graffitis racistes pour ce soir?

    Vives les mariés ! crièrent les gens. Les "musiciens" de la fanfare croisèrent leurs instruments en l'air. Carl Martin - le seul à ne pas être en uniforme -était très chou avec sa flûte qu'il dressait face à un trombone. Marthe et Lulu avancaient sous les fourches caudines de la fanfare muette, et les applaudissements nourris, tandis que quelques personnes leur balacaient en pleine figure des poignées de riz blanc, au grand dam de Marthe qui se protégeait avec son bras gauche. Mon mari, au comble du bonheur, mitraillait cette scène épique à tout va, ne rata pas cette femme mal fagottée qui jeta violemment sa poignée de riz sur Marthe qui fit " Aïe ! mais elle est folle celle là !". J'appris plus tard que c'était une ex de Lulu. Sacré Lulu ! Quel Don Juan ! Et puis il finissait par m'émouvoir tant son visage resplendissait de joie tranquille.

    J'observais ce ramdam, fasciné par tous ces prolétaires en goguette. Tout à coup, la femme du frère de Lulu, vous savez, la dame aux joues couperosées, surgit du diable vauvert en tirant par le bras sa fille âgée d'à peine huit ans, en tenue de majorette, pour accueillir les mariés qui finissaient leur parcours sous les instruments de musique. Elles s'arrêtèrent devant l'objectif de Pierre, interessé par le visage de la mini-majorette qui pleurait parce que elle ne voulait pas faire le grand écart devant Marthe et Lucien. Sa mère la secouait - et Pierre qui se régalait - mon dieu !
    - Alexandra, fais-le pour le cousin de Marthe ! dit-elle d'une voix hystérique.
    - Non, j'veux pas !
    Vlan ! La gifle fut retentissante ! ( un terrible instantané !)
    La pauvre petite finit par s'exécuter tout en sanglotant douloureusement - et Pierre, bien sûr, qui n'en manquait pas une ; Je l'entendis même s'exclamer : formidable !

    Je m'approchai de mon mari, et lui donnai un coup de coude. Arrête ! lui murmurai-je. Il me regarda, avec un sourire aussi large que possible.
    - Ca valait le déplacement, non?
    - Oui, confirmai-je.
    " C'est horrible ! Je ne regrette pas d'être venu !"
    - Pardon?
    - Non, non, rien, rassures-toi, je me demande seulement ce qui nous attend chez Paulette, il parait que la réception se déroulera dans leur garage !
    - C'est original ! s'exclama Pierre.
    Horrible !






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    Re: Le mariage de Marthe ( chronique sociétale )

    Message par Invité le Jeu 14 Oct - 17:16

    Cynique à souhait.
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    Dolma

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    Re: Le mariage de Marthe ( chronique sociétale )

    Message par Dolma le Dim 17 Oct - 9:09

    C'est trop rigolo : il y a quelques temps j'ai visionné un film super 8 qui montrait un mariage du siècle dernier eh bien j'ai retrouvé les mêmes scènes !!! Le riz jeté à grandes poignées sur les mariés, la majorette qui pleure parce qu'elle ne veut pas faire un grand écart... Les gens et leurs "travers" n'étaient pas aussi bien filmés que croqués ici mais je parie qu'en regardant bien, ils ressemblaient trait pour trait à ceux-là !

    T'es trop fort Geob gag ! !

    Dolma
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    Wapiti
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    Re: Le mariage de Marthe ( chronique sociétale )

    Message par Wapiti le Dim 17 Oct - 9:36

    Dolma, ce qu'il ne t'a pas dit, Geob, c'est qu'il était sur le film super 8 que tu as visionné, et qu'il peut donc bien nous raconter la scène pour l'avoir vécue...
    Maintenant, reste à savoir qui il est parmi ces personnages délicieusement croqués (parce que je doute qu'il soit Madame qui raconte).



    _________________
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    geob

    Re: Le mariage de Marthe ( chronique sociétale )

    Message par geob le Mer 27 Oct - 15:39

    EPILOGUE



    Je n'y peux rien : tous les mois d'août je me remémore le mariage de Marthe et Lulu. Et je ris ! Je ris, intérieurement, mais à un tel point que je suis parfois obligée de mentir à mes proches, prétexter une poussière dans l'oeil pour expliquer les larmes qui me viennent aux yeux - ah il m'aura coûté cher en maquillage ce Lulu ! Oh cette réception ! Mon Dieu ! Effectivement, elle s'est déroulée dans le garage, en même temps un espace de jeu pour les enfants - précisons le, situé sous le rez-de-chaussée surélevé de la villa de Paulette. Je ne veux pas trop m'étendre sur cette soirée, j'étais vraiment un peu "pompette", et j'ai beaucoup dansé pour ne pas faire ma bêcheuse. Quant à Pierre, il s'est intéressé à toutes les bouteilles garnissant les tables dressées sur la pelouse - en fait, le garage servait surtout de dancing. Vers trois heures du matin, il y eut un silence incroyable lorsque nous vîmes Lulu, affublé d'une perruque, de lunettes de soleil énormes, une cigarette au coin des lèvres, pénétrer dans le garage avec son vélomoteur Peugeot. Nous nous écartâmes, stupéfaits, presque inquiets. Pierre vint nous rejoindre et nous établîmes un grand cercle autour de ce personnage incongru surgi de cette nuit si chaude. Lulu commença alors un numéro de cosaque qui avait troqué son cheval contre une mobylette. Non, je ne me moque pas, c'était magique ! Fallait le voir, un pied sur une pédale, donner de l'élan à son engin, puis monter sur la selle, et, toujours en tournant, exécuter des figures comme tendre sa jambe droite à l'horizontal derrière lui, puis redescendre pour redonner de l'allure à son fier destrier mûni de deux roues et nous offrir d'autres compositions visuelles. Combien celà a-t-il duré? Une minute, deux minutes? En tous cas, je me rappelle des applaudissements, des cris, une fois que Lulu eût terminé son numéro, peut être la chose la plus formidable qu'il ait jamais faites de sa vie ! Car ce qui s'ensuivit fut plutôt pathétique.

    Voyons, il est 14h15. Dans un quart d'heure, Pierre va atterir sur l'aéroport du Bourget où je l'attends impatiemment.

    Bien entendu, Pierre manqua à sa parole - mais ce ne fut qu'une fois. En effet, quelques années plus tard, il rendit visite à Marthe et Lucien. Juste en coup de vent, m'avait-il assuré ! Et il tomba des nues lorqu'il vit un étranger lui ouvrir la porte : c'était José, l'amant de Marthe ! Oui, Marthe n'avait pas trouvé mieux que d'installer son amant dans son foyer ! D'après Pierre, Lulu semblait s'en accomoder à partir du moment où une bouteille de vin trônait toujours devant lui, sur la table de la cuisine, avec son paquet de "gauloises" et un briquet juste à côté. Mon mari resta une heure, le temps de sauver les apparences, et ne revint jamais chez ces gens perdus. Les années passèrent encore jusqu'à ce qu'un jour, un matin exactement, nous reçûmes un coup de fil de Paulette nous annoncant la mort de Marthe, Lucien, et José. Ils avaient péri tous les trois au cours d'un monstrueux incendie qui avait réduit en cendres la petite maison dans laquelle ils s'étaient installés. Je dis "monstrueux" parce que ce fut un brasier fantastique, avec des flammes qui montaient haut dans le ciel, une véritable torche, qui étonna les pompiers pourtant habitués à toutes sortes de sinistres. Voici l'explication : Lulu et José fabriquaient leur propre boisson alcoolisée, en véritables distillateurs clandestins, dans la cave du pavillon où s'entassaient plusieurs bonbonnes d'alcool pur. J'imaginais que Lulu avait dû allumer sa cigarette au mauvais moment. Le pauvre ! En ce qui concernait José qui n'avait pas de parenté connue, Paulettte demanda à Pierre d'utiliser ses relations pour éviter la recherche d'ADN sur le peu de restes humains à disposition, et proposa ainsi d'inhumer tous les trois dans le même cercueil : ils resteraient ensemble ad vitam eternam. Un peu sidéré, Pierre accepta. Mais nous ne nous rendîmes pas à cet enterrement...collectif. Deux mois plus tard, on vit dans la ville, où Lulu et Marthe avaient vécu, le commissaire de police et ses deux adjoints, le président du tribunal et le greffier en chef, s'affichaient sans vergogne dans de splendides berlines allemandes bien au dessus de leurs capacités financières.

    A travers la baie vitrée, je vois Ivan, le chauffeur personnel de Pierre, astiquer la carrosserie de notre voiture sur le tarmac de l'aéroport. C'est un serbe qui doit beaucoup à mon mari et lui est entièrement dévoué. Il me fait peur, en même temps il me rassure car je sais qu'avec lui mon mari est en sécurité.

    Les années ont passé avec une vitesse stupéfiante. Oui, je sais, tout le monde parle du temps qui passe vite. Seulement, mon âge certain marque mon corps que j'entretiens vaille que vaille, dans un combat désespéré, perdu d'avance, mais je résiste, je plais encore. Oui, les années ont passé, nous nous sommes débrouillés pour ne pas sombrer, comme quelques uns de nos amis, dans la crise financière que nous avions pressenti au cours d'un voyage aux Etats Unis. Un ami américain de Pierre travaillait pour "Lemhan Brothers", maintenant il travaille pour Pierre, au Luxembourg, là où mon mari a installé le siège social du fond d'investissement qu'il a crée, en quittant la banque en 2006, avec de gros clients qui ne savent plus comment le remercier de leur avoir évité de boire la tasse et de sauter par la fenêtre. J'évite les détails, inutile d'insister sur notre fortune qui est devenue plus que considérable, malgré que Pierre tient à payer ses impôts en France - ses clients ne le suivent pas sur ce plan là, ils le considèrent comme un original, un gouru qui fait des miracles avec de l'argent !

    Et puis, il y a quelques semaines, Pierre me fit une rechute : la tentation du topinembourg ! J'ai crains qu'il ne replonge, si j'ose m'exprimer ainsi, dans ses vomissements ! La grosse crise ! Alors il m'annonça qu'il allait prendre un billet d'avion en classe économique, bien que que sa société possède un Falcon 50 EX et des parts dans une compagnie d'aviation d'affaires, afin de se rendre en Inde pour se ressourcer, faire comme les vrais gens ! Il est donc parti il y a quatre jours, il a atterri à Chennai, puis il a pris un taxi pour Mamallapuram, une bourgade au bord de l'océan. Il a loué une des cinq chambres d'une grande maison, située en plein milieu du quartier des pêcheurs, où s'alignent, m'a-t-il précisé, des petites maisons jaunes, comme des cubes, qui servent à reloger les gens victimes du tsunami - au grand dam de son loueur qui n'avait jamais imaginé qu'un jour sa maison serait encerclée par ces sortes d'habitation, avec des barreaux aux fenêtres en guise de vitres ! Quand le propriétaire a montré l'endroit à mon mari, il a failli repartir sur le champ tant la pauvreté des gens, les ordures dans les ruelles de terre battue, et ces corneilles criardes, omniprésentes, le déstabilisaient et lui faisaient regretter déjà son idée saugrenue. Avec le loueur, un tamoul catholique, il est monté sur le toit terrasse. Il eut la surprise de voir un touriste, assis sur une natte, en train de lire un livre de poche. L'indien fit les présentations et indiqua, histoire de convaincre mon mari, que ce type, un Français, était là depuis deux mois. Alors Pierre paya cinq nuits, laissa son sac à dos - je vous jure ! - dans sa chambre, et remonta discuter avec le Français qui avait un nom bizarre, Geob ou quelque chose d'approchant.
    - Comment faites-vous pour rester dans un endroit pareil? lui a demandé Pierre.
    - Oh vous savez, on s'habitue à tout. L'autre soir, vers 18h, alors que la lune se levait, et que les corneilles pointillaient le ciel crépusculaire de taches noires, je me suis dit : quelle chance j'ai d'être là !
    - Hein???
    Lorsque Pierre m'a raconté cela au téléphone, je lui ai suggéré de vite rentrer, de s'éloigner de ce malade. Le pire c'est que ce Français avait même attrapé le chikunguya, et cela fut le signe pour Pierre qu'il ne devait pas s'attarder en Inde.

    Pierre n'a passé qu'une nuit dans cette maison du quartier des pêcheurs de Mamallapuram. Le lendemain, il est revenu à Chennai, loua une chambre dans un palace. Et il a organisé son rapatriement en appelant John Brautigan, son ami banquier de la défunte "Lehman Brothers" - en fait, ils sont restés en contact permanent appris-je plus tard, ce qui relativisa à mes yeux ce besoin fallacieux qu'a eu mon mari de se coltiner avec des pauvres alors qu'il n'était pas question pour lui de perdre de vue la gestion de son fonds d'investissement.

    15h30. Je vois le Falcon qui atterrit sur la piste de l'aéroport du Bourget. Je descends sur le tarmac et je monte dans la voiture. Ivan me conduit sur l'aire de stationnement où s'est arrêté le Falcon. Je vois déjà qu'on installe la passerelle, la porte qui s'ouvre. Nous nous arrêtons non loin, je descends et je me dirige vers le pied de la passerelle. La première personne que je vois c'est une hôtesse, puis mon mari qui lui dit quelques mots. Elle éclate de rire. Pierre porte un costume trois pièces ; a-t-il abandonné son jean, son tee-shirt, son sac à dos chez les nécessiteux? Ah voici John ! C'est lui qui a dû lui ramener sa "tenue de travail". Pierre se rend compte de ma présence - ah tout de même ! Il descend précipitamment les marches et se jette dans mes bras.
    - Ah Marie Louise ! Tu as raison, je ne retournerai plus en Inde !
    - Tiens donc, dis-je avec un sourire ironique.
    - Oui ! C'est horrible !
    Décidément, nous étions faits l'un pour l'autre !










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    voyageurasie

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    Re: Le mariage de Marthe ( chronique sociétale )

    Message par voyageurasie le Dim 31 Oct - 3:17

    Innovant le cerceuil 3 en 1,

    Cà permet de censuré en attendant la nouvelle enveloppe terrestre


    top là. pour cette nouvelle

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    Re: Le mariage de Marthe ( chronique sociétale )

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