Le Village du Peuple Etrange Voyageur

pour nos pensées, nos petites histoires et nos joutes littéraires autour des voyages

-26%
Le deal à ne pas rater :
[CDAV] – 200€ sur la TV OLED UHD 4K – 65″ LG 65BX3
1399 € 1899 €
Voir le deal

    Journal d'un curiste ou vingt ans après

    geob
    geob

    Journal d'un curiste ou vingt ans après - Page 2 Empty Re: Journal d'un curiste ou vingt ans après

    Message par geob Mar 6 Juil - 22:28




    Marylin Monroe.


    Tous les soirs, j'allai diner au restaurant "Le Massalia" dont le menu à 31€ est compris dans la demi-pension de l'hôtel "Le Verdon", il me suffisait pour ça de traverser la route de Riez, bref, de marcher sur une cinquantaine de mètres. Je ne vais pas épiloguer sur la qualité de ce restaurant trop axé sur la présentation des plats à tel point que je qualifierais cette cuisine de narcissique car, à l'évidence, le chef aime bien rechercher la gratification dans la décoration artistique de ses plats plutôt que mettre de l'inventivité dans l'accompagnement des poissons ou des viandes hélas trop souvent résumé à des petits bouts de légumes drastiquement réduits à leur plus simple expression, mais harmonieusement disposé comme un peintre pointilliste le ferait avec ses tâches de couleurs. Précédemment, j'avais évoqué de rares foutages de gueule par rapport à l'ambition culinaire de ce restaurant. Un exemple? Gratin de macaronis ! Spaghettis de légumes ! En revanche, je garde un excellement souvenir des poissons, de ce filet de bœuf à la ficelle, de la soupe froide au melon de Cavaillon.

    Tous les soirs, la même table, et les mêmes gens non loin de moi. Bon, la plupart, moi y compris, âgé en moyenne de plus de soixante ans. Ainsi ce couple, non loin de moi. L'homme toujours habillé pareil, tee-shirt et short, et la femme toujours habillée en noir, le visage pâle, l'air triste : elle a l'air de se demander ce qu'elle fiche là. Son mari veille sur elle, l'encourage à manger. Aujourd'hui l'âge lui a courbé l'échine, mais il y a trente ans, ça devait être un bel homme. Quand j'arrivai, on se saluait, sans pour autant entamer une conversation... jusqu'au jour où Marylin Monroe contribua à briser la glace entre nous.

    Tout d'abord, faut que je vous parle d'une dame, élégante, si élégante que même ses rides lui allaient bien. La femme qui l'accompagnait, eh bien j'ai cru que c'était son amie mais non, juste une relation de curistes habitant le même hôtel. Je les ai vues mon premier jour à Gréoux, dans le village sur la colline. Nous étions attablés sur une terrasse de bar, la pluie s'annonçait, alors il a fallu rapprocher les tables pour que tout le monde puisse s'abriter sous les grands parasols. Comme nous étions si proches, la conversation à trois a bien fini s'ouvrir. Pour simplifier le déroulement des lignes qui suivent, il me faut affubler d'un prénom les intervenantes, et pour bien montrer leur différence, appelons la dame élégante Hélène, l'autre... euh... Raymonde. J'écoutais distraitement les propos de Raymonde, elle était très nature, adorait marcher, mais Hélène ne comprenait pas ces gens qui partaient en randonnée juste après les soins en cure, elle préférait se reposer. Raymonde aimait bien cueillir le romarin, le thym, les étaler sur papier journal pour les faire sécher (me semble-t-il), cela fit sourire Hélène qui préférait les acheter au supermarché. Puis, je ne souviens plus pourquoi, Napoléon vint s'immiscer dans nos dialogues, ce qui fit taire Raymonde. Hélène a un fils qui possède une belle bibliothèque, elle a lu des ouvrages sur l'Empereur, elle ne paraissait avoir une grande admiration pour ce personnage, moi non plus... mais oui, mais oui, bien sûr, nous vivons toujours dans cette nostalgie d'un passé grandiose de fureur et de sang, oui, bien sûr, il y a le code civil, toute cette organisation de l'état jusqu'au moindre détail, etc., etc., qui structure toujours notre société, mais enfin cela a couté si cher à la France, terriblement cher - les thuriféraires du personnage n'évoque jamais les trois ou quatre années d'occupation très dure qui résulta de cette aventure personnelle hors-normes.

    La pluie avait cessé. Raymonde se leva pour aller payer leur consommation. J'en profitai pour dire à Hélène combien j'appréciais son parfum à la fois subtil et sensuel. Elle arbora un petit sourire satisfait. Ah c'est sur, ajoutai-je, vous ne l'avez pas acheté chez Monoprix ! Elle se mit à rire. Vous savez, j'aime bien aussi Monoprix ! Sur ce, Raymonde revint, Hélène se leva et je m'apprêtai à leur dire au revoir. Non, je vous ramène à votre hôtel, proposa-t-elle, nous sommes venus en voiture.
    Sa voiture, je ne sais quelle marque, en tout cas, en montant derrière, je constatai à quel point sa berline est spacieuse, confortable. Elle me déposa sur le parking de leur hôtel 4 étoiles, le mien est en face, de l'autre de la route Riez, un 3 étoiles

    Il y avait donc une étoile entre nous, c'est tout dire !...


    Maadadayo !
    geob
    geob

    Journal d'un curiste ou vingt ans après - Page 2 Empty Re: Journal d'un curiste ou vingt ans après

    Message par geob Jeu 8 Juil - 21:52

    Marylin Monroe (2)


    Tous les soirs, Hélène entrait dans le restaurant par le salon bar de l'hôtel "La Crémaillère" - qui abritait donc le restaurant "Le Massalia". J'étais attablé juste en face. A chaque fois, elle apparaissait dans de nouveaux atours, elle saluait et échangeait quelques mots avec mes voisins attablés non loin de moi -logeant eux aussi à "La Crémaillère"- puis avec moi. A chaque fois je lui faisais part de mon admiration enchantée - bon, j'avoue, je jouais un peu du violon. Le deuxième ou troisième soir, toujours sous l'emprise des senteurs délicieuses qui la précédaient, je lui posai cette question dont tout le monde connait la réponse :
    - Vous savez ce que répondit Marylin Monroe lorsqu'on lui demanda ce qu'elle mettait le soir pour dormir?
    A ma grande surprise, elle ne sut que répondre. Mince alors ! La réponse fusa de la personne sur laquelle je n'aurais pas miser un kopeck, cet homme toujours en tee-shirt et short.
    - Chanel n°5, dit-il d'une voix ferme, en souriant.
    Et il s'y connaissait en parfum ! Il nous raconta brièvement qu'il avait travaillé dans ce secteur, évoqua combien de kilos de fleurs étaient nécessaire pour fabriquer un petit flacon d'huile essentielle, et autres chose encore. Hélène écouta attentivement, intéressée, puis elle nous quitta pour se dirigeait vers sa table habituelle où elle mangeait seule. Au fond, c'est grâce à elle, et à Marylin Monroe, que je pus découvrir ce couple dont la vie ne fut pas banale. Mais avant d'en dire quelques mots, un aparté...

    ... On peut bien vivre sans connaitre la réponse de Marylin Monroe, Hélène en est l'éclatante preuve, et puis on ne peut tout savoir, surtout ces anecdotes si ténues concernant des gens célèbres. Hélène a exercé une profession libérale, donc elle faisait elle même son salaire, et j'imagine que ses journées de travail devaient être bien longues, pas le temps de s'intéresser à des broutilles. Je me souviens de ma première journée, au café, avec Raymonde. Lorsque nous nous sommes dirigés vers le parking, Hélène m'a dit qu'en fin de compte qu'elle s'était trompée de carrière et qu'elle aurait dû être fonctionnaire. Pas moi, dit Raymonde. Mais allons plus loin. Un fonctionnaire en rentrant chez lui, même s'il n'apporte pas son travail à la maison (en général, je ne parle pas des professeurs), se confronte aux contingences domestiques, sociales. Combien de fois ai-je entendu des collègues me dirent qu'une fois chez ils n'avaient le temps de rien, fallait s'occuper des gosses, faire à manger, préparer ceci, préparer cela, veiller sur des tas de choses, bref, ce n'était pas la peine de leur parler de sujets ignorés par le journal télévisé. Choix de vie. Ainsi ce couple âgé, il y a une vingtaine d'années, toujours à Gréoux les bains. Surpris par le tee-shirt que je portais, ils me questionnèrent sur sa provenance, ce qui m'obligea à parler de voyage. A la fin, je leur ai demandé s'ils avaient voyagé. Ils me répondirent qu'ils n'avaient jamais quitté leur pavillon de banlieue avec jardin, quelque part en France. Mais nous sommes heureux, vous savez, nous avons réussi notre vie, nos enfant ont du travail et nous avons d'adorables petits-enfants et, après la cure, nous regagnons notre pavillon car le jardin nous appelle, il y a du travail en perspective. Je leur ai dit que personne n'est obligé de voyager... comme personne n'est obligé de savoir que Marylin Monroe se mettait une goutte de Chanel n°5 avant de dormir. C'est en ces circonstances que je mesure combien je mène une vie marginale, non pas en dehors de la société, mais aux marges, à sa périphérie de la société.
    Quelquefois j'aspire au repos de la normalité, rentrer dans le rang, être comme tout le monde car, je ne sais plus qui l'a dit, il est difficile de rester singulier dans un monde pluriel...

    Revenons à ce couple, attablés non loin de moins au restaurant



    Maadadayo !
    geob
    geob

    Journal d'un curiste ou vingt ans après - Page 2 Empty Re: Journal d'un curiste ou vingt ans après

    Message par geob Lun 19 Juil - 21:23


    Nous sommes des savoyards !



    Ce couple attablé non loin de moi m'a tout de suite intrigué. Lui, avec son sempiternel tee-shirt et short, et elle, toujours habillée en noir, le visage pâle, triste. Lui, grand, large d'épaules, le dos vouté sous le poids des ans, veillait sur sa femme, l'incitait à manger car elle touchait à peine ce qu'on lui servait, finissait rarement ses plats ; elle, elle semblait être ailleurs, peut être dans des souvenirs, en tout cas certainement dépressive, le moral par terre (ce qu'il me confirmera, et, après consultation chez un médecin, elle ira beaucoup mieux)... Mais grâce à Marylin Monroe, le mur de verre des convenances fut brisé net. Je découvris alors qu'ils avaient eu une vie pas banale. A ma grande surprise, ils connaissaient la ville où je suis né : il y a bien longtemps, ils avaient été coopérants en Tunisie, et, comme ils n'étaient du genre à rester sur place, ils profitèrent de leurs moments de liberté pour vadrouiller dans ce pays. Deux années, si je me souviens bien, ensuite ils changèrent de pays, firent autre chose, revinrent en France. Ils firent plusieurs voyages en Chine, avec leurs enfants, et aussi pour des raisons professionnelles en ce qui le concerne car il m'expliqua que sa société avait répondu à un appel d'offres pour la construction d'une usine de médicaments et il fut chargé de concevoir le projet, puis de le présenter (en anglais). Sans réussite, mais la Chine ne le rebuta pas, loin de là. D'ailleurs je me rendis compte qu'il avait apprécié les gens, la nourriture, l'animation des marchés et des villes avant que de s'extasier devant des monuments - il ne fit aucune allusion à la Grande Muraille, l'Armée Enterrée, Pékin. A un moment donné, je lui posai cette question : savez vous ce qui se cache derrière les salons de coiffure en Chine? Je ne veux pas vous choquer, dis-je à son épouse. Elle me regarda droit dans les yeux : si vous saviez, monsieur, ce que j'ai vu à Alger ! Mince alors ! Ils connaissaient aussi l'Algérie ! Déconcerté par ce qu'elle venait de dire, je n'eus pas le réflexe de l'interroger, après tout cela valait peut être mieux. Son mari, avec un grand sourire, répondit à ma question : les boxons ! s'exclama-t-il. Ce fut un ami chinois qui lui montra ce que les touristes ignorent.

    Après le diner, ils ne s'attardaient pas, madame voulait se reposer dans sa chambre, voir des films à la télévision, et un soir un opéra diffusé en direct du festival d'Orange, tandis que monsieur, dont la vue faiblissait, se concentrait sur des conférences scientifiques ou économiques qu'il écoutait sur sa tablette. Un soir, ils me racontèrent qu'ils habitaient la Savoie. Ils m'épatèrent surtout en évoquant leur trek des Annapurna - cela m'a longtemps fait rêver, mais je n'ai pas osé - et leur dernier, il y a une dizaine d'années, au Pérou.

    Encore une fois, j'étais épaté par ces gens et elle, habituellement si triste, son visage reprenait de la lumière en se remémorant leurs expéditions. Le soir de leurs souvenirs de trekking, je leur exprimai mon plaisir d'avoir parlé à de sacrés voyageurs. Avant de quitter la salle du restaurant, elle me lança triomphalement :
    - Nous sommes des savoyards !
    ...


    Maadadayo !
    geob
    geob

    Journal d'un curiste ou vingt ans après - Page 2 Empty Re: Journal d'un curiste ou vingt ans après

    Message par geob Sam 24 Juil - 21:45

    Un chocolat chaud par 30° à l'ombre



    Au sommet du village de Gréoux, prendre la rue sur votre gauche vers l'église et la mairie. Vous passerez devant deux glaciers mais pas que, on peut aussi se restaurer à midi -genre snack. Cet après midi là, il faisait très chaud et les glaces aux parfums divers et originaux avaient beaucoup de succès chez les curistes. Comme au mois d'octobre de l'année dernière, je choisis toujours le premier vendeur. Je m'approchai, attendit que la dame finisse de servir ses clients et je lui dis :
    - Vous allez rire, aujourd'hui j'aimerai prendre un chocolat chaud. Vous en faites toujours?
    En tout cas, elle sourit, cette commande lui paraissait inattendue vu le climat.
    - Ah mais, ce n'est pas vous qui m'en preniez l'année dernière, vers le mois d'octobre?
    - En effet.
    - Ecoutez... pas de problèmes, faut que je monte à l'étage chercher le nécessaire et je vous le fait.
    Quelques minutes plus tard, elle déposa sur ma table une bonne tasse rempli de ce liquide magique, avec quelques biscuits du pays.
    - Je ne l'ai peut être fait trop liquide?
    - Non, dis-je en remuant avec la cuillère. Parfait !
    Il était onctueux, gouteux,  diaboliquement bon, et il me donna beaucoup d'énergie.
    Le soir, j'eus peu d'appétit au restaurant de la "Crémaillère".

    Maadadayo !

    Skyrgamur
    Skyrgamur

    Localisation : Normandie

    Journal d'un curiste ou vingt ans après - Page 2 Empty Re: Journal d'un curiste ou vingt ans après

    Message par Skyrgamur Sam 24 Juil - 23:04

    C'est rare de trouver un 'bon' chocolat chaud


    _________________
    Skyrgamur, le lutin Islandais

    Contenu sponsorisé

    Journal d'un curiste ou vingt ans après - Page 2 Empty Re: Journal d'un curiste ou vingt ans après

    Message par Contenu sponsorisé


      La date/heure actuelle est Mar 27 Juil - 4:56