Le Village du Peuple Etrange Voyageur

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La Géorgie - carnet décousu

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Glatch

Localisation : Ilmmünster, Bavière, Allemagne

La Géorgie - carnet décousu

Message par Glatch le Dim 5 Déc - 21:10

Alors comme promis (au vu des menaces proférées ce soir dans un casier voisin...) je vous rapporte ici-même et sans plus tarder mon embrouille avec la télé géorgienne. Si besoin est, je vous rapporterai un peu plus de détails sur la Géorgie que la dite embrouille.

On est partis, Achille et moi, au printemps dernier en Géorgie. A l´origine, on avait un peu prévu de relier Tbilissi à Bakou, de se balader autour de la capitale géorgienne, et de voir en Azerbaidjan les coins qu´on n´avait pas encore eu le temps de découvrir l´année précédente. Or les Azéris sont devenus vraiment casse-burnes pour ce qui concerne la procédure visa. Veulent tout savoir, où et quand tu comptes te poser, pourquoi là et pourquoi pas ailleurs. Sachant que ces rabat-joie n´acceptent évidemment pas les confirmations en toc et qu´on est habitués, Achille et moi, à avancer au petit bonheur la chance sans rien réserver à l´avance, on a décrété qu´on tirerait un trait sur la carte d´Azerbaidjan et qu´on ferait le tour de la Géorgie. Nananère.

Or un beau jour, alors qu´on venait de débarquer en Svanétie, la somptueuse région montagneuse coincée entre l´Abkhazie à l´ouest et l´Ossetie du Sud à l´est, on s´est embarqués pour une journée de crapahutage dans les hauteurs. L´astre éblouissait tout ce qui lui tombait sous les rayons, l´air printanier caressait nos épidermes encore traumatisés par l´interminable hiver bavarois, les enfants gazouillaient, les grands tétras du Caucase se pleutraient allez savoir derrière quel rocher, les ruisseaux dégringolaient en cascade depuis les sommets encore enneigés, les chevaux nous coupaient la priorité à droite sur les chemins caillouteux, les bovins se prélassaient à l´ombre des maisonnées... bref toutes les conditions étaient réunies pour que cette journée soit à marquer d´une croix blanche tant elle était parfaite.









Précisons en outre que le Svan est l´être le plus accueillant de la terre (ex-aequo avec le Géorgien non svan...). Il suffit de traverser un hameau semi-fantôme (exode rural oblige, à moins qu´une avalanche ait emporté une bonne partie d´un bled quelques hivers auparavant...), et de passer au large de la seule maison encore habitée, pour être convié à partager la soupe d´abats et le pain maison à la confiture de pommes caramélisée (miam).



Le temps défilait beaucoup trop vite, comme d´hab en voyage et dans la vie en général, les kilomètres de marche commençaient à se faire sentir au niveau des arpions, des mollets, des cuisses, des hanches, des dorsales etc. Avant que la nuit tombe, il a bien fallu se résoudre à rejoindre notre point de chute, Mestia en l´occurence. Comme partout en Géorgie, on logeait chez l´habitant. Je rêvais justement d´une douche chaude et d´un tchai brûlant pour reprendre mes esprits avant d´amorcer la soirée, quand on est passés devant le seul et unique bistrot du village.

Inutile de préciser que c´est par simple curiosité que, d´un commun accord, Achille et mézigue, nous sommes décidés à faire une brève halte dans cet endroit pour goûter à la bière locale. Le temps que je me félicite, grâce à mon dico allemand-géorgien magique, de n´avoir pas fait s´esclaffer toute la galerie en commandant les mousses, il était déjà l´heure d´en commander une deuxième, sachant que les chopes svanes sont plus riquiqui que les bavaroises.

La fatigue me fatiguait, la fumée du troquet me piquait et me gonflait les paupières comme pas possible (c´est qu´on n´est plus habitués à rien de nocif dans nos contrées où l´interdit règne en maître), si bien que je décidais de m´arrêter à la troisième (à moins que ce soit la quatrième ou cinquième) chope et entraînais Achille pour sortir prendre l´air et surtout tenter de retrouver le chemin du bercail.

On marchait tous les deux, pleins d´allant. Disons que, tels de joyeux bouts-en-train, on zigzaguait pas mal en débouchant sur la place principale du village, lorsqu´une nuée de (deux) personnes nous ont pris d´assaut et salués, fort sympathiquement au demeurant. Gamardjoba ! par ci, Gamardjobat ! par là...

Voilà-t-y pas que la charmante blondinette, haute comme cinq pommes et demi tombe sur Achille et lui demande, dans un angliche plus que bricolé, très manuel dirons nous, si par le plus généreux des hasards, on accepterait de répondre à quelques questions pour la télé géorgienne. J´allais déjà repartir et m´excuser de décevoir des millions de Caucasiens, mais, non vraiment, une autre fois peut-être... lorsqu´Achille, à qui il arrive d´être encore intimidé par moi, même après tant d´années, a accepté de se plier à l´exercice de l´interview.

Il m´a fallu deux secondes pour réaliser que j´étais bien parachutée en Svanétie, que la nuit approchait, que la fraîcheur commençait à se faire sentir, qu´Achille venait d´accepter de faire le pitre devant une caméra d´une chaîne nationale (ayant sans doute le monopole...), et non pas douillettement en plein rêve sous ma couette d´Ilmmünster !

Quand la jolie pépée a fait comprendre à Achille qu´elle ne parlait pas anglais, mais qu´elle lui poserait les questions en russe ou en géorgien., Achille a fait « I´m sorry, no russki ». On allait partir et je commençais à inspirer et expirer normalement quand la nana nous a fait signe de patienter deux secondes. C´est alors qu´elle a dégainé son nokia et elle a appelé dieu-sait-qui. Blabala blabala. Ce manège a duré un bon petit moment jusqu´à ce quelle finisse par tendre son téléphone à Achille (dont le visage était passé, dans l´intervalle de temps, de buriné par le soleil des sommets à blanc comme un linge).

Achille s´est mis à parlementer très diplomatiquement, dans un anglais presque parfait, avec un interlocuteur et faisait « okay... okaaayyyy.... okaaaayyyyy ». Le type au bout du fil, qui s´est avéré plus tard être le fiston de la journaliste, lui traduisait les questions que venaient de lui souffler sa mère dans le combiné. Achille était supposé répondre du tac au tac en souriant et en fixant son regard vers la caméra. Bonne mère ! Mais c´est qu´il se débrouillait mieux que le président un soir de remaniement ministériel, le bougre ! A croire que la bière géorgienne était le meilleur des stéroides anabolisants pour la cervelle.

J´en étais là de mon admiration pour un homme que je découvrais sous un nouveau jour, quand ce con a fait « I am really happy to be here with my girlfriend ! ». Sur ce, il y a eu un mouvement de la caméra et un passage de micro. J´étais moi-même en direct...
Je ne m´en remets toujours pas.




Dernière édition par Glatch le Dim 5 Déc - 21:45, édité 4 fois


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Lilie

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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par Lilie le Dim 5 Déc - 21:35

J´en étais là de mon admiration pour un homme que je découvrais sous un nouveau jour, quand ce con a fait « I am really happy to be here with my girlfriend ! ».

Ahahah!

Merci pour le racontage d'anecdote chez Georges.


Lilie
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mamina

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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par mamina le Dim 5 Déc - 23:39

Comme le Beaujolais nouveau la Glatch est revenue !!!

Quelques lignes seulement et voilà Achille bien égratigné, notre Président rendu à sa réputation de bafouilleur,
les bières de sortie et les paysages hallucinogènes !!! j'ai lu aussi quelque part que tu étais ENCORE tombée amoureuse en voyage !!!!

En tous les cas j'ai bien ri !!!

rire
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bardak

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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par bardak le Lun 6 Déc - 20:20

Excellent!!!!!

Argh, pas encore eu l'occasion de crapahuter en Svanétie, mais j'ai rencontré un charmant Svan qui m'a promis de me faire découvrir les merveilles de la géographie svane (au moment où il m'a dit cela, je ne suis pas sûre qu'il parlait de ce genre de géographie, mais bon... on ne va pas jouer sur les mots...) timide

J'en veux d'autres!!! Ah! la Géorgie, quel bonheur! Même si leurs "ludi" sont insipides et leur lourdeur byzantine épuisante...


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Glatch

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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par Glatch le Lun 6 Déc - 21:12

mamina a écrit: j'ai lu aussi quelque part que tu étais ENCORE tombée amoureuse en voyage !!!!



rire


Pour sûr, Mamina que les Caucasiens (et le Caucase) valent plus qu´un détour de quelques semaines. Je tords le cou au premier qui s´avise de prétendre le contraire. En route donc... et surtout en marchroutka ! ce qui n´équivaut pas vraiment à la traversée pépère en bus greyhound du continent nord-américain.

La marchroutka est une promesse d´aventure, un moyen de locomotion haut en couleurs. Contrairement à ce que son nom indique, ce n´est ni une bourrée (la danse) tchèque ni une variante transcaucasienne de la choucroute, mais un bon vieux minibus qui emmène les Géorgiens de A à B (au mieux un volkswagen recyclé de Germanie après de longs et loyaux services).

Taxi collectif qui parcourt la Géorgie en long en large (et parfois de travers) depuis l´éclatement de l´ex Union Soviétique, la marchroutka est un mode de transport officiel (ou tout comme..), parfois assez mal organisé pour ne pas dire bordélique. Depuis l´indépendance du pays, c´est un souk incroyable à tous les échelons de la société, si bien que les Géorgiens ne sont pas trop regardants quand il s´agit du manque de structure du réseau routier. Tant qu´il est possible de se déplacer sans trop d´embrouilles dans le pays, tout roule...

Le dépaysement commence dès lors que la carlingue s´est posée sur le tarmac de Tbilissi. A l´opposé des voies autoroutières à grande circulation que sont devenues les pistes de décollage et d´atterrissage des grands aéroports occidentaux, celui de la capitale géorgienne a conservé des allures quasi champêtres.

Quelques mauvaises herbes récalcitrantes squattent ici et là les voies bétonnées. Si bien qu´un bref dérapage à l´atterrisage – certes bien maîtrisé par le vaillant capitaine de la Lufthansa – n´a rien de vraiment surprenant. Il faut dire qu´on a paumé du temps au démarrage, et que le pilote a de quoi être stressé. Au moment de rentrer les toboggans, les hôtesses, qui venaient de compter scrupuleusement les passagers, se sont aperçues qu´il manquait des plateaux repas. Si bien que le pilote a fait des pieds et des mains pour trouver à la dernière minute une boîte de catering efficace qui livre dans les plus brefs délais quelques dizaines d´omelettes aux herbes.

Or quand on sait la capacité de l´être humain à tenir plusieurs jours sans alimentation (cf. les rapports scientifiques de la presse féminine à l´annonce de la saison du bikini), m´est avis que tout ce petit monde aurait survécu à moins de quatre heures de vol avec deux ou trois sachets de cacahuètes et un gobelet de jus d´orange.




Un café dans le vieux Tbilissi, bien retapé.



Bus et marchroutka devant un immeuble de Tbilissi



Une marchroutka devient une vieille maison du vieux Tbilissi pas retapé



L´attente jusqu´à la Saint-Glinglin à un arrêt de marchroutka pour rentrer à Tbilissi



Dernière édition par Glatch le Jeu 9 Déc - 15:16, édité 1 fois


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Glatch

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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par Glatch le Lun 6 Déc - 21:28

bardak a écrit:

Argh, pas encore eu l'occasion de crapahuter en Svanétie, mais j'ai rencontré un charmant Svan qui m'a promis de me faire découvrir les merveilles de la géographie svane (au moment où il m'a dit cela, je ne suis pas sûre qu'il parlait de ce genre de géographie, mais bon... on ne va pas jouer sur les mots...) timide


Sâche, Bardak, que le deal sur ce forum est de n´avoir AUCUN secret pour les copines...
Tu as deux heures pour TOUT nous raconter... sans quoi t´es plus notre copine !


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Skyrgamur

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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par Skyrgamur le Lun 6 Déc - 23:13

Glatch a écrit: Sâche, Bardak, que le deal sur ce forum est de n´avoir AUCUN secret pour les copines...
Tu as deux heures pour TOUT nous raconter... sans quoi t´es plus notre copine !

Tu dois avoir plein de choses à nous raconter depuis un an et plus. langue


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Glatch

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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par Glatch le Mar 7 Déc - 17:20

Avé les Villageois.

Je suis encore loin d´avoir entamé le travail titanesque qui consiste à rattraper le retard de lecture de toute une année (non mais quelle vie... « si ça continue, il faudra que ça cesse » ! ), mais j´ai quand même eu l´occasion de percuter que, non seulement Bardak est en Géorgie, mais surtout qu´elle y est installée pour y besogner et donc y vivre sur la durée. Vais donc m´en aller raconter le moins d´âneries possible ce qui, je vous l´fais pas dire, s´annonce acrobatique, voire harakiriesque.

On y était donc, dans le Caucase. Or notre plan, décidé plus ou moins à la dernière minute, prévoyait de rejoindre la Svanétie, à l´ouest du Grand Caucase, depuis Tbilissi. La région est (je le répète pour les endormis) coincée entre l´Abkhasie et l´Ossetie. C´est pas rien. Une Corse à cheval entre l´orient et l´occident. Sauf que, ne cherchez pas le GR machin tout balisé, et encore moins le Compostelle bisonfuté pour cause d´engorgement... On se dirigeait plein ouest vers des territoires quasi hostiles ! Encore fallait-il y arriver, sur les plus hautes terres habitées de Géorgie et - achtung ! - d´Europe. Rien que ça.
C´était donc parti pour un tour en marchroutka, qui s´avèra d´ailleurs être sans conteste le plus rockn´roll du voyage.

Je n´en dis pas plus pour le moment, si ce n´est qu´on est partis de Koutaisi où on avait passé deux petites journées (le temps notamment pour nos gosiers de se cogner une beuverie mémorable et foklo chez un couple de retraités adorables. On verra ça peut-être plus loin...) et qu´on a grimpé vers Mestia. Ceci après un bref transit à Zugdidi, le temps d´un tchai serré, pris au bord de la route. Une poignée d´euros pour parcourir quelques 150 kms. Le chauffeur, tout sourire, a eu l´air catégorique quand il a dit qu´on en aurait pour trois... ou quatre heures à tout casser.






Monastère de Guélati, près de Koutaisi



Une maison de Koutaisi



Une cuisine géorgienne (où qu´on a pris la biture, enfin surtout Achille, pour être plus près de la vérité...)

A priori, tout marchait comme sur des roulettes, enfin surtout la marchroutka... Le chauffeur était la décontraction même. Les quelques passagers itou. C´est à peine si j´ai eu le temps de farfouiller dans mon sac pour y prendre des chewings-gums, qu´une mama géorgienne toute en rondeurs, assise à ma gauche, m´a proposé une part de brioche aux raisins secs, ainsi que le gîte à Mestia pour le soir même. La conversation était bien engagée. Mon dico me faisait bégayer et dégainer dix non-sens par minute, alors qu´elle me racontait sa vie à un rythme tel qu´on aurait pu croire que je la comprenais. Je captais malgré tout les grandes lignes de son discours, notamment que sa fille aînée parlait très bien anglais et qu´elle-même adorait cuisiner pour des invités de passage. Ben tiens donc... si elle est pas bien tricotée, la vie !

Me fait penser qu´une petite carte de la Géorgie sur mesure serait bienvenue. Achille est débordé ces derniers temps. Va falloir que je me débrouille toute seule, à moins que je téléphone à Bardak...




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lahaut

Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par lahaut le Mar 7 Déc - 22:15

mais tu ne nous as pas dit ce que le reporter vous a posé comme questions ?
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Glatch

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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par Glatch le Mer 8 Déc - 20:27

Lahaut,
les questions c´était rapport à ce qu´on éprouvait en tant que touriste en Géorgie, si ça nous transcendait le rapport avec le pays et ses habitants et tout et tout... tu vois ?

Je continue ?

La marchroutka roulait à vive allure. Il faisait chaud. Mais une fois les fenêtres ouvertes, c´était tout à fait supportable, et l´irrigation des cerveaux était assurée. J´allais ainsi jusqu´à pousser fort loin les limites de ma réflexion silencieuse et me disais qu´au vu du peu d´utilité des lignes blanches, le gouvernement géorgien aurait été bien avisé d´économiser quelques deniers sur la peinture… On doublait n´importe où et n´importe quoi. Heureusement que depuis mon siège, je n´avais pas vue sur le compteur, mais seulement sur le ravin qu´on frôlait inconsciemment.

Ma voisine semblait sereine et faisait tout son possible pour nourrir la conversation, quand le portable du chauffeur s´est mis à sonner. Enfin quand je dis sonner… ameuter tout le Caucase serait plus exact. Le ton n´était pas vraiment alarmant, mais on sentait une légère contradiction dans sa voix. Je n´étais pas si loin de la plaque puisqu´on n´avait pas fait trente kilomètres qu´on s´arrêtait déjà. La marchroutka n´était pas pleine. Par contre, on transportait un bazar incroyable, des poutres, des barres en métal, des sacs pleins d´allez savoir quoi. Les trois ou quatre passagers sont alors descendus pour prendre l´air et ma voisine m´a informée qu´on attendait de récupérer un gars en retard sur l´horaire. A cet instant, un camion a déboulé en sens inverse. Puis il y a un gros boum ! Un de ses pneus venait d´éclater au sortir du virage.

L´engin bancal a parcouru une cinquantaine de mètres dans un raffut du diable, a traversé la route et est venu s´échouer à quelques mètres de la marchroutka. Notre petite troupe s´était mise à l´ombre d´un arbre. J´ai reluqué une nouvelle fois le fond de mon sac pour y trouver deux ou trois bananes à moitié écrabouillées que je n´osais pas proposer à qui que ce soit. Quelques vaches lascives, ainsi que des moutons pas beaucoup plus perturbés par les soucis du quotidien, sont passés nous faire coucou, pour repartir brouter un peu plus loin. Notre chauffeur était pendu au téléphone. Ô rage, Ô rage, impossible de capter une seule bribe de la conversation tant le géorgien est difficile à appréhender.

Le chauffeur du poids lourd a dégainé à son tour son portable pour (je présume) donner l´alerte et prévenir qu´il était en rade avec une benne pleine de gravillons. Autant un 38 tonnes croisé sur nos routes ne me mettra pas franchement en émoi, autant lors d´un voyage, il est parfois bon de poser son regard sur des détails qui ont l´art de défriser la jugeote. La veille par exemple, on était tombés nez à nez avec un vieux bahut à remorque dont le carcasse rouillait dans une rue déserte de Koutaisi. A l´avant de l´engin, a priori hors service depuis belle lurette (quoique...), un splendide sigle représentait Staline. J´imagine bien chez nous la calandre d´une berline allemande arborant un Hitler chromé... et les réactions des passants !



Voilà !

Le passager qu´on attendait a fini par arriver. Un tout jeune type, j´irais même jusqu´à ajouter assez beau gosse (penser à insérer une photo pour Lilie si besoin est). Il s´est fait déposer par un 4x4 qui est reparti illico. Tout le monde a repris sa place dans la marchroutka, plantant là le chauffeur du poids lourd et son pneu déchiqueté. De toute façon, il était toujours occupé à téléphoner.

Au moment de tourner la clé pour démarrer... niet. Le moteur n´a rien voulu rien savoir. Notre chauffeur a retenté l´opération en maugréant. Re-niet. A ce stade de l´histoire, j´aurais pu théoriquement déjà avoir couvé un ulcère. Mais n´oublions pas que la Géorgie, ce n´est ni l´Europe, ni vraiment l´Asie. Les repères y sont décalés, surtout si on considère que les ancêtres des Caucasiens sont venus qui de Perse, qui de Grèce, qui de Russie, qui de Turquie... alors qu´un Bavarois, lui, biberonne à la compétitivité et la performance (faudra repasser pour la leçon d´histoire).

Hop. Tout le monde est redescendu. Le capot s´est entrebâillé... sous l´oeil indifférent du chauffeur de poids lourd toujours pendu à l´engin qu´on sait. Le passager de devant maintenait le capot ouvert pendant que notre homme s´affairait. Les vaches étaient revenues et se sont mises à traverser la voie à grande vitesse (la voie, pas les vaches) malgré les klaxons ahurissants. A ce moment, le moteur a vrombi comme par enchantement. Tout le monde a réembarqué, soulagé. On avait déjà bien dû perdre une heure.

Lela, ma voisine, avec qui j´avais amplement le temps de faire connaissance, passait des coups de fil à droite à gauche pour organiser notre arrivée et sans doute prévenir sa montagnarde de fille qu´on aurait un peu de retard. Cette fois, le minibus était lancé. J´avais toutefois la nette impression que notre pilote était décidé à rattraper le retard déjà accumulé. Tout ça prenait des allures de rallye, alors qu´en théorie, rien ne nous pressait.

On venait de quitter l´axe principal pour attaquer la grimpette. La route était, certes pittoresque, mais en sale état. La marchroutka gardait sa gauche en permanence. Or, que je sache, notre conducteur n´était ni anglais ni médium... Qu´est-ce qui nous prouvait qu´une marchroutka pressée ne descendait pas à tout berzingue en sens inverse et qu´on n´allait pas se la prendre en pleine face pour finir dans le vide sans même avoir aperçu la Svanétie ?



En marchroutka...




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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par Lilie le Mer 8 Déc - 20:55

Un tout jeune type, j´irais même jusqu´à ajouter assez beau gosse (penser à insérer une photo pour Lilie si besoin est)

Besoin est. langue

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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par bardak le Mer 8 Déc - 21:51

Ouais attention, je suis dans la place... L'oeil de Moscou veille... je contrôle tout, vérifie tout, re et re-croise toute information...(mon charmant Svan est aux abonnés absents, d'où ma sélection au juke-box... savent y faire alors pour briser les coeurs des jeunes filles en fleur... oui, je suis une jeune fille en fleur et je m'assume complètement! sourire )

Et je m'éclate à lire ton carnet de voyage. C'est comme si une deuxième Géorgie s'ouvrait devant moi... continue, je t'en supplie, c'est un tel régal! Quel pays! Bon sang quel pays! Un bonheur de tous les instants, un instantané byzantin en plein 21ème siècle... parfois je me demande comment j'ai pu vivre si longtemps (pas trop non plus... même si ici je suis considérée comme une vieille fille irrécupérable, je me sens encore jeune clin d'oeil) sans être allée en Géorgie avant...

Il y a tant de "soviétiqueries" que je retrouve mais avec ce petit quelque chose géorgien qui change tout...

Et il y a tant que je découvre ex-nihilo... j'ai l'estomac qui danse une gigue endiablée rien que de penser à tout ce que je vais découvrir encore demain (car même plantée derrière un ordi, à bosser, il y a toujours des choses qui m'interpellent dans ce pays). Et puis, c'est bientôt le we (plus tôt pour moi que pour vous, faut pas oublier que j'ai trois heures d'avance langue) Je pars à Kutaïsi justement pour le we, j'y suis déjà allée une fois avec des archéologues pour visiter le site de Vani (visite "privée" avec commentaires de pro, un vrai bonheur), j'y retourne avec un oenologue pour faire la tournée des caves (quelque chose me dit que je vais encore rentrer toute bancale). Bon sang, je finis par me dire que je ne savais pas ce que c'était d'être méga heureuse avant d'arriver ici.

Mais quel pays! Il prend aux tripes, il secoue le tout et boum! on devient accro... depuis que je suis arrivée, je fais toujours le même cauchemar : cela fait déjà deux ans que je suis ici et il est déjà temps de repartir... je me réveille en sursaut à chaque fois.

Allez, un petit verre de sapéravi à la santé de la Géorgie... Sakartvelos Gaumardzhos! Et celui-là, je vais le boire cul sec sans problème!


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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par Glatch le Jeu 9 Déc - 14:45

Merci Bardak, pour tes adorables commentaires et tes encouragements. Comme je t´envie de vivre en Géorgie pour quelques temps ! Tu y fais quoi précisément ? J´espère que ma question n´est pas trop indiscrète (le premier qui me répète que, dès que j´aurai lu les deux mille pages du forum, je le saurai, je le télédécoupe en confettis, n´est-ce pas, Lilie, j´espère que je me suis bien fait comprendre !)

J´ai adoré arpenter Tbilissi dans tous les sens et recommencer ! Impossible de comparer avec Bakou d´ailleurs, qui a un tout autre flair (et le fond de l´air plus iodé). J´y reviendrai peut-être ultérieurement.

PS. Bon, ceci dit, j´espère que tes états d´âme s´apaiseront et que ton coeur trouvera vite le baume nécessaire contre les bobos et autres misères infligées par ce mufle de Svan que tu évoques ici et là !



Pour te faire sourire, un vendeur de cornes à ivrognerie à Tbilissi.



Allez, c´est reparti pour un tour car...

C´est pas l´tout, mais on avait encore un sacré bout de route à faire avant d´arriver à Mestia. C´est peu de dire qu´on roulait à vive allure. Qu´est-ce que cette grosse flaque, là à ma gauche ? En fait de flaque, on longeait le lac du barrage d´Inguri. Mais tout allait trop vite pour la photo. Pas le temps de lézarder. On traçait sans se préoccuper non plus de la faune, les bovins et autres herbivores qui déambulaient sur la route en toute liberté. Pourtant je pressentais que notre pilote était capable de rendre un troupeau tétraplégique s´il ne levait pas un peu le pied... Plus on grimpait, plus les paysages s´intensifiaient, et moins il y avait de goudron. La route était flanquée de part et d´autre de forêts de conifères, on traversaient des tunnels, des ruisseaux (si si) et quelques villages désarticulés.



En grimpant vers la Svanétie


Lela était impassible et me souriait comme pour m´assurer que tout allait bien se passer. Le beau gosse de la rangée de derrière était calme et confiant, comme tout Géorgien rodé à la marchroutka. Entre-temps, on avait pris un passager supplémentaire, un papy ultra bien conservé mais peu loquace, sans doute un de ces irréductibles montagnards qui causent que le svan (dialecte tout aussi imprononçable que le géorgien avec, entre autres, des mots où s´agglutinent jusqu´à cinq consonnes d´affilée, sans parler de quelques roulements de « r » auxquels je ne pourrai jamais me faire, peu importe la langue).

Après une petite heure de grimpette dans la poussière, la marchroutka s´est garée devant une gargote en bois avec une ou deux tables faisant office de terrasse. Le chauffeur a jeté un coup d´oeil rieur dans le rétro et décrété que c´est l´heure du « parking ! ». Je me tâtais, ne sachant pas si j´allais opter pour un thé ou un café turc bien serré, quand il m´a fait signe d´approcher près du comptoir et m´a montré du doigt une khatchapouri.

Alors, la khatchapouri c´est LA spécialité incontournable de la cuisine populaire géorgienne, à savoir une délicieuse galette de fromage fondant qui se décline de plusieurs façons. On la trouve à tous les coins de rue et on s´en lasse moins qu´un bout de baguette fourré au jambon ou fromage. Il y a des variantes plus nourrissantes comme celle qui a la forme d´une péniche avec, par conséquence, plus de pâte, et de l´oeuf et du beurre fondu à l´intérieur. Il y a aussi la version lobio (farcie aux haricots rouges et parfumée à la coriandre). Mais dans les baraques de bord de route, en général, il faut se contenter de la simplissime dite Imerouli. C´était de toute façon et de loin ma préférée.

Je trouvais fort louable, pour ne pas dire adorablement touchante, l´attention de notre conducteur. Mais peu affamée, je réfléchissais à la vitesse d´un Mig russe à la façon de décliner la proposition sans créer d´incident diplomatique... Peine perdue, la serveuse débarquait déjà avec une pile d´assiettes et des verres. Fido (c´est le prénom de notre ange gardien chauffeur), appellait de sa voix éraillée par la clope « à table ! ». M´était avis que c´était pas dans notre intérêt de le contrarier sur ce coup. On peut rire de tout tout tout, n´importe quand et n´importe où avec n´importe qui, mais pas de l´hospitalité géorgienne en Géorgie.

Lela, la simplicité et la spontanéité même, s´était attablée la première. Achille et moi avons donc obtempéré dans la foulée. Le beau gosse et le papy s´étaient planqués discrétos derrière la marchroutka pour couper au rituel khatchapouri, mais il avaient été repérés et d´office rappelés à l´ordre. Bref. Quand tout le monde a été installé et que personne ne savait encore trop quoi raconter, la serveuse a décoincé la situation en apportant près de trois cents parts de galette au fromage... et de la bière à gogo ! Je n´ai pas pu retenir un éclat de rire (nerveux).

Il faut dire qu´il devait être quatre ou cinq heures de l´après-midi, j´avais l´estomac retourné par les kilomètres de bitume déroulés depuis Koutaisi. Sans oublier mon serment du matin sous la douche, celui au cours duquel j´avais juré à ma bonne vieille et fidèle étoile de ne pas trop tirer sur la corde et de pas toucher une goutte d´alcool dans les jours à venir. Il me semble honnête de préciser que la veille, on avait dû vider tout un rayonnage de la cave de Mediko et Suliko à Koutaisi. Il s´agit du couple de retraités déjà évoqués plus haut, qui nous avaient hébergés et fait découvrir l´hospitalité géorgienne, ainsi que le g´wino (jus de raisin) et la tchatcha (gnôle de raisin) maison...

Suis pas prête d´oublier cette soirée hilarante et l´accueil géorgien, remuant de générosité. La moitié de la réserve d´aspirine du voyage y est quand même passée, tout comme le stock de globuli nux vomica. Bonnes résolutions ou pas, mon gobelet se remplissait comme il se doit dans ces contrées, c´est à dire jusqu´à ras bord. C´est pas là et à cet instant que j allais me mettre à jouer les chochottes. Au passage, un conseil amical : si des fois, vous devez vous soumettre un jour à un régime draconien, c´est avant un voyage en Géorgie qu´il faut y penser (et aussi après, quitte à faire).

Fido avait le sifflet bien affûté et éclusait comme s´il buvait de la limonade. Il alternait une part de khatchapouri, une tirée de clope et trois lampées de bière. Je n´aurais pas pu l´affirmer formellement mais il n´y avait aucune raison d´espérer que notre pilote était interchangeable. S´il y avait un copilote dans l´affaire, il s´était bien planqué jusque là. En tout cas, les langues se déliaient comme on peut l´imaginer. À un moment donné, on en est inévitablement venus à causer de politique. Le moins qu´on puisse dire, c´est que Saakachvili était loin de faire l´unanimité autour de la tablée.

Pour dire « comme-ci comme-ça » les Géorgiens font « so so... » dans un anglais approximatif. Or Fido était catégorique, Saakachvili n´était pas du tout « so so » à ses yeux, mais carrément °^ ? ᛶ!{ǝ° (le pouce tendu vers le bas). Profitant de ce que je me trouvais pour une fois loin du nombrilisme hexagonal ou germain, je me sentais peu motivée pour évoquer la morosité ambiante, et encore moins pour discuter du courant d´air qui fait office de président chez nous.

Quand Fido m´a interrogée sur Sarko, j´ai préféré me contenter d´une grimace qui en disait suffisamment long et qui a fait sourire le beau gosse, tout compte fait assez réservé. Quant à Angela, allez expliquer en géorgien qu´elle est sûrement moins.... disons plus « so so » que l´autre ahuri, mais que si on prenait en considération sa dernière pinaillerie en date, sous prétexte de tambouille électorale, quand il s´était agi d´aider les Grecs à sortir de la mouise, il était alors raisonnable de qualifier la baisse de sa côte de popularité d´une bonne grosse claque des familles.

Fido avait bien dû assécher à lui seul la moité de la réserve de bière. L´après-midi passait, pépère certes, mais passait... L´astre n´allait pas tarder à décliner. Une fois nos batteries rechargées, on est repartis. Avec un peu de chance, on serait à Mestia une heure plus tard. Y´avait plus qu´à espérer qu´on passerait au travers des contrôles alcootest s´il devait y en avoir (il me semblait avoir lu quelque part que les flics étaient tout sauf indulgents en matière d´infractions au code de route).

« Let´s go ! » qu´il a fait, le Fido.




Voilà la photo retrouvée !
Alors, dans le sens des aiguilles d´une montre : Achille en premier plan à gauche, Fido clopant, Lela souriante, le beau gosse m´adressant son plus beau sourire et enfin le gars chargé de tenir le capot ouvert pour que Fido puisse lancer le moteur. Le papy svan se planque derrière la marchroutka.


Dernière édition par Glatch le Sam 11 Déc - 13:48, édité 1 fois


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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par Invité le Ven 10 Déc - 10:48

Comme la sécotine, j'adhère aux compliments.

Même verve, même talent, Agathe inchangée : même Lahaut peut lire sans fatigue excessive.

lahaut

Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par lahaut le Ven 10 Déc - 11:03

"Lahaut peut lire sans fatigue excessive".......Non non houlala!! ...plus de 30 lignes au texte de Glatch!! dégout Je rappelle à la villageoise Glatch que la municipalité du village a adopté durant cette année une nouvelle réglementation que "pour tout texte supérieur à 30 lignes, un résumé de 1 ou 2 lignes maximum doit être appliqué à la fin de chaque message" pour que la MS (majorité singulière ) puisse prendre connaissance du texte sinon la MS ne lit pas le texte .
Pour le moment seule la Villageoise Lilie met un résumé à la fin de ses messages que je remercie (ce décret est valable pour tous les villageois et villageoises !)
Un amendement a été rajouté si le texte de plus de 30 lignes est entrecoupé de photos ( en couleur c'est plus joli) et d'un maximum de 10 lignes de texte entre chaque photo, le texte est autorisé à être paru dans le journal du village sinon boycott de la lecture par la MS .
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Lilie

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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par Lilie le Ven 10 Déc - 21:27

(le premier qui me répète que, dès que j´aurai lu les deux mille pages du forum, je le saurai, je le télédécoupe en confettis, n´est-ce pas, Lilie, j´espère que je me suis bien fait comprendre !)

Hein? Quoi? Moi?... Je n'ai jamais rien dit de la sorte! langue

Tout comme l'Azerbaidjan ou l'Iran, tu me parles de region qui t'ont l'air si familieres, mais qui a moi, incultivationnee assumee, me paraissent tout droit d'un bouquin d'aventures pour mome, avec des noms plus farfelus les uns que les autres.

Ta derniere tof me rassure, depuis les photos de troglos postees par Bardak il y a quelques semaines, j'avais l'impression que chez Georges, il n'y avait que des montagnes arrides, ce qui me surprenait un peu.

M'en vais lire Lahaut, pour me re-equilibrer vers l'Ouest, meme si un peu trop Nord a mon gout.


Lilie
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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par imanachnuelohim le Ven 10 Déc - 23:24

Bien magnifique,ce récit épique,mais la Svaténie,quand est-ce qu'elle arrive dans toute cette beuverie incontrôlée.


En parlant de beuverie incontrôlée,cela me fait rappeler à 2 villageois invétérés du bistrot de Pondy clin d'oeil !!

Au fond,je commence à être habitué .


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Le meilleur moyen de résister à la tentation, c'est d'y succomber."
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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par Glatch le Sam 11 Déc - 13:52

lahaut a écrit:Non non houlala!! ...plus de 30 lignes au texte de Glatch!! dégout Je rappelle à la villageoise Glatch que la municipalité du village a adopté durant cette année une nouvelle réglementation que "pour tout texte supérieur à 30 lignes, un résumé de 1 ou 2 lignes maximum doit être appliqué à la fin de chaque message" pour que la MS (majorité singulière ) puisse prendre connaissance du texte sinon la MS ne lit pas le texte .


Lahaut, figure-toi que je suis syndiquée et payée à la ligne. Je te dis pas comme j´outrepasse alors gaillardement le minimum de la majorité singulière. Ca va pas arranger mes relations avec le village, ça hein ?
Bon, on va bien trouver un terrain d´entente... Pour prouver ma bonne volonté, je me plie au nouveau décret et je fais un résumé de l´épisode suivant pour les fainéants :
Ca se corse.


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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par Glatch le Sam 11 Déc - 13:55

imanachnuelohim a écrit: Bien magnifique,ce récit épique,mais la Svaténie,quand est-ce qu'elle arrive dans toute cette beuverie incontrôlée.


En parlant de beuverie incontrôlée,cela me fait rappeler à 2 villageois invétérés du bistrot de Pondy clin d'oeil !!

Au fond,je commence à être habitué .


Imanashvili (scuse si j´ai géorgisé ton pseudo mais ça me paraît encore plus prononçable que l´original), la Géorgie est un bistrot à ciel ouvert. On y picole partout et n´importe quand. Il nous est arrivé de devoir trinquer au petit-dej, sous peine de passer pour des malappris. L´idéal donc est de bien tenir l´alcool si on veut pouvoir profiter à plein d´un voyage dans ce coin du Caucase.


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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par Glatch le Sam 11 Déc - 14:11

pondy a écrit: même Lahaut peut lire sans fatigue excessive.

Dom ! C´est quoi ce nouveau terrorisme forumique et ces extrémistes du comptage de ligne?!
Tiens, la belle, je te poste la partie suivante qui dépasse la taille prescrite...



Où en étions-nous ? Quelque part entre Zugdidi et Mestia donc.

Au moment de démarrer, rebelote du côté du moteur qui restait silencieux. Il manquait plus que ça. Dire qu´on s´était bien détendus après cette pause placée sous le signe de l´amitié et du partage (même si c´est Fido qui avait réglé la note). Réouverture du capot donc et bricolage de la salade de câbles jusqu´au vrombissement salvateur. On pouvait enfin reprendre la grimpette (tape-fesses et massages vertébraux compris dans le forfait).

Je tordais régulièrement le cou pour converser avec le beau gosse qui me racontait notamment qu´il étudiait la finance à l´université de Télavi, qu´il adorer voyager en Europe et qu´il n´était pas près d´oublier son dernier séjour à Florence, ni celui à Paris, ne voulant pas faire de jaloux. Lela, elle, était en contact continu avec sa fille par la moyen qu´on sait. Quant à Fido, il était occupé soit à ne pas nous faire benner dans l´au-delà, soit à taper la petite discute avec le passager assis à ses côtés. Le papy svan, enfin, s´était définitivement muré dans le silence.

La vallée était encaissée, si bien qu´on n´apercevait toujours aucun sommet. Dieu merci, ce n´était pas moi qui conduisais. La digestion du quatre-heures, conjuguée à l´effet de la bière, faisait de moi une proie en lutte contre l´assoupissement. Or, il n´était pas question de zapper la beauté du décor. J´en étais là des mes réflexions transcendantales, quand Fido a freiné comme un malade, un coup à nous faire valser dans le pare-brise puisqu´évidemment personne n´était attaché.

« Parking ! ». Ça le faisait marrer de hurler ce mot à la cantonade. En même temps, j´avais eu droit à une oeillade généreuse (...) et complice dans le rétro puisque non seulement, j´étais dans sa ligne de mire, mais il avait repéré que sa rusticité jouée me plaisait. J´ai râlé « what´s going on, bon sang ?! »

Cette fois, la marchroutka était plantée au beau milieu de la voie. Deux autres véhicules étaient arrêtés devant nous, autant dire que ça bouchonnait monstrueusement. Tout le monde est redescendu. Et Fido est parti vaillamment aux nouvelles.

Un éboulement ! De gros blocs de roche s´étaient décrochés de la paroi et bouchaient copieusement le passage. Comme on l´entend souvent dire dans les bulletins d´info à la radio, la circulation était fermée dans les deux sens. C´était l´agitation à tout va, et à première vue, un gros engin monté sur chenilles était à l´oeuvre déjà depuis un bon moment.





Lela commençait à s´impatienter pour de bon et sa bonne humeur commençait à en prendre un sacré coup. Quant à Fido, qui avait dû en voir d´autres au long de sa carrière, pressentant que cette histoire risquait de durer, il mettait cette nouvelle halte à profit pour emprunter quelques outils à des gars des travaux publics, avait étendu une couverture sous la marchroutka et s´était attelé à la remise en état du minibus ainsi qu´à divers réglages.

Dans la voiture qui nous précédait, il y avait quatre types employés par une mission d´observation de l´Union Européenne (en poste à la frontière avec l´Abkhazie) qui poireautaient comme nous. Aux dires de l´un d´eux, ils profitaient de quelques jours de congé pour aller se ressourcer dans les montagnes de Svanétie.



L´autre véhicule, un énorme engin tout-terrain, était également occupé par quatre passagers. Avec eux, le dialogue s´est noué rapidement. Nino m´a abordée sans chichi pour me demander d´où je venais. Cette nana, originaire de Tbilissi, avait un punch du tonnerre, un humour franc, et parlait un anglais parfait. Elle disait guider les trois costauds israéliens en repérage, pour des groupes de rando touristique.

Tbilissi qui n´est qu´à une heure de vol de Tel Aviv, est apparemment une destination prisée des Israéliens. On a continué à échanger quelques badinages. Nino n´arrêtait pas de me répéter qu´une fois qu´on aurait vu la Svanétie, on trouverait sans intérêt ou presque toutes les autres régions de Géorgie. Depuis le temps qu´on me bassinait avec cette Svanétie, il était grand temps qu´on y arrive enfin. Or plus on progressait, plus cette perspective devenait utopique.

Nino, à qui je racontais par le menu détail les incidents qui nous avaient pas mal retardés depuis le départ de Zugdidi, riait à gorge déployée et m´assurait que j´aurais tort de me faire de la bile. Les chauffeurs, qui font ces aller-retours depuis des lustres, sont de loin les meilleurs du pays. Ben voyons, facile à dire quand on se pavane en 4x4 Toyota avec clim, et un balèze en rayban au volant!

Un heure plus tard, enfin le plus gros de la route était dégagé. Le passage était étriqué mais de l´avis général, c´était jouable... « Let´s go ! » qu´il a fait, le Fido. On a donc embarqué un nouvelle fois. La marchroutka a démarré (tenez-vous bien) d´un simple coup de clé de contact, et tous les passagers, dont moi, nourrissaient secrètement l´espoir d´atteindre le sommet sans étape supplémentaire.




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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par Glatch le Dim 12 Déc - 21:49

Enfin, sans halte supplémentaire... fallait le dire vite !

Je me disais justement qu´il n´aurait plus manqué qu´on ait aussi esquinté la marchroutka en nous faufilant dans l´étroit passage dégagé par la pelleteuse. En tout cas, on repartait à la queue leu leu, derrière l´équipe de la mission européenne et devant Nino et ses trois acolytes. Cette fois, on tenait le bon bout. Comment aurait-il pu en être autrement, n´est-ce pas ?

Vingt minutes de tape-croupion plus tard, j´ai cru voir rouge quand on a eu droit à un « parking ! ». Il s´agissait d´une fausse alerte. Fido était simplement en panne de nicotine et stoppait le temps de faire des provisions à un petit stand de fortune, dont le chiffre d´affaire à l´année devait être inversement proportionnel à ce que Bernard Madoff se mettait dans les fouilles en une seule minute. Toujours est-il qu´on a pu se détricoter les quilles avant de repartir. A force de dénivellation, la route (façon de parler) finissait par se dégager. Fido m´a montré en roulant qu´on apercevait enfin le Mont Ushba, le fameux qu´est souvent fringuant, coiffé de son tchador nuageux, et qui prend des grands airs comme pas permis à plus de 4700 m.






Les papotages allaient bon train dans la marchroutka. On sentait l´air se clarifier et l´arrivée imminente, et par la même occasion se rapprocher l´heure du prochain gueuleton. Fido avait laissé les autres véhicules prendre de l´avance pour éviter de naviguer au radar dans des nuées de poussière. Autant dire que, quand la marchroutka s´est encore arrêtée, personne n´a vraiment fait d´effort pour retenir un soupir de lassitude...



Plantés aux pieds d´un vieux camion déglingué, à la benne remplie à ras-bord d´énormes sacs de farine ou de ciment (peu importe d´ailleurs, merde !), deux types semblaient exposer leur problème à notre Svan herculéen (dont je n´avais pas compté les travaux... mais il ne devait pas être très loin du douzième) après qu´il soit sorti de la marchroutka.



Tout la petite troupe s´est également extirpée du véhicule (veuillez excuser les multiples répétitions), à l´exception de Lela qui était restée bouder sur son siège. Comme si maugréer allait nous faire avancer plus vite... Le beau gosse, au charisme et aux pouvoirs immenses, avait même réussi à dégivrer le papy autiste, et s´entretenait paisiblement avec lui sur le bord du chemin. L´astre allait prendre définitivement congé, las sans doute de nous attendre à l´infini.

Comme j´avais perdu Fido de vue, j´ai fait le tour du camion pour m´enquérir des dernières nouvelles. Notre pilote, qu´un carburant d´adrénaline pure semblait faire avancer chaque heure de chaque jour, était une fois de plus au coeur de l´action. Tuyau en main, il pompait l´essence de notre véhicule, avec laquelle il remplissait un bidon que tenait paresseusement l´un des deux gars. Tout portait à croire qu´ils étaient tombés en panne de kérosène et qu´ils attendaient une dépanneuse de fortune, nous en l´occurrence.

Bien évidemment, un Svan à qui on inculque dès son plus jeune âge le sens de l´honneur et de la solidarité, ne laissera ja-mais un autre Svan dans la mouise. Ça n´intéresse d´ailleurs sûrement personne, mais l´un des deux types me rappelait incroyablement un de mes ex. Il se marrait comme une outre, sans doute en racontant une blague fumeuse, pendant que Fido s´agitait dans tous les sens à remettre leur engin en état de marche. J´avais l´impression, en observant le gaillard plaisanter, de revivre certaines scènes de cette époque lointaine où je me faisais mettre en boîte par mon mec, et qu´en pâmoison, je restais scotchée, le bec grand ouvert, plutôt que de renvoyer la balle du tac au tac. Comme quoi (je me tue à le répéter à ma fille) le temps forge les caractères...

Passées ces considérations philosophico-songeuses mais néanmoins réalistes, et sans vouloir me mêler de ce qui me regardait un peu quand même, j´espérais fortement que Fido n´était pas aussi barje qu´il en avait l´air et qu´il avait calculé largement notre réserve d´essence restante, parce qu´ autant vous dire qu´on m´aurait entendue jusqu´à Zugdidi, voire plus loin dans la vallée, si jamais il s´était avisé de nous faire, à nous aussi, le coup de la panne sèche.

On a repris chacun notre place, j´ai souri à Lela que je sentais légèrement déprimée, et la marchroutka a redémarré. Mestia n´était plus qu´à dix petits kilomètres, au cours desquels on doublait des troupeaux de vaches qui traînaient la patte en rentrant au bercail, et quelques chiens fous, qui jappaient tout leur soûl en courant derrière le minibus. Ainsi allait s´achever notre odyssée marchroutkesque vers la Svanétie. Il faisait nuit noire quand on est enfin arrivés à Mestia, alors que, je le rappelle, Fido nous avait prédit sans sourciller une arrivée dans le milieu de l´après-midi.



En résumé, histoire de l´évoquer ne serait-ce que furtivement, je dirais que ce coin de Géorgie vaut non seulement le détour, mais beaucoup plus ! Terre de superlatifs due à la rudesse de son climat et aux caprices d´une nature indomptable, paysages verdoyants, pâturages grassouillets, eaux vives et sommets culminants à 5000 mètres et quelques, villages isolés aux allures quasi moyen-ageuses bardés de leurs fameuses tours de défense qui se dressent dans la montagne, telles des forteresses imprenables, troupeaux divers et variés vaquant en toute liberté, population locale accueillante et chaleureuse... bref, Nino avait pleinement raison !

Pour conclure, j´ajouterais que l´incorrigible naïve que je suis imaginait avoir fait le plus dur à l´aller... Or il a fallu se résigner à affronter, à quelques nuances près, les mêmes impromptus sur le trajet du retour. Dix kilomètres après le départ, il y a eu un premier appel sur le portable du chauffeur. On lui demandait de bien vouloir attendre une retardataire. Attente qui s´est avérée interminable. Le tout pour voir débarquer une poupée mal lunée, attifée comme pour un défilé de Miss Monde. La demoiselle avait dû oublier de brancher son réveil, alors qu´on était tous encore quasiment comateux en raison du réveil matutinal sans lequel on aurait raté le départ de la marchroutka.... On a bien évidemment eu droit à un nouvel éboulement, et surtout à des retrouvailles pour le moins inattendues avec Nino et les trois costauds.
Eux : you here !
Nous : Where else ?!



Cette fois ci, les blocs rocheux, jour férié oblige, ont été dégagés de la voie à main nue. N´oublions pas non plus l´inévitable halte khatchapouri, mais précisons que celle-ci fut sans saveur aucune. J´en profite d´ailleurs pour rendre ici hommage aux Svans qui se cognent ce cirque régulièrement et qui, selon moi, méritent la médaille d´or du stoïcisme.



Quelle tristesse. L´ineffable Fido vaquait sans doute ce jour-là à d´autres rustiques aventures. Si bien que j´en étais réduite à me morfondre à l´arrière du minibus brinquebalant et bondé. Le chauffeur, un grognon de la famille des plantigrades, n´a quant à lui quasiment pas desserré la mâchoire du trajet. En compensation, on a eu droit à de la musique populaire géorgienne à fond la caisse. Bof.

Pour finir, permettez-moi de glisser cette petite dédicace : Fido, vieille canaille ! Si tu me lis, sache que pour rien au monde (même pas pour une cave de rêve, avec capacité de stockage illimitée, angle optimal d´inclinaison des flacons et tout et tout), je ne referais le trajet Zugdidi-Mestia sans toi ! Jamais, tu m´entends, ja-mais !!!



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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par Glatch le Dim 12 Déc - 21:51

A suivre, quelques photos de la Svanétie...








Mestia et ses tours de défense



Cimetière svan (entre Mestia et Ushguli)


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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par Glatch le Dim 12 Déc - 22:12

À Ushguli...




Rando tout terrain



L´heure du biberon



Des Svans sachant hénnir



Maison d´Ushguli



Peinture d´Ushguli



Famille d´accueil ushgulienne


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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par Glatch le Dim 12 Déc - 22:13

FIN !



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Re: La Géorgie - carnet décousu

Message par mamina le Dim 12 Déc - 23:04

Comme ça ! tu nous laisses en plan ?
sur notre fin ?
ressorts un peu ta machine... il en reste certainement à recoudre !

belle balade originale ! merci !

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Re: La Géorgie - carnet décousu

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