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Carnets de Macédoine (2017)

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geob

Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par geob le Mer 9 Aoû - 18:15


La fille de Lilie termine toujours ses chroniques par : " Et c'est ainsi que ça se finit".
Je soupçonne Lilie d'avoir eu connaissance des chroniques d'un écrivain que les amateurs de littérature apprécient beaucoup, parues dans un journal provincial.
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mamina

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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par mamina le Mer 9 Aoû - 23:20

J'espère que tu transmets à Kinderette nos commentaires et surtout nos félicitations pour son talent d'écrivaine !
Dis-lui que j'ai raconté votre voyage à Jeanne et même lu son carnet tant qu'elle était là...
Plein de bisous de Mamina à vous deux ! bisou
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Lilie

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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Lilie le Jeu 10 Aoû - 13:09

geob a écrit:
La fille de Lilie termine toujours ses chroniques par : " Et c'est ainsi que ça se finit".
Je soupçonne Lilie d'avoir eu connaissance des chroniques d'un écrivain que les amateurs de littérature apprécient  beaucoup, parues dans un journal provincial.

Geob,

Ce n'est pas de ni par moi qu'elle tient cette formule. Je pense que ça vient tout simplement de... l'école. clin d'oeil

Lilie
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Lilie

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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Lilie le Jeu 10 Aoû - 13:13

Dimanche 16 juillet 2017,
Ohrid

Il pleut. Le ciel grondait fort même, plus tôt, à l’heure du déjeuner.

Levée à 5h30 ce matin, pour un départ avec Magda vingt minutes plus tard. Magda est un amour, et bien que je ne comprenne pas un mot de Macédonien à part quelques formalités d’usage, elle me parle comme si je le maîtrisais parfaitement. Ce matin, elle nous attendait donc avec un sourire, et un cadeau : une paire de chaussettes pour Kinderette, et une culotte en coton bleu marine pour moi.

Devant sa maison, Magda a un petit présentoir où elle vent chaussettes et quelques culottes, au milieu desquelles se présentent quelques pots de confiture d’abricot maison. La vie doit être dure à Mavrovo, et même si j’ai l’impression que Magda et son mari ne sont pas dans le besoin, leur demeure est propre mais modeste. Magda me rappelait d’une certaine façon Maureen, en Irlande. Une maison toujours immaculée, quelques chambres pour touristes, et toujours une douceur sucrée, une attention bienveillante à offrir.
Hier soir, alors que je discutais avec Mile et Meri, à l’extérieur de la cuisine du jardin, une fois Kinderette couchée, elle est venue avec une assiette remplie de fruits qu’elle nous a gracieusement offerts avant de rester discuter un peu avec nous. Son fils, sa belle-fille, et ses deux petits-enfants étaient arrivés peu avant, et la maisonnée se trouvait maintenant remplie de vie.

Hier soir, c’était aussi ma dernière soirée avec Meri et Mile. Ils m’ont une nouvelle fois proposé de diner avec eux, leur hospitalité, mais j’avais diné avant, ayant de la nourriture fraîche à finir avant de prendre la route le lendemain. Peu importe, je suis restée avec eux pendant qu’ils terminaient leur platée de spaghetti cuisinés le midi. J’en ai profité pour les remiercier, d’avoir rendu notre séjour à Mavrovo si particulier, et d’avoir contribué à me faire connaître un peu plus leur culture. Ils étaient amoureux de Kinderette, qui l’a bien ressenti. Au moment de leur dire au revoir, en allant se coucher, ce sont de grandes embrassades de sa part auxquelles ils ont eu droit. Elle est même retournée en faire une dernière à Mile, spontanément, en faisant demi-tour alors qu’elle de dirigeait déjà vers l’intérieur de la maison. Je leur ai moi aussi rendu de chaleureuses accolades au moment de leur dire au revoir, hier soir.
Et l’accueil chaleureux de Magda, ce matin au réveil, adorable, n’était que la continuité de cette bulle de bien-être que nous a offert cette maison dont j’avais poussé, par hasard, le portillon du jardin fleuri quelques jours plus tôt.

Nous sommes montées dans sa vieille Yugo Tempo, qu’elle a faite chauffer quelques minutes avant de partir. A cinq heures le matin en Macédoine, il fait déjà jour comme à dix heures. Mais les températures ici, à 1200 mètres d’altitude, sont fraîches, le soir, comme le matin. C’est d’ailleurs ce que viennent chercher dans ce parc national les touristes de la capitale. Quarante degrés à Skopje, c’est 25 à Mavrovo, 30 tout au plus. Et le soir, j’avais froid, les températures commençant à devenir fraîches vers 17 heures. Magda était pourtant en manches courtes ce matin, en s’installant au volant de sa petite voiture, facilement trentenaire, alors que supportais aisément ma veste polaire.
Il nous a fallu 45 minutes pour faire la petite quarantaine de kilomètres jusqu’à Gostivar, sur la route en lacets. Nous sommes repassées par Mavroni, le hameau où le bus nous avait laissées en arrivant dans le parc national. Et le chalet flambant neuf arborant un tout aussi flambant neuf « Tourist information point » sur le bord de la route, m’a sauté aux yeux. Il était en sortie de hameau, le dernier bâtiment, 500 mètres après là où nous étions descendues, après un virage serré. Il nous aurait fallu marcher un peu plus que ce que nous avions fait, avant de faire demi-tour, pour le trouver... J’ai souris en l’apercevant, depuis le siège passager qui me faisait faire le trajet inverse que le jour où je l’avais cherché. Mais si nous l’avions trouvé, nous ne serions pas arrivées chez Magda. Et je préfère tellement le scénario que nous avons joué !

(...)

Lilie
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Skyrgamur

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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Skyrgamur le Jeu 10 Aoû - 15:03

Comme quoi, le hasard fait bien les choses. En laine la culotte ? rire rire


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Lilie

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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Lilie le Sam 12 Aoû - 13:38

Arrivées à Gostivar, dans le terminal de bus, les guichets sont encore fermés. Il est dix minutes avant sept heures, et il fait là aussi encore frais. Magda s’adresse à un des rabatteurs. Un petit bonhomme cinquantenaire... qui se met soudainement à me parler Français, dans un Français impécable ! Comme Mile, lui aussi l’a appris à l’école, et il est tellement content de pouvoir le parler, chose qui n’arrive jamais... Ca me perturbe toujours autant ! Je veux dire, je sais qu’à l’époque soviétique, ou de la Yougoslavie, le Français était une langue très enseignée dans cette partie de l’Europe. L’Anglais, c’était la langues des ennemis, des Américains. A l’époque, la France jouissait encore, pour ces pays-là, de ses lettres de noblesse, de la « grandeur » chère à De Gaule. C’est ma perception en tout cas, par expérience et rencontres depuis des années. Je pense que pour eux, apprendre une langue, le Français d’autant plus, était un tel honneur qu’ils l’apprenaient excellemment. Au point que même sans le pratiquer, des décennies plus tard, ils sont capables de la parler de manière bluffante, avec une prononciation impécable ! Ca m’épate ! J’ai étudié l’Allemand pendant neuf ans, j’avais un bon niveau scolaire, et aujourd’hui, je suis incapable d’en sortir un mot. Respect à vous, Macédoniens francophiles !

C’est ce même homme qui m’a dit que le bus partait à 7h30, et que nous avions largement le temps d’aller retirer de l’argent au bankomat, au bout de la rue. A pied, avec Magda bien sûr. Sur le retour, nous sommes rentrées dans une de ces boulangeries turques, telles que je les définie. La Macédoine est à majorité orthodoxe mais plus de 30% de sa population est musulmane et ça se ressent notemment d’un point de vue culinaire. C’est aussi un carrefour des peuples depuis toujours. La Macédoine, par les traits physiques de ces gens semble être brassée par des siècles de flux migratoires. Gostivar est sans nul doute à majorité musulmane, en attestent les minarets en nombre dans cette petite ville de province de l’Ouest du pays. Nous sommes ici non loin de la frontière avec l’Albanie, elle aussi à majorité musulmane, et si les instances diplomatiques ont décidé de tracer des traits pour diviser les territoires, il ne faut pas oublier que de part et d’autres de ces traits, ces territoires sont habités par des hommes, des familles, et que seul un mur de fer peut physiquement séparés des gens d’une même famille, d’une même culture.

Kinderette a d’ailleurs très vite été intriguée, une fois installée dans le bus, en l’attendant à partir.

- Maman, pourquoi les dames ici elles ont quelque chose autour de leur tête, là ?
- Parce que les gens ici, ils croient en un autre dieu que ceux qui croient en Jésus. Ils appellent leur dieu Allah, et c’est leur habitude, que les femmes, elles mettent un voile sur leur tête.
- Mais elles doivent rien voir du tout ! Ca fait tout petit autour de leur tête, là !

Pourtant, c’est un port du voile bien leste que les femmes arborent ici, mais pour Kinderette, de ne voir que la face du visage à découvert, oreilles et cheveux dissimulés, c’est « tout petit ». Je lui ai montré les mosquées, où les gens viennent prier.

Dans le terminal bien calme, Magda a rencontré par hasard une famille, un couple et ses deux adolescents, qu’elle connaissait. Les femmes, la mère et la fille de seize ans environ, sont vêtues de deux robes légères, en voile, à bretelles et au dessus du genou. Je me dis que les cultures religieuses cohabitent plutôt bien par ici. Du moins, par la force des choses. Chacun vivant ses croyances et ses coutumes comme bon lui semble, tant qu’il ne les impose pas aux autres sans doute.

Cette famille embarquait dans le même mini-bus que nous, et c’est avec eux que Magda nous a laissées, après nous avoir pris dans ses bras, en continuant à me parler en Macédonien, comme toujours...

Le mini-bus, d’une dizaine de passagers dont nous sommes les seules étrangères, est un supplice pour le garçon assis derrière nous. Il passa la majeure partie du trajet à vomir dans les sacs plastiques, à côté de sa mère. Comme un bis repetitas d’un trajet fait quelques jours plus tôt. Il faut dire que la route en lacets de montagnes défoncée était plutôt propice au mal du transport. J’ai encore une fois camé Kinderette de pilules miracles homéopathiques, et elle fit le trajet sans encombre. Je m’en réjouis encore !

Le trajet, en grande partie à travers les montagnes, me surprenait encore. Cette partie occidentale de la Macédoine où nous sommes depuis le début, est encore vierge de toute présence humaine, hormis les centres urbains, les villages. Les montagnes sont toutes recouvertes, sans exception, de multiples espèces d’arbres. Pas une habitation, pas une parcelle cultivée sur ces pentes, pas même pour le fourrage. D’ailleurs, je ne vois pas non plus de vaches, ni de moutons, ni de chèvres. Les Macédoniens ne sont résolument pas des montagnards. Je trouve tout de même surprenant que l’Homme ici n’ait pas exploité la terre comme ailleurs dans le monde. Je me souviens, même en Colombie, sur des pentes qui me paraissaient inaccessibles, on y cultivait du café, on faisait pousser des arbres fruitiers. Là, non. A travers les vitres du bus, je suis toujours à l’affût du moindre sentier, de la  moindre trace de présence macédonienne sur ces flancs de montagnes sauvages qui défilent. Mais rien. Nada. Surprenant, et à la fois je me dis que c’est plutôt pas mal pour notre petite planète, au XXIe siècle, à une époque où on détruit les forêts, qu’ici semble-t-il, on lui laisse ses poumons en place. Ce n’est que pour mieux lui salir son ventre, le plastique, les sacs, les déchets étant jetés tout à fait communément par terre. En France, l’argent public met à notre disposition des montagnes de poubelles et des milliers d’agents publics qui ramassent nos déchets pour nous faire des villes et des campagnes toutes propres. C’est facile. Ici, pas de poubelle à tous les coins de rues, mais des amoncellements de sacs plastiques qui parsèment le champ de vision.

La pluie a cessé. Kinderette a dormi trois heures en arrivant, et moi deux. Ce lever ultra matinal m’a décalquée. On a picoré dans notre chambre-kitchenette avec salle d’eau, au rez-de-chaussée d’une grande maison. Le taxi nous a laissées devant l’église Sainte Sofia, comme l’avait noté Magda sur un petit papier. Et puis, il a téléphoné à Eleonora. Elle est en fait la voisine des amis de Magda qui n’avaient plus de place pour nous accueillir. Peut-être irons-nous les saluer.

Notre logement se trouve dans une petite ruelle qui monte, aux pavés éclatés, impraticable autrement qu’à pied, très abrupte, cachée perpendiculairement à  la rue principale de la vieille ville. Pas de pancarte, nous n’aurions jamais trouvé ce logement sans Magda. On a même vue sur le lac depuis la petite terrasse ! J’ai payé pour trois nuits.

Kinderette se fascine depuis une heure pour un ballet de danse classique à la télé. Maintenant qu’il ne pleut plus, nous allons sortir palper Ohrid, haut lieu touristique macédonien. J’espère y faire de jolies rencontres, mais les lieux touristiques sont rarement le bon endroit pour cela... A voir !

(...)

Lilie
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mamina

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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par mamina le Sam 12 Aoû - 20:40

A voir... on te suit ! clin d'oeil
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Lilie

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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Lilie le Dim 13 Aoû - 11:22

16 juillet 2017,
Ohrid

Aujourd’hui, Maman elle m’a réveillée pour m’habiller. Ensuite, on est allée dans la voiture de Magda et donc elle nous a emmenées à la garde de bus et c’était bien parce qu’on a pris le bus pour aller dans la ville qu’était très vieille et elle s’appelle Ohrid. Ensuite on a fait une petite sieste comme on s’était réveillée tôt ce matin. Ensuite j’ai pas fait de sieste comme j’ai déjà dormi deux fois, alors ça servait à rien de faire une sieste ! Au goûter, j’ai mangé une barre au chocolat, un jus pour boire. Et on s’est promenée ensuite, jusqu’à l’église. Ensuite on a été voir le lac. Il était plus grand que celui d’à côté de la maison de Magda. Et après on a marché à côté du lac et au bout y avait une église et y avait un petit chemin qui allait jusqu’à la ville très vieille. On est allée au restaurant. J’ai mangé une salade, et une glace en dessert. On est rentrée. J’ai fait Skype avec Daddy. J’ai écrit sur mon carnet. Fini !


(...)

Kinderette
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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Lilie le Dim 13 Aoû - 11:33

17 juillet 2017, je crois... Lundi... je crois...
Ohrid, j’en suis sure.

Ohrid. Même sous la grisaille, elle m’a charmée. Au point même de faire se pointer la frustration du temps trop court. Celui passé en ses lieux, et en ses alentours.

Déjà hier, elle m’y avait fait penser. Mais en cette fin de journée, c’est évident : par bien des égards, Ohrid me fait penser à Cuzco, au Pérou. Ses rues abruptes, tortueuses, pavées et défoncées, où les voitures ne se croisent pas, et où même avec des piétons sur le côté, elles ne passent pas non plus. Ses maisons aux fondations en pierre, biscornues, à étages. Une ville en terrasse. Ses montagnes environnantes, même si bien moins hautes que les Andes, évidemment (quand même quelques sommets dépassant les 2000 mètres). Et puis son histoire. Ohrid est une très vieille ville, très, très, très vieille ville, et les traces de son passé et de ses occupants successifs sont légions. Ce matin, on m’a dit qu’Ohrid comptait 365 églises... voilà, tout est dit. Des églises médiévales, byzantines, toutes plus belles et riches les unes que les autres. Et puis, comme Cuzco, Ohrid est touristique. Mais pas dénaturée. Le linge étendu sèche encore sur nombre de balcons couverts, et même si on voit pas mal de panneaux pour chambres à louer ici ou là (comme à Cuzco !), le nez en l’air, on aperçoit aussi beaucoup de locaux sur leurs balcons, qui regardent passés les badauds et s’interpellent entre voisins, d’une bâtisse à l’autre.

J’aime vraiment beaucoup cette ville. Elles sont rares celles qui ont su me charmer aussi rapidement. C’est l’une de ces villes où je pourrais facilement passer plusieurs semaines lors d’un voyage au long court. On s’y sent bien, il y a de bonnes ondes. Son lac y est certainement pour quelque chose. L’un des plus vieux lac du monde, avec un autre lac spécial... le Titicaca. Comme son frère andin, le lac Ohrid, de son nom éponyme, dégage une forte énergie. J’en ai ressentis toute sa puissance cet après-midi. Plus de 350 kilomètres carrés, c’est aussi, je crois, le plus profond d’Europe. C’est qu’il en impose, le Monsieur !

La journée a été jalonnée de belles rencontres, d’émotions, et d’inattendus qui ont tous contribué, graduellement, à me faire ressentir la bonne énergie de ce lieu et des environs.

Ce matin, on s’est dirigée vers l’église Sainte Sofia. Mile m’en avait venté ses atouts. C’est aussi la plus proche de notre logement, et c’est là que le taxi nous avait déposées, la veille. Alors c’est tout naturellement que nos pas nous y ont menées, d’autant plus que le temps était encore très couvert et menaçant. Cent Denars, 1.50 Euro l’entrée, gratuit pour Kinderette. Je trouve ça correcte pour moi qui paye rarement pour entrer dans un lieu de culte.

A peine franchi le seuil de la porte, l’émotion me tombe dessus. Je m’arrête nette, la bouche béante, la gorge nouée et les larmes qui montent. J’ai eu bien du mal à les retenir tout le long de ma visite. Ce n’était pas les fresques qui recouvrent cette église du Xe siècle du sol au plafond qui me donnait envie de pleurer. C’était autre chose, qui me dépassait. Ca m’était déjà arrivé en entrant dans la basilique de Saint-Jacques de Compostelle. Et une ou deux autres fois aussi. Des lieux chargés d’énergies, depuis des siècles.
Ses poutres en bois, ses fresques patinées. Et une acoustique incroyable ! Un couple joue du piano à queue, en duo sur l’instrument, quand nous pénétrons dans l’église Sainte Sofia, vide de visiteurs, ce qui confère évidemment une atmosphère encore plus particulière. Assise au premier range sur les chaises installées en rang d’oignon, j’écoute les notes pianotées et je n’arrive plus à retenir les larmes, tout en admirant les fresques du plafond. Je pleure en silence, et je ne sais pas pourquoi. Je sais que je n’arrêterai pas de pleurer tant que je serai à l’intérieur, alors après une petite vingtaine de minutes peut-être, je me décide à sortir. Je resterai quelques minutes sous le cloître pour me remettre de mes émotions, avant de retourner vers la lumière du charmant petit jardin clos de l’église, où cinq tortues se baladent librement, pour le plus grand plaisir de Kinderette.

J’avais ensuite promis à Kinderette que nous retournerions nous balader sur le bord du lac, celle balade que nous avions faite hier, pour prendre la température des environs, mais en accéléré à cause des grains d’eau qui tombaient. C’est à un jet de pierres de l’église Sainte Sofia que commence la promenade, sur un ponton en bois pourri que deux artisans s’affairent d’ailleurs à rafistoler ce matin, en remplaçant les planches menaçantes par de nouvelles. Ponton en bord de lac, au ras de l’eau, et au pied des falaises qui le surplombent. A l’horizon, l’Albanie, qui partage ce lac avec la Macédoine. L’Albanie, dans les montagnes. A gauche, des montagnes. Et à droite, encore des montagnes. Derrière nous, des falaises, et la vieille ville d’Ohrid, fortifiée, qui grimpe et grignote joliment la montagne à plus de 600 mètres d’altitude.

Vue du port et du front de mer, Ohrid, c’est un peu l’allure des Cinque Terre en Italie. Un peu. Kinderette s’amuse des vaguelettes sur les galets, elle est hypnotisément attirée par l’eau qu’elle veut absolument aller toucher. Ce ponton, plus loin, est bordé de bars et restaurants qui étalent leurs chaises longues sur terrasses en bois ou sur les galets. Il faut dire que même si ce n’est pas l’afflux avec la grisaille, cette promenade en pied de falaises et bord de lac mène au haut lieu touristique de la ville : l’église Saint John de Kaneo, perchée sur son promontoire dominant le lac, et elle aussi quasiment millénaire.

(...)

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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par mamina le Dim 13 Aoû - 23:16

As-tu un endroit quelconque où on peut voir tes photos ou je vais être obligée d'aller sur google voir à quoi ressemble cette si jolie petite ville ????
Tu nous fais trop envie !
bisou

3 mn après : trop tard j'ai pas pu attendre !!! les églises byzantines, j'adore !
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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Lilie le Dim 13 Aoû - 23:23

Je ferai certainement un montage vidéo mais pour l'instant, pas envie de le faire. L'impression qu'il faut d'abord que je termine de taper mes carnets écrits avant de faire l'étape photos.

Mais puisque tu le demandes, je te mettrai quelques photos d'Ohrid ici, quand j'aurais fini de "la" raconter. clin d'oeil En attendant, libre à toi d'aller faire ta curieuse sur le net... ou de laisser ton imagination voguer! langue

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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Lilie le Lun 14 Aoû - 9:05

C’est sur l’une de ces terrasses en bord de lac que nous avons fait la rencontre de Maria. Une petite fille blondinette, âgée d’à peine deux ans, s’amuse à martyriser un chaton qu’elle poursuit entre les chaises longues. Kinderette ne résiste pas et court caresser le chaton. Les deux fillettes occupées avec l’animal, leurs mères attendries de la scène s’échangent quelques regards et sourires. Puisque je parle à Kinderette, en Français, la maman de la petite tornade s’adresse à moi d’une voix douce :

- Vous êtes en vacances ici ?
- Oui. Vous parlez Français ? m’étonne-je.
- Oui, j’ai étudié cinq ans à Aix-en-Provence.
- Vous êtes d’Ohrid ?
- Non, de Skopje. Je travaille pour la Société Générale.
- Ah ! que je lance avec un sourire.
- On a un appartement ici, on vient pour les vacances.

Je le constate : la Macédoine est touristique, pour les citoyens de la capitale qui cherchent de l’air un peu plus respirable que leurs quarante degrés quotidiens, et pour les autres habitants des Balkans. Les Européens occidentaux, ou du Nord, sont exceptions ici. Je n’ai entendu parlé Français qu’une seule fois ici : dans le bus entre Sofia et Skopje, deux étudiants Français de Sofia qui allaient passer quelques jours dans le pays voisin. Ca me va, et d’entendre constamment parler Macédonien autour de moi, ou autres langues slaves très proches, enchante mes oreilles et sonne pour moi comme une douce musique perpétuelle en fond sonore. J’aime.

La petite tornade s’appelle Sofia, prénom très populaire par ici, c’est un peu normal après tout. Elle a un an et demi et pendant que sa mère et moi discutons, elle ne cessera de se faufiler entre les sièges, telle une anguille.

Maria me dit qu’on ne peut pas quitter Ohrid sans aller voir le monastère Saint Naum, à une quarantaine de kilomètres d’ici. Elle insiste.

- On se déplace en bus, ici. Il y a des bus qui y vont ?
- Oui. Oui, attendez. Je vais demander à mon mari.

Elle interpelle son mari quelques dizaines de mètres plus loin. Il nous rejoint. Ils échangent.

- Oui, il y a des bus qui partent toutes les heures. C’est en direction des plages. Vous êtes allées aux plages ?
- Non. Il y a des plages sur le lac ?
- Oui ! Là-bas, de l’autre côté ! Allez-y en bus, pour vous baigner. Ici, c’est sale... Attendez, mon mari va demander au bar pour avoir plus d’informations...

Il revient deux minutes plus tard, et Maria me donne les infos :

- Vous voyez la rue principale, celle qui part du port, là-bas, de l’esplanade ?
- Oui.
- Et bien, vous allez jusqu’au bout, jusqu’à la Société Générale, vous verrez...
- Ah ! Souris-je, sourire qu’elle me rend.
- Oui. Et là-bas, il a un arrêt de bus. Et des bus passent toutes les heures pour Saint Naum.

Nous avons échangé encore quelques minutes, et je l’ai quittée, bien décidée à aller voir ce mystérieux monastère dans l’après-midi. C’est comme ça que j’aime voyager, sans rien prévoir, sans même me renseigner sur mes destinations, et me laisser porter par les rencontres.

On a facilement trouver l’arrêt de bus en demandant au premier cycliste rencontré au bout de la rue principale, piétonne. Il nous a indiqué un arrêt de bus de l’autre côté du gros carrefour, sur un axe très circulant. En s’engageant sur ce grand boulevard, un panneau m’indique que je suis au moins dans la bonne direction. « Sv Naum » flèche-t-il, et il est doublé d’une autre indication : « Albanja ».

Très vite, je constate que cet arrêt est desservi par nombre de mini-bus et de cars. Le premier chauffeur qui s’arrête et à qui je demande « Monastery Saint Naum ? » en prenant soin de rouler le « r » à la manière d’ici, me dit que le prochain bus qui y mène est à 15h30. Il est 14h50, nous partons à la pêche aux cartes postales avec Kinderette qui commençait à désespérer de me voir en acheter un jour sur ce voyage ! Nous revenons bien avant 15h30 et je demanderai à tous les chauffeurs qui s’arrêteront, une vingtaine peut-être, s’ils allaient au Monastère Saint-Naum. Kinderette finira par me lâcher :

- Je suis sûre qu’il y va pas celui-là non plus ! à chaque tentative, à partir de la dixième sans doute. C’est que s’il n’en passe qu’un par heure pour le monastère, je n’ai pas envie de le louper !

Enfin, je trouve le bon ! 110 Denars le trajet (toujours gratuit pour ma compagne de voyage), pas cher je trouve. Le chauffeur me dit que c’est le dernier arrêt, mais bon, je me méfie des chauffeurs de bus, partout dans le monde...
Il fait chaud dans cet autocar blindé de monde, et nous sommes debout dans l’allée, comme une quinzaine d’autres passagers. Kinderette est la seule enfant du convoi, et nous sommes sans nulle doute les seuls étrangers du véhicule. J’adore voyager en transport en commun, et me mêler à la populace !

- Maman, comment tu sais où on va descendre ?
- Je ne sais pas où on va descendre... Je regarde, j’estime... Je demanderai peut-être, on verra !
- Au pire, même si on trouve pas le monastère, ce sera déjà bien, on aura fait une petite promenade, et on descendra à une ville !

Je souris. Elle me surprend.

- Exactement !


(...)

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fabizan

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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par fabizan le Lun 14 Aoû - 11:23

Je suis allée fureter sur google earth, c'est magnifique Orhid et son lac ! top !


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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Lilie le Mer 16 Aoû - 10:13

Pendant une vingtaine de minutes, le bus, vieillot des années 80, emprunte l’axe principal et s’arrête en bord de route, route jalonnée par hôtels en bord de plages, sur lesquelles paillotes et chaises longues sont installées (si c’est ça les plages du lac dont me parlait Maria ce matin, elles ne me tentent pas du tout). Le gros du bus descend au premier vrai village que nous traversons, puis le bus vire à gauche. Très vite, le moteur ronfle et le chauffeur joue des pédales pour réussir à faire avancer son bolide ! Il faut dire que ça grimpe raide, et que ça lacette ! Nous nous enfonçons dans les montagnes ! Et je suis d’autant plus réjouie que je viens d’apercevoir un panneau « Galicini National Park » !

Le monastère Saint Naum serait donc au coeur de ce parc national à proximité d’Ohrid ? celui-là même où je ne pensais pas pouvoir aller, faute de temps et de moyen de locomotion ! Oh ! Merci Maria ! Merci !

Pendant 45 minutes, la route est somptueuse. Défoncée, dangereuse avec ses lacets à répétition, mais somptueuse ! On prend de la hauteur, avec le lac et les montagnes sur notre droite. Et le bus qui peine toujours autant. Nous traversons deux petits villages, et nous ne sommes plus que quatre passagers à descendre au terminus : le monastère Saint Naum, au coeur de parc national Galicini, l’un des trois que compte la Macédoine, et sur lequel j’avais fait une croix !

Dans un parc de plusieurs dizaines d’hectares, des moines vivaient ici depuis le XIIIe siècle. Le monastère est en fait un ensemble d’édifices religieux, églises et chapelles disséminées aux quatre coins de cet écrin de verdure, au bord du lac Ohrid. Mais surtout, il regorge de sources à l’eau cristalline et fraîche, certaines sources traversant même à ciel ouvert les édifices religieux ! Des dizaines et des dizaines de paons peuplent les lieux. Aucun n’a pour autant daigné me faire l’obligeance d’une roue. Mon charme naturel doit les laisser insensibles... Sales bêtes ! Ha ! Ha !

Nous suivons le sentier qui fait le tour du site. La majorité des visiteurs se cantonnent à l’enceinte principale au coeur d’un parc paysager, ce qui nous laisse les sentiers sauvages et autres chapelles libres de tout promeneur, sauf un couple russe avec lequel j’échangerais brièvement à deux reprises.

Ces sentiers sont jonchés de ronces, mais l’endroit n’en reste pas moins bucolique et paisible, d’autant plus que les sources étant omniprésentes, le ruissellement de l’eau nous accompagnera tout le long de ce petit trajet pédestre de deux ou trois kilomètres maxi. Et puis ici, nous avons pris de la hauteur et nous sommes approchées des sommets que nous voyions au loin depuis Ohrid, et même si la plupart sont encore la tête dans le coton, la vue sur ces dodelinements de la Terre est forte agréable.

C’est lors de notre balade dans le joli jardin clos de la dernière église, construite sur un promontoire rocheux, que nous avons rencontré Yovani. Nous avions poussé un premier petit portillon au bas des marches, et deux écureuils d’une espèce dont je ne connaissais pas l’existence, se laissaient photographier, peu intéressés par notre présence tant ils étaient occupés à grignoter les prunes tombées par terre. Le lieu était si calme qu’on entendait leurs dents grignoter. « Gnagnagnagnagna » qu’elles faisaient, au rythme d’un marteau-piqueur. Le ventre blanc, jusqu’au cou, et le reste de leur robe d’un beau brun chocolat. Super jolies, ces deux petites bêtes !
En haut des marches, nous poussons une porte en bois intégrée dans un mur d’enceinte qui laisse apercevoir la tour carrée de la chapelle. Fontaine sacrée, Kinderette en boit son eau. Un cadena sur la porte de la chapelle m’indique qu’elle n’est pas ouverte aux visiteurs. Nous nous promenons dans ce charmant jardin et découvrons derrière la chapelle d’autres bâtiments aux nombreuses poutres brunes. Un homme en sort, surpris sans doute autant que nous de nous voir là. Il faut dire que la journée est bien avancée, il est près de 18h30.

- Zdravo ! Lui lance-je.

Il me répond et entame la discussion en Macédonien, forcément.

- I don’t speak Macedonian... English ?

Un peu. Yovani est le jardinier des lieux. Je le félicite pour son travail.

- D’où venez-vous ?
- De France !
- Ha ! Francia !

Pour avoir souvent voyagé dans des pays où la France évoque avant tout l’arrogance et la râlerie, je dois dire que c’est plaisant, ici, de voir des sourires s’afficher quand j’annonce d’où nous venons !

- Vous voulez voir l’église ? me fait-il en la pointant du doigt derrière moi.
- C’est possible ?
- Oui. Venez avec moi...

Il trifouille un trousseau dans sa poche de pantalon, et d’un clic, ouvre le cadenas qui scellait la porte. Une minuscule chapelle recouverte d’icônes flamboyantes sur fond bleu nuit et ornée de deux stalles s’offre à nous. Le sol en tommettes et galets du lac. Les fondations datent de 1500 ans selon Yovani mais l’édifice actuel et les fresques auraient une centaines d’années.

C’est d’une chaleureuse poignée de main que nous avons saluer Yovani, en appréciant pleinement le joli privilège qu’il nous a offert là.


(...)

Lilie
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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Skyrgamur le Mer 16 Aoû - 10:20

Lilie a écrit:
le monastère Saint Naum, au coeur de parc national Galicini, l’un des trois que compte la Macédoine, et sur lequel j’avais fait une croix !

rire rire rire


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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Lilie le Mer 16 Aoû - 10:25

Skyr, tu remarqueras je n'ai encore pas fait un seul jeu de mots avec "Macédoine"!... gag !

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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Skyrgamur le Mer 16 Aoû - 18:11

ça ne va pas tarder... clin d'oeil


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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Lilie le Mer 16 Aoû - 20:12

Nous avons marché encore 500 mètres pour rejoindre l’entrée et le parking où le bus nous avait laissées. J’avais pris soin de demander au chauffeur, avant de descendre, à quelle heure partait le dernier bus pour Ohrid. « nineteen fifteen » m’avait-il affirmé. Alors que je sortais un paquet de biscuits pour revitaliser Kinderette qui commençait à se mettre en mode grosse fatigue, un homme m’aborda :

- Taxi ? Ohrid ?
- No, bus.
- Same price, 100 Denars !... Just wait 15 minutes.
- OK!

Je lui ai offert un biscuit, j’avais encore le paquet dans les mains. Il attendait en fait les visiteurs à la sortie, ceux qui pensaient prendre le bus de 19h15, pour partir voiture pleine un quart d’heure avant l’arrivée du bus. L’homme avait travaillé autrefois pour une entreprise d’Ohrid, qui avait fermé. Il avait fait de nombreux trajets en camion pour acheminer du textile, à Paris notamment. En camion, il lui fallait trois jours pour rallier Ohrid à la France. La réglementation imposant les pauses au conducteur d’une part, mais aussi à cause de toutes les frontières à passer dans les Balkans. Une fois sorti des Balkans, c’était facile : plus de frontière jusqu’à la France !

C’est lui aussi qui m’a fait réaliser que nous étions juste à la frontière avec l’Albanie, et que la ville la plus proche que j’apercevais sur une berge du lac, c’était Pogradec, en Albanie. Effectivement, en consultant ma petite et succincte carte du pays ce soir, je constate que Saint Naum est complètement sur la frontière ! Et quand le chauffeur de taxi me l’a dit, j’ai compris ce qu’était ce que j’avais pris pour un poste de l’armée, avec une grande barrière rouge et blanche qui bloquait le passage, au sein même du monastère... C’était la douane, tout simplement !

Il avait des airs de Louis de Funès ce monsieur, avec son crâne dégarni, ses yeux bleus, ses cheveux blancs et sa petite taille. Il m’a venté les mérites de l’Albanie, que c’était très joli, avec des gens très gentils, très bien pour les touristes. Que c’est le Kossovo qui était « not nice » et dangereux. Mais l’Albanie, à dix minutes à pied d’où nous étions, c’était très bien.

Kinderette, aimantée par le lac, tenait absolument à retourner sur les berges de galets, où les vagues venaient maintenant se jeter fortement. Il faisait frais, et même si les nuages avaient fait place à de belles ouvertures bleues dans le ciel, le vent s’était levé au moment où le soleil s’approchait doucement du lac et des montagnes qui l’entouraient. Là, je le sentais fort, et vivant, ce lac. Je ne peux expliquer ce ressenti, la puissance qu’il dégage. Une puissance sereine et apaisante. J’avais envie de rester plus longtemps, prendre le temps de le découvrir, de lui parler, de le ressentir. Mais je n’étais là qu’en coup de vent, trois nuits, quatre tout au plus.

Dans le taxi, que le chauffeur avait aisément réussi à remplir à coup de rabattage auprès des visiteurs qui sortaient du site, la frustration était grande. Je commençais seulement à comprendre à quel point il était facile de se débrouiller dans ce pays, de se déplacer, que déjà la fin approchait... Est-ce que cela a encore un sens de partir pour deux semaines seulement ? L’envie du long court est toujours là... Quand on a goûté au luxe du temps incompté, il est difficile de revenir aux micros vadrouilles de ce type. Oui, c’est bien le luxe du temps qui me manque aujourd’hui-même, alors que je commence tout juste à gratter la surface de ce pays que j’aimerais découvrir davantage en profondeur. Dans le taxi, à cet instant, l’idée de remonter la Loire, de sa source à son estuaire, me revient encore en tête. L’itinérance à pied. La Loire. Le temps. Une solution peut-être pour cette frustration de riche.

Alors que le taxi me fait quelques frayeurs en doublant à l’aveugle dans les lacets de montagne, le paysage défile sur notre gauche, soleil couchant de l’autre côté du lac, derrière les montagnes albanaises, la radio sourdinant des airs macédoniens, comme toujours. Je ne peux pas dire que je sois fan des musiques que j’entend ici, mais mes oreilles apprécient en tout cas le dépaysement musical, les tubes internationaux se faisant plus que rares depuis le début de notre vadrouille.

Alors que je regarde droit devant moi, la croix orthodoxe accrochée au rétro et son balancier hypnotique me berçant au rythme des nids de poule, un chevreuil nous fait le plaisir de traverser juste devant nous, forçant notre pilote à ralentir. Gracieux, il disparaît dans les bois comme il est apparu. Dernier cadeau du Parc National Galicini ce jour.

A quel point ai-je envie de retrouver Maria pour la remercier de son formidable conseil ! C’est bien plus qu’un monastère qu’elle nous a envoyées chercher, c’est une belle tranche de voyage, avec sa part d’inconnu et de surprises, que nous avons vécus grâce à elle ! Merci Maria, et que les étoiles entendent ma gratitude !

(...)

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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Skyrgamur le Mer 16 Aoû - 21:00

La suite est en ... Albanie ?


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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par mamina le Jeu 17 Aoû - 16:33

Vraiment de jolies rencontres et de beaux moment !
D'accord avec toi... c'est quand on commence vraiment à comprendre le fonctionnement d'un pays et de s'en imprégner que l'on doit le quitter....
On ne peut pas tout avoir... déjà la découverte c'est une chance... clin d'oeil
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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Lilie le Jeu 17 Aoû - 17:02

18 juillet au matin, pour la journée du 17,
Ohrid

Hier matin, on est allée acheter des choses. Après, on est allée au parc à côté du lac. Ensuite, on a été ranger la nourriture à la maison. Ensuite on a visité l’église et aussi y avait un piano dans l’église. Et dehors de l’église, y avait cinq tortues ! Et je les ai prises en photo. Ensuite on est allée au lac. Et y avait des petits chats. Et j’ai joué avec eux. Y avait une petite fille aussi qui jouait avec eux. Ensuite on avait vu sa maman, elle nous avait expliqué qu’il y avait une église pas loin, et on est allée. Et aussi, au bout y avait des paons. Y en avait un qu’était blanc, y en avait un qu’était grimpé sur le toit. Ensuite on a fait un tour et j’ai pris le goûter. Ensuite on est partie en taxi, on était venue en bus. Ensuite je suis rentrée à la maison, j’ai pris ma douche, j’ai mangé, j’ai pas écrit dans le carnet comme j’étais trop fatiguée, donc j’ai écrit ce matin. Et c’est ainsi que ça se finit !



19 juillet 2017, pour la journée du 18
Ohrid

Hier après-midi, on est allée à la boîte aux lettres chercher des timbres, à la poste. Hier matin, on est allée au lac, on s’est baignée. C’était sur des pierres et y avait des rochers. Y avait des grenouilles et y avait des poissons ! L’eau elle était froide et après on est revenue manger. Après on a fait la lessive. Ensuite j’ai fait la sieste. On a écrit les cartes et après on est allée chercher les timbres à la poste. Ensuite on est allée au parc, et ensuite on est allée au lac encore une fois ! C’était au même endroit que le matin ! Ensuite on a mangé mais pas au restaurant. Et c’est ainsi que ça se finit !


(...)

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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Lilie le Ven 18 Aoû - 9:54

19 juillet 2017,
Ohrid

Aujourd’hui on a visité la ville, on est allée au château. En premier avant d’aller au château on est allée à l’église par le petit passage secret. On pouvait pas rentrer dans le château parce que maman elle avait pas les sous et qu’il fallait payer. Ensuite on a mangé des pâtes et du ketchup. J’ai fait ma sieste. On est allée chercher de l’argent. Et avant manger, j’ai mangé une glace. Aussi après la glace on est allée au parc. Après on est allée au lac et j’étais allée plus loin que les autres jours de Macédoine où on était allée à ce lac. Et c’était bien parce qu’on avait vu un petit animal qui ressemble à un serpent et ça s’appelle une couleuvre et il était caché sous le rocher. Aussi y avait des poissons. Ensuite on a mangé des tomates avec du maïs et du thon et j’avais fait une bêtise parce que j’avais renversé le yaourt sur moi et j’avais dit merci Maman de nettoyer à ma place. Ensuite j’ai lavé aussi mes petits pieds comme y en avait aussi dessus comme j’étais assis mal sur ma chaise. J’ai enlevé mon pyjama et j’ai brossé mes dents. J’ai écrit sur mon carnet et c’est ainsi que ça se finit !

Oups ! Et aussi on a vu des tortues dans la forêt en allant se promener au château et aussi à l’église. Et c’est ainsi que ça se finit !

(...)


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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Skyrgamur le Ven 18 Aoû - 9:58

Toujours aussi craquante la petite Kinderette. câlin


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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Lilie le Ven 18 Aoû - 11:09

19 juillet 2017,
Ohrid

J’écrirai sur Ohrid une fois de retour en France. Cette ville provoque en moi des tas d’émotions, ça fourmille à l’intérieur de moi, plein de choses à dire et pourtant je n’arrive pas à écrire. Ses gens, ses ruelles qui mènent toujours là où on veut même quand c’est la première fois qu’on les emprunte, ses touristes dont nous faisons partie, son panorama qui se devine ou se découvre entre deux maisons, ses balcons fleuris, ses façades blanches aux poutres noires, et son lac, bien sûr, ses pins, sa petite plage de galets tranquille, où les vieux habitués jouent aux cartes entre deux rasades de rakja, ses sentiers sur les montagnes qui attirent mon oeil et que je rêve d’aller fouler... Au point que ce matin, au réveil, j’avais prévu de partir, de prendre le bus pour Bitola... Mais je n’en avais pas le coeur. Alors j’ai prolongé d’une nuit supplémentaire mon idylle avec Ohrid, et son lac.

Nous partirons demain. Si je reviens un jour à Ohrid, ce sera à l’automne, mais surtout pour y passer quelques semaines. Et ajouter quelques semaines au périple pour aller à la rencontre de la Macédoine rurale, celle des plaines, et du centre, et de l’Est.

(...)

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Re: Carnets de Macédoine (2017)

Message par Lilie le Ven 18 Aoû - 11:16

Ohrid

Il faut continuer le long des falaises, sur le sentier, après l’église Saint John de Kaneo, et non prendre l’un de ceux qui retournent vers la vieille ville. Je n’ai pas compris pourquoi ce sentier était si peu emprunté, pourquoi les gens n’avaient pas la curiosité de s’éloigner des constructions et de répondre à l’appel de ce sentier dallé qui domine le lac, en haut des falaises, avec une forêt de pins sur la droite, le lac sur la gauche, et le sentier qui file droit devant vers le Nord, en pente douce.



Après quelques centaines de mètres, tête d’épingle sur le sentier. Le curieux à le choix : soit de continuer tout droit vers un faubourg de la ville, plages et activités aquatiques se laissant deviner quelques kilomètres plus loin, soit suivre la tête d’épingle que l’on devine plonger directement sur les berges du lac, sans pour autant en voir le bout. Ce que nous avons fait la première fois où nous y sommes passées. Le sentier se termine sur un petit coin de paradis, invisible du sentier supérieur. C’est une bande de terre d’une centaine de mètres de long au pied des falaises, parsemée de galets, ombragée par des mirabelliers sauvages (ils sont en nombre en Macédoine), que quelques rochers terrestres et aquatiques viennent meubler naturellement. A l’une des extrémités, cachée derrière une paroi rocheuse, une crique, toute petite, qu’on aperçoit, elle, en descendant le sentier qui mène au lac, et que l’on peut rejoindre à condition de se tremper jusqu’aux genoux. Juste de quoi abriter une toile de tente et deux Robinson Crusoé qui se faisaient quelques brasses dans l’eau fraîche matinale. Une crique pour nuit d’amour romantique, à condition d’aimer se faire masser le dos par des cailloux. Jamais je n’aurai soupçonné un tel lieu de bivouac idéal si proche d’une ville aussi touristique !


A l’autre extrémité de cette bande de galets cachée, dissimulée derrière une poignée d’arbres et arbustes éparses, le curieux devine une cabane en bois blanc autour de laquelle quelques poules picorent les coquillages imaginaires. Une poignée de vieux jouent aux cartes sur une table posée à l’extérieur. Ils parlent fort, se disputent, rient joyeux entre deux tournées de rakja locale. Parfois, deux d’entre eux sortent de leur cachette du bout du lac et rejoignent pieds nus la bande de terre principale de ce mini paradis qu’ils partagent publiquement. Ils se posent sur l’un des gros rochers du lac, et discutent, les pieds dans l’eau, observant les quelques curieux qui ont trouvé ici, par hasard sans doute, ce qu’on leur dérange à eux: la quiétude. Cela ne semble pas les importuner, et après quelques minutes, ou une brasse dans l’eau fraîche du lac, ils s’en retournent rejoindre leurs compagnons de vie.

Sur le lac, on promène les touristes et de la petite crique, on peut observer le défilé des embarcations de toutes sortes, et de toutes tailles. Il doit donner envie, ce petit coin privilégié, vu du lac. On voudrait toujours ce qu’on n’a pas. Parfois, l’une des petites barques traditionnelles vient accoster à la cabane des joueurs de cartes. Quand les touristes ne viennent pas, au port, de l’autre côté, le vieux Georgio vient rejoindre ses copains du bord, d’abord, parce que le temps et les amis, c’est précieux, et que la rakja aussi. Le matin, des fois, ce sont les joueurs de cartes qui le rejoignent au port ouvert sur l’esplanade et la rue piétonne de la nouvelle ville qui grouille de monde. Le capitaine et ses matelots attendent les touristes tous ensemble, dans la barque qu’une toile tendue sur quelques piquets prétend protéger des grains d’eau, un peu. Et si les touristes ne viennent pas, ce n’est pas grave. Ils se tapent fort sur le ventre.

(...)


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